jeudi 2 mars 2017

Un Etat ou deux Etats en Palestine-Israël ?

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Victor Ginsburgh

On ne fait que parler de la solution à un ou à deux états, mais que se passe-t-il sur place, à l’ombre fraîche des discours de Netanyahou, Blair, Trump dont deux sont déjà des criminels de guerre, en attendant que le troisième s’y mette.

Mohammed-Aamar Jala, 25 ans est en route pour sa dernière séance de chimiothérapie en novembre 2016. Il se rend compte qu’il a pris un taxi qui allait dans la mauvaise direction.
Découvrant son erreur, il en descend et traverse la route pour attraper un taxi qui va dans l’autre sens. Il est gravement blessé par des soldats israéliens qui prétendent qu’il avait l’intention de les attaquer avec un outil destiné à aiguiser des couteaux.

L’effet Matthieu

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Pierre Pestieau

Il y a différentes façons d’interpréter les dysfonctionnements de l’Etat providence. On peut d’abord observer que les ressources dont il dispose ne sont pas utilisées efficacement. En d’autres termes, avec moins de ressources, il serait possible de fournir autant de services. C’est ce qu’on appelle l’inefficacité. Par ailleurs, même si les ressources  étaient efficacement utilisées, il est possible que certains programmes sociaux initialement ciblés sur les plus pauvres, bénéficieraient essentiellement aux classes moyennes. Il y aurait détournement : conçus initialement pour aider  ceux qui ont le moins, ces programmes accroîtraient les inégalités relatives.

Ce mécanisme de détournement par lequel les plus favorisés tendent à accroître leur avantage sur les autres est parfois désigné sous le terme d’effet Matthieu, en référence à une phrase de l'évangile selon saint Matthieu : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. »  La paternité de ce terme n’est pas claire. Il serait dû au sociologue américain Robert K. Merton et à l’économiste belge Herman Deleeck (1). Ces derniers et d'autres chercheurs par la suite ont utilisé la formule d'effet Matthieu dans différents contextes, notamment dans les politiques de santé et d’éducation.

jeudi 23 février 2017

Une résignation alarmante

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Pierre Pestieau

La lecture sans doute trop rapide du programme du candidat officiel du Parti socialiste français, Benoit Hamon, me laisse perplexe à propos de deux idées phares, à savoir son option pour une croissance zéro et sa résignation à laisser la France se robotiser.

Depuis de nombreuses années, la France et plusieurs de ses voisins connaissent une croissance nulle or la croissance nulle peut être un objectif de politique économique pour un gouvernement soucieux de développement durable et de protection de l’environnement. Il faut distinguer la croissance nulle subie et la roissance nulle voulue. La croissance zéro que nous subissons aujourd’hui avec ses conséquences en termes de chômage et d’inégalités n’est pas semblable à une croissance zéro que nous choisirions au nom de principes écologiques et plus largement moraux. L’idée n’est pas neuve. Il y a près de 50 ans le Club de Rome et des économistes du MIT défendaient cette idée (1).

Les livres de mes amis

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Victor Ginsburgh

Ils ne sont pas des Anatole France et leurs livres ne sont pas son Livre de mon ami. Mais ils sont mes amis, de vieux amis d’ailleurs, près de 60 ans de cheminement avec l’un, et au moins 40 avec l’autre. Le premier défend (pas trop, mais quand même un peu) la colonisation belge au Congo, où nous avons vécu tous les deux ; je ne partage pas entièrement son avis sur le bien qu’elle aurait pu apporter aux colonisés. Le deuxième est un homme constant de la gauche ; j’avoue que j’ai failli de temps à autre d’en être, mais suis revenu à de meilleurs sentiments.

André Schorochoff, m’a offert son livre. Par contre, j’ai dû acheter l’autre, celui de Mateo Alaluf (et Daniel Zamora). C’est bien la raison pour laquelle j’en parle en second lieu. On a beau être de gauche, 10 €, c’est 10

mercredi 15 février 2017

Les vérités alternatives de Donald

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Victor Ginsburgh

Lorsque M. Trump considère que quelque chose est vrai, cela devient la vérité (Sean Spicer, attaché de presse à la Maison Blanche) (1)

Donald flanqué de ses sbires à sa gauche (pas très nombreux) et à sa droite vient de faire une conférence de presse sur la disparition des dinosaures. Alors qu’aujourd’hui on pense que ces bestioles ont disparu il y a quelque 66 millions d’années, suite à des changements climatiques (des incendies sur toute la terre, suivis d’une année au moins sans lumière solaire (2)) provoqués par un astéroïde qui aurait percuté la terre.

Mais Donald propose quelques vérités ou réalités alternatives qui avaient été énoncées dans le passé (3) et qui sont bien plus vraies que la vérité. Même si ce qui suit n’est pas la vérité, cela pourrait un jour le devenir.

Superstructure

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Pierre Pestieau

Les sociologues aiment distinguer les types d’Etat providence. Citons deux taxonomies classiques. Il y a d’abord la typologie duale qui oppose deux grands modèles : l’État-providence bismarckien, créé en Allemagne en 1880, et l’État-providence béveridgien, apparu au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale. Le premier est fondé sur le mécanisme des assurances sociales, dans lequel les prestations sont la contrepartie de cotisations, tandis que le second, financé par l’impôt, fournit des prestations uniformes à tous les membres de la société. Il y a aussi  la typologie ternaire du sociologue danois Espingo-Andersen qui distingue trois modèles. D’abord, un modèle libéral dans lequel l’État n’intervient qu’en dernier recours et le rôle principal revient aux mécanismes de marché. Les pays archétypes de ce modèle sont le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Australie. Ensuite, le modèle familio-corporatiste où la qualité de la protection sociale dépend de la profession et des revenus, selon une logique d’assurance. La famille y joue un rôle prépondérant.  Relèvent  de ce modèle l'Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et la France. Enfin, le modèle social-démocrate qui vise à renforcer la possibilité d’une indépendance individuelle. Les principaux pays qui se rapprochent de ce modèle : Danemark, Finlande, Pays-Bas, Norvège et Suède.

mercredi 8 février 2017

Les deux plaies de l’Etat providence

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Pierre Pestieau

Comme on l’a souvent souligné le défi majeur auquel fait face l’Etat-providence est de progressivement s’adapter à une réalité changeante qu’il s’agisse de la structure familiale, de l’évolution démographique ou du marché du travail. Mais outre ce défi, l’Etat-providence semble connaître deux gros problèmes. D’abord, les personnes, les partis et les syndicats, qui sont censés en assurer la pérennité semblent souvent freiner des réformes pourtant nécessaires. En outre ceux qui devraient être les principaux bénéficiaires des programmes sociaux semblent témoigner par leurs opinions et leurs votes d’une méfiance croissante à l’égard de l’Etat providence. Il me semble essentiel de comprendre les raisons qui peuvent expliquer ces deux phénomènes, que l’on peut considérer comme les deux plaies dudit Etat-providence. C’est de cette compréhension que l’on pourra dégager une stratégie de contre-offensive.

Le consul et l’immigration « illégale »

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Victor Ginsburgh

Par un heureux hasard, je viens d’acheter, lors d’un court séjour à Paris, le petit livre de Salim Bachi, Le consul (1). En exergue, une phrase de Saint François d’Assise, celui qui parlait aux oiseaux, mais aussi aux hommes : « L’homme obéissant doit être comme un cadavre qui se laisse mettre n’importe où, sans protester ».

Ce consul, Aristides de Sousa Mendes, représentait le Portugal à Bordeaux en juin 1940, au moment de l’invasion de la France par Hitler. Il a donné, en quelques jours, des visas et des faux passeports à trente mille réfugiés de toutes provenances (dont 10.000 Juifs) pour leur permettre de passer la frontière espagnole, d’atteindre le Portugal, et de prendre un bateau en partance vers des destinations sans doute hasardeuses, mais plus enviables que la mort qui les attendait en France.

mercredi 1 février 2017

Un très bref hommage à Joe Biden

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Victor Ginsburgh

J’ai l’impression que l’on ne dira jamais assez de bien de Joe Biden (1), le vice-président sortant. Dans un très bel article (2) le journaliste Jonathan Alter parle de lui de façon admirable.

Il faut sans doute se rappeler que son fils Beau, qui mourait d’un cancer, lui avait demandé de se présenter à la présidence. Il avait sérieusement envisagé de suivre ses conseils mais au dernier moment il a senti que « pour tout ce qui m’est important dans un sens sacré, la décision finale était inévitable. Ma famille était brisée de douleur, et j’étais moi-même plus brisé que je ne le pensais. Je ne sais pas ce que j’aurais fait lors d’un débat au cours duquel un(e) des protagonistes m’aurait dit ‘Vous faites cela pour votre fils’, mais je pense que je me serais dirigé vers lui pour lui botter le cul ».

L’individualisation de la protection sociale

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Pierre Pestieau

Dans de nombreux pays à commencer par la France et la Belgique, lors de sa création, le système de sécurité sociale se référait au modèle familial traditionnel selon lequel l’homme, chef de famille, subvenait aux besoins de sa femme et de ses enfants. La femme inactive ne bénéficiait en propre d’aucun droit social, mais seulement des droits dérivés de ceux acquis par son mari : droits à une couverture maladie, à un supplément de retraite ou à une pension de survie. Lorsque l’activité féminine s’est développée et que les structures familiales ont évolué, ce modèle à été remis en cause et l’idée d’individualisation des droits a pris de la force, entendant par là que tout individu serait doté de droits personnels qui ne peuvent pas être affectés par leur situation familiale.

Sur le principe, l’individualisation des droits se défend au nom de l’aspiration à l’autonomie des individus et de l’égalité entre femmes et hommes. Elle ne poserait pas de problèmes, si l’on passait du modèle familial ancien à un modèle d’où aurait disparu le rôle de mère au foyer permanente. Or ce n’est pas tout à fait le cas. C’est ainsi qu’est apparue une solution hybride avec individualisation des droits pour la fiscalité et certaines parties de la sécurité sociale et la familialisation des droits pour d’autres parties de la sécurité sociale et pour l’assistance sociale. Une application intégrale de l’individualisation pénaliserait la femme au foyer surtout celle qui appartiendrait à un ménage à bas revenu.

vendredi 27 janvier 2017

Le grand n'importe quoi

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Pierre Pestieau

Je dois avouer une faiblesse; je suis accroc des débats politiques télévisés, débats entre journalistes, experts ou hommes politiques. Récemment, la faculté m’a assigné à résidence et j’ai eu le loisir d’en regarder jusqu’à saturation. Je parle surtout des débats qui ont tourné autour des primaires de droite puis de gauche en France.

A l’occasion de ces débats, je me suis trouvé agacé, irrité, par tous ces futurologues à la noix qui vous parlent d’une entrée dans l’ère post-industrielle, post-moderne, robotique, digitale, numérique, etc., d’une révolution qui bouleverserait nos vies et qui serait la conséquence d’internet. Cette thématique fait dire à nos débateurs n’importe quoi; ils se prennent soudain pour des devins ou des voyants.
Je commencerai par une anecdote montrant à quel point des gens raisonnables peuvent perdre la tête dès qu’il s’agit de la révolution numérique. Lors de la campagne présidentielle américaine qu’il perdit sur le fil Al Gore n’hésita pas à se présenter comme l’inventeur de l’internet. Deux décennies plus tard, c’est François Fillon qui s’est laissé aller dans le même fantasme.

Démocratie mon c...

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Victor Ginsburgh

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The Economist (1), qui n’est pas un journal particulièrement gauchiste, vient de rétrograder les Etats-Unis du rang de « full democracy » à celui de « flawed democracy ». « Flawed » signifie « qui comporte de sérieux défauts ». Le pays se retrouve à égalité avec l’Italie au rang 21. Du coup, Berlusconi a décidé de déménager aux U.S. pour aider Trump à redresser la situation. D’après le Guardian (2), six journalistes qui couvraient l’événement, puisque c’est ainsi qu’il faut appeler l’investiture du nouveau président, viennent d’être arrêtés dans cette « flawed » démocratie et risquent dix ans de prison et $25.000 d’amende. Même Erdogan le Turc, dont le pays est classé 97ème, s’est dit intéressé à venir à la rescousse des malheureux journalistes.

jeudi 19 janvier 2017

Une nouvelle bulle financière en formation

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Victor Ginsburgh

Il y a un peu plus d’un an, Mark Carney, Gouverneur de la Banque d’Angleterre et Président du Financial Stability Board du G20, a fait une conférence au Lloyd’s de Londres sur le risque à court et à long terme que le réchauffement climatique fait courir aux assureurs (1). C’est dire que, hormis Donald Trump, les experts du climat ne sont pas les seuls à s’inquiéter.

lundi 16 janvier 2017

L’allocation universelle : panacée ou leurre

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Pierre Pestieau

Les journalistes ne sont pas les seuls à nous offrir des marronniers. Les économistes et les hommes politiques ont aussi les leurs. Citons la réduction du temps de travail, la Taxe Tobin ou la bonne vieille allocation universelle. L’Obs du 5 janvier 2017 consacre deux de ses éditoriaux l’un à l’allocation universelle et l’autre à la semaine de 20 heures. A plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion dans ces colonnes d’éreinter l’idée du revenu universel. Force est de constater qu’avec le temps cette idée est devenue de plus en plus confuse, une vraie auberge espagnole, chacun y trouve ce qu’il veut bien y mettre.

mercredi 14 décembre 2016

Daniel Blake

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Pierre Pestieau 

Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) est un film franco-britannique réalisé par Ken Loach, qui a obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes 2016. Il vient de sortir sur nos écrans. C’est un film bouleversant qui aborde le problème de l’exclusion et de la manière kafkaïenne avec laquelle elle est traitée. Loach a l’art de traiter de sujets sérieux, tragiques avec toujours un certain humour et une lueur d’espoir. Cela le différencie des Frères Dardenne qui abordent souvent les mêmes problématiques de la précarité et du chômage. L’histoire se passe dans le Royaume-Uni des années 2010. En sortant de ce film, je ne pouvais pas ne pas me demander si les mêmes situations pouvaient se produire en France et en Belgique.

Daniel Blake, veuf, menuisier de 59 ans, est victime d'un accident cardiaque, qui l'oblige à faire appel pour la première fois de sa vie à l'aide sociale. Ses médecins lui interdisent de travailler. Mais il est déclaré apte par une compagnie privée sous-traitant pour l'administration la « chasse aux tire-au-flanc». Très rapidement Blake est  pris dans le piège d’une administration tatillonne qui multiplie les humiliations. Il finira par en mourir d’une crise cardiaque dans les toilettes d’une agence d’emploi. On trouvera dans sa poche ce  texte lapidaire « Je suis un homme, pas un chien. Un citoyen — rien de moins et rien de plus.»

Visite mémorable de la très belle exposition à la Fondation Vuitton

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Victor Ginsburgh

La Fondation avec Buren
Dépêchez-vous d’aller voir la célèbre collection de peintures du russe Chtchoukine à la Fondation Vuitton à Paris. Pour y arriver : métro-dodo et marche de quinze minutes à Neuilly, ce qui est assez agréable quand il fait beau, et c’était le cas quand j’y suis allé. On peut aussi prendre un bus qui part de l’Arc du Triomphe de Charles de Gaulle.

J’aime beaucoup Daniel Buren et ses peintures faites de bandes peintes sur toile (qui ressemblent à la toile de matelas de ma jeunesse), mais faire cela sur le vitres de la Fondation Vuitton, c’est un peu dommage, parce qu’on ne perçoit plus la beauté et la transparence de la construction. Mais bon, on se réjouit d’être arrivé et il suffit de ne pas trop regarder le presque gâchis de Buren pendant les 60 minutes de la queue. Regardez plutôt vos souliers et constatez que vous ne les avez pas cirés depuis longtemps.

mardi 6 décembre 2016

Leçon autrichienne

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Victor Ginsburgh

Ma mère était autrichienne et juive. Tout en ayant quitté l’Autriche avant l’Anschluss de 1938, elle a renoncé à son passeport autrichien et s’est contentée de la « nationalité » qui m’a fait souffrir quand j’étais adolescent : « apatride », sans patrie, alors que tous mes condisciples, eux, « avaient une patrie ». Pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer, ma mère a repris son passeport autrichien en 1956, et, mon père étant mort, je suis devenu « patride » autrichien, nationalité à laquelle j’ai moi-même renoncé 30 ans plus tard, quand Kurt Waldheim, le nazi qui avait aussi été Secrétaire Général des Nations Unies, est devenu chancelier d’Autriche.

Il n'y avait personne dans les rues de Vienne pour
fêter la Joyeuse Entrée de Hitler en 1938
Suite à l’élection de dimanche dernier, il importe de rappeler que les Autrichiens n’ont jamais renoncé à se convaincre qu’ils avaient « résisté » à leur annexion par l’Allemagne hitlérienne en 1938 et avaient été envahis par l’Allemagne à leur corps défendant.

Juste retour des choses, alors qu’aujourd’hui l’Allemagne résiste aux couleurs automnales brunes, elle a quand même risqué de se faire « envahir » par les néonazis autrichiens qui ont heureusement perdu par 46 contre 54. En temps normal, ç’aurait dû être 0 contre 100.

Mais ce n’est pas de cela que je veux parler. C’est de Donald Trump qu’il s’agit ici et de ce que le journaliste Leil Leibovitz a écrit à son sujet (1). Je citerai largement son article qui me semble résumer en deux pages (dont je ne vous en infligerai pas l’intégralité) le danger que nous courons tous.

Les nouvelles dames patronnesses

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Pierre Pestieau

On distingue généralement trois vecteurs de protection sociale : le marché, la famille et l’Etat. Leur rôle varie au cours du temps et selon les pays. Il varie aussi selon les risques. Pour la perte d’autonomie, la famille domine ; pour les retraites c’est l’Etat ou le marché selon les pays. Outre ces trois vecteurs, il en existerait un quatrième qui a nom charité et qui nous ramène aux dames patronnesses de Jacques Brel, ces femmes qui naguère s'occupaient des œuvres sociales et du patronage d'une paroisse. Dans la foulée de Bush aux Etats Unis et de Cameron en Angleterre, est apparue l’idée que l’Etat pourrait, dans une partie de ses missions, céder la place aux œuvres caritatives, laïques ou religieuses. Cette idée a été formalisée en une philosophie politique appelée conservatisme compassionnel et rassemblant des gens qui croient en la mise en œuvre de techniques et concepts conservateurs pour améliorer le bien-être général de la société en dehors de la sphère publique.

jeudi 1 décembre 2016

Retraites: débat d’idées et réalités changeantes

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Pierre Pestieau

Il y a au moins quarante ans que l’on se préoccupe de l’avenir des systèmes de retraite dans la plupart des pays européens et que l’on parle de reformes nécessaires pour assurer leur pérennité et éviter que les générations à venir doivent payer pour l’incurie présente. En attendant, le temps passe et les générations futures deviennent les générations présentes. Il peut être intéressant de refaire un peu d’histoire des faits et des idées en matière de retraites.

Apres la seconde guerre mondiale, les nations européennes se trouvaient avec des caisses vides et des personnes âgées sans ressources. Il fut alors décidé d’instaurer un système de retraite par répartition, entendant par là que les retraites étaient financées par les cotisations des actifs. C’était la bonne solution mais elle impliquait une dette sur l’avenir. Il n’y a pas de déjeuner gratuit (There is no free lunch). Ces premières retraites avaient une série de caractéristiques qui perdurent encore partiellement aujourd’hui. Elles étaient financées conjointement par l’employeur et l’employé. Elles étaient à prestations définies, entendant par là que quelque soit la conjoncture le retraité s’attendait à recevoir une fraction constante de ses revenus d’activité. Elles comprenaient un âge cible de départ à la retraite (typiquement 65 ans) qui au début était au dessus de l’âge moyen auquel on mourrait et qui aujourd’hui est bien en–deçà. Enfin, les systèmes de retraites étaient publics, ce qui n’excluait pas que les retraités les plus aisés puissent aussi vivre de leur épargne.

Mensonge des mensonges : tout n’est que mensonge

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Victor Ginsburgh

Voici quelques autres fabriqués par l’une ou l’autre multinationale. En fait toujours la ou les mêmes, qui modifient génétiquement les plantes, qui produisent les désherbants et autres pesticides, et qui rendent les plantes stériles de façon à obliger les cultivateurs à racheter des nouvelles semences, elles-mêmes stériles. Je n’ai pas besoin d’énoncer les noms, vous voyez tout de suite de qui je veux parler.

Le New York Times vient de publier deux articles sur les « promesses généreuses et non tenues » des plantes génétiquement modifiées (1).

La promesse était double : En immunisant génétiquement les plantes contre les effets des herbicides et autres petites bestioles, elles deviendraient tellement robustes qu’elles n’auraient plus besoin de pesticides et les récoltes gigantesques qui en résulteraient permettraient enfin de nourrir enfin tous les malheureux de la terre qui n’ont rien à se mettre sous la dent.

En fait, ce qui s’est passé, c’est que ces firmes si généreuses se sont plutôt assurées un triple dividende : (a) tirer des revenus et de la vente des produits génétiquement modifiés, (b) produire les semences stériles de façon à rendre obligatoire le rachat de nouvelles semences chaque année et (c) vendre des herbicides qui continuent d’être « nécessaires » pour liquider les mauvaises herbes que cela n’empêche guère de pousser autour des OGM. Il fallait qu’elles soient de fieffées salopes pour rendre les plantes génétiquement modifiées stériles et résistantes aux herbicides, puisqu’on pouvait maintenant déverser sur elles des quantités plus importantes d’herbicides sans leur faire de tort. A malin, malin et demi.