Pierre Pestieau
J’ai déjà eu l’occasion de dire tout le
mal que je pense de l’économie collaborative et d’une de ses entreprises
emblématiques, Uber. En un mot, les activités d’Uber échappent au contrôle
fiscal et règlementaire auquel sont astreintes les entreprises ayant pignon sur
rue, en l’occurrence les taxis. Certes, on reconnaissait à la société la
qualité de mettre à mal le monopole des taxis, les forçant ainsi à baisser
leurs prix et adopter une attitude plus courtoise. Mais le bilan me paraissait
plutôt négatif.
Au cours de ces dernières semaines, je
leur ai découvert deux vertus insoupçonnées. Il y aurait d’abord la sécurité
que les transports Uber offrent par rapport aux taxis traditionnels,
particulièrement dans certains pays d’Amérique Latine. En prenant Uber, les
gens évitent les risques que courent les passagers dans certaines parties du
continent, à savoir les enlèvements express connus comme tour du millionnaire (en espagnol Paseo millonario). Ces risques impliquent
un passager de taxi innocent et un chauffeur criminel. Celui-ci s’arrête pour ramasser des associés. Le passager est emmené devant une série
de distributeurs automatiques de billets et forcé d’en tirer le montant
maximum autorisé. Avec Uber aucun risque de ce type.
Par ailleurs, il semblerait qu’en
France en tout cas, Uber a permis à une population plutôt jeune et issue de
zones défavorisées de trouver du travail (1). Beaucoup de conducteurs ont moins
de 30 ans et viennent de lieux particulièrement touchés par le chômage. Ils sont le plus souvent issus de l’immigration et se
sont heurtés jusqu’alors à la discrimination. Uber est ainsi présenté comme
vecteur d’intégration et si cela était avéré on ne pourrait que s’en réjouir
(2).
Voilà deux bonnes nouvelles qu’il faut cependant
prendre avec prudence. Il existe des compagnies de taxis qui ne travaillent que
sur réservation et qui évitent aussi sûrement qu’Uber d’être enlevé et forcé de
vider ses comptes. Quant au facteur d’intégration, il est sans doute trop tôt
pour faire un bilan, d’autant que les rares études existantes semblent avoir
été commanditées par la société elle-même. Pour juger de sa capacité à intégrer
une population peinant à trouver du travail, il faut attendre. Un certain de
nombre de ces jeunes a dû s’endetter pour s’acheter un véhicule et les risques
financiers ne sont pas négligeables.
Trop tôt pour voir en Uber l’instrument
suprême de la lutte contre la criminalité et le djihadisme.
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