mercredi 24 mai 2017

C’est la fête en Israël : Un colon tue un Palestinien et célèbre sa victoire en distribuant des chocolats

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Victor Ginsburgh

Ce 18 mai 2017, un colon israélien distribue des chocolats aux chauffeurs des voitures israéliennes qui passent. C’est gentil, sauf que c’est pour se féliciter et se fêter d’avoir abattu un Palestinien tout près du village de Huwwara dans les territoires occupés (1).

Faut-il s’en étonner ?





Les risques des nouveaux tests génétiques

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Pierre Pestieau

Le New York Times (1) relatait récemment l’histoire d’une femme de 72 ans qui venait d’acheter une assurance dépendance coûteuse et généreuse après avoir appris grâce à un tout nouveau test génétique que la probabilité qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer était beaucoup plus élevée que pour la moyenne des Américaines ayant ses caractéristiques observables. Ce test encore largement méconnu coûterait moins de 200 euros; il permettrait de savoir si la personne testée est porteuse du gène ApoE4, auquel cas la probabilité de développer la maladie d’Alzheimer serait très élevée.

jeudi 18 mai 2017

Manger ou être mangé

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Pierre Pestieau

L’Ile Maurice (1) et le Brésil ont un point commun. L’une et l’autre furent d’abord brièvement colonisés par les Hollandais. Les Hollandais font une courte apparition sur l’île et leur trace la plus visible, si l’on peut dire, est qu’ils contribuèrent à l’extinction du fameux Dodo, cet oiseau qui ne vivait que sur l’Ile Maurice. Du fait de l’absence de prédateurs, le Dodo avait perdu son aptitude au vol car il n’avait pas besoin de se fatiguer pour se nourrir. Il pouvait peser jusqu’à 40 kg et sa chaire était délicieuse. Elle séduisit les navigateurs bataves à tel point qu’après quelques décennies il disparut de la carte à la fin du 17ème siècle. Ceci c’est de l’Histoire.



mercredi 17 mai 2017

Vade Mecum d’un nouveau Président

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Victor Ginsburgh

Le comité éditorial du New York Times (1) vient de publier un guide de comportement du Président Américain. Vous me direz « on sait tout ça », mais quand on les met bout-à-bout, cela fait vraiment beaucoup, plus que les doigts d’une main, plus que les 24 lettres de l’alphabet, et tout cela en trois mois à peine. Voici la liste dans laquelle n’importe quel nouveau Président et/ou Premier Ministre peut gentiment piocher. Chaque proposition de la liste est cliquable, ce qui vous permettra de réaliser que ce qui est écrit n’est pas tout à fait une vraie fausse nouvelle ou inversement :

mercredi 10 mai 2017

Vivons-nous dans un monde où l’apparence importe ?

1 commentaire:
Victor Ginsburgh

Golda
Dans ma folle jeunesse du temps où j’étais professeur, j’ai eu le privilège de tester les connaissances en comptabilité (un de mes enseignements à l’époque) de Golda Meir, Marylin Monroe et Xanthippe, l’horrible épouse de Socrate. Il faut reconnaître que Xanthippe et Golda n’étaient pas particulièrement belles et ne ressemblaient pas tout à fait à Marilyn. Bien entendu, et malgré ma profonde probité intellectuelle, Marilyn est sortie de l’examen oral avec 19/20 (parce que 20/20 était quand même un peu trop), la moins belle Golda avec 8 et l’horrible Xanthippe avec 6. Et c’est un fait souvent observé dans notre société, que la beauté est considérée comme un signe d’intelligence et de réussite future. A tel point, que la chose a commencé à être étudiée de façon « sérieuse » depuis de longues années et est recensée dans les ouvrages de la psychologue Hakim (2011), Honey Money: Why Attractiveness is Key to Success et de l’économiste Hamermesh (2011), Beauty Pays: Why Attractive People Are More Successful, qui a montré que la beauté est un élément plus important dans la réussite pour les hommes que pour les femmes, ce qui est évidemment contraire aux impressions qu’ont les machistes et leurs « blagues » sur les belles blondes.

Un île de convivence

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Pierre Pestieau

L’Andalousie et la ville d’Alexandrie ont connu pendant un certain temps une remarquable “convivence” entre les communautés qui les peuplaient: les juifs, les chrétiens et les musulmans. Cet âge d’or de la tolérance et du respect mutuel, nous le regrettons. Nous vivons aujourd’hui dans des sociétés de défiance et d’intolérance. Les Espagnols ont utilisés le mot “convivienca” pour designer cette belle entente dans une Andalousie heureuse, où savants juifs, chrétiens et musulmans devisaient paisiblement, ou des gens de confessions différentes se côtoyaient harmonieusement.
Cette partie méridionale de l’Espagne aurait été au Moyen Age le lieu par excellence d’un métissage heureux. Là aurait existé une Espagne des trois cultures où les monothéismes seraient parvenus à coexister en bonne intelligence, voire à entretenir une féconde collaboration. Un modèle pour notre présent.

jeudi 4 mai 2017

Une médecine à deux vitesses

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Pierre Pestieau

En parcourant la presse, on rencontre deux types de déclarations à propos de l’iniquité  de nos systèmes de santé. Des déclarations tantôt martiales : « On ne peut pas accepter qu'il y ait une médecine à deux vitesses », tantôt résignées : « On n’échappe pas à une médecine à deux vitesses ».
Qu’entend-on par là et quelle en est la réalité ?

L'expression « système à deux vitesses » désigne, normalement de façon péjorative, la concurrence néfaste d'un service privé parallèle à un service public et, partant, l'érosion de la qualité et de l'efficacité du service public. L'expression est surtout utilisée en santé mais elle s'applique aussi à plusieurs autres services publics tout particulièrement l’enseignement.

Rrose Sélavy, un parfum créé par Marcel Duchamp

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Victor Ginsburgh

On vient d’ouvrir un nouveau musée, le Grand Musée du Parfum. A Paris, rue St Honoré comme il se doit. Vous pouvez y renifler des parfums depuis celui utilisé par Cléopâtre pour ensorceler Jules César et le retenir en Egypte, mais pas suffisamment pour l’empêcher d’envahir la Gaule et de trouver que de tous les peuples de la région, ce sont les Belges qui sont les plus braves et qui sentent [en belge] « les plus bons ». Vous pouvez aussi y respirer de la marijuana, de l’absinthe et des odeurs « libertines » dans un boudoir ad hoc.

Mais il n’y a rien de très neuf, parce que dès le début du 20e siècle (et peut-être bien avant), l’art lui-même s’est mis à sentir

jeudi 27 avril 2017

Ah, combien la guerre est simple à éviter

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Victor Ginsburgh

La vie était belle dans la Confédération Helvétique du temps où Hitler s’amusait à envahir l’un ou l’autre de ses voisins. Pour se protéger, relate l’écrivain (et architecte) suisse Max Frisch (1), dans un ouvrage délicieusement rafraîchissant sur son service militaire, la Suisse utilisait la tactique de guerre suivante :

     « tous les panneaux indicateurs avaient été enlevés afin que l’ennemi s’égare et qu’il ne puisse pas voir comment, à partir de tel endroit, on peut aller à Erlenbach ou à Küssnacht. Il n’aurait même pas pu, avec sa voiture blindée, rouler jusqu’à un kiosque pour se procurer une carte topographique ; les cartes avaient été retirées de la vente et la population était résolue à ne donner aucun renseignement à quelqu’un qui ne parle pas notre patois [le Schwiizerdütsch] ».

La Suisse n’a d’ailleurs pas été envahie, ce qui est une preuve, même si elle est seulement indirecte, que c’était la bonne tactique de la part d’un peuple qui, depuis Guillaume Tell, n’avait que des arbalètes pour se défendre.


Il y a aussi d’autres moyens. Par exemple regarder méchamment l’ennemi comme le suggère Andy Borowitz dans son trait humoristique du The New Yorker (2) sous le titre (approximatif) de « Mike Pence jette le mauvais œil sur la Corée du Nord ».

La pauvreté des enfants. Pour une politique biface

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Pierre Pestieau

Il est régulièrement question de la pauvreté des enfants dans la presse. Elle est généralement nettement plus élevée que la pauvreté de l’ensemble de la société. Elle choque l’opinion un certain temps, le temps qu’un quelconque buzz la fasse oublier. Rappelons la manière fort imparfaite avec laquelle elle est mesurée. Sur base d’enquêtes sur le revenu des ménages, on calcule le revenu équivalent des membres de chaque ménage. Tout ménage ayant un revenu inférieur à une fraction du revenu médian sera déclaré pauvre. Typiquement cette fraction est de 60%. On prend alors l’ensemble de la population de moins de 18 ans et la fraction de ces jeunes qui appartiennent à des ménages pauvres sera considérée comme le taux de pauvreté parmi les enfants. Prenons une famille composée de deux parents et de deux enfants de moins de 14 ans. Supposons que les parents aient ensemble un revenu qui correspondrait au seuil de pauvreté.  Pour une personne isolée, le seuil de pauvreté en Belgique est de 1.083 € par mois en 2015. Partant du principe que les membres d’un ménage partagent les charges et les dépenses, un deuxième adulte dans un ménage se voit appliquer un facteur de 0,5 dans le calcul du seuil de pauvreté . Cela donne un seuil de 1.625 € pour les les deux parents. Avec deux enfants ils ont droit à des allocations familiales de 262 € par mois, ce qui donne pour cette famille un revenu de 1.887€. Or on considère que chaque enfant entraine des couts équivalents à 1/3 du revenu d’une personne isolée. Ce qui veut dire que le seuil de pauvreté d’un ménage composé de deux adultes et de deux enfants est égal à 2.274 € par mois. On le voit les allocations familiales ne permettent pas à cette famille d’éviter de tomber sous le seuil de pauvreté. Il me semble donc essentiel d’ajuster les allocations familiales pour éviter cette trappe à la pauvreté. Il me semble aussi crucial de ne pas différentier les allocations selon le nombre d’enfants. En général, elles sont plus faibles pour le premier enfant ; d’ailleurs en France, elles sont nulles pour ce malheureux enfant unique. La raison est que l’on veut stimuler la fécondité mais à quel prix et avec quelle efficacité ?

jeudi 20 avril 2017

Pertinence contre excellence

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Pierre Pestieau

Il y a peu, j’ai eu l’occasion de faire partie d’un jury qui sélectionnait des projets de recherche en économie. Les candidats faisaient partie du gratin des jeunes économistes résidant dans l’Union européenne. Le jury était composé d’universitaires de qualité venant d’Europe et des Etats Unis.

Deux spécificités m’ont frappé dès l’abord : les thématiques de recherche et les critères de sélection. Les sujets de recherche étaient le plus souvent très éloignés de ce que je considère être le cœur de l’économie. Plusieurs projets portaient sur les normes, les valeurs, la guerre, la paix, les aspirations, les règles de vote, thèmes plus proche de l’anthropologie, de la psychologie et de la science politique que de l’économie. Le chômage, la pauvreté et la stagnation étaient absents alors que ce sont là les problèmes qui taraudent les sociétés européennes.

Le vote des Turcs Belges

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Victor Ginsburgh

Les travailleurs autrichiens remercient le Führer
Je suis né en mars 1939, peu avant le début de la guerre 40-45. Je ne dirai pas que je me souviens de ce qui s’est passé, mais il m’a souvent été raconté que mon oncle, autrichien, et en fait tous les hommes autrichiens, allemands et italiens, juifs ou pas juifs, qui vivaient au Congo belge, et au Rwanda Burundi à ce moment-là, ont été « internés » parce que pas belges, mais plutôt ennemis. Bien sûr, c’était un internement très modéré, qui n’a pas duré très longtemps. Quand le ministère belge des Affaires Etrangères s’est rendu compte qu’ils n’étaient sans doute pas des ennemis, ils ont été « libérés », mais devaient quand même se présenter tous les matins à ce qui, à l’époque, s’appelait l’administration territoriale, pour faire la preuve qu’ils n’avaient pas pris les armes contre la patrie dont ils ne faisaient pas partie, puisqu’ils n’avaient pas la nationalité belge. Et, comme enfant d’apatride, et puis autrichien pendant de longues années, j’ai toujours compris la raison. Vous ne pouvez pas agir contre le pays qui vous a accueilli.

jeudi 30 mars 2017

Elections

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Victor Ginsburgh

Un ami suisse (Philippe J.) me fait parvenir un article très drôle sur les élections françaises (ou autres, puisque la farce, parfois tragique comme aux Etats-Unis, est devenue universelle). L’auteur y propose que sa concierge se présente aux élections. Il cite dans cet article — que je vous suggère d’ailleurs fortement de lire (1) — une des propositions d’un certain Ferdinand Samuel Lop, qui s’est présenté plusieurs fois aux élections présidentielles françaises entre 1946 et 1958 avec des projets du type « extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir ». Si cette extinction était répétée jour après jour, elle vaudrait sans aucun doute autant, si pas mieux, que l’allocation universelle.

Ceci m’a évidemment donné envie de découvrir M. Lop, qui avait bien d’autres idées toutes plus originales les unes que les autres ; en particulier :

- la construction d'un pont de 300 m de large pour abriter les sdf ;
- la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique ;

lundi 27 mars 2017

Longévité et dépenses de santé

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Pierre Pestieau

Les relations entre dépenses de santé et longévité sont très ambiguës. La concomitance entre la croissance des dépenses et celle de l’espérance de vie conduit souvent à des causalités discutables. C’est ainsi que sur base des recherches les plus récentes on peut faire deux affirmations quelque peu provocantes qui remettent en cause ces causalités. D’une part l’allongement de la vie et plus généralement le vieillissement n’expliquerait qu’une très faible partie de l’explosion des dépenses de santé. D’autre part, les dépenses de santé n’expliqueraient qu’une partie réduite de la chute de la mortalité.

jeudi 23 mars 2017

Pauvre Molière

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Pierre Pestieau

S’il avait su que son nom d’auteur allait être utilisé à des fins identitaires douteuses, Molière aurait surement gardé son patronyme d’origine, à savoir Poquelin. Comment en est on arrivé là? Il y a une vingtaine d’années, une directive européenne a autorisé qu’un travailleur issu d’un Etat de l’Union européenne puisse être détaché dans un autre Etat membre tout en gardant les conditions de rémunération et étant assujetti à la sécurité sociale de son pays d’origine. En principe, le travail détaché devait répondre à un besoin de main d'œuvre spécifique et temporaire dans un domaine précis. Très rapidement la pratique du détachement s’est répandue. La France est le deuxième pays d’accueil derrière l'Allemagne et devant la Belgique. Le nombre de travailleurs détachés y est passé de 38 000 en 2006 à 210 000 en 2013 et 286 000 en 2015. Les trois premières nationalités concernées par les détachements en France sont les Polonais (46 000), les Portugais (44 000) et les Espagnols (35 000). Ils œuvrent essentiellement dans le secteur du bâtiment et des travaux publics.

Prenons les démences au sérieux

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Victor Ginsburgh

Je veux souscrire à l’enthousiasme de mon co-bloggeur Pierre au sujet des soucis que nous pouvons nous faire en prenant de l’âge, notamment, en pensant au vieux monsieur qu’est devenu Alois Alzheimer.

Je vous explique d’abord. Il y a plusieurs types de démences, des « graves » et des « encore plus graves ». Je ne vous donne pas leurs noms complets parce que de toute façon, vous ne vous en souviendrez pas. Je vous livre donc uniquement les initiales : FTD, SD, PNFA et AD.

jeudi 16 mars 2017

Un Wall-dorf Astoria s’ouvre à Bethlehem

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Victor Ginsburgh

Malgré les exactions, arrestations et assassinats perpétrés par l’armée israélienne à Bethlehem et environs, la Palestine se porte « très bien ». Pour attirer les touristes, Banksy, le célèbre empêcheur de penser en rond connu pour son art urbain (https://en.wikipedia.org/wiki/Banksy) vient de décorer un super hôtel, The Walled Off Hotel, dont je vous laisse tranquillement découvrir les surprises plus bas. Le propriétaire en fait la promotion en expliquant que c’est l’hôtel avec la plus belle vue sur la Mer Méditerranée — un peu difficile à Bethlehem, mais il y a des longues vues dans les chambres, qui sont d’ailleurs les plus confortables au monde.

Le prix du voyage en avion jusqu’à Tel Aviv est compris dans celui de la chambre.

A la descente de l’avion, vous serez soumis à un contrôle léger et amusant par de jolies jeunes filles déguisées en méchants soldats. Vous aurez la permission d’entrer dans le pays si vous n’avez pas signé, comme je viens de le faire, votre adhésion au mouvement Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) contre Israël et/ou les produits qui sont fabriqués dans les colonies (1).

 (1) Israel Parliament approves travel ban for foeign supportes of BDS movement,
Independent, March 7, 2017

Yotam Berger, Police Police Detain Prominent Israeli American Activist for Alleged Possession of BDS Material, Haaretz, March 13, 2017

Fortiches

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Pierre Pestieau

Ils sont décidemment fortiches ces candidats à la présidence de la République française qui débattent à longueur de journées sur les différentes chaînes de télévision. Ils ont non seulement un avis sur tout mais ils ont la solution à tous les problèmes. Sont-ils si forts ou plutôt diablement gonflés ?

Quand je pense aux questions dont ils traitent, je me demande souvent ce que je ferais à leur place. Je dois avouer que je ne sais pas et je me demande comment ils peuvent avoir autant d’assurance.
Je prendrai trois grandes questions : l’emploi, l’éducation, et la santé. Ce sont des questions centrales qui sont au cœur de la crise de nos Etats providence.

jeudi 9 mars 2017

Usure de la compassion. Usure de l’indignation

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Pierre Pestieau

Est ce un phénomène nouveau? Ou est-ce dû à l’âge ? Il me semble que nous vivons dans un monde où nous avons perdu notre capacité de compatir et de nous indigner. Et pourtant les raisons ne manquent pas.

Les media, la presse, la télé et le web nous inondent d’images chaque fois plus horribles sur la misère dans le monde et la cruauté des guerres. Sur le petit écran, on peut voir des images qui n’auraient jamais été diffusées il y a quelques décennies. Pour voir des images de la shoah, il a fallu attendre de longues années, bien après la fin de la guerre. Aujourd’hui, les images les plus atroces sont livrées au grand public sans plus aucune précaution. Je me souviens des événements qui ont suivi l’indépendance du Congo. Nous avions une seule radio à la maison. Au moment où le ministre des affaires étrangères allait parler des viols de religieuses par des soldats révoltés, on demandait à nos parents de nous éloigner du poste. Il y a quelques jours, le journal de 20H montrait avec force détails un enfant dont les jambes étaient arrachées par un éclat d’obus. La plupart des gens qui ont vu ces images étaient sans doute en train de dîner et je doute qu’ils en aient perdu l’appétit.

Les Français et la science

2 commentaires:
Victor Ginsburgh

On a récemment beaucoup parlé du projet TRAPPIST (TRAnsiting Planets and PlanetesImals Small Telescope) dont le nom ne peut être que belge. Il est dirigé par Michaël Gillon, professeur à l’Université de Liège et sa collaboratrice Valérie Van Grootel. Bien entendu d’autres astrophysiciens non belges y participent. Il s’agit de la découverte de sept exoplanètes où la vie aurait peut-être apparu, comme elle l’a fait sur notre bonne vieille terre, aujourd’hui dans de sales draps.

Exoplanètes tournant autour de la France
Il est intéressant et significatif de voir comment les journaux français ont fait part de cette découverte. Commençons par Le Monde (1). Presque toujours honnête, et c’est ce qui en fait un grand journal, Le Monde annonce la couleur belge dans sa treizième ligne, mais sans nommer personne :

« La maman, c’est l’étoile Trappist-1 ; les enfants, sept planètes rocheuses … dont une équipe internationale emmenée par des chercheurs belges de l’Université de Liège ont annoncé la découverte… ».

Le Figaro (2) déclare :

jeudi 2 mars 2017

Un Etat ou deux Etats en Palestine-Israël ?

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Victor Ginsburgh

On ne fait que parler de la solution à un ou à deux états, mais que se passe-t-il sur place, à l’ombre fraîche des discours de Netanyahou, Blair, Trump dont deux sont déjà des criminels de guerre, en attendant que le troisième s’y mette.

Mohammed-Aamar Jala, 25 ans est en route pour sa dernière séance de chimiothérapie en novembre 2016. Il se rend compte qu’il a pris un taxi qui allait dans la mauvaise direction.
Découvrant son erreur, il en descend et traverse la route pour attraper un taxi qui va dans l’autre sens. Il est gravement blessé par des soldats israéliens qui prétendent qu’il avait l’intention de les attaquer avec un outil destiné à aiguiser des couteaux.

L’effet Matthieu

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Pierre Pestieau

Il y a différentes façons d’interpréter les dysfonctionnements de l’Etat providence. On peut d’abord observer que les ressources dont il dispose ne sont pas utilisées efficacement. En d’autres termes, avec moins de ressources, il serait possible de fournir autant de services. C’est ce qu’on appelle l’inefficacité. Par ailleurs, même si les ressources  étaient efficacement utilisées, il est possible que certains programmes sociaux initialement ciblés sur les plus pauvres, bénéficieraient essentiellement aux classes moyennes. Il y aurait détournement : conçus initialement pour aider  ceux qui ont le moins, ces programmes accroîtraient les inégalités relatives.

Ce mécanisme de détournement par lequel les plus favorisés tendent à accroître leur avantage sur les autres est parfois désigné sous le terme d’effet Matthieu, en référence à une phrase de l'évangile selon saint Matthieu : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. »  La paternité de ce terme n’est pas claire. Il serait dû au sociologue américain Robert K. Merton et à l’économiste belge Herman Deleeck (1). Ces derniers et d'autres chercheurs par la suite ont utilisé la formule d'effet Matthieu dans différents contextes, notamment dans les politiques de santé et d’éducation.

jeudi 23 février 2017

Une résignation alarmante

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Pierre Pestieau

La lecture sans doute trop rapide du programme du candidat officiel du Parti socialiste français, Benoit Hamon, me laisse perplexe à propos de deux idées phares, à savoir son option pour une croissance zéro et sa résignation à laisser la France se robotiser.

Depuis de nombreuses années, la France et plusieurs de ses voisins connaissent une croissance nulle or la croissance nulle peut être un objectif de politique économique pour un gouvernement soucieux de développement durable et de protection de l’environnement. Il faut distinguer la croissance nulle subie et la roissance nulle voulue. La croissance zéro que nous subissons aujourd’hui avec ses conséquences en termes de chômage et d’inégalités n’est pas semblable à une croissance zéro que nous choisirions au nom de principes écologiques et plus largement moraux. L’idée n’est pas neuve. Il y a près de 50 ans le Club de Rome et des économistes du MIT défendaient cette idée (1).

Les livres de mes amis

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Victor Ginsburgh

Ils ne sont pas des Anatole France et leurs livres ne sont pas son Livre de mon ami. Mais ils sont mes amis, de vieux amis d’ailleurs, près de 60 ans de cheminement avec l’un, et au moins 40 avec l’autre. Le premier défend (pas trop, mais quand même un peu) la colonisation belge au Congo, où nous avons vécu tous les deux ; je ne partage pas entièrement son avis sur le bien qu’elle aurait pu apporter aux colonisés. Le deuxième est un homme constant de la gauche ; j’avoue que j’ai failli de temps à autre d’en être, mais suis revenu à de meilleurs sentiments.

André Schorochoff, m’a offert son livre. Par contre, j’ai dû acheter l’autre, celui de Mateo Alaluf (et Daniel Zamora). C’est bien la raison pour laquelle j’en parle en second lieu. On a beau être de gauche, 10 €, c’est 10

mercredi 15 février 2017

Les vérités alternatives de Donald

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Victor Ginsburgh

Lorsque M. Trump considère que quelque chose est vrai, cela devient la vérité (Sean Spicer, attaché de presse à la Maison Blanche) (1)

Donald flanqué de ses sbires à sa gauche (pas très nombreux) et à sa droite vient de faire une conférence de presse sur la disparition des dinosaures. Alors qu’aujourd’hui on pense que ces bestioles ont disparu il y a quelque 66 millions d’années, suite à des changements climatiques (des incendies sur toute la terre, suivis d’une année au moins sans lumière solaire (2)) provoqués par un astéroïde qui aurait percuté la terre.

Mais Donald propose quelques vérités ou réalités alternatives qui avaient été énoncées dans le passé (3) et qui sont bien plus vraies que la vérité. Même si ce qui suit n’est pas la vérité, cela pourrait un jour le devenir.

Superstructure

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Pierre Pestieau

Les sociologues aiment distinguer les types d’Etat providence. Citons deux taxonomies classiques. Il y a d’abord la typologie duale qui oppose deux grands modèles : l’État-providence bismarckien, créé en Allemagne en 1880, et l’État-providence béveridgien, apparu au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale. Le premier est fondé sur le mécanisme des assurances sociales, dans lequel les prestations sont la contrepartie de cotisations, tandis que le second, financé par l’impôt, fournit des prestations uniformes à tous les membres de la société. Il y a aussi  la typologie ternaire du sociologue danois Espingo-Andersen qui distingue trois modèles. D’abord, un modèle libéral dans lequel l’État n’intervient qu’en dernier recours et le rôle principal revient aux mécanismes de marché. Les pays archétypes de ce modèle sont le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Australie. Ensuite, le modèle familio-corporatiste où la qualité de la protection sociale dépend de la profession et des revenus, selon une logique d’assurance. La famille y joue un rôle prépondérant.  Relèvent  de ce modèle l'Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et la France. Enfin, le modèle social-démocrate qui vise à renforcer la possibilité d’une indépendance individuelle. Les principaux pays qui se rapprochent de ce modèle : Danemark, Finlande, Pays-Bas, Norvège et Suède.

mercredi 8 février 2017

Les deux plaies de l’Etat providence

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Pierre Pestieau

Comme on l’a souvent souligné le défi majeur auquel fait face l’Etat-providence est de progressivement s’adapter à une réalité changeante qu’il s’agisse de la structure familiale, de l’évolution démographique ou du marché du travail. Mais outre ce défi, l’Etat-providence semble connaître deux gros problèmes. D’abord, les personnes, les partis et les syndicats, qui sont censés en assurer la pérennité semblent souvent freiner des réformes pourtant nécessaires. En outre ceux qui devraient être les principaux bénéficiaires des programmes sociaux semblent témoigner par leurs opinions et leurs votes d’une méfiance croissante à l’égard de l’Etat providence. Il me semble essentiel de comprendre les raisons qui peuvent expliquer ces deux phénomènes, que l’on peut considérer comme les deux plaies dudit Etat-providence. C’est de cette compréhension que l’on pourra dégager une stratégie de contre-offensive.

Le consul et l’immigration « illégale »

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Victor Ginsburgh

Par un heureux hasard, je viens d’acheter, lors d’un court séjour à Paris, le petit livre de Salim Bachi, Le consul (1). En exergue, une phrase de Saint François d’Assise, celui qui parlait aux oiseaux, mais aussi aux hommes : « L’homme obéissant doit être comme un cadavre qui se laisse mettre n’importe où, sans protester ».

Ce consul, Aristides de Sousa Mendes, représentait le Portugal à Bordeaux en juin 1940, au moment de l’invasion de la France par Hitler. Il a donné, en quelques jours, des visas et des faux passeports à trente mille réfugiés de toutes provenances (dont 10.000 Juifs) pour leur permettre de passer la frontière espagnole, d’atteindre le Portugal, et de prendre un bateau en partance vers des destinations sans doute hasardeuses, mais plus enviables que la mort qui les attendait en France.

mercredi 1 février 2017

Un très bref hommage à Joe Biden

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Victor Ginsburgh

J’ai l’impression que l’on ne dira jamais assez de bien de Joe Biden (1), le vice-président sortant. Dans un très bel article (2) le journaliste Jonathan Alter parle de lui de façon admirable.

Il faut sans doute se rappeler que son fils Beau, qui mourait d’un cancer, lui avait demandé de se présenter à la présidence. Il avait sérieusement envisagé de suivre ses conseils mais au dernier moment il a senti que « pour tout ce qui m’est important dans un sens sacré, la décision finale était inévitable. Ma famille était brisée de douleur, et j’étais moi-même plus brisé que je ne le pensais. Je ne sais pas ce que j’aurais fait lors d’un débat au cours duquel un(e) des protagonistes m’aurait dit ‘Vous faites cela pour votre fils’, mais je pense que je me serais dirigé vers lui pour lui botter le cul ».

L’individualisation de la protection sociale

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Pierre Pestieau

Dans de nombreux pays à commencer par la France et la Belgique, lors de sa création, le système de sécurité sociale se référait au modèle familial traditionnel selon lequel l’homme, chef de famille, subvenait aux besoins de sa femme et de ses enfants. La femme inactive ne bénéficiait en propre d’aucun droit social, mais seulement des droits dérivés de ceux acquis par son mari : droits à une couverture maladie, à un supplément de retraite ou à une pension de survie. Lorsque l’activité féminine s’est développée et que les structures familiales ont évolué, ce modèle à été remis en cause et l’idée d’individualisation des droits a pris de la force, entendant par là que tout individu serait doté de droits personnels qui ne peuvent pas être affectés par leur situation familiale.

Sur le principe, l’individualisation des droits se défend au nom de l’aspiration à l’autonomie des individus et de l’égalité entre femmes et hommes. Elle ne poserait pas de problèmes, si l’on passait du modèle familial ancien à un modèle d’où aurait disparu le rôle de mère au foyer permanente. Or ce n’est pas tout à fait le cas. C’est ainsi qu’est apparue une solution hybride avec individualisation des droits pour la fiscalité et certaines parties de la sécurité sociale et la familialisation des droits pour d’autres parties de la sécurité sociale et pour l’assistance sociale. Une application intégrale de l’individualisation pénaliserait la femme au foyer surtout celle qui appartiendrait à un ménage à bas revenu.

vendredi 27 janvier 2017

Le grand n'importe quoi

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Pierre Pestieau

Je dois avouer une faiblesse; je suis accroc des débats politiques télévisés, débats entre journalistes, experts ou hommes politiques. Récemment, la faculté m’a assigné à résidence et j’ai eu le loisir d’en regarder jusqu’à saturation. Je parle surtout des débats qui ont tourné autour des primaires de droite puis de gauche en France.

A l’occasion de ces débats, je me suis trouvé agacé, irrité, par tous ces futurologues à la noix qui vous parlent d’une entrée dans l’ère post-industrielle, post-moderne, robotique, digitale, numérique, etc., d’une révolution qui bouleverserait nos vies et qui serait la conséquence d’internet. Cette thématique fait dire à nos débateurs n’importe quoi; ils se prennent soudain pour des devins ou des voyants.
Je commencerai par une anecdote montrant à quel point des gens raisonnables peuvent perdre la tête dès qu’il s’agit de la révolution numérique. Lors de la campagne présidentielle américaine qu’il perdit sur le fil Al Gore n’hésita pas à se présenter comme l’inventeur de l’internet. Deux décennies plus tard, c’est François Fillon qui s’est laissé aller dans le même fantasme.

Démocratie mon c...

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Victor Ginsburgh

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The Economist (1), qui n’est pas un journal particulièrement gauchiste, vient de rétrograder les Etats-Unis du rang de « full democracy » à celui de « flawed democracy ». « Flawed » signifie « qui comporte de sérieux défauts ». Le pays se retrouve à égalité avec l’Italie au rang 21. Du coup, Berlusconi a décidé de déménager aux U.S. pour aider Trump à redresser la situation. D’après le Guardian (2), six journalistes qui couvraient l’événement, puisque c’est ainsi qu’il faut appeler l’investiture du nouveau président, viennent d’être arrêtés dans cette « flawed » démocratie et risquent dix ans de prison et $25.000 d’amende. Même Erdogan le Turc, dont le pays est classé 97ème, s’est dit intéressé à venir à la rescousse des malheureux journalistes.

jeudi 19 janvier 2017

Une nouvelle bulle financière en formation

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Victor Ginsburgh

Il y a un peu plus d’un an, Mark Carney, Gouverneur de la Banque d’Angleterre et Président du Financial Stability Board du G20, a fait une conférence au Lloyd’s de Londres sur le risque à court et à long terme que le réchauffement climatique fait courir aux assureurs (1). C’est dire que, hormis Donald Trump, les experts du climat ne sont pas les seuls à s’inquiéter.

lundi 16 janvier 2017

L’allocation universelle : panacée ou leurre

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Pierre Pestieau

Les journalistes ne sont pas les seuls à nous offrir des marronniers. Les économistes et les hommes politiques ont aussi les leurs. Citons la réduction du temps de travail, la Taxe Tobin ou la bonne vieille allocation universelle. L’Obs du 5 janvier 2017 consacre deux de ses éditoriaux l’un à l’allocation universelle et l’autre à la semaine de 20 heures. A plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion dans ces colonnes d’éreinter l’idée du revenu universel. Force est de constater qu’avec le temps cette idée est devenue de plus en plus confuse, une vraie auberge espagnole, chacun y trouve ce qu’il veut bien y mettre.