jeudi 19 mai 2022

Les robots envahissent les hôtels, garez-vous, ils mordent de temps à autre…

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Victor Ginsburgh

La crise du covid qui avait rendu quasi inactive l’industrie hôtelière israélienne a, semble-t-il, créé une façon particulière de servir les quelques clients : les robots (1).

Un robot sur roues se promène dans les corridors de l’hôtel, appelle l’ascenseur et attend. Il attend poliment quoi et pourquoi ? Que l’ascenseur descende et que ceux qui l’utilisent en sortent. Le robot se retire poliment de l’entrée, et lorsque le dernier client en sort, il entre, ferme la porte monte jusqu’au neuvième étage où un client a demandé un essuie mains, ou une tasse de café. Il s’arrête devant le numéro de chambre qui l’a appelé, téléphone au client pour lui dire qu’il attend devant la porte, et lui avance un plateau avec son café ou son essuie mains. Et surtout, il ne rentre pas dans la chambre pour voir ce qui s’y passe.

Le robot réveille beaucoup l’intérêt des hôtes, qui seront soit impressionnés soit choqués par l’un ou l’autre robot qui porte une cravate, tout en les laissant entrer dans l’ascenseur avant lui, parce qu’on leur a expliqué qu’en Belgique, par exemple, les gens se bousculent quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent. 

D’autres inventions technologiques naissantes vont remplacer les employés du comptoir de réception, et le robot va vérifier les réservations, enregistrer les paiements, mettre en route l’air conditionné dans leur chambre, et leur proposer des choix de déjeuners ou des dîners commandés par des robots et qui lui seront apportés par un autre robot à l’heure voulue des restaurants voisins, dont le client aura fait par téléphone ses choix. Il suffira de penser au steak pas trop cuit et qui sait, le cuisinier tout aussi robotisé aura préparé le plat par téléphone robotisé. 

Non seulement les robots feront tout ce qu’il faut, mais en outre ils pourront amuser les clients, qui n’auront plus à s’énerver parce que quelque chose n’a pas tourné comme il l’aurait voulu. En effet, si le client parle un peu trop haut, le robot éteindra ses oreilles.

Qui est le client et qui est le robot ?

Post scriptum. Une autre propriété du robot est à l’étude. Lorsque le client fêtera son anniversaire, il est prévu que le robot entrera brutalement dans sa chambre et lui fera un « happy birthday »…


(1). Hadar Kane, Robots invade Israeli hotels. Next target : The world, Haaretz, April 27, 2022.

jeudi 12 mai 2022

Kinder, Buitoni, Mediator, … Les fausses petites économies

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Pierre Pestieau

Le retour à l’équilibre budgétaire qui hante la plupart des gouvernements depuis plusieurs décennies a pour conséquence de réduire les investissement publics, dans la mesure où les dépenses de personnel sont incompressibles. C’est ainsi que l’on assiste à la détérioration progressive de nos infrastructures. Routes, gares, hôpitaux, bâtiments scolaires sont les sacrifiés traditionnels sur l’autel de l’austérité budgétaire. Il existe d’autres victimes, sans doute moins visibles, mais avec des conséquences tout aussi désastreuses.

Les scandales récents des Ehpad en France accusés de maltraiter leurs résidents et de la multinationale Ferrero responsable de plusieurs cas d'infections aux salmonelloses en Europe nous rappellent l’importance de contrôles réguliers et transparents dans les domaines où notre et vie et notre santé sont en jeu et où l’objectif des entreprises concernées est la seule recherche du profit. Or ces contrôles n’ont visiblement pas été faits ou s’ils l’ont été, ils n’ont pas été bien faits.  La raison invoquée dans ces deux cas est le manque de moyens des agences de contrôle, moyens qui ont été réduits progressivement au cours de ces dernières années par souci d’économie. 


En France, le nombre d’inspecteurs chargés de contrôler la qualité des Ehpad n’a cessé de diminuer. La sous-ministre en charge de l’autonomie vient de décider d’engager 150 nouveaux inspecteurs de l’action sanitaire et sociale. Mais cela est nettement insuffisant pour pouvoir inspecter régulièrement et efficacement tous les Ehpad. Dans le domaine de l’alimentation, même constat. Toutes les agences, dont la mission est de veiller à la sécurité et à la qualité de notre alimentation et de protéger la santé de la population, ne parviennent pas a mener des contrôles suffisants sur l'ensemble de la chaine alimentaire.

La tendance de long terme, elle, est à la baisse des moyens d’inspection. En France, le nombre de contrôles alimentaires réalisés par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) a diminué de 33 % entre 2012 et 2019. Et de 2007 à 2020, les services de la répression des fraudes sont passés de 3 600 à 2 600 agents. La Cour des comptes a souligné ces difficultés et la tendance est la même en Belgique. Le Bureau européen des unions de consommateurs a constaté une baisse générale, dans douze pays étudiés, des contrôles officiels sur l’alimentation.

Cette réduction des dépenses invisibles ne se limite pas aux secteurs de l’alimentation et des maisons de retraite. On se rappelle l'affaire du Mediator qui concernait les personnes victimes de la prise de Benflorex, commercialisé sous le nom de Mediator par les laboratoires Servier de 1976 à 2009. Le Mediator est accusé d’avoir causé la mort de 1 500 à 2 100 personnes, sans compter celles qui souffrent des conséquences des effets secondaires.

Il y aussi le scandale du radon qui concerne de nombreux pays. Le radon est un gaz radioactif qui serait à l'origine de 10% des cancers du poumon et de 500 décès par an en Belgique. 

Dans un tout autre secteur, celui des impôts, la réduction du personnel a eu des conséquences certes moins dramatiques mais sérieuses pour le Trésor public. Tout particulièrement, la diminution du nombre d’inspecteurs chargés de la fraude financière a pour conséquence que celle-ci augmente et que l’État se prive de recettes dont il a grand besoin.

On pourrait multiplier à l’envi ces situations choquantes qui auraient pu être évitées si l’État procédait au plus élémentaire calcul coût avantage qui montrerait qu’une augmentation des contrôles auraient des avantages bien supérieurs à ce qu’ils coûteraient. Il est temps d’en finir avec ces fausses économies.