jeudi 29 octobre 2015

A quoi ça sert

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Pierre Pestieau

Il y a un peu plus de 30 ans, nous nous sommes, mon co-blogeur et moi, intéressés à la question suivante: « Dans quelle mesure la manière dont les communes belges sont gérées dépend-elle de la couleur politique du conseil communal? » Cette étude (1) faisait suite à un ouvrage du politologue Denis Lacorne, Les notables rouges  (Presses de la FNSP, Paris 1980). La conclusion de notre étude comme celle de Lacorne étaient que la couleur importait peu. Fallait-il désespérer de la politique et de la capacité de changer la société de la gauche? Pas vraiment. A l’époque, on se rassurait en pensant que les communes avaient somme toute peu de responsabilités à part la gestion quotidienne de tâches très concrètes telles que le ramassage et le traitement des ordures ménagères. Or, jusqu’à preuve du contraire il n’y a pas d’ordures rouges ou bleues et encore moins vertes (encore que beaucoup de légumes soient jetés alors qu’ils sont frais). On se rassurait aussi en écoutant les édiles de gauche nous dire que même si leur gestion n’était pas différente de celle de droite, elle se faisait avec davantage de cœur.

Israël, encore et encore…

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Victor Ginsburgh

Il y a d’abord eu l’illustre discours du non moins illustre Netanyahou prononcé devant le Congrès américain en mars 2015 contre les accords avec l’Iran. Ce discours a non seulement fait pschitt, mais il a aussi décousu le fragile accord entre Juifs américains qui soutenaient encore la politique israélienne au Moyen-Orient.

Il y a ensuite la manière peu subtile dont le subtil Netanyahou croit résoudre la révolte qualifiée de « légitime » par Zeev Sternhell dans son article du Monde (1) et qu’il conclut comme suit :

« Le sionisme classique s’est fixé pour tâche d’offrir un foyer au peuple juif. Le temps qui a séparé la guerre d’indépendance de la guerre des Six Jours a montré que tous les objectifs du sionisme pouvaient être réalisés à l’intérieur du tracé de la ligne verte. La seule question sensée est de savoir si la société israélienne a encore la capacité de se réinventer, de sortir de l’emprise de la religion et de l’histoire et d’accepter de scinder le pays en deux Etats libres et indépendants. »

mardi 20 octobre 2015

Darwin et Einstein convertis?

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Victor Ginsburgh

Voici deux situations amusantes dans lesquelles un anglican est devenu juif sans l’aide d’un rabbin et sans avoir subi deux ans au moins d’études de la Tora et du Talmud. L’autre était juif mais s’est converti à l’Islam en ne sachant probablement pas tout à fait ce dont il s’agissait.

En mars 2009, l’agence turque responsable du financement de la science censure un magazine scientifique turc qui avait publié un article sur la vie et l’œuvre de Darwin (1).  La Turquie remet cela en décembre 2011 : les autorités scientifiques du pays bloquent certaines pages du web qui ont trait à la théorie de l’évolution du même Darwin (2). Notez que les Turcs ne sont pas seuls à ne pas aimer la théorie de l’évolution. En 2014, 42% des Américains croient que « Dieu a créé les humains sous la forme qu’ils ont aujourd’hui » (3).

Et cela se poursuit, puisqu’en octobre 2012, un éditeur turc publie des livres pour la jeunesse locale dans lesquels Darwin est décrit comme un Juif « avec un grand nez, qui vivait en compagnie de singes » (4). Darwin, Juif, ne pouvait donc pas avoir raison, il suffisait d’y penser.

Brèves de grand-père

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Pierre Pestieau

Il y a quelques mois, mon petit fils me demandait: Si tu pouvais choisir, préfèrerais tu avoir mon âge ou garder le tien? Il a dix ans et vit à Washington dans une banlieue confortable. A sa grande surprise, je lui répondis que je n’échangerais pas mon âge pour le sien. En répondant ainsi je pensais autant aux difficultés que j’ai pu connaître dans ma jeunesse qu’à celles que les jeunes d’aujourd’hui éprouvent trop souvent à commencer par la transition d’un cocon familial rassurant au monde cruel du marché du travail. Ma réponse me fut confortée quelques  temps après en lisant une enquête sur le bonheur selon l’âge. Il en ressortait que les retraités étaient bien plus heureux que leurs enfants et petits enfants. Surtout les jeunes retraités, ceux qui échappaient encore aux affres de la dépendance.

jeudi 15 octobre 2015

L’invariance des inégalités

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Pierre Pestieau

Deux faits nous interpellent : les multinationales paient
de moins en moins d’impôts et les inégalités de patrimoine et de revenus semblent ne pas diminuer, et partant la mobilité sociale apparaît stagner, voire régresser, en dépit des efforts des gouvernements. Devant ces réalités qui ne sont pas indépendantes, il est difficile de ne pas donner raison aux sceptiques qui sont convaincus de l’invariance des inégalités dans les sociétés humaines. C’était le point de vue de l’économiste et sociologue italien Vilfredo Pareto (1848-1923), qui sur le tard inspira le mouvement fasciste (1).
Atkinson (2), Piketty, et leurs collègues ont montré à l’envi combien les inégalités de revenus et de richesse avaient augmenté ces dernières décennies. Ils ont aussi étayé la thèse de taux de pauvreté croissants. Si on prend une perspective plus longue, on remarque que ce qui est exceptionnel ce ne sont pas les inégalités actuelles mais la baisse des inégalités pendant les 30 glorieuses. D’une certaine manière les inégalités reviennent à un niveau d’équilibre. Si elles ont diminué pendant plusieurs décennies, ce serait grâce à la crise des années 30 et à la guerre 1939-45. De là à souhaiter une bonne guerre, il y a un pas que certains franchissent parfois.

Rencontre (trop) fugace avec Chantal Akerman

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Victor Ginsburgh

Il y a quelques années, peu d’années, j’ai croisé (rencontré ?) Chantal Akerman sur la plateforme d’un train de Bruxelles à Paris. Sans la reconnaître immédiatement, puisque je ne l’avais jamais vue qu’en photo, je l’entends soudain me dire : « Vous êtes Juif, n’est-ce pas? ». « Oui, bien sûr », ai-je répondu, « comment voyez-vous (ou savez-vous) cela ? »

Et puis les paroles se sont effacées parce que le train arrivait en gare de Paris Nord, et pressés par le temps, l’un et l’autre, et par les autres, nous nous sommes perdus de vue sur les quais. Mais j’ai, par la suite, très souvent pensé à elle et à ce très et trop court dialogue.

Voilà comment les choses se passent dans la diaspora, où que l’on soit, même dans un train entre Bruxelles et Paris, pas sur la terre, mais avec la terre qui roule sous le train. Aucun besoin de terre, surtout pas de la ‘terre d’Israël’, mais un besoin de parler.

jeudi 8 octobre 2015

Fausses vérités ou l’inverse : Beethoven avait des origines africaines

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Victor Ginsburgh

Les chercheurs en musicologie et en littérature s’amusent
au moins autant que les économistes à fantasmer sur des hypothèses. Mais ils sont moins dangereux et les crises qu’ils provoquent sont souvent plus drôles.

Les sonates pour piano de Beethoven (Ludwig van) contiendraient des rythmes africains (1). C’est semble-t-il une vieille histoire. Pas étonnant, Ludwig serait le fils de Frédéric II de Prusse (2) et d’une de ses servantes africaines. Pourquoi pas ? Mais malchance, le prince Frédéric était connu pour être cent pour cent gay. Mais un bref moment d’égarement suffit…

Je me souviens avec beaucoup de plaisir d’un concours d’élocution dans mon lycée d’Afrique où un certain Claude N. avait « élocuté » sur le thème « Molière était-il Louis XIV », ou l’inverse, ce qui revient presque au même. N’était-ce pas, soutenait-il, Louis XIV qui écrivait ce qu’un certain Jean-Baptise Poquelin, dit Molière jouait ? C’était étonnant mais tout à fait crédible, parce que quand même, comment le Roi Soleil pouvait-il laisser quelqu’un se moquer de sa cour, voire de sa personne. D’ailleurs le Roi lui-même est intervenu pour que Molière – qui ne pouvait être enterré à la chrétienne parce que comédien — obtienne un laissez-passer et, chrétiennement fût enterré. Donc tout cela était très vraisemblable, mais tout aussi vraisemblablement faux, même si c’était bien trouvé.

mercredi 7 octobre 2015

Fausses citations

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Pierre Pestieau
Il est bien connu que la plupart des citations sont fausses ; on dit plus savamment apocryphes. On les prête à quelqu'un qui ne les a jamais prononcées. Les victimes ou plutôt les bénéficiaires les plus fréquents de ces citations sont Churchill, Einstein et Voltaire.
C’est ainsi que l’on prête erronément à Voltaire le trop célèbre « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » qu’affectionnait Joseph Goebbels, le sinistre ministre nazi. Autre citation de François-Marie Arouet toute aussi fréquente et toute aussi apocryphe: « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. »

Albert Einstein aurait dit « L'astrologie est une science en soi, illuminatrice. J'ai beaucoup appris grâce à elle et je lui dois beaucoup. » 
Cette déclaration qu’il n’a jamais prononcée ou écrite est, on le devine, très souvent invoquée par les astrologues dont la docteure Élizabeth Teissier. Enfin il y a Churchill et son fameux « no sport » qu’il aurait lancé à un journaliste qui lui demandait le secret de sa longévité.