mercredi 1 février 2017

L’individualisation de la protection sociale

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Pierre Pestieau

Dans de nombreux pays à commencer par la France et la Belgique, lors de sa création, le système de sécurité sociale se référait au modèle familial traditionnel selon lequel l’homme, chef de famille, subvenait aux besoins de sa femme et de ses enfants. La femme inactive ne bénéficiait en propre d’aucun droit social, mais seulement des droits dérivés de ceux acquis par son mari : droits à une couverture maladie, à un supplément de retraite ou à une pension de survie. Lorsque l’activité féminine s’est développée et que les structures familiales ont évolué, ce modèle à été remis en cause et l’idée d’individualisation des droits a pris de la force, entendant par là que tout individu serait doté de droits personnels qui ne peuvent pas être affectés par leur situation familiale.

Sur le principe, l’individualisation des droits se défend au nom de l’aspiration à l’autonomie des individus et de l’égalité entre femmes et hommes. Elle ne poserait pas de problèmes, si l’on passait du modèle familial ancien à un modèle d’où aurait disparu le rôle de mère au foyer permanente. Or ce n’est pas tout à fait le cas. C’est ainsi qu’est apparue une solution hybride avec individualisation des droits pour la fiscalité et certaines parties de la sécurité sociale et la familialisation des droits pour d’autres parties de la sécurité sociale et pour l’assistance sociale. Une application intégrale de l’individualisation pénaliserait la femme au foyer surtout celle qui appartiendrait à un ménage à bas revenu.

vendredi 27 janvier 2017

Le grand n'importe quoi

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Pierre Pestieau

Je dois avouer une faiblesse; je suis accroc des débats politiques télévisés, débats entre journalistes, experts ou hommes politiques. Récemment, la faculté m’a assigné à résidence et j’ai eu le loisir d’en regarder jusqu’à saturation. Je parle surtout des débats qui ont tourné autour des primaires de droite puis de gauche en France.

A l’occasion de ces débats, je me suis trouvé agacé, irrité, par tous ces futurologues à la noix qui vous parlent d’une entrée dans l’ère post-industrielle, post-moderne, robotique, digitale, numérique, etc., d’une révolution qui bouleverserait nos vies et qui serait la conséquence d’internet. Cette thématique fait dire à nos débateurs n’importe quoi; ils se prennent soudain pour des devins ou des voyants.
Je commencerai par une anecdote montrant à quel point des gens raisonnables peuvent perdre la tête dès qu’il s’agit de la révolution numérique. Lors de la campagne présidentielle américaine qu’il perdit sur le fil Al Gore n’hésita pas à se présenter comme l’inventeur de l’internet. Deux décennies plus tard, c’est François Fillon qui s’est laissé aller dans le même fantasme.

Démocratie mon c...

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Victor Ginsburgh

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The Economist (1), qui n’est pas un journal particulièrement gauchiste, vient de rétrograder les Etats-Unis du rang de « full democracy » à celui de « flawed democracy ». « Flawed » signifie « qui comporte de sérieux défauts ». Le pays se retrouve à égalité avec l’Italie au rang 21. Du coup, Berlusconi a décidé de déménager aux U.S. pour aider Trump à redresser la situation. D’après le Guardian (2), six journalistes qui couvraient l’événement, puisque c’est ainsi qu’il faut appeler l’investiture du nouveau président, viennent d’être arrêtés dans cette « flawed » démocratie et risquent dix ans de prison et $25.000 d’amende. Même Erdogan le Turc, dont le pays est classé 97ème, s’est dit intéressé à venir à la rescousse des malheureux journalistes.

jeudi 19 janvier 2017

Une nouvelle bulle financière en formation

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Victor Ginsburgh

Il y a un peu plus d’un an, Mark Carney, Gouverneur de la Banque d’Angleterre et Président du Financial Stability Board du G20, a fait une conférence au Lloyd’s de Londres sur le risque à court et à long terme que le réchauffement climatique fait courir aux assureurs (1). C’est dire que, hormis Donald Trump, les experts du climat ne sont pas les seuls à s’inquiéter.

lundi 16 janvier 2017

L’allocation universelle : panacée ou leurre

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Pierre Pestieau

Les journalistes ne sont pas les seuls à nous offrir des marronniers. Les économistes et les hommes politiques ont aussi les leurs. Citons la réduction du temps de travail, la Taxe Tobin ou la bonne vieille allocation universelle. L’Obs du 5 janvier 2017 consacre deux de ses éditoriaux l’un à l’allocation universelle et l’autre à la semaine de 20 heures. A plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion dans ces colonnes d’éreinter l’idée du revenu universel. Force est de constater qu’avec le temps cette idée est devenue de plus en plus confuse, une vraie auberge espagnole, chacun y trouve ce qu’il veut bien y mettre.

mercredi 14 décembre 2016

Daniel Blake

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Pierre Pestieau 

Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) est un film franco-britannique réalisé par Ken Loach, qui a obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes 2016. Il vient de sortir sur nos écrans. C’est un film bouleversant qui aborde le problème de l’exclusion et de la manière kafkaïenne avec laquelle elle est traitée. Loach a l’art de traiter de sujets sérieux, tragiques avec toujours un certain humour et une lueur d’espoir. Cela le différencie des Frères Dardenne qui abordent souvent les mêmes problématiques de la précarité et du chômage. L’histoire se passe dans le Royaume-Uni des années 2010. En sortant de ce film, je ne pouvais pas ne pas me demander si les mêmes situations pouvaient se produire en France et en Belgique.

Daniel Blake, veuf, menuisier de 59 ans, est victime d'un accident cardiaque, qui l'oblige à faire appel pour la première fois de sa vie à l'aide sociale. Ses médecins lui interdisent de travailler. Mais il est déclaré apte par une compagnie privée sous-traitant pour l'administration la « chasse aux tire-au-flanc». Très rapidement Blake est  pris dans le piège d’une administration tatillonne qui multiplie les humiliations. Il finira par en mourir d’une crise cardiaque dans les toilettes d’une agence d’emploi. On trouvera dans sa poche ce  texte lapidaire « Je suis un homme, pas un chien. Un citoyen — rien de moins et rien de plus.»

Visite mémorable de la très belle exposition à la Fondation Vuitton

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Victor Ginsburgh

La Fondation avec Buren
Dépêchez-vous d’aller voir la célèbre collection de peintures du russe Chtchoukine à la Fondation Vuitton à Paris. Pour y arriver : métro-dodo et marche de quinze minutes à Neuilly, ce qui est assez agréable quand il fait beau, et c’était le cas quand j’y suis allé. On peut aussi prendre un bus qui part de l’Arc du Triomphe de Charles de Gaulle.

J’aime beaucoup Daniel Buren et ses peintures faites de bandes peintes sur toile (qui ressemblent à la toile de matelas de ma jeunesse), mais faire cela sur le vitres de la Fondation Vuitton, c’est un peu dommage, parce qu’on ne perçoit plus la beauté et la transparence de la construction. Mais bon, on se réjouit d’être arrivé et il suffit de ne pas trop regarder le presque gâchis de Buren pendant les 60 minutes de la queue. Regardez plutôt vos souliers et constatez que vous ne les avez pas cirés depuis longtemps.

mardi 6 décembre 2016

Leçon autrichienne

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Victor Ginsburgh

Ma mère était autrichienne et juive. Tout en ayant quitté l’Autriche avant l’Anschluss de 1938, elle a renoncé à son passeport autrichien et s’est contentée de la « nationalité » qui m’a fait souffrir quand j’étais adolescent : « apatride », sans patrie, alors que tous mes condisciples, eux, « avaient une patrie ». Pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer, ma mère a repris son passeport autrichien en 1956, et, mon père étant mort, je suis devenu « patride » autrichien, nationalité à laquelle j’ai moi-même renoncé 30 ans plus tard, quand Kurt Waldheim, le nazi qui avait aussi été Secrétaire Général des Nations Unies, est devenu chancelier d’Autriche.

Il n'y avait personne dans les rues de Vienne pour
fêter la Joyeuse Entrée de Hitler en 1938
Suite à l’élection de dimanche dernier, il importe de rappeler que les Autrichiens n’ont jamais renoncé à se convaincre qu’ils avaient « résisté » à leur annexion par l’Allemagne hitlérienne en 1938 et avaient été envahis par l’Allemagne à leur corps défendant.

Juste retour des choses, alors qu’aujourd’hui l’Allemagne résiste aux couleurs automnales brunes, elle a quand même risqué de se faire « envahir » par les néonazis autrichiens qui ont heureusement perdu par 46 contre 54. En temps normal, ç’aurait dû être 0 contre 100.

Mais ce n’est pas de cela que je veux parler. C’est de Donald Trump qu’il s’agit ici et de ce que le journaliste Leil Leibovitz a écrit à son sujet (1). Je citerai largement son article qui me semble résumer en deux pages (dont je ne vous en infligerai pas l’intégralité) le danger que nous courons tous.

Les nouvelles dames patronnesses

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Pierre Pestieau

On distingue généralement trois vecteurs de protection sociale : le marché, la famille et l’Etat. Leur rôle varie au cours du temps et selon les pays. Il varie aussi selon les risques. Pour la perte d’autonomie, la famille domine ; pour les retraites c’est l’Etat ou le marché selon les pays. Outre ces trois vecteurs, il en existerait un quatrième qui a nom charité et qui nous ramène aux dames patronnesses de Jacques Brel, ces femmes qui naguère s'occupaient des œuvres sociales et du patronage d'une paroisse. Dans la foulée de Bush aux Etats Unis et de Cameron en Angleterre, est apparue l’idée que l’Etat pourrait, dans une partie de ses missions, céder la place aux œuvres caritatives, laïques ou religieuses. Cette idée a été formalisée en une philosophie politique appelée conservatisme compassionnel et rassemblant des gens qui croient en la mise en œuvre de techniques et concepts conservateurs pour améliorer le bien-être général de la société en dehors de la sphère publique.

jeudi 1 décembre 2016

Retraites: débat d’idées et réalités changeantes

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Pierre Pestieau

Il y a au moins quarante ans que l’on se préoccupe de l’avenir des systèmes de retraite dans la plupart des pays européens et que l’on parle de reformes nécessaires pour assurer leur pérennité et éviter que les générations à venir doivent payer pour l’incurie présente. En attendant, le temps passe et les générations futures deviennent les générations présentes. Il peut être intéressant de refaire un peu d’histoire des faits et des idées en matière de retraites.

Apres la seconde guerre mondiale, les nations européennes se trouvaient avec des caisses vides et des personnes âgées sans ressources. Il fut alors décidé d’instaurer un système de retraite par répartition, entendant par là que les retraites étaient financées par les cotisations des actifs. C’était la bonne solution mais elle impliquait une dette sur l’avenir. Il n’y a pas de déjeuner gratuit (There is no free lunch). Ces premières retraites avaient une série de caractéristiques qui perdurent encore partiellement aujourd’hui. Elles étaient financées conjointement par l’employeur et l’employé. Elles étaient à prestations définies, entendant par là que quelque soit la conjoncture le retraité s’attendait à recevoir une fraction constante de ses revenus d’activité. Elles comprenaient un âge cible de départ à la retraite (typiquement 65 ans) qui au début était au dessus de l’âge moyen auquel on mourrait et qui aujourd’hui est bien en–deçà. Enfin, les systèmes de retraites étaient publics, ce qui n’excluait pas que les retraités les plus aisés puissent aussi vivre de leur épargne.

Mensonge des mensonges : tout n’est que mensonge

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Victor Ginsburgh

Voici quelques autres fabriqués par l’une ou l’autre multinationale. En fait toujours la ou les mêmes, qui modifient génétiquement les plantes, qui produisent les désherbants et autres pesticides, et qui rendent les plantes stériles de façon à obliger les cultivateurs à racheter des nouvelles semences, elles-mêmes stériles. Je n’ai pas besoin d’énoncer les noms, vous voyez tout de suite de qui je veux parler.

Le New York Times vient de publier deux articles sur les « promesses généreuses et non tenues » des plantes génétiquement modifiées (1).

La promesse était double : En immunisant génétiquement les plantes contre les effets des herbicides et autres petites bestioles, elles deviendraient tellement robustes qu’elles n’auraient plus besoin de pesticides et les récoltes gigantesques qui en résulteraient permettraient enfin de nourrir enfin tous les malheureux de la terre qui n’ont rien à se mettre sous la dent.

En fait, ce qui s’est passé, c’est que ces firmes si généreuses se sont plutôt assurées un triple dividende : (a) tirer des revenus et de la vente des produits génétiquement modifiés, (b) produire les semences stériles de façon à rendre obligatoire le rachat de nouvelles semences chaque année et (c) vendre des herbicides qui continuent d’être « nécessaires » pour liquider les mauvaises herbes que cela n’empêche guère de pousser autour des OGM. Il fallait qu’elles soient de fieffées salopes pour rendre les plantes génétiquement modifiées stériles et résistantes aux herbicides, puisqu’on pouvait maintenant déverser sur elles des quantités plus importantes d’herbicides sans leur faire de tort. A malin, malin et demi.

mercredi 23 novembre 2016

Ilomantis ginsburgae

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Victor Ginsburgh

Mon nom est préservé pour l’éternité. Il vient en effet d’être attribué à une famille de mantes (religieuses…) découvertes à Madagascar dont je vous donne à voir un exemplaire. Elle est verte (pas sur l'image en tout cas), son corps est plat, ses yeux coniques et ses ailes sont veinées pour qu’elle puisse se faire passer pour une feuille. Tout ceci la fait ressembler à toutes les mantes que vous connaissez, à condition que vous ne la regardiez pas sous une loupe ou mieux, au microscope.

Ce nom de famille fait honneur à une juge démocrate de la Cour Suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg (1), première femme nommée à ladite Cour, qui, à 83 ans, lutte pour ne pas quitter sa fonction sans l’assurance que son siège sera attribué à un(e) autre juge libéral(e). Elle s’est de plus montrée « implacable dans sa lutte en faveur de l’égalité des genres ». La mante en question est elle aussi pionnière, puisqu’elle a été classée sur base des caractéristiques de son appareillage reproductif (féminin), alors que les classements biologiques des espèces s’établissait jusqu’à présent à partir des particularités mâles. Sydney Brannoch, auteure de l’article scientifique (2) qui définit cette nouvelle classe explique : « En tant que biologiste féministe, je me suis souvent demandé pourquoi ce sont presque systématiquement les mâles qui sont utilisés pour diagnostiquer les espèces. J’espère que mon travail créera non seulement un précédent dans la taxonomie, mais qu’il souligne aussi la nécessité d’examiner les deux sexes dans les investigations scientifiques » (3).

Dont acte.

mardi 22 novembre 2016

Pauvreté financière et pauvreté perçue

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Pierre Pestieau

On sait que l’Etat providence ne redistribue pas les revenus autant que l’on peut s’y attendre. Du côté de la fiscalité, les impôts progressifs ne le sont pas tellement du fait de la multiplicité des niches. Du côté des dépenses, les plus démunis ne sont pas toujours ceux qui bénéficient le plus des prestations sociales. Ceci dit il faut bien admettre que les indices d’inégalité et les taux de pauvreté diminuent là où l’Etat providence est actif. Ce qui est inquiétant c’est que certains qui ont des revenus supérieurs au seuil de pauvreté peuvent ressentir qu’ils sont néanmoins pauvres. Il y a deux facteurs qui peuvent expliquer cette différence entre revenu financier et revenu ressenti : (a) le sentiment que l’on peut avoir d’être déclassé et (b) le fait qu’un revenu de remplacement ne donne pas lieu à la même satisfaction qu’un revenu du travail.

Le déclassement exprime une baisse de statut social, pour une personne ou un groupe social. Il peut être dû au fait d'occuper une position sociale inférieure en fin de vie active à celle occupée au début de la vie active, qui peut, par exemple être la conséquence d'une période de chômage. Il peut aussi être perçu quand un jeune entrant sur le marché du travail occupe une profession dont le statut social est inférieur à celui auquel il pourrait en théorie prétendre du fait de son diplôme. L'élévation du niveau de diplôme et la montée du chômage ont contraint une part croissante de jeunes à accepter des postes de niveau inférieur, en dépit de la progression de la part des emplois qualifiés. Une personne déclassée tend à se focaliser sur le revenu ou le statut qu’il n’a pas et accorder moins d’importance au revenu qu’il perçoit.

jeudi 17 novembre 2016

Populisme et politique sociale

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Pierre Pestieau

Depuis de nombreuses années, je m’intéresse à nos Etats providence, cet ensemble de programmes et de législations qui visent à lutter contre les inégalités et assurer la protection des individus contre les aléas de la vie. Dans cette démarche, je suis conscient des obstacles et des contraintes. Nos Etats poursuivent ces objectifs de protection sociale mais tout à la fois, et sans doute avant tout, ils servent les  marchés et les intérêts du capitalisme mondialisé. Cela se manifeste lors du sauvetage de banques et de sociétés d’assurance, lorsque des accords de libre échange sont signés et dans la manière dont la richesse est distribuée et taxée. Or la logique du capitalisme mondialisé est diamétralement opposée à celle de l’Etat providence puis qu’elle contribue à la croissance des inégalités et de l’insécurité.
Le principal allié de l’Etat providence a toujours été le vote démocratique. Historiquement, une majorité de citoyens votaient pour son maintien, voire pour son expansion, soit parce qu’ils y trouvaient leur compte, soit par altruisme. Or, cette donnée semble changer avec la succession des votes populistes auxquels on vient d’assister, le plus marquant étant celui qui a conduit à l’élection de Donald Trump.

mercredi 16 novembre 2016

Non, je ne t’ai pas oubliée, Jérusalem et ma langue ne colle pas à mon palais

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Victor Ginsburgh

Il y avait longtemps que je n’avais plus rien dit. J’ai eu l’impression que les autres événements prenaient le pas sur ce qui se passait en Israël. Mais j’ai continué à lire, et c’est loin d’être réjouissant, bien au contraire, surtout depuis l’élection de Donald Trump qui compte déménager l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi l’annexion de la ville par Israël, et rendant plus difficile que jamais la solution des deux états, Palestine et Israël. Le gouvernement israélien rend d’ailleurs lui-même cette position de plus en plus probable, et va jusqu’à se proposer d’annexer 60% (la zone dite C) de la Palestine et à rendre légales a posteriori des colonies construites sur des terres privées palestiniennes, ce qui, d’après la Cour Suprême d’Israël, est contraire au droit international. On parle heureusement aussi d’une initiative de dernière minute de la part des Palestiniens au Conseil de Sécurité, contre laquelle, pour une fois, le président encore en exercice, pourrait ne pas opposer le veto des Etats-Unis. Une dernière chance.

Voici donc une correction parce que je ne voulais pas faillir au Livre des Psaumes, 137, 5-6 de l’Ancien Testament, qui se lit : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma (main) droite se dessèche. Que ma langue colle à mon palais ».

J’ai pris au pied de la lettre la demande que formule B. Michael—éditorialiste à Haaretz depuis plus de vingt ans—dans le dernier paragraphe de son article du 3 juin 2016 paru dans Haaretz et l’ai traduit en français (1). En voici le titre et l’essentiel de l’article.

Une fois encore le peuple juif fait face à un grand danger et le monde fait silence
B. Michael

jeudi 10 novembre 2016

Si Marx, Lénine et Che Guevara…

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau


Si Marx, Lénine et Che Guevara, cachés par la nuit qui tombe plus tôt en cette saison, avaient ressuscité simultanément et installé leur triumvirat à la Maison Blanche, on aurait pu comprendre. On aurait pu comprendre pourquoi les marchés financiers se sont effondrés, parce que l’arrivée soudaine de cette bande de révolutionnaires aurait été suivie par la fermeture indéfinie (et peut-être définitive) de toutes les bourses, et par la confiscation de toutes les grandes et même moins grandes fortunes qui auraient été redistribuées aux pauvres du monde entier. Enfin, aurions-nous pu dire, « un peu plus d’égalité dans le monde » dont nous rêvons tous, certains secrètement, d’autres en criant un peu plus fort.

Le dollar et le peso mexicain tombent. Le Dow Jones et le Standard & Poors 500 perdent 4 et 5 pourcent, respectivement, avant même l’ouverture des marchés financiers américains. C’est presque la « lutte finale »…

jeudi 3 novembre 2016

Voilà pourquoi il fallait déconstruire et sans doute rejeter le CETA

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Victor Ginsburgh

Quand je pense au CETA, ce magnifique traité dit « de nouvelle génération », je pense aussi aux plantations de pyrèthre de mon enfance, qui étaient tellement belles quand elles fleurissaient et dont les fleurs sentaient tellement bon quand elles sortaient du séchoir et étaient moulues. Ces plantations, dans les montagnes au nord du Rwanda où je suis né, ont été détruites suite à l’utilisation du DDT, un insecticide chimique qui a ruiné les cultivateurs de l’innocente pyréthrine naturelle, et qui s’est révélé, quelques années plus tard, comme étant un produit tellement nocif qu’il a été interdit. Mais trop tard. On est aujourd’hui confronté au même problème avec le Roundup de Monsanto que la Commission Européenne renâcle à interdire (interdit en France, il continue cependant d’y être disponible). C’est payé combien par les lobbies ?

mercredi 2 novembre 2016

Ubérisation, fiscalité et protection sociale

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Pierre Pestieau

Notre fiscalité et notre protection sociale ont été conçues à une époque où la mondialisation était un mot rarement utilisé et où le salariat avec CDI (contrat à durée indéterminée) était la norme. Aujourd’hui les entreprises multinationales peuvent localiser leurs profits là où les taxes sont les plus basses ; les CDD (contrat à durée déterminée) et les indépendants vrais ou faux prennent une place croissante dans le marché du travail.

C’est ainsi qu’est apparu le phénomène d’ubérisation de notre économie. Ce néologisme provient de l’entreprise Uber qui a généralisé à l’échelle planétaire un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis. Les caractéristiques de ce service sont en premier lieu les gains financiers importants liés à l’évitement des contraintes réglementaires et législatives de la concurrence classique (l’acquisition d’une licence de taxi dans le cadre d’Uber), mais aussi la quasi-instantanéité, la mutualisation des ressources et la faible part d’infrastructure lourde (bureaux, services supports, etc.) dans le coût du service, ainsi que la maîtrise des outils numériques.

jeudi 27 octobre 2016

Justice et justiciers

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Pierre Pestieau

Cet été, j’ai lu un polar grec (1) qui présentait un tueur lequel s’était mis à cibler les fraudeurs fiscaux. L’effet le plus visible de ces quelque premiers meurtres fut de faire rentrer dans les caisses de l’Etat plus de recettes que le gouvernement grec n’avait réussi à faire en 3 ans en dépit des menaces de la Troïka (2). Le second effet fut de transformer un assassin en héros populaire, version contemporaine de Zorro ou de Robin des Bois. Je ne vous dévoilerai pas la fin qui, rassurez-vous, est hautement morale

Les oubliés d’Hilarante Clinton

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Victor Ginsburgh

Pourquoi hilarante ? Parce que ses conseillers lui ont conseillé de sourire ou de rire lors de ses débats avec Trump (1).  Mais il n’y a pas de quoi sourire ni rire, parce qu’en public, Mme Clinton explique que « notre économie devrait travailler pour chacun de nous, et pas seulement pour ceux qui sont au sommet ». En privé, devant ses banquiers favoris (Goldman Sachs et Black Rock, un fonds de placement qui gère $5.000 milliards), elle explique que nombreux sont ceux qui pensent que la classe ouvrière ne reçoit pas son dû, mais elle ajoute que sa propre opinion n’est pas encore faite à ce sujet. Elle admet qu’elle faisait partie de la classe moyenne, « mais qu’aujourd’hui, suite à la vie que j’ai vécue et à la fortune que mon mari et moi avons accumulée, je suis loin de la classe moyenne ; je n’ai cependant pas oublié que j’en étais » (2). C’est ça l’effet ascenseur tant décrit par les Américains, mais qu’en est-il réellement ?
 
Une étude sur cette question vient d’être publiée (3). Elle porte sur les avantages ou les désavantages que les arrière-grands-parents, les grands-parents et les parents ont transmis à leur descendance. Les avantages et désavantages sont mesurés en termes de niveau d’éducation, mais les auteurs font l’hypothèse que celui-ci est fortement corrélé à la classe sociale, au revenu, et à la richesse. Cette hypothèse est largement acceptée par les chercheurs qui travaillent dans ce domaine.