mercredi 14 décembre 2016

Daniel Blake

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Pierre Pestieau 

Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) est un film franco-britannique réalisé par Ken Loach, qui a obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes 2016. Il vient de sortir sur nos écrans. C’est un film bouleversant qui aborde le problème de l’exclusion et de la manière kafkaïenne avec laquelle elle est traitée. Loach a l’art de traiter de sujets sérieux, tragiques avec toujours un certain humour et une lueur d’espoir. Cela le différencie des Frères Dardenne qui abordent souvent les mêmes problématiques de la précarité et du chômage. L’histoire se passe dans le Royaume-Uni des années 2010. En sortant de ce film, je ne pouvais pas ne pas me demander si les mêmes situations pouvaient se produire en France et en Belgique.

Daniel Blake, veuf, menuisier de 59 ans, est victime d'un accident cardiaque, qui l'oblige à faire appel pour la première fois de sa vie à l'aide sociale. Ses médecins lui interdisent de travailler. Mais il est déclaré apte par une compagnie privée sous-traitant pour l'administration la « chasse aux tire-au-flanc». Très rapidement Blake est  pris dans le piège d’une administration tatillonne qui multiplie les humiliations. Il finira par en mourir d’une crise cardiaque dans les toilettes d’une agence d’emploi. On trouvera dans sa poche ce  texte lapidaire « Je suis un homme, pas un chien. Un citoyen — rien de moins et rien de plus.»

Visite mémorable de la très belle exposition à la Fondation Vuitton

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Victor Ginsburgh

La Fondation avec Buren
Dépêchez-vous d’aller voir la célèbre collection de peintures du russe Chtchoukine à la Fondation Vuitton à Paris. Pour y arriver : métro-dodo et marche de quinze minutes à Neuilly, ce qui est assez agréable quand il fait beau, et c’était le cas quand j’y suis allé. On peut aussi prendre un bus qui part de l’Arc du Triomphe de Charles de Gaulle.

J’aime beaucoup Daniel Buren et ses peintures faites de bandes peintes sur toile (qui ressemblent à la toile de matelas de ma jeunesse), mais faire cela sur le vitres de la Fondation Vuitton, c’est un peu dommage, parce qu’on ne perçoit plus la beauté et la transparence de la construction. Mais bon, on se réjouit d’être arrivé et il suffit de ne pas trop regarder le presque gâchis de Buren pendant les 60 minutes de la queue. Regardez plutôt vos souliers et constatez que vous ne les avez pas cirés depuis longtemps.

mardi 6 décembre 2016

Leçon autrichienne

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Victor Ginsburgh

Ma mère était autrichienne et juive. Tout en ayant quitté l’Autriche avant l’Anschluss de 1938, elle a renoncé à son passeport autrichien et s’est contentée de la « nationalité » qui m’a fait souffrir quand j’étais adolescent : « apatride », sans patrie, alors que tous mes condisciples, eux, « avaient une patrie ». Pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer, ma mère a repris son passeport autrichien en 1956, et, mon père étant mort, je suis devenu « patride » autrichien, nationalité à laquelle j’ai moi-même renoncé 30 ans plus tard, quand Kurt Waldheim, le nazi qui avait aussi été Secrétaire Général des Nations Unies, est devenu chancelier d’Autriche.

Il n'y avait personne dans les rues de Vienne pour
fêter la Joyeuse Entrée de Hitler en 1938
Suite à l’élection de dimanche dernier, il importe de rappeler que les Autrichiens n’ont jamais renoncé à se convaincre qu’ils avaient « résisté » à leur annexion par l’Allemagne hitlérienne en 1938 et avaient été envahis par l’Allemagne à leur corps défendant.

Juste retour des choses, alors qu’aujourd’hui l’Allemagne résiste aux couleurs automnales brunes, elle a quand même risqué de se faire « envahir » par les néonazis autrichiens qui ont heureusement perdu par 46 contre 54. En temps normal, ç’aurait dû être 0 contre 100.

Mais ce n’est pas de cela que je veux parler. C’est de Donald Trump qu’il s’agit ici et de ce que le journaliste Leil Leibovitz a écrit à son sujet (1). Je citerai largement son article qui me semble résumer en deux pages (dont je ne vous en infligerai pas l’intégralité) le danger que nous courons tous.

Les nouvelles dames patronnesses

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Pierre Pestieau

On distingue généralement trois vecteurs de protection sociale : le marché, la famille et l’Etat. Leur rôle varie au cours du temps et selon les pays. Il varie aussi selon les risques. Pour la perte d’autonomie, la famille domine ; pour les retraites c’est l’Etat ou le marché selon les pays. Outre ces trois vecteurs, il en existerait un quatrième qui a nom charité et qui nous ramène aux dames patronnesses de Jacques Brel, ces femmes qui naguère s'occupaient des œuvres sociales et du patronage d'une paroisse. Dans la foulée de Bush aux Etats Unis et de Cameron en Angleterre, est apparue l’idée que l’Etat pourrait, dans une partie de ses missions, céder la place aux œuvres caritatives, laïques ou religieuses. Cette idée a été formalisée en une philosophie politique appelée conservatisme compassionnel et rassemblant des gens qui croient en la mise en œuvre de techniques et concepts conservateurs pour améliorer le bien-être général de la société en dehors de la sphère publique.

jeudi 1 décembre 2016

Retraites: débat d’idées et réalités changeantes

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Pierre Pestieau

Il y a au moins quarante ans que l’on se préoccupe de l’avenir des systèmes de retraite dans la plupart des pays européens et que l’on parle de reformes nécessaires pour assurer leur pérennité et éviter que les générations à venir doivent payer pour l’incurie présente. En attendant, le temps passe et les générations futures deviennent les générations présentes. Il peut être intéressant de refaire un peu d’histoire des faits et des idées en matière de retraites.

Apres la seconde guerre mondiale, les nations européennes se trouvaient avec des caisses vides et des personnes âgées sans ressources. Il fut alors décidé d’instaurer un système de retraite par répartition, entendant par là que les retraites étaient financées par les cotisations des actifs. C’était la bonne solution mais elle impliquait une dette sur l’avenir. Il n’y a pas de déjeuner gratuit (There is no free lunch). Ces premières retraites avaient une série de caractéristiques qui perdurent encore partiellement aujourd’hui. Elles étaient financées conjointement par l’employeur et l’employé. Elles étaient à prestations définies, entendant par là que quelque soit la conjoncture le retraité s’attendait à recevoir une fraction constante de ses revenus d’activité. Elles comprenaient un âge cible de départ à la retraite (typiquement 65 ans) qui au début était au dessus de l’âge moyen auquel on mourrait et qui aujourd’hui est bien en–deçà. Enfin, les systèmes de retraites étaient publics, ce qui n’excluait pas que les retraités les plus aisés puissent aussi vivre de leur épargne.

Mensonge des mensonges : tout n’est que mensonge

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Victor Ginsburgh

Voici quelques autres fabriqués par l’une ou l’autre multinationale. En fait toujours la ou les mêmes, qui modifient génétiquement les plantes, qui produisent les désherbants et autres pesticides, et qui rendent les plantes stériles de façon à obliger les cultivateurs à racheter des nouvelles semences, elles-mêmes stériles. Je n’ai pas besoin d’énoncer les noms, vous voyez tout de suite de qui je veux parler.

Le New York Times vient de publier deux articles sur les « promesses généreuses et non tenues » des plantes génétiquement modifiées (1).

La promesse était double : En immunisant génétiquement les plantes contre les effets des herbicides et autres petites bestioles, elles deviendraient tellement robustes qu’elles n’auraient plus besoin de pesticides et les récoltes gigantesques qui en résulteraient permettraient enfin de nourrir enfin tous les malheureux de la terre qui n’ont rien à se mettre sous la dent.

En fait, ce qui s’est passé, c’est que ces firmes si généreuses se sont plutôt assurées un triple dividende : (a) tirer des revenus et de la vente des produits génétiquement modifiés, (b) produire les semences stériles de façon à rendre obligatoire le rachat de nouvelles semences chaque année et (c) vendre des herbicides qui continuent d’être « nécessaires » pour liquider les mauvaises herbes que cela n’empêche guère de pousser autour des OGM. Il fallait qu’elles soient de fieffées salopes pour rendre les plantes génétiquement modifiées stériles et résistantes aux herbicides, puisqu’on pouvait maintenant déverser sur elles des quantités plus importantes d’herbicides sans leur faire de tort. A malin, malin et demi.

mercredi 23 novembre 2016

Ilomantis ginsburgae

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Victor Ginsburgh

Mon nom est préservé pour l’éternité. Il vient en effet d’être attribué à une famille de mantes (religieuses…) découvertes à Madagascar dont je vous donne à voir un exemplaire. Elle est verte (pas sur l'image en tout cas), son corps est plat, ses yeux coniques et ses ailes sont veinées pour qu’elle puisse se faire passer pour une feuille. Tout ceci la fait ressembler à toutes les mantes que vous connaissez, à condition que vous ne la regardiez pas sous une loupe ou mieux, au microscope.

Ce nom de famille fait honneur à une juge démocrate de la Cour Suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg (1), première femme nommée à ladite Cour, qui, à 83 ans, lutte pour ne pas quitter sa fonction sans l’assurance que son siège sera attribué à un(e) autre juge libéral(e). Elle s’est de plus montrée « implacable dans sa lutte en faveur de l’égalité des genres ». La mante en question est elle aussi pionnière, puisqu’elle a été classée sur base des caractéristiques de son appareillage reproductif (féminin), alors que les classements biologiques des espèces s’établissait jusqu’à présent à partir des particularités mâles. Sydney Brannoch, auteure de l’article scientifique (2) qui définit cette nouvelle classe explique : « En tant que biologiste féministe, je me suis souvent demandé pourquoi ce sont presque systématiquement les mâles qui sont utilisés pour diagnostiquer les espèces. J’espère que mon travail créera non seulement un précédent dans la taxonomie, mais qu’il souligne aussi la nécessité d’examiner les deux sexes dans les investigations scientifiques » (3).

Dont acte.

mardi 22 novembre 2016

Pauvreté financière et pauvreté perçue

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Pierre Pestieau

On sait que l’Etat providence ne redistribue pas les revenus autant que l’on peut s’y attendre. Du côté de la fiscalité, les impôts progressifs ne le sont pas tellement du fait de la multiplicité des niches. Du côté des dépenses, les plus démunis ne sont pas toujours ceux qui bénéficient le plus des prestations sociales. Ceci dit il faut bien admettre que les indices d’inégalité et les taux de pauvreté diminuent là où l’Etat providence est actif. Ce qui est inquiétant c’est que certains qui ont des revenus supérieurs au seuil de pauvreté peuvent ressentir qu’ils sont néanmoins pauvres. Il y a deux facteurs qui peuvent expliquer cette différence entre revenu financier et revenu ressenti : (a) le sentiment que l’on peut avoir d’être déclassé et (b) le fait qu’un revenu de remplacement ne donne pas lieu à la même satisfaction qu’un revenu du travail.

Le déclassement exprime une baisse de statut social, pour une personne ou un groupe social. Il peut être dû au fait d'occuper une position sociale inférieure en fin de vie active à celle occupée au début de la vie active, qui peut, par exemple être la conséquence d'une période de chômage. Il peut aussi être perçu quand un jeune entrant sur le marché du travail occupe une profession dont le statut social est inférieur à celui auquel il pourrait en théorie prétendre du fait de son diplôme. L'élévation du niveau de diplôme et la montée du chômage ont contraint une part croissante de jeunes à accepter des postes de niveau inférieur, en dépit de la progression de la part des emplois qualifiés. Une personne déclassée tend à se focaliser sur le revenu ou le statut qu’il n’a pas et accorder moins d’importance au revenu qu’il perçoit.

jeudi 17 novembre 2016

Populisme et politique sociale

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Pierre Pestieau

Depuis de nombreuses années, je m’intéresse à nos Etats providence, cet ensemble de programmes et de législations qui visent à lutter contre les inégalités et assurer la protection des individus contre les aléas de la vie. Dans cette démarche, je suis conscient des obstacles et des contraintes. Nos Etats poursuivent ces objectifs de protection sociale mais tout à la fois, et sans doute avant tout, ils servent les  marchés et les intérêts du capitalisme mondialisé. Cela se manifeste lors du sauvetage de banques et de sociétés d’assurance, lorsque des accords de libre échange sont signés et dans la manière dont la richesse est distribuée et taxée. Or la logique du capitalisme mondialisé est diamétralement opposée à celle de l’Etat providence puis qu’elle contribue à la croissance des inégalités et de l’insécurité.
Le principal allié de l’Etat providence a toujours été le vote démocratique. Historiquement, une majorité de citoyens votaient pour son maintien, voire pour son expansion, soit parce qu’ils y trouvaient leur compte, soit par altruisme. Or, cette donnée semble changer avec la succession des votes populistes auxquels on vient d’assister, le plus marquant étant celui qui a conduit à l’élection de Donald Trump.

mercredi 16 novembre 2016

Non, je ne t’ai pas oubliée, Jérusalem et ma langue ne colle pas à mon palais

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Victor Ginsburgh

Il y avait longtemps que je n’avais plus rien dit. J’ai eu l’impression que les autres événements prenaient le pas sur ce qui se passait en Israël. Mais j’ai continué à lire, et c’est loin d’être réjouissant, bien au contraire, surtout depuis l’élection de Donald Trump qui compte déménager l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi l’annexion de la ville par Israël, et rendant plus difficile que jamais la solution des deux états, Palestine et Israël. Le gouvernement israélien rend d’ailleurs lui-même cette position de plus en plus probable, et va jusqu’à se proposer d’annexer 60% (la zone dite C) de la Palestine et à rendre légales a posteriori des colonies construites sur des terres privées palestiniennes, ce qui, d’après la Cour Suprême d’Israël, est contraire au droit international. On parle heureusement aussi d’une initiative de dernière minute de la part des Palestiniens au Conseil de Sécurité, contre laquelle, pour une fois, le président encore en exercice, pourrait ne pas opposer le veto des Etats-Unis. Une dernière chance.

Voici donc une correction parce que je ne voulais pas faillir au Livre des Psaumes, 137, 5-6 de l’Ancien Testament, qui se lit : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma (main) droite se dessèche. Que ma langue colle à mon palais ».

J’ai pris au pied de la lettre la demande que formule B. Michael—éditorialiste à Haaretz depuis plus de vingt ans—dans le dernier paragraphe de son article du 3 juin 2016 paru dans Haaretz et l’ai traduit en français (1). En voici le titre et l’essentiel de l’article.

Une fois encore le peuple juif fait face à un grand danger et le monde fait silence
B. Michael

jeudi 10 novembre 2016

Si Marx, Lénine et Che Guevara…

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau


Si Marx, Lénine et Che Guevara, cachés par la nuit qui tombe plus tôt en cette saison, avaient ressuscité simultanément et installé leur triumvirat à la Maison Blanche, on aurait pu comprendre. On aurait pu comprendre pourquoi les marchés financiers se sont effondrés, parce que l’arrivée soudaine de cette bande de révolutionnaires aurait été suivie par la fermeture indéfinie (et peut-être définitive) de toutes les bourses, et par la confiscation de toutes les grandes et même moins grandes fortunes qui auraient été redistribuées aux pauvres du monde entier. Enfin, aurions-nous pu dire, « un peu plus d’égalité dans le monde » dont nous rêvons tous, certains secrètement, d’autres en criant un peu plus fort.

Le dollar et le peso mexicain tombent. Le Dow Jones et le Standard & Poors 500 perdent 4 et 5 pourcent, respectivement, avant même l’ouverture des marchés financiers américains. C’est presque la « lutte finale »…

jeudi 3 novembre 2016

Voilà pourquoi il fallait déconstruire et sans doute rejeter le CETA

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Victor Ginsburgh

Quand je pense au CETA, ce magnifique traité dit « de nouvelle génération », je pense aussi aux plantations de pyrèthre de mon enfance, qui étaient tellement belles quand elles fleurissaient et dont les fleurs sentaient tellement bon quand elles sortaient du séchoir et étaient moulues. Ces plantations, dans les montagnes au nord du Rwanda où je suis né, ont été détruites suite à l’utilisation du DDT, un insecticide chimique qui a ruiné les cultivateurs de l’innocente pyréthrine naturelle, et qui s’est révélé, quelques années plus tard, comme étant un produit tellement nocif qu’il a été interdit. Mais trop tard. On est aujourd’hui confronté au même problème avec le Roundup de Monsanto que la Commission Européenne renâcle à interdire (interdit en France, il continue cependant d’y être disponible). C’est payé combien par les lobbies ?

mercredi 2 novembre 2016

Ubérisation, fiscalité et protection sociale

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Pierre Pestieau

Notre fiscalité et notre protection sociale ont été conçues à une époque où la mondialisation était un mot rarement utilisé et où le salariat avec CDI (contrat à durée indéterminée) était la norme. Aujourd’hui les entreprises multinationales peuvent localiser leurs profits là où les taxes sont les plus basses ; les CDD (contrat à durée déterminée) et les indépendants vrais ou faux prennent une place croissante dans le marché du travail.

C’est ainsi qu’est apparu le phénomène d’ubérisation de notre économie. Ce néologisme provient de l’entreprise Uber qui a généralisé à l’échelle planétaire un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis. Les caractéristiques de ce service sont en premier lieu les gains financiers importants liés à l’évitement des contraintes réglementaires et législatives de la concurrence classique (l’acquisition d’une licence de taxi dans le cadre d’Uber), mais aussi la quasi-instantanéité, la mutualisation des ressources et la faible part d’infrastructure lourde (bureaux, services supports, etc.) dans le coût du service, ainsi que la maîtrise des outils numériques.

jeudi 27 octobre 2016

Justice et justiciers

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Pierre Pestieau

Cet été, j’ai lu un polar grec (1) qui présentait un tueur lequel s’était mis à cibler les fraudeurs fiscaux. L’effet le plus visible de ces quelque premiers meurtres fut de faire rentrer dans les caisses de l’Etat plus de recettes que le gouvernement grec n’avait réussi à faire en 3 ans en dépit des menaces de la Troïka (2). Le second effet fut de transformer un assassin en héros populaire, version contemporaine de Zorro ou de Robin des Bois. Je ne vous dévoilerai pas la fin qui, rassurez-vous, est hautement morale

Les oubliés d’Hilarante Clinton

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Victor Ginsburgh

Pourquoi hilarante ? Parce que ses conseillers lui ont conseillé de sourire ou de rire lors de ses débats avec Trump (1).  Mais il n’y a pas de quoi sourire ni rire, parce qu’en public, Mme Clinton explique que « notre économie devrait travailler pour chacun de nous, et pas seulement pour ceux qui sont au sommet ». En privé, devant ses banquiers favoris (Goldman Sachs et Black Rock, un fonds de placement qui gère $5.000 milliards), elle explique que nombreux sont ceux qui pensent que la classe ouvrière ne reçoit pas son dû, mais elle ajoute que sa propre opinion n’est pas encore faite à ce sujet. Elle admet qu’elle faisait partie de la classe moyenne, « mais qu’aujourd’hui, suite à la vie que j’ai vécue et à la fortune que mon mari et moi avons accumulée, je suis loin de la classe moyenne ; je n’ai cependant pas oublié que j’en étais » (2). C’est ça l’effet ascenseur tant décrit par les Américains, mais qu’en est-il réellement ?
 
Une étude sur cette question vient d’être publiée (3). Elle porte sur les avantages ou les désavantages que les arrière-grands-parents, les grands-parents et les parents ont transmis à leur descendance. Les avantages et désavantages sont mesurés en termes de niveau d’éducation, mais les auteurs font l’hypothèse que celui-ci est fortement corrélé à la classe sociale, au revenu, et à la richesse. Cette hypothèse est largement acceptée par les chercheurs qui travaillent dans ce domaine.

jeudi 20 octobre 2016

Bernie, Bob et Hillary

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Victor Ginsburgh

Bob Dylan et les Obama
Pour autant qu’il s’en soit aperçu, Donald Trump ne doit pas être très heureux du prix Nobel décerné à un vrai homme de gauche, troubadour lettré et poète de notre temps (1), et qui l’a été sans relâche jusqu’ici. Il n’est d’ailleurs pas exclu que la Fondation Nobel ait fait un pied de nez au monde et aux Etats-Unis en particulier, pour illustrer que la gauche existe encore, même si elle vieillit et que Bob Dylan et Bernie Sanders en sont peut-être le dernier signe.

En tout cas Hillary Clinton n’en est pas un de signe, s’il faut en croire un récent article paru dans Newsweek (2), qui commence par faire référence à un marché dans lequel elle est entrée en 1978. Elle a investi $1.000 dans des « marchés futurs » de viande sur pied, et en est, peu après, sortie avec un petit pactole de $98.541 soit plus de 98 fois sa mise initiale et s’en est vantée dans une conférence faite à la Bourse de NY en 2013. George Soros, le grand spécialiste du marché des matières premières aurait fait à l’époque un gain du 22%. Un doute sérieux plane sur la manière dont elle a réalisé cette performance, mais rien n’a pu être prouvé contre elle (3). Il n’empêche que selon un article paru dans une revue de finance (4), la probabilité qu’elle ait pu faire un tel gain est approximativement de 1 sur 31.000 milliards, autant dire zéro.

lundi 17 octobre 2016

Evasion ou illusion

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Pierre Pestieau

La Grande Évasion (The Great Escape) est un film américain de John Sturges sorti en 1963. Il raconte une histoire vraie qui s’est déroulée 20 ans avant durant la Seconde Guerre Mondiale. Des officiers alliés récidivistes de l'évasion sont prisonniers et surveillés étroitement dans un stalag. Malgré cela, ils préparent une évasion massive. Soixante-quinze d'entre eux parviennent à s'échapper mais la plupart seront rattrapés. Dans son livre éponyme (1), Angus Deaton (2) utilise cette analogie pour conter ce mouvement qui a conduit une partie de l'humanité à s'évader de la misère et de la maladie, ce qui s'est fait au prix d'inégalités aujourd'hui flagrantes entre les pays et les populations. 

Né en Écosse, enseignant à Princeton, Angus Deaton s'est vu décerner le Prix Nobel 2015 pour ses travaux fondés sur la mesure économétrique fine des comportements individuels dans le domaine de la consommation et de la pauvreté en relation avec le bien-être. En 400 pages écrites avec clarté et pédagogie, il  expose à la fois les faits, l’évolution récente des inégalités et de la santé dans le monde, et ses propositions pour réduire ces inégalités ; il nous prévient que la volonté politique est primordiale pour avoir raison des inégalités de revenus et de santé. Il remet en question le mythe d'une relation causale entre croissance du revenu et amélioration de la santé. Pour lui, sauver des vies dans les pays pauvres n’est pas coûteux et il décrit de nombreux cas où la santé s’est améliorée sans qu’il n’y ait eu de croissance. Le ton de l’ouvrage est celui d’un optimisme tempéré.

jeudi 13 octobre 2016

Confiteor

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Retour sur mon blog consacré à l’écologie politique publié il y a 15 jours. J’ai reçu une réaction qui m’a fait réfléchir. On m’y reproche de me gausser des ménages qui se veulent green et qui ne le sont que dans un tout petit secteur de leur consommation, polluant par ailleurs autant que les mécréants. C’est injuste, j’en conviens. Il existe une minorité, faible il est vrai, de ménages qui sont d’authentiques écologistes, c’est-à-dire qu’ils le sont de manière cohérente et constante. Et pour paraphraser l’antisémite canonique, « je compte parmi mes meilleurs amis de tels écologistes ».

J’admets, confiteor (1), je confesse, avoir péché par excès.

Et un lapin sortit du chapeau

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Victor Ginsburgh

 Enfin, nous aurons un nouveau musée bruxellois qui sera installé dans le bâtiment dit Citroën. Bruxellois, si on peut dire. Etant donné que les musées belges n’ont depuis bien longtemps plus les moyens d’acquérir des œuvres d’artistes contemporains internationaux, la collection du Citroën « permettra à ce nouveau pôle culturel de disposer dès ses débuts d’une collection permanente constituée à partir de prêts » … que lui feront le Centre Pompidou. C’est en tout cas ce que dit Serge Lavigne, président dudit Centre P. Et, continue-t-il, « nous conseillerons sur la programmation, le spectacle, la politique pédagogique à destination des enfants et des adolescents et sur toute l’ingénierie muséale, gestion du musée, définition d’une politique d’acquisition, de restauration, etc. » (1). Tant mieux pour nous, mais, que fera Bruxelles dans tout ça ? Embouteiller l’arrivée au musée.

jeudi 6 octobre 2016

Economistes ortho- et hétérodoxes : une nouvelle guerre franco-française

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Victor Ginsburgh

La guerre du Burkini à peine finie (les protagonistes se taisent après avoir constaté qu’il n’y avait plus personne sur les plages parce qu’il faisait plus froid), voilà la guerre des économistes « hétérodoxes » contre les économistes dits « néo-classiques » ou « orthodoxes ».

Le conflit a pour origine un livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le Négationnisme Economique, qui, en gros, reproche aux économistes hétérodoxes de ne pas accepter les économistes « néo-classiques » sous le prétexte que ceux-ci utilisent un peu (et parfois trop) de formalisme mathématique ainsi que de l’économétrie. La formulation mathématique a le mérite de rendre leur discours vérifiable : on peut contrôler l’exactitude des preuves ou des calculs et des bases de données s’il s’agit d’économétrie. Cette science, comme l’expliquent Cahuc et Zylberberg « reste certes imparfaite. Mais elle tente de faire le tri entre le vrai et le faux avec des méthodes comparables à celles mises en œuvre par d’autres sciences comme la médecine ou la biologie » (1). L’économétrie a fait des progrès considérables depuis 20 ans et permet en effet de faire des inférences rigoureuses et de tirer des conclusions sérieuses à partir de données observées, mais qui ne sont pas nécessairement expérimentales (c’est-à-dire du type « traitement » d’une part et « placebo » de l’autre, qui sont elles, et pour autant qu’elles soient représentatives de la population, bien plus faciles à interpréter).

mercredi 5 octobre 2016

Les inclassables

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Pierre Pestieau

Le blog qui précède vient de décrire la querelle qui oppose deux camps. A ma droite, les économistes orthodoxes, néoclassiques, orthodoxes ; à ma gauche, les économistes atterrés, hétérodoxes, critiques de l’économie de marché. Cette querelle est ancienne; elle a été récemment attisée par la publication d’un livre brulot qui porte le titre malencontreux de Négationnisme économique (1). Je n’ai pas lu ce livre mais j’ai lu les nombreux articles qui lui ont été consacrés et connais les protagonistes de cette tragicomédie.

La querelle m’intéresse parce que si on s’y laissait enfermer on en arriverait à penser qu’il n’est pas possible d’être un économiste orthodoxe et de gauche à la fois. Or il me semble possible d’utiliser les méthodes et les concepts de l’économie néoclassique tout en reconnaissant les nombreux dysfonctionnements de l’économie de marché et la non- pertinence de l’économie orthodoxe. Par non-pertinence, je veux dire que l’économie orthodoxe s’intéresse peu aux problèmes réels de notre société, le chômage, la précarité et le sous-développement et se dévoie dans des thématiques aussi pertinentes que le sexe des anges. Elle se prétend scientifique et objective là où elle prend parti. L’économie hétérodoxe adopte le plus souvent un style impressionniste mais elle a le mérite de dénoncer un système qui conduit à l’exclusion et à la désespérance.

vendredi 30 septembre 2016

Ecologie et capitalisme

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Pierre Pestieau

J’ai toujours eu des réserves à l’égard de l’écologie pour des raisons diverses. D’abord, je trouvais le problème techniquement et intellectuellement complexe. La majorité des écologistes ne le sont que partiellement. Pour faire court, on trie ses ordures mais on roule en quatre-quatre et on n’est même pas sûr que le tri sélectif soit utile pour la planète. Ensuite j’avais du mal avec la problématique : l’écologie est-elle de gauche ou de droite ? Dans la pratique, elle est un peu des deux. Elle est de gauche parce qu’elle remet en cause notre système de production et que la recherche du profit n’intègre que rarement la composante environnementale mais elle ne l’est pas quand elle s’oppose à la croissance et au productivisme qui sont les vecteurs de l’emploi.

Le Déjeuner Sous l’Herbe

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Victor Ginsburgh

Non, non, aucune erreur dans le titre. Bien sûr vous pensez tous au magnifique tableau d’Edouard Manet, qui a d’ailleurs créé un scandale abominable, et a été refusé au Salon de Paris, en 1863, parce qu’il était insupportable de représenter une femme nue, Victorine Meurant, la compagne de Manet, entourée de deux hommes assis (Manet lui-même, et son frère) en costume d’hiver. Hélas pour Manet et pour Victorine, le burkini n’a été inventé que bien plus tard, alors qu’aujourd’hui, on est ravi de rencontrer des femmes (presque) nues, aussi bien dans les bois (comme dans le tableau de Manet), que sur les plages et c’est, de façon absurde, le burkini qui est délictueux dans la même France que celle qui interdisait, il y a 153 ans le nu... dans la peinture.

samedi 24 septembre 2016

Barroso, Juncker, Neelie Kroes et les autres

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je suis content de moi
Victor Ginsburgh

Le sieur Barroso ancien Président de la Commission Européenne entre à la Banque Goldman Sachs. Alors qu’il faisait partie des jeunesses maoïstes dans son pays lorsqu’il était jeune.

je suis étonné d'avoir fait cela
Le sieur Juncker, actuel Président de la Commission Européenne, faisait des deals « légaux » pour que des firmes étrangères installées au Luxembourg puissent avoir des traitements fiscaux favorables, lorsqu’il était Ministre des Finances au Grand Duché. Mais il avoue que c’était une faute de jeunesse, et qu’il a changé aujourd’hui.

 c'est une erreur administrative
Dame Neelie Kroes, ancienne Commissaire Européenne à la Concurrence, est aujourd’hui accusée dans les Bahamas Papers d’avoir été administratrice d’une fumeuse société offshore fondée par les Emirats Arabes Unis, basée aux Bahamas entre 2000 et 2009, ce qu’elle avait « oublié » de déclarer, alors qu’elle y était obligée lorsqu’elle est devenue Commissaire.  Aux dernières nouvelles, et après avoir commencé par nier, elle a déclaré que c'était une erreur administrative. C'est bien ce à quoi on pense quand on voit sa tête ci-desssus.

mercredi 21 septembre 2016

L’Etat social: levier ou obstacle à la compétitivité ? Les performances de l’Etat providence

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Pierre Pestieau 

La performance de l’Etat providence peut être envisagée de deux façons. Soit on met l’accent sur sa capacité à protéger les citoyens contre les risques de la vie et particulièrement celui de la pauvreté; soit on insiste sur l’effet qu’il peut avoir sur la compétitivité de nos économies et partant sur la croissance et l’emploi.

On peut mesurer la  performance de l’Etat providence à partir de la manière dont il remplit les objectifs qui lui sont naturellement assignés, à savoir la protection des citoyens contre des risques tels que le chômage ou la maladie, et la réduction des inégalités et de la précarité. Sur base d’indicateurs portant sur l’emploi, le revenu, la santé et l‘éducation il apparaît que la performance des Etats providence européens s’est améliorée au cours des deux dernières décennies et que celle de la France se situe dans une bonne moyenne. Rien ne garantit cependant que cette évolution favorable continue.

mercredi 14 septembre 2016

Acciaroli

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Pierre Pestieau

Parmi les nombreux buzz de cette fin d’été, j’en ai retenu un, celui du village des centenaires. Il y aurait en effet au sud de Naples, un village de pêcheurs coincé entre la mer et la montagne du nom d’Acciaroli, où un tiers de la population aurait plus de 90 ans. Des anciens dans une  forme éblouissante. En effet, ils sont âgés, mais aussi en très bonne santé. Les habitants d'Acciaroli semblent bien mieux vieillir qu’ailleurs. « Ils arrivent à vivre sans pathologies dégénératives. On a jusqu'à 300 centenaires et nonagénaires (sic) et un seul d'entre eux, seulement, a la maladie d'Alzheimer », souligne Stefano Pisani, le maire de la commune.

mardi 13 septembre 2016

¿Cuba, une nouvelle colonie?

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Victor Ginsburgh

Le blocus américain de Cuba a pris fin en décembre 2014, mais en décembre 2015, les Etats-Unis n’avaient pas encore mis fin au programme qui encourageait les médecins et autres professionnels médicaux cubains à déserter Cuba pour s’installer aux Etats-Unis (1). Ce programme avait été mis en place en 2006 sous le très cher G.W. Bush et a permis à des milliers de médecins et autres personnes dans le domaine de la santé d’émigrer, alors qu’ils avaient été (remarquablement, dit-on) formés à Cuba (2). Les Cubains ont eu beau dénoncer ce programme dans les semaines qui ont suivi les nouveaux accords, rien n’y a fait, ce qui coûte cher à Cuba qui « loue » son personnel médical aux pays en développement en contrepartie de cash ou de pétrole (2).

Sans oublier les dommages et les réparations à ceux, tant Américains que Cubains, qui ont perdu des propriétés confisquées par le gouvernement de Fidel Castro. Les Américains réclament $8 milliards aux Cubains, les Cubains répondent que les Américains leur doivent $120 milliards de dommages et intérêts. Pas facile à régler. Et puis il y a les descendants d’un certain Meyer Lanski, mafieux juif des grands chemins (encore qu’un bandit des grands chemins peut être sympa, ce qu’un mafieux n’est certainement poas pas), qui réclame réparation pour le casino-hôtel-bordel de 352 chambres, toutes sur front de mer à La Havane, et inauguré par Ginger Rogers en 1957 (3). Il faut bien dire que Lanski était fameux pour plusieurs raisons, et c’est bien normal qu’on rembourse sa perte. Il est décrit comme un « magicien financier et tzar réputé du crime organisé aux Etats-Unis et ailleurs », pote de Lucky Luciano, Al Capone et autres et auquel Israël a refusé le « droit au retour » parce qu’il constituait un « danger pour la sécurité publique » (4). Il est mort dans son lit à Miami en 1983. Il aurait inspiré le personnage de Hyman Roth dans Le Parrain, II de Francis Ford Coppola. C’est dire !

vendredi 9 septembre 2016

Genève, UE ou US ?

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Victor Ginsburgh

Bonne nouvelle, les trains de Genève vers son aéroport sont, eux aussi, en retard, c’est comme chez nous, sauf que nous ne sommes pas des producteurs de montres de précision, en ce compris la Schwatz, du suisse pas trop cher.

Pour le reste, un franc suisse est égal à un franc euro, on ne sait évidemment pas si c’est le franc suisse qui est devenu plus cher ou le franc euro qui a baissé, à cause de ces chiens d’Anglais qui ont voulu quitter une si belle Union Européenne. Maintenant que le franc est à nouveau égal au franc, on pourrait inviter l’UE à faire partie de la Suisse, ce ne serait pas mal quand même, puisqu’on pourrait gratuitement avoir un pays qui est plein d’Alpes et de lacs et appeler notre monnaie commune d’un vrai nom de monnaie, par exemple « drachme », une vengeance contre tous ceux qui ont tellement emmerdé la Grèce.

jeudi 8 septembre 2016

Que de murs, que de murs

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Pierre Pestieau

Je viens, comme chaque année, de passer plusieurs semaines dans la campagne française. Je suis toujours frappé par l’omniprésence de murets, portails et autres clôtures autour de chaque habitation. J’ai même vu une clôture avec un joli portail à ouverture télécommandée entourant les fondations d’un pavillon. Quelques semaines plus tard, quand il s’est agi de continuer la construction, il a fallu démolir une partie de la clôture ; heureusement, on n’a pas touché au portail.

Les Français (et sans doute les Belges aussi) sont étonnés quand ils voyagent aux Etats Unis d’observer que les habitations de banlieue et leurs jardins ne sont séparés que par des haies très basses quand ils le sont. Les problèmes de voisinage qui sont un thème récurrent des bandes dessinées américaines et franco-belges sont marquées par ces différences : le ballon qui passe chez le voisin se récupère beaucoup plus facilement aux Etats Unis que dans nos contrées.

jeudi 1 septembre 2016

Le sexe des anges

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Pierre Pestieau

Je me souviens d’un professeur du secondaire qui nous avait longuement parlé de la chute de Constantinople. Selon lui, alors que Constantinople était assiégée par les Ottomans et allait tomber quelques semaines plus tard, la population se déchirait à propos du sexe des anges. Il est difficile de ne pas rapprocher cette évidente absurdité et ce qui se passe maintenant en France, plus que jamais fille ainée de l’Eglise, avec l’affaire du Burkini. Alors que le pays est littéralement assiégé par une multitude de problèmes, il se passionne pour une bêtise qui afflige le reste de la planète, comme le fait remarquer Victor avec humour et en payant de sa personne.

Nager en burkini

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Victor Ginsburgh

La semaine dernière, après les singuliers événements qui se sont passés en France, je suis allé nager en burkini dans une piscine à Molenbeque. Je veux dire : c’est moi qui m’étais mis en burkini, pour cacher mes fesses et mes seins qui tombent, ma calvitie, mes bourrelets et autres décorations que mon âge m’a accordées. Ce sont les seules que j’ai, après avoir refusé, par écrit, toute autre décoration. 

Après mes habituels trente allers-retours dans la piscine, je me suis senti bien mieux, parce que je ne devais plus m’assurer que mon maillot avait lâchement quitté mon corps, ce qui nuisait évidemment au record que j’avais établi quand j’avais vingt ans, en nageant en simple bikini, que, par pudeur, je n’osais plus mettre depuis bien longtemps.  

Et puis, j’ai eu la chance d’avoir une burkinie qui nageait, bien mieux que moi d’ailleurs, dans le couloir à ma gauche.

jeudi 25 août 2016

Tricheries aux jeux Olympiques ? Mais non, bien sûr, et puis…

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Victor Ginsburgh

… les jeux dont il est question ici sont ceux qui se sont passés en Grèce, il y a quelque 2 500 ans. En cherchant un peu, je suis tombé sur un article de Clarence Forbes (1) qui décrit les tricheries utilisées à l’époque, bien plus innocentes que celles d’aujourd’hui, et dont les auteurs (ou les villes pour lesquelles les athlètes concourraient) étaient soumis(es) à des amendes utilisées à ériger des statues de Zeus autour des stades, et dont les piédestaux mentionnaient les noms des tricheurs.

La « tricherie » la plus courante consistait à « jeter un sort » au concurrent. Il n’est pas sûr que cela fonctionnait très bien, et il a fallu passer à une vitesse supérieure. Déjà le mythique fondateur des jeux, un certain Pelops, avait gagné une course de char contre un puissant roi, après avoir corrompu l’aurige de saboter le char du roi. Cela commençait donc bien.

jeudi 18 août 2016

Consultants, lobbyistes et autres…

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Victor Ginsburgh

Le New York Times vient de publier deux articles importants sur le rôle des bureaux de consultants. On les appelle think tanks en anglais. Moi j’ai plutôt envie de les appeler thin tanks, et le K qui manque fait une sacrée différence, puisque on passe de penser à mince, étroit.

Les titres des deux articles en disent long : « Les think tanks prétendent être indépendants, mais ils sont devenus des joueurs importants en amplifiant l’influence des entreprises » (1). Et les sous-titres ne sont pas moins éloquents: « Les think tanks sont considérés comme indépendants, mais leurs savants (scholars dans le texte anglais!) poussent souvent les intérêts de ceux qui les financent » et « alors qu’il sont supposés être des arbitres indépendants pour les conseils qu’ils donnent sur la politique économique, un grand nombre de ces chercheurs [qui ne sont plus des savants] ont aussi des rôles dans des entreprises qui ne sont parfois [je remplacerais le mot par souvent] pas révélés ». S’ajoute à cela une interview d’Elisabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachusetts qui définit le rôle souvent néfaste de ces consultants. Sçavants ou chercheurs, se muant en lobbyistes, ils influencent le rôle du Sénat qui vote des lois pas nécessairement favorables aux consommateurs, mais bien aux industriels (2).

vendredi 12 août 2016

Que s’est-il passé pendant les vacances ? Rien…

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Victor Ginsburgh

Si, quand même, une bonne nouvelle. Les manipulations fiscales récentes en Belgique ont permis d’augmenter ma pension de retraité de 60 centimes (par mois, bien sûr). Hélas, la retenue de sécurité sociale a augmenté de 2 centimes, et la retenue de solidarité, qu’il ne faut évidemment pas confondre avec un impôt, est passée de 127,58 à 127,59 euros. Le précompte professionnel qui lui est un vrai impôt, a augmenté de 22 centimes. Il en résulte que l’allègement fiscal me rend plus riche de 35 centimes. J’aurais préféré recevoir un timbre qui m’aurait permis d’envoyer une lettre de remerciement au généreux donateur.

Le Portugal, en dérapage budgétaire, a risqué une amende que pouvait lui infliger la Commission Européenne (1). On aurait aussi pu demander au beau Barroso de régler le problème, maintenant qu’il a les moyens avec sa position à la Banque Goldman Sachs. Il a si bien sauvé l’UE pendant sa présidence, il peut donc aussi sauver son propre pays, le Portugal. Le coiffeur du Président Hollande pourrait aussi participer à la collecte.

mardi 14 juin 2016

Nouvelle politique de la Banque Centrale Européenne. Mais merdRe où allons nous ?

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Victor Ginsburgh

La Tour Penchée de la BCE à Francfort
Comme le note le quotidien espagnol Expansión (1), Mario Draghi le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) a une nouvelle baballe avec laquelle il peut jouer : Acheter sur les marchés des obligations (peu liquides et pas très bien notées par les agences) des entreprises de la zone Euro. Et L’Echo ajoute que dès le début [mercredi 8 juin] la BCE a acheté des titres « non spéculatifs, mais presque » et a « plongé les mains dans le cambouis » (2).

Etant donné la taille des achats que la Banque peut se permettre (jusqu’à € 20 milliards par mois), ces achats vont évidemment réduire le taux des emprunts pour ces entreprises (et pour l’ensemble des entreprises). Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué.

Qu’a donc acheté la BCE ? Je vous le donne en mille.

La mondialisation, un coupable bien commode

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Pierre Pestieau

Très souvent, les dérapages et les lacunes de l’Etat providence sont attribués à la mondialisation. Coupable rêvé des ses propres manquements. Le marché n’est d’ailleurs pas de reste. Il est tellement facile d’imputer à cette hydre sans tête des défaillances de gestion.

Des l’abord, il faut reconnaître que derrière ce terme de  mondialisation, on empile toutes une série de concepts : la mobilité des facteurs et la concurrence fiscale qui contraint l’Etat à des taux d’imposition plus faibles que ce qui semblerait souhaitable, les pratiques d’évasion et de fraude fiscales qui sont facilitées par la financiarisation de nos économies, l’immigration légale ou clandestine, le dumping social, l’incapacité de l’Europe à se doter d’une autorité qui puisse coordonner les politiques sociales et fiscales.

Quelque soit l’acception du terme « mondialisation », la question demeure la même : que faire devant ce phénomène qui s’impose à nous ? Au même titre que les inondations qui viennent de frapper nos contrées. Dans les deux cas, on peut certes trouver une part de responsabilité des hommes (réchauffement climatique dans un cas, signature naïve de traités libéraux dans l’autre). Mais pour l’essentiel, la responsabilité de ces phénomènes nous échappe ; en d’autres termes, nous n’aurions pas pu les éviter.

lundi 13 juin 2016

Jacques et Jean, l’impossible consensus

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Pierre Pestieau

J’ai lu ces derniers jours deux textes fort intéressants par deux de nos meilleurs économistes. Il y a d’abord le livre grand public de Jean Tirole (1), qui s’est fait violence pour expliquer à tout honnête homme sa conception de l’économie. Il y ensuite la longue interview que Jacques Drèze a récemment donnée au Soir (2).

Dans un chapitre qui n’est sans doute pas le meilleur de son ouvrage par ailleurs excellent (3), Jean Tirole discute du rôle de l’économiste dans la société. Il comprend que l’économiste doive descendre de sa tour d’ivoire pour mieux appréhender la réalité, pour compléter un salaire jugé insuffisant ou par attirance messianique ou narcissique pour les médias. Tout à la fois, il insiste sur les dangers de ces mélanges de genres.

mercredi 8 juin 2016

Brexit et détrônement de la langue anglaise

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Victor Ginsburgh

Si le Brexit se produit, il y aura aussi un effet, peu décrit à ma connaissance, sur l’importance et le rôle de la langue anglaise dans l’Union Européenne.

En 2005 (1), l’UE compte 489 millions d’habitants, dont 182,5 millions connaissent raisonnablement bien l’anglais ; les autres langues les plus utilisées dans l’UE sont l’allemand (128,5 millions), le français (100,7 millions) l’italien (68,4 millions) l’espagnol (57,2 millions) et le polonais (43,5 millions). Ces chiffres tiennent compte des populations pour lesquelles ces langues sont maternelles et de ceux qui l’ont apprise comme langue étrangère (1).

Le Tableau 1 reproduit les détails pour chacune de ces langues. Les trois premières lignes donnent le nombre de locuteurs de la langue maternelle, de la langue acquise et le total. La ligne « locuteurs en GB » concerne ceux qui parlent les six langues en Grande Bretagne : l’anglais est maternel, les autres langues acquises. Ceci nous permet de calculer, dans la dernière ligne, le nombre de locuteurs qui restera dans l’UE en cas de Brexit.

Tableau 1: Nombre de locuteurs (en millions)















Anglais
Allemand
Français
Italien
Espagnol
Polonais














Langue maternelle
64,1
91,2
65,0
58,5
43,0
38,3
Langue acquise
118,4
37,3
35,7
9,9
14,2
5,2
Total
182,5
128,5
100,7
68,4
57,2
43,5







Locuteurs en GB
60,0
1,1
5,4
0,6
1,2
0
Locuteurs UE si Brexit
122,5
127,4
95,3
67,8
56,0
43,5







Notes: Pays où la langue est maternelle: Anglais: Grande Bretagne et Irlande; Allemand: Allemagne, Autriche, Luxembourg; Français: France, Belgique, Luxembourg; Italien: Italie; Espagnol: Espagne; Polonais: Pologne.