samedi 25 juin 2011

Sus aux gaspis

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Pierre Pestieau

Notre vie politique comme les hebdomadaires a ses marronniers (1), des thèmes récurrents sur lesquels tel ou tel homme politique se fait mousser l’instant d’une semaine. Dans cette catégorie, on peut mettre les diverses manières de faire de l’argent à faible coût avec les expressions toutes faites du genre « Faire mieux à moindre coût », la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, le bénévolat, la réduction du travail au noir et enfin la légendaire chasse aux gaspis. Non pas que je sous-estime l’importance de ces questions surtout dans une période où nos Finances Publiques subissent de plein fouet les effets de la crise. Ce que je trouve agaçant c’est que ces thèmes sont trop souvent évoqués par la droite et pas assez par la gauche. Car pour paraphraser Valery Giscard d’Estaing, la gauche n’a pas le monopole des gaspis (2).

Aux Etats Unis, les « travaux inutiles » proviennent le plus souvent de décisions décentralisées (au niveau des états ou des communes) et ont pout but essentiel de faire plaisir à l’électorat local. Le plus bel exemple est sans nul doute le Gravina Island Bridge, rapidement appelé le Pont vers nulle part (Bridge to Nowhere). Il s’agissait d’un projet de pont qui aurait remplacé le ferry reliant, en Alaska, la ville de Ketchikan et Gravina Island, une île qui, outre quelques dizaines d’habitants, abrite l’Aéroport International de Ketchikan. Le projet était littéralement pharaonique et inutile; il ne fut pas achevé mais coûta néanmoins une fortune aux contribuables américains. Il était soutenu par des politiciens républicains et reçut pendant la dernière campagne de 2008 l’appui temporaire de Sarah Palin.

Le Américains appellent ce type de pratique « Pork-barrel policy » (pork-barrel désigne un tonneau dans lequel le porc est conservé). Le Canadiens traduisent cette expression par « politique de l’assiette au beurre ». Des sommes énormes sont engouffrées chaque année dans ces pratiques qui ne sont ni de droite ni de gauche mais sont d’autant plus fréquentes qu’il n’y a pas d’alternance politique et que l’argent vient d’ailleurs, le plus souvent du gouvernement central.

Certains gaspis belges furent popularisés dans l’émission de Jean Claude Defosset « Les Travaux Inutiles ». Identifier des travaux et en trouver la source—incompétence, corruption ou pork-barrel—n’est pas évident. Il est plus facile de qualifier un bout d’autoroute qui ne mène nul part de travail inutile que d’utiliser le même terme pour la nouvelle gare des Guillemins-Calatrava (3), dont personne ne met en doute les qualités esthétiques mais chacun se pose des questions sur sa pertinence économique et son gigantisme. Il faut du courage pour arrêter un projet, beaucoup plus que de mener jusqu’au bout une idée qui finira par s’avérer inefficace.

(1) Selon le Petit bréviaire du parfait journaliste débutant, « tout sujet récurrent qui fournit à intervalle régulier une info inintéressante au possible, mais vraiment pas épuisante à glaner (la rentrée des classes, le baccalauréat, les embouteillages du week-end, les « plages » en ville, les sports d’hiver, les universités d’été des partis politiques) ». http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article1365

(2) Je pense particulièrement à l’interview du Président du Mouvement Réformateur dans Le Soir des 28 et 29 mai 2011.

(3) Lors de l’inauguration à grand frais de cette gare les journalistes et responsables politiques ont souvent utilisés l’adjectif « pharaonique » témoignant ainsi d’une lucidité remarquable et sans doute inconsciente. Je ne pouvais pas ne pas penser à la Côte d’Ivoire et à la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro, construite au milieu de nulle part. Son apparence et sa taille rappellent la basilique de Saint-Pierre à Rome. Le livre Guinness des records l'a reconnue en 1989 comme le plus grand édifice religieux chrétien au monde.

Obstination unilingue

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Victor Ginsburgh

Un article paru récemment dans le New York Times (1) décrit les recherches d’une neuropsychologue canadienne, Ellen Bialystok, qui étudie depuis plus de 40 ans les langues, et en particulier, le bilinguisme.

Certaines de ses découvertes sont étonnantes. Ainsi, lorsqu’on demande à des enfants de 5 à 6 ans si des phrases, telles que « les pommes se développent sur les nez » sont grammaticalement correctes, les unilingues répondent que « c’est une phrase stupide » alors que les bilingues expliquent (à leur manière) que « c’est une phrase stupide mais grammaticalement correcte ».

La raison est qu’il existe dans le cerveau un système de contrôle qui fait office de « manager ». Il permet de garder en tête plusieurs choses simultanément et de passer rapidement de l’une à l’autre. Chaque fois qu’un bilingue parle, les deux langues sont activées et son cerveau doit trier et s’intéresser à ce qui est le plus important dans le contexte du moment. Dès lors, les bilingues utilisent davantage le « manager » que les unilingues, ce qui rend leur système de pensée plus efficace et leur permet de gérer mieux des tâches simultanées.

L’imagerie médicale a aussi montré que les multilingues utilisent des zones différentes du cerveau que les unilingues pour résoudre des problèmes (pas nécessairement liés au langage) et qu’ils réagissent plus rapidement. Ceci semble être la conséquence d’un « câblage » différent des circuits nerveux chez les uns et les autres.

Mais il y a aussi des effets inattendus du bilinguisme sur la santé. Lors du vieillissement, le système cognitif des bilingues fonctionne différemment de celui des unilingues et les premiers exécutent mieux les tâches qui leur sont demandées. C’est ce qui a amené l’équipe de recherche d’Ellen Bialystok à s’intéresser à des adultes dont le système cognitif fonctionnait de façon anormale, en particulier ceux qui étaient atteints de la maladie d’Alzheimer. Elle a découvert qu’en moyenne, les symptômes de cette maladie se développent 5 à 6 ans plus tard chez les bilingues que chez les unilingues, ou plus exactement, les bilingues peuvent continuer à fonctionner de façon « normale » plus longtemps.

Je m’abstiendrai de faire ici des commentaires relatifs à la situation de la Belgique francophone — ces commentaires ne seraient d’ailleurs pas très différents de ce que je pourrais écrire à propos d’autres pays peuplés d’unilingues obtus comme la France, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis. Pour ce qui concerne la Belgique, ceux qui sont intéressés peuvent consulter la référence (2). Aux avantages directs du bilinguisme qui y sont décrits, il faut maintenant ajouter que le système de pensée des bilingues est plus efficace, leur permet de gérer mieux des tâches simultanées et que le bilinguisme retarde l’apparition des maladies cognitives telles que la maladie d’Alzheimer.

On peut trouver regrettable que les bilingues doivent payer les soins de santé des vieux unilingues. Mais il est aussi vrai que si ces derniers décèdent plus vite, il y a des gains pour le système de retraites. Il faudra peut-être envisager des transferts entre soins de santé et retraites…

Un problème qui devrait intéresser le prochain gouvernement !

(1) Claudia Dreifus, The bilingual advantage, New York Times, May 30, 2011. http://www.nytimes.com/2011/05/31/science/31conversation.html

(2) Victor Ginsburgh et Shlomo Weber, La connaissance des langues en Belgique, in M. Castanheira and J. Hindriks, eds., Réformer sans tabous, Dix questions pour la Belgique de demain, Bruxelles: De Boeck, 2007. Disponible sur http://www.cairn.info/revue-reflets-et-perspectives-de-la-vie-economique-2007-1-page-31.htm

samedi 18 juin 2011

Que la vie serait belle

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Victor Ginsburgh

Le secrétaire d’Etat bruxellois de la mobilité et les bourgmestres de 18 communes bruxelloises, sont favorables à l’interdiction des « quads » (je ne sais pas trop ce que c’est). La raison avancée est qu’ils sont bruyants, construits pour un style de conduite sportive, ce qui en fait des engins ne favorisant pas la qualité de vie en ville (1).

On ne peut pas dire que c’est faux. Mais alors les motos devraient l’être également. Elles sont aussi bruyantes, aussi sportives et bien plus dangereuses que les quads qui ont au moins l’avantage des quatre roues.

Tant qu’à bannir les motos parce qu’elles n’ont que deux roues, il faudrait évidemment faire de même pour les vélos, qui ne font pas de bruit, mais quels dangers, à la fois pour ceux qui les utilisent, pour les piétons et pour les automobilistes. La plupart ne respectent aucune règle de conduite, roulent à contresens, sur les bandes réservées aux piétons, et j’en vois tous les jours qui brûlent très allègrement les feux rouges.

Il en va d’ailleurs de même pour les piétons qui, eux aussi, brûlent les feux rouges et se ruent sur les passages dits « pour piétons », sans se soucier le moins du monde si un véhicule est ou n’est pas engagé.

Et puis que fait-on des 4x4 dont nos rues, trottoirs, parkings et autres emplacements sont encombrés, parce que leurs conducteurs et -trices sont incapables de garer correctement, sans prendre deux à trois emplacements en longueur comme en largeur. Ils sont faits pour les déserts, y a qu’à voir les noms qu’ils portent, les pneus dont ils sont affublés, y compris le pneu arrière qui se trouve à l’extérieur parce que le véhicule est trop petit pour le mettre à l’intérieur. Faudrait aussi qu’ils portent sur leurs flancs des jerrycans pour le cas de panne d’essence en plein désert. Ben oui, qu’ils y aillent, dans les déserts d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, ils seront bien plus proches des sources de pétrole. Quelle économie de transport!

Mais alors les Porsche, les Ferrari et autres voitures du genre devraient aussi être interdites. En cause la conduite sportive, mais quand même moins bruyante que celle des quads, et la consommation de carburant.

Ne parlons pas du scandale des camions avec remorque qui roulent partout et qui doivent négocier certains carrefours à angle droit en trois ou quatre fois, et empêchent ainsi les conducteurs de voitures ordinaires, comme la mienne, d’avancer.

Ce qui pourrait être évité s’il n’y avait plus de voitures ordinaires non plus.

Vous imaginez, une ville sans quads, sans vélos, sans piétons, sans Ferrari, sans 4x4, sans camions et sans voitures ordinaires. Plus que des tricycles et des trottinettes. La suppression des routes, des stations d’essence et des parkings, qui pourraient être remplacés par des espaces verts. Plus jamais de camions sur le flanc ou les quatre fers en l’air sur le ring. Plus d’embouteillages, on pourra venir par la E411, transformée en espace vert, sans être bloqué et perdre une heure entre Overijse et Bruxelles. Que la vie serait belle…

(1) RTBF, 10 juin 2011.

Corruption et auto flagellation

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Pierre Pestieau

Depuis quelques années, j’ai la chance de participer aux réunions du Consortium pour la recherche économique en Afrique (CREA). Ces réunions, généralement organisées à Nairobi donnent l’occasion à une centaine de chercheurs de l’Afrique subsaharienne de présenter leurs travaux, portant le plus souvent sur des questions d’économie appliquée. Chaque fois que je sors d’une réunion les phrases qui me reviennent à l’esprit sont du type : Le Nigeria est le pays qui a l’économie souterraine la plus importante ou le Togo compte parmi les pays les plus corrompus au monde.

Je ne nie pas que l’Afrique connaisse de sérieux problèmes de gouvernance et d’informalité et que ces problèmes puissent expliquer en partie ses difficultés de décollage économique. Il est important d’en parler, d’y remédier mais comme en tout, avec modération.

Ces deux maux, la corruption et l’informalité, ne peuvent être sérieusement quantifiés. Certes il existe des indicateurs mais leur validité—surtout ceux qui cherchent à quantifier les activités souterraines—est douteuse. Les chercheurs africains que je côtoie ont tendance à prendre ces indicateurs pour argent comptant et n’hésitent pas à les utiliser et en abuser dans leurs modèles statistiques sans bien en reconnaître les limites. Cela rappelle ce personnage qui passe sa vie à confesser ses péchés mais donne l’impression qu’il se complait dans cet état de grand pécheur.

Je donnerai comme exemple celui d’un travail présenté lors de la dernière réunion bisannuelle. Il s’agit d’une étude portant sur les services de santé au Cameroun. Les auteurs essaient de mesurer l’intensité de la corruption dans plusieurs hôpitaux camerounais. Ils ont procédé à une enquête auprès d’un échantillon de patients. Parmi les questions posées, j’en ai retenu deux : Arrive-t-il que le médecin de l’hôpital auquel vous téléphonez pour un rendez-vous, vous en propose un plus rapide dans son cabinet privé ? Les médecins vous demandent-ils parfois des honoraires supérieurs aux honoraires affichés ? Si la réponse aux deux questions est affirmative, le chercheur considère que le patient a été victime de corruption et que l’hôpital est corrompu. On peut certes regretter ce type de comportement de la part du corps médical mais je doute qu’il soit qualifié de « corrupteur » dans les nombreux pays développés où il se pratique. Il me semble qu’en Afrique du fait de la réalité mais aussi d’une campagne continue des organisations internationales et centres de développement on tend à voir de la corruption partout même là où elle n’existe pas. Paradoxalement, cela rassure et rend fataliste. Un fatalisme qui rappelle celui des romanciers siciliens à propos de leur île (1).

L’analogie avec la Sicile me paraît utile parce qu’outre un fatalisme démobilisateur, on trouve souvent chez les économistes africains l’idée que les « corrompus » ce sont les autres, alors que nous participons tous de ce système dès que l’on atteint un certain niveau de revenu. Cette remarque s’applique d’ailleurs à tous les pays et au premier chef au nôtre (2).

(1) Je pense à Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Leonardo Sciascia et Andréa Camilleri.

(2) Par curiosité j’ai consulté le classement de Transparency International 2010. Le pays le moins « corrompu » sur 178 serait le Danemark (9,3) ; le plus « corrompu », la Somalie (1,1). La Belgique est classée 22ème avec un score de 7,2 (devant les Etats Unis et derrière le Chili) et le Cameroun, 146ème avec un score de 2,2.

dimanche 12 juin 2011

Les vertus du doute

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Pierre Pestieau et Victor Ginsburgh

Lorsque nous nous promenons dans les couloirs de nos facultés, notre attention est souvent attirée par l’une ou l’autre affiche annonçant une conférence, un séminaire, une soutenance de thèse sur des thèmes du type: Faut-il payer l’eau? L’économie sociale, une solution à la crise. Contre la mondialisation. Diminuer l’âge de la retraite et augmenter les pensions. Oui à la taxe Tobin. Non à une croissance continue, etc.… Ces affiches viennent généralement de départements connexes aux départements d’économie: la sociologie, les sciences politiques, la gestion. Et d’habitude, les économistes ne seront pas interpelés ni interrogés, parce que les collègues relevant de ces disciplines ont l’impression que nous avons des convictions tout à fait opposées aux leurs et qu’il ne sert à rien d’en discuter.

En fait, il n’en est rien. Ce qui nous différencie d’eux sur ces questions, ce ne sont pas les réponses qu’ils apportent mais le fait que souvent, alors qu’eux ont une réponse, nous n’en avons pas. Ce n’est pas nouveau. Les assertions les plus péremptoires ne viennent pas des salles de séminaire mais des bistros. Moins on connaît un sujet, plus on ose des affirmations sans appel. Ce mal n’épargne pas davantage les économistes. Nous nous comportons vis-à-vis d’autres disciplines comme des piliers de comptoirs. Il en est parmi nous qui sans vergogne prétendent tout connaître de la psychologie ou de l’histoire après la lecture rapide d’un ou deux livres.

En revanche, lorsqu’on nous interroge sur la faisabilité de la taxe Tobin (qui imposerait les mouvements financiers internationaux), nous sommes généralement circonspects. Nous pouvons avoir la même sainte horreur des dérives du capitalisme financier que les partisans d’Attac mais nous voyons aussi les problèmes que poserait l’imposition d’une telle taxe, nous anticipons l’entrée en scène d’ingénieurs de l’évasion fiscale et la multiplication de distorsions pénalisantes pour les pays et les institutions jouant le jeu, alors que celles qui ne le jouent pas sortiraient gagnants.

Bien sûr nous sommes contre le nucléaire. Et contre le barrage en Patagonie, qui va supprimer à jamais des zones naturelles uniques et protégées. Et contre celui de la forêt amazonienne, qui va déplacer des tribus et détruire de nombreuses espèces animales. Et contre le charbon qui pollue. Et contre le pétrole qu’il faut importer à des prix trop élevés, et qui pollue aussi d’ailleurs. Et contre les biocarburants parce qu’ils se substituent aux cultures vivrières. Et, tant qu’à faire, contre l’électricité et nos sacro-saints véhicules. Mais nous ne voyons pas non plus comment continuer à vivre sans cette précieuse énergie.

Bien sûr nous pensons que la croissance économique devrait s’arrêter. Si l’on observe l’état du monde, les ressources énergétiques, la croissance démographique, les écarts nord-sud, il est clair qu’une croissance continue n’est pas soutenable. Mais le système économique qui prévaut dans la grande majorité des pays n’admet pas la pause. Certes un autre modèle serait possible si nous pouvions adhérer à une norme sociale qui incorpore la finitude de notre planète. C’est possible dans le cadre d’une communauté limitée, mais pas dans le contexte mondialisé que nous connaissons, et où chacun joue, hélas, au passager clandestin : « Pourquoi payer un billet de transport? Le train roule de toute façon. » Nous sommes des cyclistes obligés d’avancer pour ne pas tomber. Et ceci est plus qu’une image, puisque l’économiste Arthur Okun (1) a pu montrer que c’est la croissance qui permet d’augmenter, voire de simplement maintenir le taux d’emploi. Même si l’on a depuis lors découvert certaines faiblesses de cette « règle », elle n’a pas pu être contredite. Alors, sommes–nous pour plus de chômage ?

La taxe Tobin, l’abandon du nucléaire, la croissance zéro sont des exemples de questions pour lesquelles nous continuons de nous interroger. Nous sommes admiratifs devant ceux qui sont capables de donner des réponses définitives, sans appel et envions leurs certitudes. Ces dernières sont certainement plus confortables que le doute et la prudence.

(1) Arthur Okun (1962), “Potential GNP: Its Measurement and Significance,” American Statistical Association, Proceedings of the Business and Economics Statistics Section, pp. 98–104.

Politique et expertise économique

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau

Les économistes ne sont pas très bienvenus dans la sphère publique, et quand ils réussissent à s’y intégrer, il faut que les hommes politiques (un bien grand mot pour des gens qui ne sont souvent que des politiciens) donnent leur avis, sans rien y comprendre et que, de surcroit, les candidats « experts » soient de leur bord.

La chose vient d’arriver, et pas à n’importe qui, puisqu’il s’agit de Peter Diamond, Prix Nobel de science économique 2010 (1). Sa candidature au conseil d’administration de la Banque Fédérale Américaine (la « Fed ») a été refusée à trois reprises par la commission spéciale du Sénat chargée d’examiner la proposition qu’ Obama avait faite en avril 2010.

Pourquoi le sénateur républicain Shelby, suivi par les autres sénateurs républicains qui siègent dans le comité, ne veut-il pas de lui ? Pour sa méconnaissance de la macroéconomie et son manque d’expérience de la gestion bancaire (2). Peut-être, mais aussi et sans aucun doute surtout parce que comme M. Shelby le déclare : « j’aimerais que le Président Obama n’essaie pas de bourrer la Fed d’individus qui utiliseront l’institution dans le but de financer ses dépenses extravagantes (profligate spendings) » (3).

Il importe de noter que les recherches de Diamond sur le marché du travail ont mis l’accent sur des inefficacités (frictions) et reconnaissent que certaines politiques économiques peuvent les réduire, d’autres peuvent les accroître. Il est donc crucial de pouvoir faire la distinction. Par ailleurs, la Fed aurait aussi pu faire appel à ses recherches sur la protection sociale, un problème qui se pose de façon cruelle aux Etats-Unis. On nous objectera que le rôle d’une banque centrale est de se limiter à la lutte contre l’inflation. C’est sans doute vrai de la Banque Centrale Européenne, et on le lui reproche assez. En revanche, la Fed a de tout temps eu un mandat qui dépassait la sphère monétaire stricte et il est évident que Diamond aurait parfaitement convenu.

Le 6 juin 2011, Peter Diamond s’est retiré de la course. Il s’en explique dans une lettre ouverte au New York Times, en suggérant notamment que les sénateurs n’ont pas compris combien « l’analyse des politiques de l’emploi (et donc du chômage) est cruciale dans la conduite d’une politique monétaire » (4).

Ce qui n’est manifestement pas l’avis du sénateur Shelby qui trouve un autre défaut à Peter Diamond : il y a déjà un autre gouverneur de la Fed qui habite, comme lui, Boston.

Y a qu’en Belgique que ce genre de chose n’arriverait pas…

(1) Inutile de dire que Diamond a été Président de l’American Economic Association (2003) et est membre de la National Academy of Sciences depuis 1978. Il est connu pour plusieurs travaux théoriques importants, et s’est largement investi dans des recherches sur le marché du travail et sur les systèmes de sécurité sociale.

(2) http://www.financebusinessnews.net/senate-says-economist-lacks-experience-to-serve-fed/

(3) http://www.bloomberg.com/news/2011-06-06/nobel-laureate-peter-diamond-to-withdraw-his-nomination-as-a-fed-governor.html

(4) http://www.nytimes.com/2011/06/06/opinion/06diamond.html

vendredi 3 juin 2011

Les belles réformes dans l’enseignement supérieur

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Victor Ginsburgh

Les Ministres de l’Enseignement Supérieur dans la Communauté française n’ont manifestement pas grand-chose à faire. Et que fait-on quand on n’a rien à faire ? On réforme.

Le première réforme, celle de la Ministre Marie Dominique Simonet, chrétienne démocrate, a consisté à créer des « académies confessionnelles » (universités catholiques, universités non catholiques, autres ?) où qu’elles soient localisées et sans se préoccuper le moins du monde des possibles synergies. On dit que ce sont les recteurs de l’Université Libre de Bruxelles et de l’Université catholique de Louvain qui le voulaient ; ils auraient mieux fait de proposer une Académie Bruxelles-Louvain d’ailleurs. Là, il y avait des synergies (1).

Cette réforme date d’il y a quelques années — à peine et semble avoir complètement foiré. L’Université catholique de Louvain a eu quelques difficultés à convaincre certains des centres universitaires localisés à Bruxelles, Namur, et Mons à intégrer l’Académie de Louvain. L'Université Libre de Bruxelles se méfie d’un plan visant à transformer l’Université de Mons en université complète en Communauté française, alors que toutes deux étaient censées faire partie de l’Académie Wallonie-Bruxelles. Quant à la troisième académie, l’Académie Wallonie-Europe, c’est un pêle-mêle dont font partie l’Université de Liège et la Faculté des Sciences Agronomique de Gembloux. Dans un classement de 12 000 universités dans le monde, cette académie est classée 10966e, ex æquo avec la Faculdade Christus, la Fatima Jinnah Woman University et le North Atlantic Fisheries College (2).

Et je ne veux pas rentrer dans le détail des réglementations pointilleuses et épuisantes, qui portent même sur les programmes doctoraux. Bref, la foire. Que fait-on ?

Cette fois c’est un ministre socialiste M. Marcourt, qui découd la réforme précédente et suggère de regrouper toutes les académies en une seule qui sera, « secondée de pôles ou de bassins géographiques », comme l’explique si joliment l’article paru dans Le Soir du 9 mai (3). Le « bouleversement » est double : les académies actuelles sont remplacées par des pôles qui comprendraient non seulement les universités mais aussi les hautes écoles d’une même région, les compétences seraient vastes (bof) et la gouvernance extrêmement simple avec (seulement) trois niveaux : un niveau « exécutif » (le recteur et les représentants des institutions membres), un niveau « décisionnel » dont les fonctions ne sont pas précisées, sauf que ce serait une « sorte de conseil académique » et un niveau « stratégique », ouvert au représentants des milieux politiques (quelle chance !), culturels (c’est quoi ?) et sociaux (syndicats et entreprises). Quelle magnifique simplification, ça va être facile à gérer. Et sûrement engendrer une recherche et un enseignement de pointe.

Et ce n’est pas fini. Il faut aussi que le Ministre s’occupe de la représentation étudiante dans les universités, parce que le système actuel n’est pas démocratique (4).

Les universités belges qui étaient raisonnablement compétitives en matière d’enseignement et de recherche risquent bien d’être submergées par les changements qui leur sont assénés et étouffées par les réglementations que les ministres leur imposent, en intervenant dans les programmes, y compris dans les études doctorales. Elles devraient avoir, nous semble-t-il, des choses plus importantes à faire !

Mais ça, c’est une chose qui n’intéresse manifestement pas beaucoup les ministres…

(1) Ce texte a été écrit la semaine dernière. Entretemps, une bonne nouvelle, et on ne peut qu’espérer que l’Université Libre de Bruxelles saisira l’occasion et que le ministre suivra. Le recteur de l’Université catholique de Louvain « verrait bien un pôle organisé autour de l’Université de Liège et un autre autour de l’Université Libre de Bruxelles et de l’Université catholique de Louvain, qui regrouperait les zones de Bruxelles, Brabant wallon et Namur » RTBF, 3 juin 2011, http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-recteur-de-l-ucl-suggere-un-pole-commun-avec-l-ulb?id=6213173

(2) Voir Ranking Web of World Universities, http://www.webometrics.info/.

Je suis loin d’être un fana ou un croyant des classements des universités, mais ça m’amuse de les regarder de temps à autre. On apprend des choses…

(3) Vers une seule académie en Communauté française, Le Soir, 9 mai 2011.

(4) Voir http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/660423/le-chamboulement-de-la-representation-etudiante.html

Hergé et moi

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Pierre Pestieau

J’ai toutes les raisons de ne pas aimer Hergé et son personnage central Tintin. Les biographies de l’un et de l’autre témoignent de valeurs pour le moins discutables. Une vision raciste et opportuniste du monde, une caricature insupportable des nationalités, un ethnocentrisme écœurant, un sexisme affligeant. Il y a certes des exceptions—qui confirment la règle : l’amitié de Tintin pour Tchang ou l’accueil que le Capitaine Haddock propose au gens du voyage dans le parc de son château. Il y a aussi la rengaine des excuses du type « C’était l’air du temps ». Comme me disait une amie argentine, « Je ne comprends pas que tant de Belges, même ceux qui se disent intellectuels de gauche, ont cette vénération chauvine pour quelqu’un qui fut toute sa vie à la remorque des idées du moment ».

Et pourtant. Tout en sachant tout cela, y compris la contribution d’Hergé au Soir Volé pendant la guerre, ses dessins antisémites dans l’Etoile Mystérieuse, il a laissé sur nos esprits une marque indélébile. Même si Tintin se lit encore aujourd’hui, cette empreinte a surtout marqué la génération du baby boom ; elle devrait progressivement s’estomper.

Ma famille appartient à la génération du baby boom. Nous étions dix enfants et nous vivions dans une relative autarcie sociale. La maison familiale était située à deux kilomètres du centre du village par ailleurs lui-même minuscule. De ce fait, nous ignorions tout des mœurs urbaines. Nous lisions Jules Vernes, Dickens,… mais la véritable fenêtre sur le monde fut l’œuvre d’Hergé : Tintin mais aussi Jo et Zette ou Quick et Flupke. Plusieurs détails me reviennent à l’esprit. Nous n’avions jamais vu de garçons de café en livrée, de taxis, de caravanes, de paquebot, et tout cela nous le découvrions dans ces albums. Encore aujourd’hui, je ne peux pas voir un garçon sans penser à ce garçon de café qui attend d’être payé, pourboire compris, l’air hautain et revêche.

Tintin m’a aussi donné le goût de certains voyages. J’ai visité le Pérou et le Temple du Soleil du Machu Picchu en ayant à l’esprit l’album éponyme. Le Lotus Bleu m’accompagne lors de mes voyages en Chine. Chaque fois que je suis a Genève, je pense au début de l’Affaire Tournesol et bien sûr pas à Tintin en Suisse. Même Tintin au Congo dont le caractère outrancier est reconnu de tous me vient à l’esprit lorsque je voyage en Afrique ; on y trouve d’ailleurs des représentations sculptées naïves des personnages de Tintin dans beaucoup d’échoppes pour touristes à côte de copies de masques et autres produits de l’artisanat local.

Enfin et surtout, à tout moment des situations tintinesques me viennent à l’esprit, notamment lorsque dans mes cours ou conférences j’évoque telle ou telle expression ou situation dont j’espère que les étudiants ont une certaine connaissance. Lorsqu’une démonstration croit en complexité, j’utiliserai la phrase du Genéral Alcazar jouant au lanceur de couteaux : « De plous en plous difficile ». A l’occasion d’un raisonnement à difficulté variable, je dirai comme le Capitaine Haddock : « C’est à la fois simple et compliqué ». Sans oublier le « Botus et mouche cousue » des inénarrables Dupondt ou le « Toujours plus à l’ouest » de Tournesol. Dès que je décris un sans gène, doublé d’un pique assiette, l’image de Séraphin Lampion me vient à l’esprit. Un enfant infernal fait aussitôt penser au petit Abdallah. Et la liste est bien plus longue.

Ce que je veux dire, c’est qu’à tous les moments de ma vie sociale et professionnelle, l’univers de Tintin apparaît de façon quasiment obsessive. Je me sens comme le Capitaine Haddock qui ne parvenait pas à détacher le sparadrap qui lui collait au doigt.

samedi 28 mai 2011

La double peine

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Pierre Pestieau

Selon la norme européenne, la pauvreté est définie à partir d’un seuil qui se montait pour la Belgique de 2009 à 966€ par mois pour un isolé et 1450€ pour un couple. Cela correspond a 60% du revenu médian dûment ajusté pour tenir compte de la taille de la famille. Vivre seul coûte plus par tête, ce qui explique que le seuil de pauvreté pour un couple n’est pas égal au double, mais à 50% de plus que celui d’un isolé. Selon ce standard, en 2009 la Belgique comptait 14,6% de pauvres avec des disparités régionales de 18,4% pour la Wallonie, 10,1% pour la Flandre et 27,8% pour Bruxelles.

Quand cette norme est apparue fin 2000, elle créa un choc. Jusqu'alors on mesurait la pauvreté sur base de la moitié du revenu médian et les taux étaient nettement plus bas, impliquant que de nombreux ménages belges se situent entre 50 et 60% du revenu médian. Ce changement du calcul et la détérioration de la situation économique et sociale de la Wallonie ont eu pour conséquence qu’on est passé en une décennie à des taux tournant autour de 5% en 2000 pour la Flandre et la Wallonie aux taux que nous venons de citer pour 2009. La Wallonie a près de deux fois plus de pauvres que la Flandre et Bruxelles près de 3 fois. Mais il y a plus grave. Disposer de si peu de ressources est la première peine à laquelle les pauvres sont condamnés. Malheureusement, ils sont soumis à une seconde peine.

On pourrait croire que les pauvres ont accès aux mêmes marchés que les classes moyennes. Il n’en est rien. On peut montrer que pour eux le coût d’un panier de biens essentiels tels que chauffage, alimentation, vêtements, logement, téléphone,… est souvent plus élevé que pour la classe moyenne. C’est ce qu’on appelle la double peine (1).

On doit ce concept de double peine appliqué à ce contexte à Martin Hirsch, l’ancien président d’Emmaüs et concepteur du revenu de solidarité active (RSA). De quoi s’agit-il ? Hirsch a rassemblé de nombreuses statistiques sur le coût de la vie. Résultat : les consommations de base – logement, alimentation, téléphonie, crédit… – sont systématiquement plus coûteuses pour les 3,5 millions de ménages français qui vivent sous le seuil de pauvreté. Ce type de données n’existe pas en Belgique mais on peut conjecturer que la situation n’y est pas différente.

Comment expliquer que non seulement les pauvres le sont en revenu mais aussi en consommation ? D’abord les pauvres n’ont pas la culture consumériste de la classe moyenne attirée par les bons coups, les soldes, les maîtres achats. Ensuite, le manque de mobilité des pauvres, particulièrement celui des personnes âgées, leur rend difficile de se déplacer là où les prix sont bas et les obligent à se fournir dans des commerces de proximité souvent plus chers. Enfin, il y a les économies d’échelle. Acheter en vrac peut être plus économique. Un abonnement téléphonique promotionnel est sûrement moins cher qu’un recours excessif aux cartes SIM. Sans parler de l’emprunt. Selon l’adage « On ne prête qu’au riche », les pauvres sont soumis à des taux usuraires qui accroissent leurs difficultés.

Cette idée que les pauvres paient plus que les autres pour les mêmes biens appelle plusieurs commentaires. D’abord, il y en aura toujours qui diront que quand on a peu ressources on fait l’effort de trouver les meilleurs prix. C’est oublier les contraintes de mobilité et d’information qui pèsent sur la plupart des pauvres. De même, on a souvent tendance à penser que les pauvres ne le sont pas autant que cela car ils auraient accès au secteur informel : entraide familiale et travail au noir pour prendre deux exemples. Ici aussi la prudence s’impose. Cette remarque n’est pas totalement infondée mais elle ne s’applique qu’à une minorité de pauvres.

Que faut-il faire ? Comme le suggère Hirsch (2), plutôt que pousser à une augmentation des allocations, peu probable dans l’état actuel des finances publiques, l’Etat devrait avec l’aide d’associations adopter une politique proactive sur le prix des dépenses obligatoires et sur l’accès aux services sociaux de base.

(1) En droit pénal, la double peine est le fait de condamner deux fois une personne (morale ou physique) pour le même motif.

(2) Le Nouvel Observateur, 12-18 mai 2011, p.87.

Politique culturelle, à la …

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Victor Ginsburgh

Durant la semaine où la Belgique se passionnait parce que le Standard avait battu Anderlecht et se demandait si le club pourra décrocher le titre de je ne sais trop quoi, une des plus importantes collections belges d’art conceptuel et minimal de la deuxième moitié du 20e siècle – des œuvres acquises par Nicole et Herman Daled entre 1966 et 1978 à des artistes vivants – s’en allait au Museum of Modern Arts (MoMa) à New York. Plus de 80 œuvres de Marcel Broodthaers, mais aussi des œuvres de (et des documents uniques sur) Carl André, Sol LeWitt, On Kawara, Dennis Oppenheim, Jorg Immendorf, Robert Ryman, Richard Long, Gilbert and George, Dan Graham, Hanne Darboven, Niele Toroni, plusieurs Daniel Buren, et j’en passe.

Cette collection a été exposée au Haus der Kunst à Munich en 2010. Aucun responsable des nombreux ministères de la culture que compte la Belgique n’a fait le déplacement. Par manque de jet privé ? Deux conservateurs de musées belges seulement ont pris le temps de faire un saut à Munich. Par manque d’intérêt de la part des autres, ou pire, par ignorance ? Les responsables du MoMa, eux, sont venus la voir depuis New York. Et ceci a entrainé cela. L’Etat belge a raté la collection.

Information qui semble d’ailleurs cohérente avec le fait que le Musée d’Art Moderne de Bruxelles ferme ses portes pour, selon certains critiques, et pour autant que ce soit vrai, faire la place belle à l’art du 19e siècle et « occulter » celui des 20e et 21e siècles.

De manquement en manquement des pouvoirs publics, on se rappellera ce qui s’est passé il y a peu autour du Palais Stoclet, ce chef-d’œuvre de l’Art Nouveau de l’architecte Hoffmann. Comme le notait Le Monde à l’époque (1), « le morcellement des compétences politiques dans la Belgique fédérale et le peu d'empressement des pouvoirs publics à assurer la défense des biens culturels laissent peu d'espoir à ceux qui veulent éviter la catastrophe ». Et la saga n’est pas finie, note Guy Duplat dans La Libre (2).

Ou encore des péripéties autour de la collection d’art précolombien que Dora Janssen proposait de donner au Musée du Cinquantenaire en paiement des 8 millions d’euros de droits de succession suite au décès de son conjoint. Ces droits reviennent à la Flandre, qui refuse la dation après plusieurs années de discussion. La raison : le musée du Cinquantenaire est situé à Bruxelles. La propriétaire prend des contacts avec un musée américain qui s’intéresse (évidemment) à la collection, ce qui résout finalement le gouvernement flamand à revenir sur sa décision et à accepter la dation (3). La collection a résidé pendant cinq ans au Cinquantenaire et vient d’être transférée au Museum Aan de Stroom à Anvers.

Ni, faut-il le rappeler, et ce malgré une pétition internationale signée par 700 architectes, la destruction en 1965 de la Maison du Peuple, avantageusement remplacée par le tour dite de Blaton. Après tout, Horta ou Blaton, c’est du pareil au même. Y a-t-il chez nous un ministre de la culture capable de reconnaître qui est qui ?

Quelle politique culturelle à la c…


(1) Jean-Pierre Stroobants, Menaces sur le Palais Stoclet, chef-d’œuvre bruxellois, Le Monde, 4 mars 2006.

(2) Voir Guy Duplat, La saga du palais Stoclet, La Libre, 27 juillet 2009,

http://www.lalibre.be/culture/politique/article/518493/la-saga-du-palais-stoclet.html

(3) Pour les détails, voir Guy Duplat, Collection Janssen : l’offre de Reynders, La Libre, 11 février 2006, http://www.lalibre.be/culture/politique/article/268180/collection-janssen-l-offre-de-reynders.html

samedi 21 mai 2011

« Je ne savais pas »

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Victor Ginsburgh

Il n’y a pas que les « négationnistes » qui nient l’existence de faits démontrés vrais. Les Israéliens s’y mettent à leur tour. Le pays a fêté samedi passé yom ha’atzmaut, qui marque (le soixante-troisième) anniversaire de la déclaration de son indépendance (14 mai 1948). Le lendemain, les Palestiniens commémoraient la nakba, leur catastrophe et les 600 000 à 700 000 hères qui ont « quitté de plein gré » ou qui ont été expulsés durant et après la guerre de 1947 et 1948 de ce qui est devenu Israël.

Mais la nakba n’a jamais existé. D’ailleurs, le mot lui-même a été supprimé des manuels scolaires israéliens par le Ministère de l’Education en 2009, et ce 23 mars 2011, le Parlement israélien a voté une loi qui permet au Ministre des Finances de couper de façon discrétionnaire les subvention des ONG israéliennes qui se permettraient de soutenir des événements liés à la commémoration de la nakba.

Le 15 mai 2011, un site web français de défense d’Israël suggère que « la nakba que constitua pour les Palestiniens la création de l'Etat juif, s'est traduite par l'exode de quelque 760 000 Palestiniens, encouragés par les pays arabes à s'exiler après avoir reçu la promesse qu'ils rentreraient chez eux par la grande porte une fois que les juifs auraient été jetés à la mer par leurs soins ».

Un jour avant, j’avais reçu d’un ami juif un texte portant comme titre « Le mensonge de la nakba », dont voici des extraits (1):

« Il faut reconnaître une chose aux Palestiniens (et à leurs supporters et amis) : ils sont passés maîtres en désinformation, pour ne pas dire tromperies et mensonges. D’abord les Palestiniens cannibalisent le terme : nakba, en arabe, signifie catastrophe. En hébreu, shoah. Voilà que les Palestiniens mettent, sur le même pied, la catastrophe qui a coûté la vie à six millions de Juifs et celle, mythique, qu’ils s’inventent, leur nakba. Certes, il y eut des personnes forcées de quitter leur foyer à la suite des combats. Bien qu’Israël ait supplié (sic) ses habitants arabes de rester, une partie quitta suite aux incitations de ses dirigeants et des gouvernants arabes qui leur promettaient un prompt retour sur tout le territoire, du Jourdain à la mer ».

Ce n’est pas tout à fait l’avis des historiens israéliens eux-mêmes qui sont plusieurs à avoir osé utiliser les mots de « nettoyage ethnique » auquel l’armée israélienne a procédé en 1947-48 (2) en « éliminant 418 villages palestiniens de la face de la terre » (3), alors que les dirigeants de l’époque ont fermé les yeux et se sont bouché le nez. C’est en tout cas ce qu’on dit de David Ben-Gurion.

Supplication ou nettoyage ? En tout état de cause, le nettoyage (mais pas la supplication) a continué après l’annexion des territoires en 1967, puisque entre cette date et 1994, quelque 140 000 Arabes vivant dans les territoires occupés (hommes d’affaires, étudiants, scientifiques) qui, pour des raisons diverses, avaient quitté la Palestine (occupée) se sont vu refuser leur retour s’ils avaient résidé à l’étranger pendant un certain nombre d’années.

« Je ne savais pas » aurait dit le Général Danny Rothschild, responsable israélien des territoires occupés entre 1991 et 1995 (4).

Il y en a eu d’autres avant lui qui ont dit « je ne savais pas ». Et d’autres encore qui ont nié.

(1) Je dois reconnaître que cet ami, qui a été expulsé d’un pays arabe en 1956, compare le nombre de juifs expulsés des pays arabes à celui des palestiniens expulsés d’Israël. Les nombres sont en effet équivalents. Ce qu’il oublie de dire c’est que les circonstances n’étaient pas tout à fait les mêmes. Les juifs ont occupé un territoire peuplé par des arabes, et se sont fait expulser par mesure de rétorsion en 1948 et suite à la guerre du Canal de Suez en 1956 à laquelle les Israéliens ont si malheureusement participé.

(2) Voir par exemple Simha Flapan, The Birth of Israel, New York : Pantheon Books, 1987 ou Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine, London and New York : Oneworld, 2006.

(3) Gideon Levy, Israeli Jews should mark nakba day, Haaretz May 15, 2011. http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/israeli-jews-should-mark-nakba-day-too-1.361741

(4) Voir Akiva Eldar, Israel admits it covertly canceled residency status of 140,000 Palestinians, Haaretz May 11, 2011. http://www.haaretz.com/print-edition/news/israel-admits-it-covertly-canceled-residency-status-of-140-000-palestinians-1.360935

Les Belles Américaines

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Pierre Pestieau

Dans le même journal distribué gratuitement à Washington, deux nouvelles apparemment indépendantes. Un médecin y suggère que l’homme pourra vivre quasiment éternellement dans un futur rapproché. Tous les éléments dont son corps est constitué seront remplaçables. Un peu comme ces voitures américaines du début des années 50, appelées familièrement les « Belles Américaines » qui continuent de rouler à Cuba sans qu’il ne leur reste une seule pièce d’origine.

Autre nouvelle : la mort à 110 ans de Claude Stanley Choukles à Perth en Australie. Ce serait, nous dit le journal, le dernier ancien combattant de la guerre 14-18, la der des ders, comme on l’a cru pendant 20 ans. Il était donc né en 1901 et avait 17 ans en 1918. Un rapide calcul pourrait nous donner à penser que le dernier des anciens combattants de la seconde guerre mondiale devrait mourir à 116 ans puisque la longévité s’est accrue d’environ un an tous les 4,5 ans et le dernier vétéran de la guerre du Vietnam à 122 ans si l’on suit le même raisonnement. Et celui de la guerre d’Afganistan à supposer qu’elle se termine l’an prochain, à 131 ans. C’est possible mais peu probable.

Il faut en effet distinguer espérance de vie et longévité maximale. Si nous vivons en moyenne de plus en plus longtemps, c’est en grande partie parce que la mortalité des plus âgés a diminué, suite au progrès sanitaire et médical, au style de vie,… La montée spectaculaire de l’espérance de vie au siècle passé reposait avant tout sur la baisse de mortalité des enfants et des jeunes adultes. Puis, à partir des années 1970, la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et les progrès dans le traitement des cancers a fait reculer la mortalité des personnes âgées, augmentant ainsi les chances de devenir centenaire.

Deux questions restent cependant ouvertes : (a) jusqu’où peut-on baisser la mortalité aux très grands âges, c’est-à-dire, au-delà de 85 ans et (b) peut-on relever la limite maximale de la vie humaine, dont on se sait rien si ce n’est que dans les faits personne n'a vécu plus de 122 ans (1),(2) ? Dans le doute, la prudence s’impose et les analogies avec la mécanique automobile voire même la robotique sont dangereuses. Et puis, est-ce tellement souhaitable (3) ?

(1) Et encore. L’écart entre l’âge auquel est morte Jeanne Calment et celui atteint par les autres grands centenaires a conduit certains à mettre en doute l’authenticité de cet « exploit ».

(2) Jeanne Calment est une française, née le 21 juillet 1875 en Arles et morte le 4 août 1997 dans la même ville à l'âge de 122 ans, 5 mois et 14 jours (elle a vécu 44 724 jours). Elle survécut 55 ans à son mari (mort en 1942), 2 ans à son notaire auquel elle avait vendu sa maison en viager et 107 ans à Vincent van Gogh auquel, à l’âge de 13 ans, elle aurait vendu des toiles dans la boutique de son père.

(3) Ceci nous renvoie à la nouvelle de Borges, « L’immortel », consacrée à la vanité de la quête de l'immortalité alors que ce qui motive chacun de nous est de se savoir mortel. Un Romain qui a servi dans les armées de César trouve un fleuve qui lui donne l'immortalité, puis passera des siècles à chercher le ruisseau qui pourra le rendre à nouveau mortel. Cette nouvelle, d’abord publiée dans Los Anales de Buenos Aires, vol. 2, no 12, février 1947, sous le titre « Los inmortales », fut reprise dans un recueil de nouvelles Aleph, Gallimard, Paris, 1966.

samedi 14 mai 2011

1%

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Pierre Pestieau

« Pratiquement tous les sénateurs des États-Unis appartiennent à la tranche supérieure de 1% [des revenus] quand ils arrivent au pouvoir. Ils s’y maintiennent grâce au 1% . S’ils servent bien cette tranche de 1%, elle les récompensera lorsqu’ils quitteront leur mandat » (1). Voila ce que le prix Nobel Joseph Stiglitz a récemment écrit dans un article publié par le magazine Vanity Fair.

Les économistes aiment les chiffres fétiches. On connaît la vulgate de Maastricht : 3% du PNB pour le déficit de l’Etat et 60% pour son endettement. Pour mesurer la pauvreté et son évolution on prend la fraction de la population qui consomme moins de un ou deux dollars par jour. Il existe un seuil de pauvreté mais pas de richesse. Si l’on introduisait un seuil de richesse, il faudrait le relever chaque année. L’économiste préfère parler de la tranche de 1%, que ce soit une tranche de revenu ou une tranche de richesse. Ainsi dans le même article Stiglitz nous révèle que cette tranche accapare près d'un quart du revenu du pays et que la tranche des 1% les plus fortunés contrôle 40 % de la richesse nationale (2). Il y a 25 ans, les chiffres correspondants étaient 12% et 33%. Pauvres riches.

Ces chiffres nous montrent pourquoi la population ne sent pas son bien-être augmenter alors que la croissance est incontestable. La raison est simple, l’essentiel de la croissance de ces dernières décennies est allé à ceux « d'en haut ». Cette observation va à l’encontre de la thèse d’un autre prix Nobel, Simon Kuznets, pour qui l'évolution des inégalités de revenus devait prendre, sur une longue période, la forme d'une courbe en cloche, en s'accroissant au commencement de la révolution industrielle pour diminuer par la suite, en raison de logiques économiques lourdes, en particulier celle de la réallocation de la main d'œuvre des secteurs à faible productivité (agriculture) vers des secteurs à plus forte productivité (industrie).

Qu’en est-il ailleurs qu’aux Etats-Unis ? Grâce aux travaux de Thomas Piketty (3) et de ses collègues on commence à avoir une meilleure idée de cette évolution dans de nombreux pays (la Belgique manque encore à l’appel). Ces travaux ont fait ressortir que les pays anglo-saxons, après avoir connu la même baisse des inégalités économiques que les pays d'Europe continentale, se sont engagés dans une dynamique de reconstitution de très fortes inégalités depuis 30 ans. En revanche dans la plupart des pays relevant de la vieille Europe, ce retour à la concentration des ressources dans la tranche des 1% ne se manifeste pas, ou plutôt, pas encore. Chez nos grands voisins, la part des 1% se maintient à 9% en France et à 11,50% en Allemagne durant la période 1949-2005. Piketty et ses collègues craignent que ce statu quo ne dure pas et que les raisons qui ont présidé à la croissance rapide des inégalités dans les pays anglo-saxons aient rapidement le même effet en Europe continentale. Ces raisons sont les niveaux extravagants des revenus des dirigeants des grands groupes et autres traders, le rôle accru des héritages comme vecteur d’enrichissement et la faiblesse de la fiscalité des très, très hauts revenus. On a beaucoup parlé en France du bouclier fiscal, de la réduction programmée de l’impôt sur la fortune, de la réduction des droits de succession, sans parler d’une imposition des hauts revenus relativement faible. La plupart des pays européens suivent le même chemin. Les libéralités fiscales sont dans l’air du temps. Si l’on n’y prend pas garde, on pourrait vite se trouver avec une minorité de 1% qui confisque à son profit une part importante de la production et une part encore plus importante de la richesse nationale.

Que faire face à ce risque ? Avoir le courage de réguler ces rémunérations extravagantes et d’augmenter la fiscalité des plus riches au travers des droits de succession et de l’impôt sur les revenus. Et surtout se montrer sourd aux menaces de concurrence fiscale entre pays ou régions dont on a tendance à exagérer l’importance.


(1) “Virtually all US senators are members of the top 1% when they arrive, are kept in office by money from the top 1%, and know that if they serve the top 1% well they will be rewarded by the top 1% when they leave office”, in Vanity Fair (Mai 2011).

(2) Ces deux tranches ne coïncident pas exactement.

(3) Anthony B. Atkinson, Thomas Piketty, and Emmanuel Saez, Top incomes in the long run of history, Journal of Economic Literature, Vol. XLIX (Mars 2011).

Ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi

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Victor Ginsburgh

« Ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi. Et que ton cœur ne soit pas dans l’allégresse quand il chancelle, de peur que l’éternel ne le voie, que cela ne lui déplaise et qu’il ne détourne de lui sa colère ».

Ces mots de la Bible, Proverbes 24 : 17-18, figurent en tête d’un article d’Uri Avnery (1) sur la mort de Ben Laden. Bien sûr, écrit-il, on peut être satisfait de voir un ennemi abattu, mais on ne peut l’être de voir les jeunes américains danser dans les rues de New York et ailleurs. Aucune différence, finalement, avec ceux qui se sont réjouis au Soudan, en Somalie et ailleurs lorsque les tours de Manhattan se sont effondrées. Offusqués ou réjouis par la mort, c’est selon, et nous sommes tous les mêmes.

On est terroriste ou résistant, selon que l’on perd ou gagne la partie. Avnery lui-même a écrit quelque part : « Avec moi, vous pouvez parler de terrorisme, j’ai été terroriste [durant la guerre contre les anglais en Palestine] ». Comme l’a été Menahem Begin, responsable de l’explosion de l’hôtel King David à Jérusalem où était localisé le quartier général des Anglais en 1946 : 91 morts ; c’est lui aussi qui a coordonné le massacre de Deir Yassin en 1948. Comme l’a été Itzhak Shamir qui a autorisé l’assassinat du comte Bernadotte, représentant des Nations Unies au Moyen-Orient en 1948. Et Ariel Sharon, qui porte la responsabilité, même si elle est indirecte, des assassinats dans les camps palestiniens de Sabra et Shatila durant la guerre du Liban en 1982. Et Napoléon : dévastation de l’Europe et code civil, et combien d’autres, de George Washington à Mandela devenus, par la suite, des hommes de paix, des hommes de culture, des héros.

Je n’ai pas l’intention de banaliser le mal. Mais, pourquoi Ben Laden ne serait-il pas un héros pour ceux qui sont passés par toutes les colonisations possibles et imaginables, l’invasion barbare des Soviétiques en Afghanistan, les invasions tout aussi barbares des Américains en Corée, au Vietnam, au Nicaragua, à Grenade, en Afghanistan, en Irak. Cette dernière invasion, très démocratique, a eu pour conséquence plus de morts américaines que celles des deux tours réunies, ainsi que des centaines de milliers de morts irakiennes (2), soumises aux armes de destruction massives anglo-américaines de Bush et de Bliar, comme les Anglais l’ont surnommé (3).

Comme Avnery le suggère, il n’y a (presque) plus d’ennemi dans le monde : l’empire soviétique a disparu, la Chine est passée du péril jaune au créancier du « monde libre ». Il faut bien remplacer tout cela, et s’imposent l’Iran d’Ahmadinejad, Ben Laden, les « armes de destruction massives » irakiennes, le Hezbollah, le Hamas, les Frères Musulmans. « Tous », écrit Avnery, « deviennent Al-Qaida, en dépit du fait que chaque organisation possède un agenda différent centré sur son propre pays, alors que Ben Laden veut abolir les états musulmans et recréer le Saint Empire Islamique… Pour des millions de Musulmans, et plus particulièrement pour les Arabes, il a été et restera une source de fierté, un héros arabe, le ‘lion des lions’ comme l’a appelé un prédicateur à Jérusalem. Personne n’a osé le dire trop haut, mais même ceux qui pensaient que ses idées étaient impraticables, et ses actions malfaisantes, le respectaient… ».

Pour terminer, une phrase de Percy Kemp (4), qui a imaginé ce qu’en conclusion de son plaidoyer, Ben Laden aurait dit s’il avait pu de se défendre devant un tribunal « Et maintenant, dites-moi : de vous ou de moi, des professionnels ou de l'amateur, lequel est le plus criminel ? »

(1) Voir son article « Rejoice Not », du 7 mais 2011, sur le site http://www.avnery-news.co.il/english/index.html. Uri Avnery est un écrivain et journaliste israélien. Il est évidemment juif, et sioniste. Donc pas antisémite, ni antisioniste, puisqu’il habite Israël, pas comme ceux qui se prétendent sionistes, mais restent en Europe et envoient les autres au pays du lait et du miel. Il a été membre du Parlement israélien (Knesset) de 1965 à 1974 et de 1979 à 1981. Il est le fondateur du mouvement Gush Shalom qui défend depuis de bien longues années la coexistence entre Israël et la Palestine. Pour plus de détails sur cette personnalité exceptionnelle, voyez http://www.avnery-news.co.il/english/uri2.html

(2) Voir http://en.wikipedia.org/wiki/Casualties_of_the_Iraq_War

(3) B-liar. En anglais « liar » signifie « menteur ».

(4) Percy Kemp, Ben Laden : J’accuse, Le Monde en Ligne, 8 mai 2011.