lundi 10 décembre 2018

Le livre de la peur


Victor Ginsburgh

Et ce livre fait vraiment peur. En voici quelques lignes de la page 89 :

« Deux semaines avant les élections, le 25 octobre 2016, je prononçais une conférence devant quatre cents cadres supérieurs de KEY2ACT, une entreprise de logiciels de gestion de chantiers et d’équipements. Mon sujet était ‘Le moment présidentiel : que nous réserve l’année 2016 ?’. Presque tous les membres de l’auditoire étaient blancs et ils venaient des quatre coins du pays.

Je leur proposai un vote à main levée. Combien d’électeurs potentiels pour Hillary ? Une dizaine de main se levèrent. Combien pour Trump ? La moitié de l’auditoire leva la main, deux cents personnes environ. J’étais bluffé : ça faisait vraiment beaucoup d’électeurs de Trump. »


Le titre du livre est Peur, Trump à la Maison Blanche (1). L’auteur est Bob Woodward, le célèbre journaliste du Washington Post. Il avait, en compagnie de Carl Bernstein, découvert le scandale du Watergate qui avait coûté la peau à Nixon.

Et puis, voici comment continue le récit de Woodward (extraits des pp. 90-95).

« A la fin de la conférence, le PDG de l’entreprise vint me voir. ‘J’ai vraiment besoin de m’asseoir un moment. Je suis sidéré. Voici plus d’un an que je travaille au quotidien avec ces gens. Je les connais, je connais leur famille. Vous m’auriez dit qu’ils étaient deux cents à vouloir voter pour Trump contre dix pour Hillary, je vous aurais garanti que c’était impossible’. Moitié-moitié, ça lui aurait paru normal, mais deux cents pour Trump, il n’en revenait pas. Il ne savait vraiment pas comment l’expliquer, et moi non plus. »

« Dix jours avant les élections, Trump avait perdu plusieurs points dans la plupart des enquêtes au niveau national… »

« Moi-même, j’avais dans l’idée d’écrire un livre sur la première année ou les deux premières années du mandat du prochain président. Au départ, j’imaginais plutôt que ce serait Hillary Clinton mais la conférence [que j’avais faite] m’avait fait réfléchir. »

« Le jour du scrutin vers 17 heures, Trump consulta les derniers sondages des urnes. Ce n’était pas brillant. Ex aequo dans l’Ohio et l’Iowa, neuf points d’écart en faveur d’Hillary en Pennsylvanie, sept en Caroline du Nord [quatre Etats-clés]. »

« A 23h11, [Trump] sut qu’il avait remporté la Caroline du Nord… celle dans l’Ohio était annoncée à 22h36, celle en Floride à 22h50 et celle dans l’Iowa à 00h02. »

Les carottes étaient cuites (ce n’est pas dans le texte de Woodward).

« Hillary Clinton a passé toute sa vie à se préparer en vue d’un moment pareil. Trump n’y a pas consacré une seconde » aurait dit Steve Bannon, son principal conseiller à l’époque.

Il faut avoir peur des Américains et de Bannon plus que de Trump. On dit souvent que ce sont les Américains peu éduqués du Middle West et d’ailleurs qui ont permis à Trump de gagner l’élection. L’anecdote rapportée par Woodward concerne pourtant des personnes sans aucun doute très éduquées qui disent qu’elles auraient voté en masse pour Trump.

Trump finira par partir, qu’il soit destitué ou réélu pour un deuxième terme de quatre ans, ou pas réélu. Les Américains, et Bannon en particulier, sont encore là pour quelques années. Cela nous réserve encore bien des surprises : en réalité, les USA sont bourrés de Trumps et de Bannons.

Mike Pence prie
Andy Borowitz rit
Mais peut-être tout n’est pas perdu et pour vous (et me) faire sourire un peu quand même, voici une des histoires parues récemment dans le New Yorker (2) écrite par Andy Borowitz, le satiriste du journal : « Mike Pence [le très chrétien vice-président] supplie Jésus de venir le chercher avant que Mueller ne l’inculpe ». Ce serait bien parce que, dit-on, Pence est pire que Trump, pas un bandit mais autre chose… que je n’ose pas dire.



(1) Bob Woodward, Peur. Trump à la Maison Blanche, Paris : Seuil.

(2) Andy Borowitz, Pence asks Jesus to rapture him up before Mueller can indict him, The New Yorker, December 7, 2018.

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