mercredi 25 mai 2016

D’un aéroport à l’autre

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Victor Ginsburgh

Je suis parti en voyage. Pas comme mon collègue blogueur Pierre, à Washington, Nairobi, ou Adis Abeba. A Genève tout simplement, comme Voltaire, mais pas en exil, puisque j’en suis revenu le lendemain. Et pas en calèche comme lui, mais en avion. J’ai donc fréquenté deux aéroports, Bruxelles et Genève.

Cela reste un peu compliqué d’arriver au terminal d’embarquement à Bruxelles. Il faut marcher beaucoup, mais la marche est bonne pour tout le monde ; il y a un peu plus de contrôles, mais pas trop, et on peut encore traverser tout le duty free shop de part en part, ça sent bon les parfums divers, ainsi que les chocolats de toutes origines belges, et françaises, beaucoup moins bonnes évidemment. Et on voit mais on ne sent pas les centaines de bouteilles d’alcool et de vin, qui sont d’ailleurs affichées à des prix comparables à ceux de Delhaize ou de Carrefour.

Est-il interdit d’interdire ?

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Pierre Pestieau

Drogues et pornographie, voilà un drôle de couple pour un blog. C’était, il y a quelques semaines, parcourant la presse de Washington, je suis tombé sur deux interrogations : faut-il légaliser les drogues et faut-il interdire la pornographie ? On notera en passant que si dans de nombreux pays, les premières sont interdites et la seconde ne l’est pas, dans d’autres, c’est l’inverse. Le point de départ de ces deux interrogations est, comme souvent en la matière, la publication de rapports d’experts de renommée internationale et à l’intégrité insoupçonnable sur les dangers ou le caractère (in) ou offensif de ces deux pratiques.

Interdire, décourager, tolérer, dépénaliser, légaliser avec ou sans encadrement, qu’il s’agisse de la prostitution, de l’avortement, de la consommation de tabac et d’alcool, de l’usage de drogues douces ou dures, de la pornographie, ce sont des questions qui se posent depuis la nuit des temps avec des réponses qui sont rarement satisfaisantes et qui dans la pratique varient d’un pays à l’autre. On peut aborder ces questions sous trois angles différents.

mercredi 18 mai 2016

Nombreux à gagner un peu et peu nombreux à perdre beaucoup I

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Pierre Pestieau

J’ai récemment eu l’occasion d’assister à un séminaire donné à la Banque Mondiale par David Autor professeur d’économie au MIT sur ce que l’on pourrait appeler l’économie politique du libre échange et plus particulièrement sur les avantages que la Chine et les Etats Unis peuvent en tirer. L’essentiel de son propos était de montrer que depuis plusieurs décennies la grande majorité des américains bénéficient de la globalisation sous la forme de prix extrêmement bas pour de nombreux produits: textiles, électroniques, jouets, … mais que le prix à payer pour cela est la fermeture de nombreuses industries, ce qui pousse au chômage des milliers d’Américains.

Nombreux à gagner un peu et peu nombreux à perdre beaucoup II

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Victor Ginsburgh

Mes observations sont suscitées par le blog de Pierre Pestieau, mais examinent le problème qu’il soulève sous un autre angle.

La globalisation et l’ouverture des marchés — souvent obtenues en réduisant ou en supprimant les droits de douane ou encore en laissant les poulets américains, trempés dans les chlore, franchir la frontière entre les Etats-Unis et l’Europe, comme cela risque d’être le cas si le TTIP se réalise — a essentiellement pour but d’augmenter le bien-être global de l’ensemble des participants. C’est en tout cas ce que dit le « premier théorème de bien-être » de l’économie classique. Mais il ne dit pas que chaque citoyen en sortira gagnant. Le « deuxième théorème » vient à notre secours en ajoutant que le l’augmentation globale de bien-être est suffisante pour permettre une redistribution des gains, de façon à augmenter le bien être de chaque citoyen.

lundi 16 mai 2016

Réflexions d’un désabusé

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Pierre Pestieau

Il n’a pas que l’économie qui peine à résoudre les problèmes d’aujourd’hui et à anticiper ceux de demain. L’historienne et psychanalyste Elisabeth Roudinesco (1) portait récemment un jugement sévère sur la vie intellectuelle de la France, passée en trente ans des maîtres-penseurs de gauche au triomphe des essayistes ultra droitiers.

Pour expliquer l’éclipse publique de la pensée de gauche elle ne met pas tant l’accent sur l’échec du communisme réel que sur la révision de l’histoire moderne qui a vu certains historiens expliquer que 1917 était déjà 1789 et les « nouveaux philosophes » affirmer que le goulag était déjà dans Marx. A partir de ce moment-là, on s’est mis à rejeter l’idéal révolutionnaire qui avait été porté pendant la seconde moitié du XXe siècle par les intellectuels de gauche. Ce travail de destruction a conduit à voir en Sartre un suppôt du totalitarisme et à juger que la révolution russe était pire que le nazisme. Tout cela s’est instauré tranquillement, escorté par le triomphe du libéralisme économique et l’on s’est mis à bannir tout ce qui avait porté l’idéal progressiste des masses populaires.

Qui a peur de l’Islam ?

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Victor Ginsburgh

Un récent article paru dans les blogs du Council on Foreign Relations (1) analyse des données sur la violence islamiste qui devraient nous rassurer. Peut-être pas sur ce qui se passe au Moyen-Orient — 20 millions de personnes déplacées par les conflits en Syrie, Yémen et Irak en 2015 (2) — ou en Afrique, mais certainement sur l’impact réel que le phénomène a dans nos pays. Mais, assommés que nous sommes par la désinformation, nous tombons facilement dans le catastrophisme, comme le font les Américains.

Cinquante et un pourcent de ces braves ont en effet peur qu’un des membres de leur famille puisse trouver la mort dans une attaque terroriste d’origine islamiste, alors qu’il n’y a pas eu la moindre attaque de ce type sur le sol américain depuis le 11 septembre 2001 (3). Par contre, les radicaux d’extrême droite (suprématistes blancs, extrémistes anti gouvernementaux, extrémistes islamistes de nationalité américaine et extrémistes anti avortements) ont tué 52 personnes en 2015 sur le sol américain, chose que les média évitent de raconter (4). Entre 2008 et 2012, 81 pourcent du terrorisme domestique était faussement qualifié d’islamiste par les 8 chaînes importantes de télévision, bien que sur les 63 attaques, une seule ait été faite par un extrémiste islamiste, et n’a d’ailleurs provoqué la mort de personne.

L’attaque qui s’est produite mardi 10 mai dans une gare proche de Munich a aussitôt été qualifiée de terrorisme islamiste, alors que le tueur s’est avéré être un dingue tout ce qui est de plus allemand et qui criait Allah Akhbar !

jeudi 5 mai 2016

Notes de lecture: Je crois que vous en serez d’accord

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Victor Ginsburgh

Voici quelques fatwas tirées du merveilleux petit traité d’intolérance de Charb (1).

Mort aux verrines (pp. 11-12). Les amis qui vous ont invité à dîner vous servent à manger dans des verres. Oui, des verres en verre. Dans le meilleur des cas. Parfois les verres sont en plastoc transparent. [Prenez soin de gâcher] la soirée en réclamant qu’on vous serve à boire dans une assiette. Je crois que vous en serez d’accord, il faut vider cul sec le contenu de votre verrine avant de la fracasser sur le crâne de vos désormais ex amis. Amen.

Mort aux truffes (pp. 35-36). Pour faire se dresser un chien sur ses pattes arrière, agitez-lui un sucre au-dessus du museau. Pour faire se pâmer un con, collez-lui une lamelle de truffe sous le nez. Je crois que vous en serez d’accord, la truffe est le signe ostentatoire du parvenu sans talent qu’il faut râper grossièrement au dessus d’un tas de fumier. Amen.

Mort à Marrakech (pp. 37-39). Lorsqu’une émission de débat politique [sur la télé française] se termine, vous savez de quoi discutent hors antenne les participants que vous avez vus se déchirer sur le plateau? De leur prochain week-end à Marrakech. Je le sais, je les ai entendus. Je crois que vous en serez d’accord, il faut attendre le week-end pour raser Marrakech du sol au plafond; ça fera d’une pierre deux coups: on débarrasse l’humanité d’un aimant à cons et on libère les médias français de ses punaises confraternelles. Amen.

La peste et le choléra. A propos du chômage

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Pierre Pestieau

Le chômage est une plaie et un scandale. Une plaie de voir tant de jeunes sans aucun espoir de décrocher un emploi même précaire et des familles où le chômage se transmet d’une génération à l’autre. Un scandale parce qu’en dépit de beaucoup d’effets d’annonce, la lutte contre le chômage ne semble pas être la priorité de nos gouvernements. Pour rappel en France et en Belgique francophone, le taux de chômage tourne autour de 10% et il est deux, voire trois fois plus élevé pour les jeunes dans certaines villes.

Certes je n’ai pas la formule magique mais je ne puis cacher mon irritation devant des propos souvent entendus à l’encontre de pays qui semblent mieux réussir en la matière, à savoir les Etats Unis, l’Allemagne et le Royaume Uni. Dans sa chronique mensuelle dans Libération, que je trouve généralement excellente, Ioana Marinescu (1) écrit en substance que les chiffres du chômage qui aux Etats Unis frisent le plein emploi sont à prendre avec de pincettes car ils cachent un réalité déprimante. Je la cite : « Alors que pendant la crise de 2007-2009, le chômage américain est monté jusqu’à 10 %, le marché du travail semble aujourd’hui se porter mieux avec un chômage à seulement 5 %. Pourtant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Sa principale réserve qui s’appuie sur une étude récente (2) est que la croissance du nombre d’emplois aux Etats-Unis au cours de la dernière décennie s’explique en grande partie par l’essor du secteur précaire et atypique. Elle aboutit au même constat pour l’Allemagne.