jeudi 28 avril 2016

Retour sur Uber

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Pierre Pestieau

J’ai déjà eu l’occasion de dire tout le mal que je pense de l’économie collaborative et d’une de ses entreprises emblématiques, Uber. En un mot, les activités d’Uber échappent au contrôle fiscal et règlementaire auquel sont astreintes les entreprises ayant pignon sur rue, en l’occurrence les taxis. Certes, on reconnaissait à la société la qualité de mettre à mal le monopole des taxis, les forçant ainsi à baisser leurs prix et adopter une attitude plus courtoise. Mais le bilan me paraissait plutôt négatif.
Au cours de ces dernières semaines, je leur ai découvert deux vertus insoupçonnées. Il y aurait d’abord la sécurité que les transports Uber offrent par rapport aux taxis traditionnels, particulièrement dans certains pays d’Amérique Latine. En prenant Uber, les gens évitent les risques que courent les passagers dans certaines parties du continent, à savoir les enlèvements express connus comme tour du millionnaire (en espagnol Paseo millonario). Ces risques impliquent un passager de taxi innocent et un chauffeur criminel. Celui-ci s’arrête pour ramasser des associés. Le passager est emmené devant une série de distributeurs automatiques de billets et forcé d’en tirer le montant maximum autorisé. Avec Uber aucun risque de ce type.

Et ça recommence

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Victor Ginsburgh

Comme on pouvait s’y attendre aucun problème n’est réglé. Les banques restent TBTF (too big to fail), la régulation n’a rien changé.

La Banque Centrale américaine (Fed) et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), les deux institutions censées superviser les banques, annoncent que 5 des 8 plus grandes banques américaines « n’ont aucun plan crédible pour éviter la panique en cas de crise (1) » et que « la régulation des grandes banques est devenue une course contre la montre ; les régulateurs sont bien trop lents pour imposer les régulations financières imposées aux banques il y a six ans (2) ».

Les cinq banques visées (Bank of America, Bank of New York Mellon, JP Morgan Chase, State Street et Wells Fargo) dont les plans ont été rejetés, ont 90 jours pour les réviser « mais dans leur indulgence, les régulateurs leur ont donné 6 mois de plus, ce qui vient en supplément des 2 ans qui leurs avaient déjà été donnés » pour se mettre en ordre. Une autre banque, la Citygroup, a s’est vue attribuer un « passable » par les deux institutions (Fed et FDIC), alors que Goldman Sachs et Morgan Stanley un « passable » d’un seul des deux régulateurs. Ce qui n’a aucunement empêché les valeurs des actions de ces banques d’augmenter le jour même de l’annonce (13 avril), ce qui montre que le monde financier se fout des avis des régulateurs, parce qu’il n’y croit pas ou plus.

jeudi 21 avril 2016

Une histoire d’eau peut vous rendre riche

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Victor Ginsburgh

Caravage de soupente
C’est en tout cas ce qui vient d’arriver à un Toulousain qui, dans une soupente de son toit d’où tombaient des gouttes d’eau, a découvert un tableau du Caravage que les experts du monde entier se sont empressés de déclarer « un vrai Caravage » évalué à quelque €120 millions. Il y a déjà eu mieux—d’autant plus que c’est quand même un de ces vieux machins du 16e siècle, qui valent en général bien moins que certains Picasso, dont Les Femmes d’Alger vendu $180 millions—mais c’est pas mal quand même. Même si le tableau lui-même qui représente le sang qui gicle du cou d’Holopherne, tué par Judith est un peu dégueu…

mercredi 20 avril 2016

Epargne, héritage et vieillissement

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Pierre Pestieau

Dans son ouvrage Le Capital au XXIème siècle (1), Thomas Piketty montre que la concentration du capital et le poids de l’héritage ont tendance à croître depuis trente ans. Il y voit deux raisons: d’une part, le rendement du capital est très nettement supérieur aux taux de croissance réels du revenu et, d’autre part, les personnes âgées et riches réinvestissent pour l’essentiel ce que leur rapporte leur capital. De ce fait, en France, la part des patrimoines hérités dans le patrimoine total, qui s’élevait à 90% en 1910 pour ensuite baisser à 30% après la seconde guerre mondiale est aujourd’hui de l'ordre des deux tiers et continue d’augmenter. On retrouve les mêmes tendances dans d’autres pays européens. Si cette évolution devait s’avérer et persister, il y aurait des raisons de s’inquiéter dans la mesure où elle conduit à une société plus inégalitaire et moins méritocratique. En effet les fondements d’une démocratie moderne me semblent devoir inclure une certaine redistribution des ressources et un minimum de mobilité sociale.

jeudi 14 avril 2016

Paroles, paroles, …

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Pierre Pestieau

Plutôt que le titre d’une chanson de Dalida, j’aurais pu prendre comme titre de ce blog cette maxime chiraquienne: les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Lors d’un récent colloque portant sur la dépendance, j’en appelais au développement d’une assurance sociale autonomie qui soit dans son ambition et son étendue aussi généreuse pour les personnes dépendantes que ne l’est l’assurance santé pour les malades. Les raisons sont connues; avec le vieillissement démographique, le nombre de personnes susceptibles de perdre leur autonomie ne cesse de croitre; il devrait doubler dans les prochaines décennies. Or dans ce domaine, il n’existe pas de marché d’assurance digne de ce nom en Belgique et la famille qui est le principal pourvoyeur de soins à la dépendance semble atteindre ses limites.

Un Luxembourgeois essaie de rouler les Panaméens

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Victor Ginsburgh

Canal de Panama
Maintenant que vous avez déjà été (ou allez être) coincé parce que vous figurez dans la liste dite de Panama, je vous conseille de lire l’email que je viens de recevoir. Inutile de vous rendre en Amérique Centrale, de payer des avocats marrons (et peut-être marrants), yaqua aller au Grand Duché de Luxembourg, ce qui est évidemment moins marrant mais plus simple pour tout Belge ou Français qui n’aime pas les longs voyages en classe touriste—ce qui suppose que vous êtes un(e) pauvre. Vous aurez aussi la chance de croiser dans le train notre cher Jean-Claude Juncker, Président de la plus grande Commission Européenne au monde. C’est quand même autre chose que Panama, ça. Un pays avec un canal, bourré de moustiques (1) et où sévit la dengue, a-t-on idée.

Voici l’email reçu avant-hier, et pour une fois, je ne suis pas responsable des coquilles :

« Chère Madame, Cher Monsieur,

Je voudrais attirer votre attention sur le fait que travailler de manière légale avec une société au Luxembourg est très intéressant. Vous pourriez ainsi profiter des avantages extraordinaires de la sécurité sociale et des impôts sur salaire peu élevés même pour un salaire important.

jeudi 24 mars 2016

Merci et Haro

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau

Merci à nos amis du Brésil, du Canada, de Colombie, d’Espagne, des Etats-Unis, de France, d’Israël, de Norvège, de la République Dominicaine et de Russie qui nous ont écrit pour demander de nos (et de vos) nouvelles.

Haro sur ceux qui pensent que la Belgique est, selon certains le nid, selon d’autres l’épicentre ou le carrefour du terrorisme et que les services de sécurité n’y sont pas aussi bons que chez eux.

Et bonnes vacances à ceux qui en prennent, aussi bien qu’à ceux qui n’en prennent pas.



jeudi 17 mars 2016

Tabelle, gabelle et baballe, ou le prix du livre en Belgique

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Victor Ginsburgh

La Commission Européenne essaie depuis des années de réduire les frais de roaming, c’est-à-dire des différences de prix des communications téléphoniques locales et à l’intérieur de l’Union Européenne. Aux dernières nouvelles, le 15 juin 2017, les prix des communications internationales seront égaux aux prix des communications nationales (1). Le Commission part aussi en guerre contre le géoblocage. Ce dernier rend impossible de voir certains programmes étrangers sur le web en Belgique. C’est notamment le cas pour l’émission Secrets d’Histoire de Stéphane Bern (2), qui est pourtant loin d’être érotique. Je parle de l’émission, pas de son présentateur.

Exemple de gabelle
Le Commission devrait, pour des raisons identiques, s’attaquer à une veille institution belge, appelée la tabelle, un joli mot — sûrement forgé sur gabelle, une taxe abhorrée levée sur le sel durant le Moyen-Age — qui permet de faire du fric gratuitement, en augmentant de 12 à 15% le prix des livres édités en France (y compris ceux des auteurs belges) lorsqu’ils sont vendus en Belgique. Il est vrai que quand cet instrument a été inventé durant les années 1970, il prétendait couvrir les droits de douane et les frais de change entre le franc français et belge, comme si la différence de change était toujours au désavantage des éditeurs français.

Entretemps, les droits de douane et le risque de change ont tous deux disparu depuis longtemps, mais la gabelle sur le livre continue d’être perçue par trois sociétés qui n’ont aucune raison si ce n’est d’avancer leur gamelle et d’attraper la baballe de la tabelle : Interforum Benelux (Pocket, Nathan et Le Robert), Dilibel, filiale de Hachette (Albin Michel, Le Livre de Poche, Larousse) et Nord-Sud (Jouvence, Economica, Présence Africaine) (3).  La plus importante de ces sociétés est Dilibel, une filiale de Hachette, qui distribue à peu près 50 à 60% des livres français en Belgique.

Osons la réforme. Craignons l’utopie

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Pierre Pestieau

Il est sans nul doute utile de rêver à une société meilleure et d’imaginer des utopies qui nous rendent le présent moins amer. Il faut cependant se méfier de trop jouer l’utopie car elle conduit souvent au statu quo. Dans la mesure où elle n’est pas réaliste, on ne perd rien à y adhérer même au cas où si par miracle elle se réalisait, on en serait les premières victimes. Je prendrai deux exemples de propositions louables mais totalement irréalistes. Elles reviennent régulièrement tels des marronniers pour précisément empêcher des réformes plus modestes mais réalisables.

Le premier exemple est celui de l’allocation universelle. Le concept du revenu de base, souvent appelé allocation universelle, n'est pas une idée nouvelle. C'est un concept qui a pour but de donner à chaque citoyen un droit universel, individuel et inconditionnel visant à couvrir les besoins essentiels, afin de garantir à chacun une vie digne et la participation de tous dans la vie en société. Certains y voient une solution à tous les problèmes du moment : chômage, précarité, robotisation des tâches, violence sociale, marginalisation. Une vraie panacée. Pourquoi pas ?

jeudi 10 mars 2016

Pays de contraste

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Pierre Pestieau

J’ai récemment visité la Colombie, un pays à la fois attachant, où les inégalités pourtant flagrantes peuvent ne pas apparaître au visiteur ni même au Colombien. Vous atterrissez à l’aéroport El Dorado, qui n’a rien à envier à nos aéroports. On en sort rapidement pour prendre sans attendre un taxi qui le plus souvent se faufilera avec habilité dans une circulation digne de Bruxelles ou de Paris. On arrive dans un de ces quartiers de Bogota où l’habitat est confortable et les commerces richement achalandés. De nombreux parcs. Des clubs de sport où les Colombiens passent une bonne partie de leur temps de loisir, ce qui peut être tout le temps pour les retraités. Mais quand je dis les Colombiens, il s’agit de l’infime minorité qui peut se permettre de prendre l’avion, d’habiter dans les quartiers du nord de la ville, de payer des droits d’inscription élevés à ces clubs et de mettre leurs enfants dans des universités privées. L’Université de Los Andes que je visitais a une infrastructure supérieure à celle de nos facultés belges. Les droits d’inscription sont prohibitifs pour 99% de la population colombienne. Bref un pays de Cocagne pour les happy few.

Où il est question d’Eve, d’Adam et de Priape

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Victor Ginsburgh

Georgia O'Keeffe, Black Iris
Le mot actuel (et convenable) pour désigner le sexe féminin en hébreu (פּוֹת, prononcé pôt) est d’une origine bien mystérieuse (1). Il apparaît dans le livre d’Esaïe (4, 16-17) — c’est la seule fois qu’il apparaît dans l’Ancien Testament et je doute qu’il apparaisse dans le Nouveau — mais a semble-t-il été bien mal compris et/ou traduit par la suite. Dans la traduction grecque, il est pudiquement rendu par « forme », en araméen par « dignité » ; par « forêt » écrit le Rabbin Samuel de Nehardea (165-256 apr. J.C.), non dit St Jérôme (347-420 apr. J.C.) c’est d’une « boucle de cheveux » qu’il s’agit, ce qui, oserais-je suggérer, est bien joli quand même. Le très sérieux pasteur protestant Louis Segond, dont je possède la traduction de la Bible en français, écrit « nudité ». On se rapproche quand même un peu de ce « pâle objet du désir » de Pierre Louÿs dans la Femme et le Pantin, et que Luis Buñuel a transformé en « obscur objet du désir » dans son film. Et voici enfin ce qu’ose dire André Chouraqui (1917-2007) dans sa traduction du dernier mot du verset 4, 17 de la Bible :

16 Adonai dit : Puisque les fille de Sion s’exaltent,
vont la gorge tendue, lorgnant des yeux,
vont en trépidant, vont en cliquetant des pieds,
17 Adonai pèle l’occiput des filles de Sion ; Adonai dénude leur vulve.

mercredi 2 mars 2016

Philématologisons ensemble

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Victor Ginsburgh

Baiser Cartier Bresson
Je viens de lire un article dans le très sérieux American Journal of Medicine (1) sur la philématologie, qui est la science des embrassades amoureuses et autres. On y apprend des choses extraordinaires qu’on a sûrement tendance à oublier avec l’âge. Joseph Alpert, rédacteur en chef de la revue et auteur de l’article, annonce des détails anatomiques, neurophysiologiques, épidémiologiques et cliniques, qui reposent sur des sources scientifiques et semblent à peu près toutes très sérieuses, puisque certaines ont été  glanées dans le Journal of Infectious Diseases, d’autres dans le Journal of  Infectious Chemoterapy, ou le Journal of Psychosomatic Research. De quoi se réjouir et d’essayer d’embrasser bien.

Commençons par les bonnes nouvelles. Embrasser fait appel à une série de muscles faciaux, dont le orbicularis oris (situé autour de la bouche et des lèvres) est le plus important. On pouvait évidemment s’y attendre, et je suppose que vous saviez tous cela. Des baisers simples utilisent deux muscles seulement et brûlent 2 à 3 calories. Pas question de maigrir en embrassant, sauf à faire mille baisers (3 000 calories brûlées !), mais ça c’est plus souvent ce qu’on écrit dans les lettres, ce qui ne brûle que 0,5 calorie et fait mal aux doigts quand c’est manuscrit, ce que devrait naturellement être le cas dans une lettre d’amour. Un email consomme zéro calorie, jetez votre PC, il ne vaut rien, et en le jetant, vous brûlez des calories.

Amazon et ses zones interdites

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Pierre Pestieau

On ne présente plus Amazon. Tout le monde connaît cette entreprise de commerce électronique américaine basée à Seattle et de plus en plus active en France et en Belgique. Tout le monde aime cette entreprise qui est connue pour la vente de livres, mais aussi d'autres produits, notamment culturels. Les prix sont bas et la livraison rapide.
Quand je dis tout le monde, ce n’est pas exact. Il y a des exceptions. D’abord les libraires et les vendeurs de DVD et de CD qui doivent souvent mettre clef sous porte face à ce rouleau compresseur qui réduit leur clientèle comme peau de chagrin. Il y a aussi le Trésor Public qui se voit régulièrement floué de recettes importantes par l’aptitude qu’Amazon a d’éviter l’impôt en déplaçant ses profits vers des cieux fiscalement plus cléments. Mais il y aussi une minorité silencieuse de clients qui sont régulièrement oubliés par cette merveilleuse organisation pour la quelle nous ne sommes après tout que des numéros.

mercredi 24 février 2016

Pauvreté et richesse. De la mesure dans les mesures

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Pierre Pestieau

Beaucoup d’articles qui dénoncent la concentration de la richesse ou le fléau de la pauvreté font dans l’excès et le pathos. Il n’est dès lors pas étonnant qu’ils ratent leur objectif supposé, à savoir nous sensibiliser aux injustices de ce monde et nous forcer à agir. Un peu comme ces images effrayantes que l’on trouve sur les paquets de cigarette ou les panneaux qui le long des routes nous donnent le nombre de morts annuel. Leur efficacité est douteuse.

Loin de moi l’idée de nier qu’il y a dans notre pays une pauvreté insupportable et une concentration des richesses intolérable. Il demeure que nous supportons l’une et tolérons l’autre.

Churchill, Thatcher, Cameron, Videla et Pinochet

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Victor Ginsburgh

Cabinet de guerre de Churchill
Winston Churchill a son musée à Londres. Il fait partie du Musée de la Guerre et est installé dans le bunker souterrain à partir duquel Churchill, son cabinet restreint et le commandement militaire dirigeait le pays durant la deuxième guerre mondiale.

Il se fait que Mme Thatcher s’est sentie au moins aussi importante que Churchill, et a voulu faire sa propre guerre, mais le plus loin possible de Londres, aux îles Malouines [P1] (Falkland Islands en anglais) situées dans l’Atlantique Sud à quelque 500Km des côtes argentines. Il faut reconnaître que ces îles de 12.000 Km carrés avaient été traîtreusement envahies par la troupe argentine de la très peu sympathique et fréquentable junte de généraux d’extrême droite qui dirigeaient le pays à l’époque.

jeudi 18 février 2016

Nouveaux signes routiers et célestes à Bruxelles et ailleurs

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Victor Ginsburgh

L’émission Charivari du 13 février m’a fait connaître Philippe Decelle. Il a évoqué sa collection de meubles et d’objets en plastique, le musée qu’il a créé (1) et l’abondance de panneaux de signalisation routière en Belgique (2). Il y aurait, prétend-il, autant de signaux routiers à Bruxelles que d’habitants.

Suite aux événements (notez la nouvelle faute d’orthographe) récents de Bruxelles (à ne pas confondre avec ceux de Molenbeque) et aux travaux routiers qui y sont effectués, aux centrales nucléaires et aux bâtiments publics qui pourrissent, j’ai interviewé les autorités de Bruxelles mobilité, y compris sa ministre tout à fait remarquable, pour savoir quelles nouveaux signaux elle projette de mettre, si on peut dire, en circulation. Voici ses réponses.

Nos plus beaux tunnels routiers bruxellois sont fermés. Pour cause de chutes de pierres ou plus exactement de morceaux de béton tombant du plafond. Attendez-vous donc à voir, quand vous serez entré dans le tunnel, une signalisation idoine, sauf que les cailloux qui tombent seront remplacés par des blocs de béton grandeur nature.

lundi 15 février 2016

Fécondité, nationalisme et religion

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Pierre Pestieau

Il y a  quelques années, je me promenais a Munich avec un économiste américain de la côte est. Brusquement, il m’interpelle sur la faible fécondité des Allemands. Comment expliquer qu’une nation historiquement fière de son histoire à un point qui frisa la catastrophe à plusieurs reprises accepte de lentement disparaître. Avec le taux de fécondité qui est le sien aujourd’hui, sa population pourrait être réduite de moitié avant la fin du siècle. De 20% en 2060. Certes l’immigration peut mitiger cette évolution mais seulement partiellement. Pourquoi n’observe-t-on pas un sursaut  de la part d’une société dont les membres sont sûrement opposés à ce qu’à terme elle meure ?

jeudi 11 février 2016

Perte de pouvoir d’achat. Réelle ou ressentie

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Pierre Pestieau

La crise a comme conséquences une baisse du revenu réel de nombreux ménages et une augmentation des disparités sociales. Il n’est dès lors pas étonnant que la question du pouvoir d’achat se pose de manière récurrente. Qu’entend t’on par pouvoir d’achat? Est-il corrélé au sentiment de bien-être que nous éprouvons ? Mesure-t-on correctement ses hausses et surtout ses baisses ?

Il importe dès l’abord de distinguer le pouvoir d’achat à un moment donné et son évolution dans le temps. Traditionnellement, on mesure le pouvoir d’achat d’un ménage en prenant son revenu total et en le pondérant par une échelle d’équivalence qui permet de comparer les revenus de ménages de tailles différentes. Typiquement pour un pouvoir d’achat équivalent à celui d’un célibataire qui gagne 1 000 euros on devra donner à un couple sans enfant 1 500 euros et à un couple avec deux enfants 2 100 euros (1). Cela permet de tenir compte de ce que les économistes appellent des économies d’échelle, entendant par là que de nombreux biens de consommation peuvent être partagés. Pour analyser l’évolution du pouvoir d’achat, on utilise généralement le revenu réel du ménage dûment pondéré. Ce revenu est obtenu à partir du revenu nominal ajusté pour le taux d’inflation, le même pour tous.

Jeunes et vieux sçavants

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Victor Ginsburgh
 
Le grand physicien allemand Max Planck, qui est à l’origine de la théorie des quanta, a du mal prendre les plaisanteries d’Einstein, qui aurait, en 1927, dit que « Dieu ne joue pas aux dés » pour exprimer sa méfiance à l’égard de l’interprétation probabiliste de la mécanique quantique. Ce n’est donc pas étonnant que Planck, un luthérien qui croyait en l’existence d’un créateur, ait pu écrire :

« Une nouvelle théorie scientifique ne triomphe pas parce ses tenants convainquent ses opposants en leur faisant voir la lumière, mais plutôt parce que les opposants finissent par mourir, ce qui permet à une génération plus jeune et  familière avec cette nouvelle théorie, de s’exprimer ».

Trois économistes (1) ont essayé de tester si Planck avait raison. Le principe qu’ils utilisent est subtil. Ils examinent comment le départ pour l’éternité de quelque 450 éminents chercheurs a modifié la vitalité du domaine dans lequel ils ont travaillé durant les dernières années de leur vie. Et ils découvrent que leurs « découvertes » disparaissent du fait que leurs collaborateurs cessaient de publier sur la question. Par contre, ce déclin est plus que compensé par le nombre de publications de ceux qui n’ont pas collaboré avec la star disparue.

jeudi 4 février 2016

Armes belges en Arabie Heureuse

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Victor Ginsburgh

M. Paul Magnette bourgmestre de Charleroi qui est aussi, à titre secondaire, Ministre-Président de notre belle Wallonie, a dit du Premier Ministre de la Belgique fédérale : « Il ment comme il respire. Je peux fournir toutes les preuves et je le mets au défi, lui, de prouver ce qu’il avance » (1).

M. Magnette est un de mes anciens collègues à l’Université dans laquelle je travaille toujours depuis mon départ à la retraite. Je n’oserais donc pas me prononcer sur ce que dit celui qui est devenu Ministre-Président, mais ne peux m’empêcher de penser, même si c’est de moins en moins facile avec l’âge.

Le gouvernement wallon qui dirige la région dont le fleuron est la Fabrique Nationale d’Armes de Guerre (dite FN aujourd’hui, soyons discrets) a accordé en 2014 des licences de ventes pour € 397 millions à l’Arabie Saoudite, soit quatre fois plus qu’en 2013 et ces € 397 millions de 2014 sont en train de se transformer en plus de € 3 milliards dans les prochains mois (2).

Plusieurs questions ont été posées à ce sujet au Parlement wallon en décembre 2015, questions auxquelles le Ministre-Président a répondu : en effet, des armes d’origine belge ont été retrouvées aux mains de Daesh en Syrie, mais elles datent d’il y a près de 40 ans : « Il se fait », dit-il « que nous avons un savoir-faire wallon de grande qualité et que ces produits ont une durée de vie très longue » ; il y aurait aussi des difficultés d’identification des armes, et …, et… « il ne faut pas, sous le pression d’un contexte particulier, à un moment donné, vouloir soudainement modifier les choses », encore qu’on ne voit pas très bien de quelles choses il s’agit, mais cela vient en conclusion des réponses que le Ministre-Président fait à la queue leu-leu à plusieurs parlementaires qui sont intervenus (3).