mercredi 23 novembre 2016

Ilomantis ginsburgae

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Victor Ginsburgh

Mon nom est préservé pour l’éternité. Il vient en effet d’être attribué à une famille de mantes (religieuses…) découvertes à Madagascar dont je vous donne à voir un exemplaire. Elle est verte (pas sur l'image en tout cas), son corps est plat, ses yeux coniques et ses ailes sont veinées pour qu’elle puisse se faire passer pour une feuille. Tout ceci la fait ressembler à toutes les mantes que vous connaissez, à condition que vous ne la regardiez pas sous une loupe ou mieux, au microscope.

Ce nom de famille fait honneur à une juge démocrate de la Cour Suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg (1), première femme nommée à ladite Cour, qui, à 83 ans, lutte pour ne pas quitter sa fonction sans l’assurance que son siège sera attribué à un(e) autre juge libéral(e). Elle s’est de plus montrée « implacable dans sa lutte en faveur de l’égalité des genres ». La mante en question est elle aussi pionnière, puisqu’elle a été classée sur base des caractéristiques de son appareillage reproductif (féminin), alors que les classements biologiques des espèces s’établissait jusqu’à présent à partir des particularités mâles. Sydney Brannoch, auteure de l’article scientifique (2) qui définit cette nouvelle classe explique : « En tant que biologiste féministe, je me suis souvent demandé pourquoi ce sont presque systématiquement les mâles qui sont utilisés pour diagnostiquer les espèces. J’espère que mon travail créera non seulement un précédent dans la taxonomie, mais qu’il souligne aussi la nécessité d’examiner les deux sexes dans les investigations scientifiques » (3).

Dont acte.

mardi 22 novembre 2016

Pauvreté financière et pauvreté perçue

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Pierre Pestieau

On sait que l’Etat providence ne redistribue pas les revenus autant que l’on peut s’y attendre. Du côté de la fiscalité, les impôts progressifs ne le sont pas tellement du fait de la multiplicité des niches. Du côté des dépenses, les plus démunis ne sont pas toujours ceux qui bénéficient le plus des prestations sociales. Ceci dit il faut bien admettre que les indices d’inégalité et les taux de pauvreté diminuent là où l’Etat providence est actif. Ce qui est inquiétant c’est que certains qui ont des revenus supérieurs au seuil de pauvreté peuvent ressentir qu’ils sont néanmoins pauvres. Il y a deux facteurs qui peuvent expliquer cette différence entre revenu financier et revenu ressenti : (a) le sentiment que l’on peut avoir d’être déclassé et (b) le fait qu’un revenu de remplacement ne donne pas lieu à la même satisfaction qu’un revenu du travail.

Le déclassement exprime une baisse de statut social, pour une personne ou un groupe social. Il peut être dû au fait d'occuper une position sociale inférieure en fin de vie active à celle occupée au début de la vie active, qui peut, par exemple être la conséquence d'une période de chômage. Il peut aussi être perçu quand un jeune entrant sur le marché du travail occupe une profession dont le statut social est inférieur à celui auquel il pourrait en théorie prétendre du fait de son diplôme. L'élévation du niveau de diplôme et la montée du chômage ont contraint une part croissante de jeunes à accepter des postes de niveau inférieur, en dépit de la progression de la part des emplois qualifiés. Une personne déclassée tend à se focaliser sur le revenu ou le statut qu’il n’a pas et accorder moins d’importance au revenu qu’il perçoit.

jeudi 17 novembre 2016

Populisme et politique sociale

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Pierre Pestieau

Depuis de nombreuses années, je m’intéresse à nos Etats providence, cet ensemble de programmes et de législations qui visent à lutter contre les inégalités et assurer la protection des individus contre les aléas de la vie. Dans cette démarche, je suis conscient des obstacles et des contraintes. Nos Etats poursuivent ces objectifs de protection sociale mais tout à la fois, et sans doute avant tout, ils servent les  marchés et les intérêts du capitalisme mondialisé. Cela se manifeste lors du sauvetage de banques et de sociétés d’assurance, lorsque des accords de libre échange sont signés et dans la manière dont la richesse est distribuée et taxée. Or la logique du capitalisme mondialisé est diamétralement opposée à celle de l’Etat providence puis qu’elle contribue à la croissance des inégalités et de l’insécurité.
Le principal allié de l’Etat providence a toujours été le vote démocratique. Historiquement, une majorité de citoyens votaient pour son maintien, voire pour son expansion, soit parce qu’ils y trouvaient leur compte, soit par altruisme. Or, cette donnée semble changer avec la succession des votes populistes auxquels on vient d’assister, le plus marquant étant celui qui a conduit à l’élection de Donald Trump.

mercredi 16 novembre 2016

Non, je ne t’ai pas oubliée, Jérusalem et ma langue ne colle pas à mon palais

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Victor Ginsburgh

Il y avait longtemps que je n’avais plus rien dit. J’ai eu l’impression que les autres événements prenaient le pas sur ce qui se passait en Israël. Mais j’ai continué à lire, et c’est loin d’être réjouissant, bien au contraire, surtout depuis l’élection de Donald Trump qui compte déménager l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi l’annexion de la ville par Israël, et rendant plus difficile que jamais la solution des deux états, Palestine et Israël. Le gouvernement israélien rend d’ailleurs lui-même cette position de plus en plus probable, et va jusqu’à se proposer d’annexer 60% (la zone dite C) de la Palestine et à rendre légales a posteriori des colonies construites sur des terres privées palestiniennes, ce qui, d’après la Cour Suprême d’Israël, est contraire au droit international. On parle heureusement aussi d’une initiative de dernière minute de la part des Palestiniens au Conseil de Sécurité, contre laquelle, pour une fois, le président encore en exercice, pourrait ne pas opposer le veto des Etats-Unis. Une dernière chance.

Voici donc une correction parce que je ne voulais pas faillir au Livre des Psaumes, 137, 5-6 de l’Ancien Testament, qui se lit : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma (main) droite se dessèche. Que ma langue colle à mon palais ».

J’ai pris au pied de la lettre la demande que formule B. Michael—éditorialiste à Haaretz depuis plus de vingt ans—dans le dernier paragraphe de son article du 3 juin 2016 paru dans Haaretz et l’ai traduit en français (1). En voici le titre et l’essentiel de l’article.

Une fois encore le peuple juif fait face à un grand danger et le monde fait silence
B. Michael

jeudi 10 novembre 2016

Si Marx, Lénine et Che Guevara…

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau


Si Marx, Lénine et Che Guevara, cachés par la nuit qui tombe plus tôt en cette saison, avaient ressuscité simultanément et installé leur triumvirat à la Maison Blanche, on aurait pu comprendre. On aurait pu comprendre pourquoi les marchés financiers se sont effondrés, parce que l’arrivée soudaine de cette bande de révolutionnaires aurait été suivie par la fermeture indéfinie (et peut-être définitive) de toutes les bourses, et par la confiscation de toutes les grandes et même moins grandes fortunes qui auraient été redistribuées aux pauvres du monde entier. Enfin, aurions-nous pu dire, « un peu plus d’égalité dans le monde » dont nous rêvons tous, certains secrètement, d’autres en criant un peu plus fort.

Le dollar et le peso mexicain tombent. Le Dow Jones et le Standard & Poors 500 perdent 4 et 5 pourcent, respectivement, avant même l’ouverture des marchés financiers américains. C’est presque la « lutte finale »…

jeudi 3 novembre 2016

Voilà pourquoi il fallait déconstruire et sans doute rejeter le CETA

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Victor Ginsburgh

Quand je pense au CETA, ce magnifique traité dit « de nouvelle génération », je pense aussi aux plantations de pyrèthre de mon enfance, qui étaient tellement belles quand elles fleurissaient et dont les fleurs sentaient tellement bon quand elles sortaient du séchoir et étaient moulues. Ces plantations, dans les montagnes au nord du Rwanda où je suis né, ont été détruites suite à l’utilisation du DDT, un insecticide chimique qui a ruiné les cultivateurs de l’innocente pyréthrine naturelle, et qui s’est révélé, quelques années plus tard, comme étant un produit tellement nocif qu’il a été interdit. Mais trop tard. On est aujourd’hui confronté au même problème avec le Roundup de Monsanto que la Commission Européenne renâcle à interdire (interdit en France, il continue cependant d’y être disponible). C’est payé combien par les lobbies ?

mercredi 2 novembre 2016

Ubérisation, fiscalité et protection sociale

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Pierre Pestieau

Notre fiscalité et notre protection sociale ont été conçues à une époque où la mondialisation était un mot rarement utilisé et où le salariat avec CDI (contrat à durée indéterminée) était la norme. Aujourd’hui les entreprises multinationales peuvent localiser leurs profits là où les taxes sont les plus basses ; les CDD (contrat à durée déterminée) et les indépendants vrais ou faux prennent une place croissante dans le marché du travail.

C’est ainsi qu’est apparu le phénomène d’ubérisation de notre économie. Ce néologisme provient de l’entreprise Uber qui a généralisé à l’échelle planétaire un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis. Les caractéristiques de ce service sont en premier lieu les gains financiers importants liés à l’évitement des contraintes réglementaires et législatives de la concurrence classique (l’acquisition d’une licence de taxi dans le cadre d’Uber), mais aussi la quasi-instantanéité, la mutualisation des ressources et la faible part d’infrastructure lourde (bureaux, services supports, etc.) dans le coût du service, ainsi que la maîtrise des outils numériques.