jeudi 11 décembre 2014

Misère des pauvres et richesse des spécialistes

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Pierre Pestieau

Depuis plusieurs années, je fréquente la Banque Mondiale
qui fort aimablement me prête un bureau. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, la Banque Mondiale fait de la lutte contre la pauvreté une priorité à tel point que l’on ne peut pas faire un pas sans que sur un mur, une porte ou un plafond de son immeuble on ne lise les deux mots incantatoires : End Poverty. Il y a de nombreux économistes qui travaillent sur le sujet et qui se déplacent dans les pays du tiers monde pour lancer des programmes divers de lutte contre la pauvreté. Dans les bureaux de Washington des chercheurs de qualité étudient différentes facettes de la pauvreté, comment la mesurer, l’expliquer et la combattre. La Banque Mondiale est sans doute le centre de recherche qui concentre le plus de chercheurs dont les travaux sont axés sur cette thématique. Il arrive que sous forme de boutade l’on ose dire : que deviendraient tous ces gens si la pauvreté disparaissait du jour au lendemain ? A mon avis le même sort que les soviétologues qui ont fini dans l’anonymat ou sont devenus des spécialistes de la transition. Les uns se réadapteraient à de nouveaux thèmes, par exemple les riches et leurs angoisses, et d’autres sombreraient dans la dépression.

Lucy

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Victor Ginsburgh

Vous avez sans doute tous oublié d’où vient Lucy. D’une chanson des Beatles que vous pouvez retrouver sur :


Et cette chanson a donné son nom à une Lucy trouvée
en Ethiopie le 24 novembre 1974, au son d’un enregistreur sur lequel défilait la bande (il n’y avait pas de CD à l’époque) avec la chanson Lucy in the sky with diamonds. Lucy vient donc de fêter ses quarante ans, mais en fait, elle est née il y a plus de 3,2 millions d’années. Donald Johanson, l’anthropologue qui l’a découverte vient de donner, à ce sujet, une bien émouvante interview à Newsweek (1).

Lucy est cette petite australopithèque (australopithecus afariensis) qui est un des premiers singes à avoir marché comme un être humain, mais dotée d’un cerveau trois fois plus petit que le nôtre, ce qui nous donne trois plus de pouvoir de nous en servir mal, comme je le montre en fin d’article.

A la question posée à Johanson s’il considère Lucy comme un membre de sa famille, il répond sans hésitation « Oui, bien sûr », mais « elle ne parlait pas, si ce n’est comme n’importe quel autre animal, par cris, aboiements et signes visuels », elle n’était pas encore une artiste et mesurait 110 cm de haut. Il faudra attendre  3,150 millions d’années de plus pour qu’apparaissent langage et art, il y a à peine 50.000 ans. Elle était donc, dit Johanson, bien plus proche du singe que de la femme (politique du genre m’oblige). « Et sa popularité, ajoute-t-il, est partiellement due à son prénom Lucy, qui se traduit Dinkinesh (vous êtes merveilleuse) en ahmarique. Si nous l’avions appelée Géraldine, elle serait sans aucun doute moins connue ».

vendredi 5 décembre 2014

Sexe et robots

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Victor Ginsburgh

Kevin Kelly, le fondateur de la revue Wired (fondée en 1993, 850.000 exemplaires par mois) s’intéresse à  manière dont les nouvelles technologies
Fresque de Michel Ange (détail)
changent le monde culturel, politique et économique. Il vient d’écrire un article (1) dans lequel il prétend que l’intelligence artificielle est enfin à nos portes. Les machines ne seront pas aussi intelligentes que l’ordinateur HAL 9000 dans 2001, l’Odyssée de l’Espace d’Arthur Clarke et Stanley Kubrick, mais elles pourront quand même conduire votre voiture, diagnostiquer votre malaise ou maladie, traduire, et remporter toutes les parties possibles et imaginables d’échecs.

mardi 2 décembre 2014

La piété filiale serait-elle un mythe?

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Pierre Pestieau

Dans la plupart des sociétés, les enfants viennent en aide à leurs parents. C’est le cas des enfants qui aident leurs parents dépendants ou ceux qui expatriés continuent à leur verser une fraction de leurs revenus. Certes ces transferts ascendants sont en moyenne moins importants que les transferts descendants, dont les formes principales sont l’éducation et les legs, mais ils sont plus surprenants dans la mesure où leurs motivations sont moins claires. Rien n’est plus naturel que l’amour que les parents portent à leurs enfants ; en revanche la réciproque l’est moins.

Citons à ce sujet un philosophe bien oublié, au nom qui
fait plutôt penser à Astérix, Helvétius, qui a disserté sur les haines et amours familiales. On lui doit le proverbe fondé sur une observation constante : « L’amour des parents descend et ne remonte pas. » Il entend par là que l’amour des père et mère pour les enfants surpasse celui des enfants pour les père et mère. La nature, veillant à la conservation des espèces, a voulu donner la plus grande énergie au sentiment paternel et maternel, afin d’enchaîner les parents à tous les soins nécessaires pour protéger la frêle existence des enfants; elle agit ainsi dans tous les animaux comme dans l’homme.

jeudi 27 novembre 2014

C’est mon droit

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Pierre Pestieau


Il y a de nombreuses années, je voyageais en direction de Madrid
et terminais la collation que la Sabena offrait généreusement. Soudain je reçus dans mon estomac la tablette sur laquelle était posé mon plateau ; le passager devant moi avait décidé que c’était l’heure de la sieste et avait incliné brusquement son siège. Je lui demande poliment, je pense, de réduire l’inclinaison de son siège, ce à quoi il me répond en un anglais aussi approximatif que le mien: « It is my right ». Devant la détermination de cet hidalgo mal embouché, je n’insistai pas mais l’incident m’est resté en travers de la gorge.  Jusqu’au jour où je suis tombé sur un fait divers surprenant.

Egalité devant l’impôt

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Victor Ginsburgh

Pendant que l’actuel président de la Commission Européenne a
fait les magouilles légales que l’on sait au Luxembourg ; pendant qu’un de nos barons belges parvient à acquérir un jet privé sans débourser un euro, grâce aux rulings du précédent (1) ; pendant que l’« économiste » qui croit avoir inventé les intérêts notionnels nous parle aujourd’hui d’éthique fiscale et de politiques keynésiennes ; pendant que la banque HSBC, soupçonnée de « fraude fiscale grave et organisée, blanchiment, organisation criminelle et exercice illégal d’intermédiaire financier » ; pendant que plus d’un millier de contribuables belges pourraient être concernés pour un montant total de plusieurs milliards de dollars (2) grugeant ainsi les caisses de l’état, qui pourtant n’en mènent pas large.

jeudi 20 novembre 2014

Que peut-on faire avec plus d’un milliard de dollars?

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Victor Ginsburgh

Que peut on faire avec un milliard de dollars ? On peut par exemple :


Acheter un « yacht ». Le navire de guerre Mistral que
la France a construit pour Poutine est évalué à 1,2 milliards d’euros. La Russie a donné à la France la date butoir de fin novembre pour la livraison du navire, sans quoi la première pourrait demander des compensations à la seconde. Or, le pauvre François Hollande qui ne sait plus où donner de la tête est sujet à des pressions de la part des autres pays (de l’OTAN en particulier). On lui demande de lier la livraison du « yacht » au règlement de la crise en Ukraine (1). On n’est pas sorti de l’auberge et la France risque de se retrouver avec un déficit supplémentaire de 1,2 milliards. Elle pourrait peut-être emprunter quelques euros à Sue Ann Hamm qui vient de ramasser 1 milliard de dollars.

mercredi 19 novembre 2014

Y a toujours plus gros que soi

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Pierre Pestieau

Excusez-moi, voulez vous ma salade?

Je ne suis pas mince loin s’en faut. Et pourtant deux expériences inconfortables me sont récemment arrivées sur des vols aller-retour Washington-Philadelphie. Petits avions de US Airways. Vol heureusement court, moins d’une heure. Dans les deux cas j’avais hérité du siège hublot et je m’étais assis le premier. C’est alors que la catastrophe s’est produite deux fois à l’identique à part le sexe. Une personne obèse (une femme à l’aller et un homme au retour) essaie de s’asseoir, n’y parvient pas et me demande de relever l’accoudoir ce que je fais de mauvaise grâce. Elle se laisse tomber en empiétant sur mon espace que j’occupais déjà amplement. Chacune sort de sa serviette une extension de la ceinture de sécurité qu’elle devait visiblement utiliser fréquemment et qui lui permet d’éviter l’embarras de la demander à l’hôtesse de l’air.

jeudi 13 novembre 2014

Cherchez l’imposture

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Pierre Pestieau

La première livraison de l’Obs (nouvelle formule du Nouvel Observateur parue le 23 octobre) proposait un dossier intitulé « Les économistes sont-ils des imposteurs » ? Ce titre ressemble à celui du brûlot publié il y a quelques années par Laurent Mauduit qui s’en prenait surtout à ces économistes médiatiques qui donnent des avis d’experts au nom d’un appartenance douteuse à un centre de recherche alors qu’ils sont généreusement rémunérés par l’une ou l’autre banque d’affaires.


Le dossier de l’Obs est tout autre. Son objet est expliqué par les premières lignes : « [Les économistes] influencent les politiques et ont très souvent remplacé philosophes, sociologues et historiens pour expliquer le monde ». Et le dossier de commencer par un débat assez consensuel entre Daniel Cohen et Marcel Gauchet. D’autres journaux et magazines ont repris ce thème d’une société qui serait dominée par les économistes.

L’enseignement supérieur, ou ce qu’il en reste après le passage du Ministre actuel

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Victor Ginsburgh

Jean-Claude Marcourt, le ministre socialiste de l’Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles carbure beaucoup ces derniers temps, mais surtout du chapeau.

Le 5 novembre 2014 il donne un avis péremptoire
au sujet des étudiant(e)s en médecine qui terminent leurs études, mais dont quelques-un(e)s seulement auront droit d’exercer leur métier (1).

Il en donne une autre en déclarant le 6 novembre (2) qu’il veut instaurer un master interdisciplinaire pour former les Imams. L’interdisciplinarité est sans doute destinée à permettre de recaser les médecins qui seront recalés d’exercer après avoir réussi leurs examens de septième et dernière année.


Nouvelle intervention le 7 novembre. Suite à une règle par lui édictée, les étudiants inscrits à l’université mais qui auraient oublié de payer 10% du droit d’inscription officialisant ladite inscription avant le 31 octobre seront exclus de l’université, alors que cette date était fixée au 30 novembre jusqu’en 2013 (3). Bien entendu, ceci signifie que ces étudiants exclus ne seront pas pris en compte dans le calcul de la subvention des universités. Une petite économie de plus pour la communauté Bruxelles-Wallonie.

Quel génie cet homme !

mardi 4 novembre 2014

Trois « bonnes » idées qui s’avèrent « mauvaises »

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Victor Ginsburgh

Nos idées sont toute faites et souvent nous n’en percevons que l’impact direct ou immédiat, sans nous rendre compte des retombées secondaires, qui peuvent rendre négatifs les effets globaux. 

Première mauvaise idée : Ne plantez pas d’arbres
pour sauver la planète (1). Des millions de dollars sont consacrés à des programmes de réduction de la déforestation, qui compte pour quelque 20% des émissions de dioxyde de carbone. Mais l’idée que replanter peur réduire les émissions est erroné : « le cycle du carbone, de l’énergie, de l’eau, des terres et de l’atmosphère est bien plus compliqué et les interactions peuvent au contraire renforcer le réchauffement si les plantations de nouvelles forêts sont importantes […]. Replanter dans les tropiques permet de refroidir, mais l’inverse est vrai dans les régions plus fraîches ». En outre, les arbres émettent des gaz qui contribuent à la pollution de l’air, se mélangent aux gaz émis par la circulation automobile et créent un cocktail encore plus nocif. La conclusion de l’article du NYT est saisissante : « même si l’on pouvait éliminer totalement la photosynthèse, le contenu en oxygène de l’atmosphère se modifierait d’un pourcent à peine […]. La forêt amazonienne produit une quantité d’oxygène durant la journée, qui est réabsorbé durant la nuit : le système est fermé ».

Faut-il subventionner la paresse?

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Pierre Pestieau

Imaginons un monde dans lequel tous les individus seraient au départ identiques; ils seraient tous confrontés à la même loterie de vie: avec une probabilisé élevée, ils auraient une vie professionnelle épanouissante, un réel attachement à leur travail et une faible désutilité pour l’effort; avec la probabilité complémentaire, extrêmement basse, ils auraient une vie où le
travail et l’effort leur paraîtraient insupportables et, de ce fait, préféreraient vivre petitement privilégiant le loisir à la consommation. Il est assez clair que dans ce monde particulier les individus, s’ils en avaient l’occasion, choisiraient de s’assurer pleinement avec pour résultat que leur utilité serait la même dans les deux situations. Un tel résultat impliquerait donc que les paresseux seraient subventionnés par les courageux.
J’utilise à dessein les termes courageux et paresseux sachant qu’ils ne veulent pas dire grand- chose si ce n’est un jugement de valeur permettant aux chanceux de se justifier auprès des malchanceux de la loterie de la vie. En réalité ces termes cachent des formes diverses de pathologies. La dépression, la procrastination, une santé déficiente dans un cas et dans l’autre, de l’hyperactivité ou une addiction qui porte le nom éloquent de workaholism (à ne pas confondre avec alcoolisme au travail). Bien sur je décris ici un monde manichéen avec des déprimés et des bourreaux du travail. En réalité, il y a, heureusement, des cas intermédiaires.

jeudi 30 octobre 2014

De l’utilité des fondations

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Pierre Pestieau

Je reviens d’un voyage dans la Turquie de l’intérieur. Je ne connaissais jusqu’à présent qu’Istanbul et pour la première fois je pénétrais dans l’Anatolie profonde pour visiter la Cappadoce et la côte égéenne gréco-romaine. J’ai ainsi visité les églises troglodytes de Cappadoce et à Ephèse, Konya et Pergame des sites archéologiques redécouverts plus ou moins récemment. Entre autres, ce qu’il reste du Temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde. Et quasiment à l’entrée de chacun d’eux on trouvait le ou les noms des donateurs public ou privés, le plus souvent étrangers, qui clairement pallient l’impécuniosité de l’Etat Turc.


Les banques « stress-testées» par la Banque Centrale Européenne

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Victor Ginsburgh

Cent vingt-trois banques de la zone euro ont été soumises à ce qu’on appelle des « stress tests » par la Banque Centrale Européenne pour évaluer leurs moyens de résister à une nouvelle crise. Les résultats de ces tests de santé financière au 31 décembre 2013 ont été annoncés dimanche 26 octobre 2014, après dix mois de travail auquel ont participé quelques milliers d’employés de banque, de consultants, d’auditeurs pendant les 10 premiers mois de l’année 2014 (1). Malgré tout ce beau monde, la présentation de ce dimanche a été retardée, parce que des erreurs de dernière minute ont été découvertes dans le rapport (notamment dans le cas d’une banque italienne).

Vingt-cinq banques (les chiffres varient de 23 à 25, selon les sources (2)) ont été recalées pour insuffisance de moyens, mais une dizaine d’entre-elles ne doivent semble-t-il pas s’inquiéter, parce qu’elles avaient déjà pris des mesures entre fin 2013 et le jour où le test est sorti. Mais...

jeudi 23 octobre 2014

Après cela je me tairai sur Israël, parce que je n’aurai plus rien à ajouter

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Victor Ginsburgh

Voici la traduction intégrale d’un article de Carolina Landsmann, paru dans Haaretz, le journal courageux de ce qui reste de la gauche israélienne. Après cela je cesserai de vous ennuyer avec les obsessions liées à mes origines, parce que je ne pourrai rien dire de plus ni de mieux. Tout aura été dit. Voici cet article (1).

Laissons la droite israélienne se fracasser et se brûler
Caroline Landsmann

Netanhayou et son gang veulent construire des colonies ? Lier le Hamas à l’Etat Islamique ? Retourner le monde contre nous ? Montrons leur ce qui va se passer.

Avant que le monde démocratique ne se précipite sur un
Mur
nouveau projet pour sauver la démocratie israélienne de la prochain attaque — cette fois menée par un membre de la Knesset (Parlement israélien), Ayelet Shaked qui veut ajouter une clause à la Loi de Base sur la Dignité Humaine et la Liberté permettant à la Knesset de ne plus soutenir la dignité humaine et la liberté 
[et de s’opposer à des décisions de la Cour Suprême]— nous devons nous poser et réfléchir. Nous devons réfléchir à cette dynamique étrange entre la droite et la gauche en Israël, et nous demander si elle fait avancer la cause de la démocratie.

mardi 21 octobre 2014

Construisez des ponts et des routes, Madame Merkel

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Pierre Pestieau

« Quand des routes défoncées freinent les Allemands
qui vont bosser, les chômeurs français peuvent rouler sans souci sur des voies impeccables pour aller pointer au Pôle emploi… »
C’est par cette boutade que le Canard Enchainé (1-10-14) conclut un article signalant la faiblesse des dépenses d’investissement public de l’Allemagne (1,6%), alors que la France peut se targuer d’un niveau nettement plus élevé (3,2%).

La plupart des pays européens qui ont pratiqué l’austérité budgétaire ont dû baisser le montant de leurs dépenses publiques et dans cette opération, ils ont d’abord coupé dans les dépenses d’investissement. Cela fait moins mal dans l’immédiat. En revanche à terme, cela peut s’avérer extrêmement coûteux. C’est un peu comme ce ménage qui face à une baisse de revenu se refuse à réduire son niveau de consommation et préfère ne pas réparer une toiture qui fuit. Après quelques années il ne suffira plus de remplacer quelques ardoises mais l’ensemble du toit y compris la charpente.

mercredi 15 octobre 2014

Contradictions ordinaires

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Pierre Pestieau

Chacun d’entre nous a vécu, sous une forme ou l’autre, la petite scène que je vais décrire. Je me promenais récemment avec une personne par ailleurs fort urbaine; elle me disait son irritation devant les dépenses excessives de l’Etat belge et des différents pouvoirs subalternes. Elle se plaignait de l’endettement de Charleroi, ville dans laquelle nous déambulions. A un certain moment, je l’interroge à la vue d’un énorme chantier en plein cœur de la ville. Et là, le ton change, elle m’explique que l’on va y construire un musée unique en Europe, je pense qu’il s’agit d’un musée consacré à la photographie mais ce pourrait être aussi bien aux aquarelles ou aux marines. Avec enthousiasme, elle m’explique que ce musée va contribuer au renouveau de Charleroi et à son rayonnement culturel dans le monde. Rabat joie de naissance et de métier, je lui pose les inévitables questions qui gâchent tout: qui va payer et combien cela va coûter? Après une réponse du genre “Quand on aime on ne compte pas », mon compagnon de promenade a bien dû admettre que la ville et la communauté française seraient les principaux payeurs et que cette construction n’arrangerait pas nos finances publiques. Dès cet aveu extorqué, il n’a de cesse de me donner mille raisons pour lesquelles ce musée est essentiel pour la ville, pour la région.

« Je bois, donc je suis »

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Victor Ginsburgh

Mon titre est celui d’un ouvrage écrit par un philosophe très
érudit, grand spécialiste de la philosophie de la musique, mais qui a aussi écrit sur le beau, le désir sexuel et qui a composé deux opéras : Roger Scruton (1). Et qui, lorsque je l’ai rencontré il y a quelques années, buvait autant de vin que moi, mais connaissait, bien mieux que moi, ce que nous dégustions.

L’ouvrage est sérieux tant sur le plan œnologique que sur le plan philosophique, mais il est aussi souvent très drôle. Il commence d’ailleurs par un jeu de mots qui, comme souvent, est difficile à traduire. Je le cite en anglais en priant ceux qui ne le comprennent pas bien de m’excuser : « By thinking with wine you can learn not merely to drink in thoughts, but think in draughts » (2). 

jeudi 9 octobre 2014

La semaine des Prix Nobel

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Victor Ginsburgh


- Nous allons vous vendre des obligations de 
façon à vous renflouer en vous prêtant

- Nous allons vous emprunter de l’argent de façon
 à ce que nous puissions acheter vos obligations
J’aime la littérature (pas toujours les prix Nobel). Je ne comprends pas grand chose à la chimie, à la physique et à la médecine. Ni à la Paix d’ailleurs. Mais je suis quand même censé comprendre un peu d’économie. Sauf que…

« La macroéconomie est née vers 1940 : elle représentait une réponse intellectuelle à la Grande dépression des années 1930. Le terme ‘macroéconomie’ est utilisé pour décrire le champ de connaissances et d’expertise dont nous espérions qu’il puisse prévenir le retour d’un événement similaire. Ma thèse est que, pour l’essentiel, ce tour de force a été réussi : les dépressions ont été écartées pendant un bon nombre de dizaines d’années. Il reste d’importants gains de bien-être à réaliser, mais ce n’est pas les petites touches d’ajustement de la demande [augmentation des dépenses et des investissement publics] qui résoudront ce problème. »

mercredi 8 octobre 2014

« La femme de César ne doit pas être soupçonnée »

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Pierre Pestieau

Cette phrase évoque un épisode de la vie de César qui fut contraint de répudier sa femme suite à une rumeur d’infidélité qui ne fut jamais avérée.

Elle est ressortie des rayons tout récemment à propos de l’affaire Thevenoud, ce nouveau ministre de Manuel Valls qui dut démissionner après quelques jours pour rumeur de fraude fiscale. La presse de droite comme de gauche prise d’une frénésie anti-Hollande, ce qu’on appelle plus élégamment le Hollande bashing, fit ses titres gras de ce nouvel avatar.

Après analyse, il semblerait que ce députe dynamique du PS avait simplement été négligent ; il n’avait pas envoyé sa déclaration fiscale dans les délais et avait, de ce fait, été soumis à une amende de retard dont il s’était acquittée à deux reprises. De la sorte, il a contribue plus qu’il ne le devait au budget de l’Etat. Beaucoup de contribuables pratiquent ce type d’oubli qui parfois peut être parfaitement rationnel. Les économistes du comportement étudient depuis plusieurs années ces situations de procrastination qui affectent de nombreux individus. Les uns procrastinent devant le fisc, d’autres dans le règlement de leurs factures  ou le respect d’un plan d’épargne. A première vue, c’est totalement irrationnel ; il suffirait de presque rien pour éviter une amende mais précisément ce presque rien peut nous paraître énorme comme si l’on était sur une planète dont la pesanteur ferait qu’un litre d’eau pesât une tonne. Dans le cas de Thevenoud on a parle de phobie administrative pour en rire ou pour la trouver anormale. Les éditeurs de revues scientifiques savent que la majorité des rapporteurs qui s’engagent à remettre leurs commentaires dans les 3 mois souffrent de phobie éditoriale. Ce qui entraîne de nombreux rappels, sans conséquences pour eux.

mardi 30 septembre 2014

Les correcteurs corrigés

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Pierre Pestieau

Depuis quelques temps la mode est à la rigueur de l’analyse économique dans la presse française. Lors de la dernière campagne présidentielle, un journaliste de France 2 (1) a fait sa réputation en contredisant les propos des deux candidats à la présidence de la République au travers de graphiques et de statistiques perçus comme inattaquables. Plusieurs journaux ont maintenant des rubriques dans lesquelles ils passent au crible les assertions de politiques de droite comme de gauche. Il m’arrive de consulter ces rubriques et d’être frappé par le fait qu’elles ajoutent souvent de la confusion à la confusion (2). J’y vois deux raisons. La complexité des questions abordées et la relative incompétence des chroniqueurs.

L’Iran peut-il nous sauver (et sauver l’Islam) du fondamentalisme ?

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Victor Ginsburgh

Persepolis (550-330 av. J.C.)
Le dernier discours du Président iranien Hassan Rouhani à l’Assemblée Générale des Nations Unies (et sa phrase assassine : « certains services secrets ont mis des lames dans les mains de fous, qui ne vont épargner personne … ceux qui ont joué un rôle dans la création et le soutien de ces groupes de terroristes devraient reconnaître leurs erreurs ») sera sans doute une fois encore contesté par ceux qui n’arrêtent pas de considérer que l’Iran est un pays dangereux et guerrier. Dans ce même discours il s’est dit « étonné que ces groupes meurtriers puissent se prévaloir de l’Islam ».

J’ai pris la peine de remonter au début du 19ème siècle pour voir combien de fois l’Iran avait commencé un conflit (1) et suis forcé de constater que les deux seuls conflits initiés par l’Iran en 200 ans concernent le problème de la ville de Herat en 1838, suivi par la guerre Anglo-Perse de 1856-57 (et encore, parce que je n’ai pas compris qui avait commencé), et leur conflit suite à la demande d’indépendance des Kurdes depuis 2004, mais là ils sont loin d’être les seuls. Aucun autre conflit n’a, sauf erreur, été initié par l’Iran durant ces 200 dernières années, et certainement pas celui, meurtrier, entre l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988.

jeudi 25 septembre 2014

Prosopagnosie, autisme, dyslexie et autres soucis quotidiens

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Victor Ginsburgh

Je pensais être unique dans ce cas. Je ne reconnais pas les gens
Deux hommes en pied by Edgar Degas
que je ne connais pas bien, même si je les vois deux jours d’affilée. Je ne reconnais pas les personnages dans les films policiers, et je ne sais jamais qui est le « bon » ou le « mauvais », surtout s’il y en a plusieurs de chaque espèce. Du coup, je ne comprends jamais rien à l’intrigue et j’ai décidé que je ne regardais plus ce genre de films. Je parviens quand même à retrouver qui est cow-boy et qui est indien, et encore.

C’est loin d’être une maladie inconnue : elle porte le joli nom de prosopagnosie. Il s’agit, explique Wikipedia d’une « forme d’agnosie (ignorance) visuelle qui se traduit par une faiblesse partielle des fonctions cérébrales liée aux processus de reconnaissance, et plus particulièrement des visages » (1).

Double legs, double gain ?

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Pierre Pestieau

Aussi appelé duo legs ou legs en duo, le double legs consiste à faire deux legs, l’un à votre héritier et l’autre à une association caritative, à charge pour elle de payer les droits de succession sur les deux legs. Vous gagnez ainsi sur les deux tableaux. D’une part,
le taux des droits de succession applicable aux associations caritatives est nettement moins élevé, d’autre part, en partageant le legs destiné à votre héritier en deux parts, le taux applicable à la part de votre héritier est moins élevé. La combinaison des deux permet une telle économie en droits de succession que vous pouvez à la fois laisser davantage à votre héritier et donner une belle somme à une association de votre choix.

jeudi 18 septembre 2014

Faut-il marshalliser la Wallonie ?

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Pierre Pestieau

Avant l’été, j’ai eu l’occasion de dîner avec un responsable d’une des branches du Plan Marshall. Un homme extrêmement courtois et compétent, un ingénieur. Je venais de faire un exposé sur l’état socio-économique de la Wallonie utilisant les indicateurs macroéconomiques traditionnels: chômage, santé, éducation, etc., pour conclure que par rapport à la Flandre et aux pays voisins la performance de la Wallonie était faible et ne semblait pas s’améliorer. Je ne suis pas sûr qu’il avait suivi mon exposé et particulièrement toutes les réserves méthodologiques que j’avais évoquées. Globalement, il n’était pas d’accord avec mon constat que la Wallonie n’allait pas bien et que les Plan Marshall 1 et 2 introduits en fanfare par le gouvernement régional n’étaient pas d’une grande utilité.  Son point de vue était que dans son secteur, celui de l’aéronautique, cela marchait bien et ce, précisément grâce au plan Marshall. Il me donnait toute une série de raisons pour cet optimisme et je n’avais aucune raison de mettre sa parole en doute. Ma seule défense était que ces succès indiscutables sont une goutte d’eau dans l’océan du déclin wallon.

Passons enfin aux choses sérieuses : Les toilettes et urinoirs dans l’Union Européenne

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Victor Ginsburgh (*)

Alors que le nouveau Président de la Commission, les commissaires et le nouveau Parlement Européen s’installent en douce, sans faire trop de bruit, en coulisse et ce depuis plusieurs années, la Commission fabriquait une réglementation européenne des  toilettes, ou je dis bien, toilettes, c’est-à-dire urinoirs, water closets, bidets et autres.

Rien de plus important depuis la crise dont nous ne parvenons pas à sortir depuis 2008. Mais cela promet une relance sérieuse d’un secteur en chute libre: celui des lieux d’aisance. C'est d'autant plus important que Janet Yellen, Présidente du Conseil des Gouverneurs de la Réserve Fédérale des Etats-Unis disait hier soir que l'Europe « fait partie des risques qui pèsent sur l'économie mondiale ».

L’étude dont il sera question ici avait été précédée par un « Ecolabel européen pour le papier hygiénique et autres produits absorbants à usage domestique [définis comme] feuilles ou rouleaux de papier destinés à l’hygiène personnelle, à l’absorption de liquides et/ou au nettoyage de surfaces souillées » et dont les conclusions ont paru le 1er juillet 2011 (le 14 ou le 21 juillet auraient été préférables) (1).  

mardi 9 septembre 2014

Cuisine de guerre

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Victor Ginsburgh

La cuisine du conflit (1), une invention amusante, qui nous change de la cuisine des étoiles du Michelin ou des notes du Gault Millau.

Un restaurant (en fait plutôt un snack bar, mais qui compte
bien se transformer en restaurant dans les prochaines années) installé à Pittsburgh et co-fondé par Jon Rubin, professeur à l’école des arts de l’Université Carnegie-Mellon, offre uniquement de la cuisine originaire des pays avec lesquels les Etats-Unis sont en conflit : boycotts (Iran), embargos (Cuba), querelles diplomatiques (multiples), mais aussi guerres (patientez un peu, même s’il n’y en a pas qui soit ouverte, cela ne va pas tarder), bref de tous ces pays et peuples qui font partie de l’axe du mal si cher à Bush et Cheney, mais aussi à John Kennedy (pour l’imposition d’un boycott sur Cuba, en 1960 déjà) et autres.

Faire mieux avec moins

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Pierre Pestieau

 Le Monde du 23 juillet 2014 publiait un article au titre qui ne pouvait laisser indifférent : « La France dépense plus que ses voisins, mais pour quels résultats ? » Cet article résumait une note de France Stratégie (1), l'ancien Commissariat général à la stratégie et à la prospective. La principale conclusion de cette note était que le système de retraites, la santé et l'enseignement secondaire coûtent cher à la France, en tout cas plus cher qu'aux autres pays européens, et ce pour des résultats qui ne sont guère brillants.

Quand on lit cela, la réaction est immédiate : adoptons les pratiques des pays voisins et du coup dépensons moins pour obtenir les même résultats. Une telle politique serait bienvenue dans un pays qui connaît un taux d’endettement insoutenable et qui est pressé de toutes parts de réduire le montant de ses dépenses publiques (2).

jeudi 4 septembre 2014

Après des siècles

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Pierre Pestieau


Cette année, le 6 août, de nombreux Belges auraient pu entonner une version actualisée de leur hymne national : « Après des mois d’esclavage, le contribuable belge sortant du tombeau a reconquis par son courage son pognon, ses droits et sa liberté ». Il faut en effet dire que la Belgique est le dernier pays de l’Union européenne à atteindre son « jour de libération fiscale ». Ce terme qui est largement utilisé dans les milieux libéraux désigne la date à laquelle le salarié cesse de verser des impôts à l’État et peut disposer de ses revenus comme bon lui semble. D’après le cabinet d’audit financier EY (Ernst and Young), ce jour évolue chaque année. Il faut aujourd’hui travailler 3 jours de plus qu’il y a cinq ans pour financer l’État. Les premiers pays à fêter leur jour de libération fiscale dans l'UE sont Chypre (21 mars), l'Irlande (28 avril) et Malte (28 avril). Les pays où la pression fiscale est la plus élevée de toute l'UE sont l'Autriche (25 juillet), la France (28 juillet) et enfin la Belgique (6 août). Sans vouloir jeter cet indicateur aux orties il importe d’en limiter et d’en discuter la pertinence.

Charleroi la Belle

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Victor Ginsburgh

Charleroi vu du ring le jour
Il y aurait, relate un article récent diffusé par la RTBF (1), plus de 250 rues qui portent le même nom (sic) à Charleroi, une « ville » si on peut ainsi appeler cet endroit entouré d’une magnifique autoroute (appelée ring) érigée à une hauteur de quelque 20 ou 30 mètres. C’est aussi beau à voir d’en bas que d’en haut ; d’ailleurs quand on est en haut, on se croirait sur le mur d’enceinte de la ville qui nous protège des hordes qui ne peuvent être que barbares. Ladite ville doit être dirigée par les socialistes à peu près depuis que les légions romaines ont conquis cette terre qui de toutes le régions de la Gaule était la plus brave (2). Mais les Carolos sont aussi fiers, parce qu’en 2011, il y avait 386 rues qui portaient le même nom, donc un progrès considérable a été fait sans aucun doute depuis que, comme le Beaujolais, le Bourgmestre Nouveau est arrivé.

jeudi 28 août 2014

Tunnels

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Désespérés comme nous l’étions par le monde, par la peur, par le sang, le seul refuge qui nous restait était la terre. Nous nous y sommes enterrés vivants
(Amir Nizar Zuabi, Haaretz).
 
Les Israéliens creusent des tunnels dans le ciel de Gaza et « leurs ‘héroïques’ pilotes se battent contre les plus faibles, les plus démunis qui n’ont ni force aérienne, ni même défense aérienne ; assis dans leur cockpit, les pilotes israéliens poussent sur des boutons et des joysticks et ne voient ni le blanc des yeux ni le sang de leurs victimes » écrit Gideon Levy éditorialiste du Haaretz (1).

Comme le ciel de Gaza n’appartient pas à ses habitants, ceux-ci ont bien été obligés d’inventer des tunnels dans les sous-sols. Mais comme l’écrit Amir Oren (2), « les tunnels doivent être enlevés quand ils sont encore petits ».

« Et pendant que j’écris ceci », continue-t-il « un dénommé Mohammed, alias Ahmed, est en train de creuser un tunnel de sa cuisine à Qalqilyah [situé dans les territoires occupés] en direction de la chambre à coucher de Mme Rosenberg demeurant à Kfar Sava [Etat d’Israël]. Elle a entendu forer, elle en est sûre. Non, non, ce n’étaient pas mes voisins… Quand elle arrive le soir chez elle et allume les lumières, elle est presque sûre de trouver Ahmed en train de l’attendre. 

L'économie de la Merditude

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Pierre Pestieau
Certains d’entre vous ont sans doute lu le roman à succès de Dimitri Verhulst au titre surprenant La Merditude des choses (1). Plus nombreux sont ceux qui ont vu le film qui en a été tiré et qui a eu un grand succès en Belgique comme en France (2). Le roman décrit surtout la jeunesse de l’auteur qui vit dans une maisonnée étonnante. La seule femme y était sa grand-mère, propriétaire du logis qui abritait aussi ses quatre fils adultes à commencer par le père de l’auteur, le facteur du village, qui a hérité de son propre père un alcoolisme à toute épreuve. C'est aussi le seul de la fratrie à occuper un emploi à temps plein, les autres naviguant entre petits boulots, délinquance et oisiveté à outrance. Dimitri vit donc avec son père et ses trois oncles chez sa grand-mère, une sainte femme qui fait leur lessive, les laisse boire sa maigre pension et nettoie le mobilier avant le passage de l'huissier. Les quatre frères et le jeune garçon passent l’essentiel de leur temps à écluser les bars de Reetveerdegem (village fictif situé non loin d’Alost) lors de beuveries épiques. Ils défendent à coups de poing l'honneur familial, organisent des Tours de France éthyliques ou des courses de vélo nudistes. 

jeudi 21 août 2014

Encore Piketty

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Pierre Pestieau

Dans un éditorial du New York Times daté du 23 juillet 2014, intitulé : « Un guide des inégalités pour les nuls », Nicholas Kristof (1) revient sur le succès du livre de Thomas Piketty. Il note qu’une grande majorité de ceux qui ont acheté cet ouvrage de près de 685 pages (dans l’édition anglaise) ne sont pas allés au-delà des vingt-six premières. Pour ces lecteurs trop vite découragés, il propose un guide en 5 points sur les questions d’inégalités traitées par Piketty. Je les reprends ci-dessous.

Tout d'abord, l'inégalité des revenus et de la richesse a empiré de manière significative au Etats-Unis et dans certains autres pays. Le pourcent de la population le plus riche aux États-Unis possède maintenant plus de richesses que les 90 pour cent les plus pauvres. Oxfam estime que les 85 personnes les plus riches dans le monde possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre. La situation pourrait être tolérable si tout le monde bénéficiait de la prospérité. En 2010, 93 pour cent des dividendes de la croissance sont allés vers le pour cent le plus riche.

A propos des propos attribués à Thomas Piketty (ter)

2 commentaires:

Victor Ginsburgh (*)

Je suis un de ceux qui ne sont pas arrivés plus loin que la page 26 de l’ouvrage de Piketty. Je dirais même mieux, je n’ai pas ouvert le livre, donc je suis arrivé à la page zéro et l’ai classé dans le rayon grossissant des livres non lus et que je ne lirai probablement jamais.

Pourquoi, me direz-vous, l’ai-je acheté ? Pour céder à la mode et faire comme tout le monde ? Parce que je suis optimiste et que je crois que reviendra, un jour, le temps des cerises ? Rien de tout cela. Je me le suis vu offrir, en espérant que celui qui me l’a offert ne lira pas ce que j’écris. Et aussi parce qu’il suffisait de lire un des milliers de résumés en deux pages tels que celui de Kristof dont vient de parler Pierre.

Voici tout de même quelques impressions qui ne contredisent sans doute guère ce que dit Piketty, mais qui tempèrent un peu l’enthousiasme que les Krugman et Stiglitz de ce monde ont développé pour l’ouvrage.

Sans pousser leur enthousiasme aussi loin, il faut reconnaître que Piketty a mis une question très intéressante sur le tapis, contrairement à beaucoup d’économistes qui sont plutôt excités par le « comment gagner encore plus en jouant mieux à acheter et vendre des titres ».

Mais on peut se poser la question du pourquoi la hausse de l’inégalité des revenus ou de la fortune est une mauvaise chose. Elle me rappelle les années Reagan et la fameuse courbe de l’économiste Laffer basée sur le fait qu’on en connaît deux points : en l’absence d’impôts, les recettes fiscaux sont nulles (point t0 sur l’axe horizontal et T = 0 sur l’axe vertical du
Courbe de Laffer
graphique)
; par contre si le taux d’impôts est de 100% (Tmax = 100), il n’y aura plus de recettes fiscales (T = 0), parce que toute activité économique aura cessé (point tmax dans le même graphique). Il doit donc exister un taux d’imposition intermédiaire t* qui est le meilleur possible au sens où il rend T maximum. Mais disaient en chœur Laffer, Reagan et la droite de l’époque, nous avons dépassé ce point t* et sommes déjà en t3, donc augmenter le taux de taxation ne peut que réduire la manne fiscale tandis qu’en diminuant le taux d’imposition, nous collecterons plus d’impôts. Cette courbe a fait l’objet de nombreuses critiques, parce que personne n’en connaît l’allure qui n’est sans doute pas aussi simple que celle représentée sur le graphique. L’idée n’est néanmoins pas complètement farfelue ; ce qui l’était c’est la localisation du point où les Républicains disaient que les Etats-Unis se trouvaient.

jeudi 26 juin 2014

Ce qu’aurait pu être le cri d’alarme du Gouverneur de la Banque Nationale

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Victor Ginsburgh

Une malheureuse retraitée (statue à la BNB)
Juste avant la formation de nos nombreux nouveaux gouvernements (mais ça ne commence pas très bien) censés diriger la Belgique de concert ou, comme disait avec raison l’ancêtre du Capitaine Haddock, de conserve, et quelques jours avant la sortie du Rapport du Groupe d’Experts, ledit gouverneur lance un cri d’alarme « La Belgique doit raboter les pensions » (1).

Le vendredi 13 juin (mais personne n’est superstitieux), on apprend que malgré le rabotage des salaires des grands patrons d’entreprises publiques belges, limités depuis peu à € 290.000 par an, ledit gouverneur ne sera pas touché par la mesure. Il part à la retraite dans un an, mais gardera jusque là son argent de poche de € 540.000 par an.

Il aurait été séant qu’il pousse un autre cri d’alarme disant « Non, je ne veux pas, il faut aussi raboter mon salaire », d’autant plus qu’il faut trouver €14 milliards d’économies dans les prochaines années « pour renouer avec le trajectoire esquissée par l’Europe ». Mais il a dû se dire que sa première gueulante suffisait. 

mardi 24 juin 2014

Star Trek et Alzheimer

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Pierre Pestieau

On sait que les besoins de dépendance ne cesseront d’augmenter dans les décennies qui viennent. L’autre jour je m’adressais à une assemblée de gérontologues/gériatres (distinction subtile) sur ce thème. J’expliquais l’urgence qu’il y avait pour les pouvoirs publics de faire face à ce que nos amis français appellent le cinquième risque, urgence d’autant plus aigüe que le marché de l’assurance est défaillant et que les familles sont pour de multiples raisons de moins en moins au rendez-vous.

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Après mon exposé empreint d’une bonne dose de pessimisme, je me suis trouvé interpellé par deux personnes, un gérontologue et un gériatre, j’imagine, qui m’ont reproché mon manque de confiance dans l’avenir. Selon eux, la dépendance augmentera mais ses besoins ne poseront pas de problèmes dans la mesure où les nouvelles technologies suppléeront au manque de personnes aidantes. J’eus alors droit à une liste des nouvelles techniques allant de la robotique à la domotique et des produits innovants qui allaient permettre aux personnes dépendantes de ne plus dépendre des personnes aidantes. Devant leur enthousiasme, j’ai préféré me taire plutôt que de leur objecter que ces techniques étaient le plus souvent coûteuses et n’étaient souvent pas encore au point. Que le petit robot, d’origine japonaise naturellement, puisse peut-être effectuer certains travaux basiques, je n’en disconviens pas mais il pourrait difficilement apporter le réconfort voulu à une personne anxieuse ou veiller à ce qu’une personne dépendante s’habille de façon correcte.

mardi 10 juin 2014

Un livre Kapital

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Pierre Pestieau

J’ai déjà eu l’occasion de dire ici tout le bien que je pensais du dernier livre de Thomas Piketty (1). Occuper les premières places dans les listes des meilleures ventes pour un ouvrage de cette qualité est assez unique. Plutôt que d’en présenter une énième recension, je préfère émettre quelques observations sur cet ouvrage majeur.


Une comparaison certes partielle des comptes rendus de ce livre en France et aux Etats Unis est instructive. Des deux côtés de l’Atlantique, il y a eu des pour et des contre mais ce qui frappait, c’était la différence de qualité et de ton des avis négatifs et positifs. En France, les avis négatifs étaient souvent superficiels et ad hominem. Rien de cela aux Etats Unis. La critique était davantage idéologique ou technique. Elle émanait de la droite alors qu’en France elle provenait des deux bords. De même pour les avis positifs qui me paraissaient davantage étayés et informés dans le New York Times ou le New York Review  of Books pour prendre deux exemples, que dans la presse française.

Il faut éviter les exagérations. Comparer Piketty à Marx est assez hâtif même si chez certains il y avait de l’ironie. Mais ce type de dérapage est courant. A l’occasion de la mort de l’économiste américain Gary Becker, Prix Nobel et membre éminent de l’école de Chicago, j’ai pu lire qu’un de ses collègues Jim Heckmann, un autre Nobel, le comparait sans nuance à Isaac Newton, qui il est vrai n’a jamais eu le Nobel.

La barbe à K.

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Victor Ginsburgh

A Pierre J.

Durant l’ère victorienne en Angleterre, la barbe était prescrite par les médecins pour raisons de santé. A Londres, elle était supposée filtrer le mauvais air chargé de particules engendrées par le chauffage au charbon utilisé à l’époque, qui provoquait de longs épisodes discontinus de smog pouvant atteindre quatre mois (novembre à mars) comme en 1897-1880 (1).

Bactérie de barbe
Ce qui ne peut que me réjouir. En effet, je me porte très bien malgré les particules de gasoil dont on nous a caché l’existence pendant plus de 50 ans, grâce à ma barbe à la Serge G. Ben quoi, c’est un cousin très lointain auquel je ne ressemble pas, et je ne chante pas aussi bien que lui. Sinon, je ne serais évidemment pas devenu économiste.

Mais il y a aussi des risques importants pour la santé, dus, notamment, aux miettes qui s’accumulent dans la barbe et qui attirent évidemment des tas de bactéries plus horribles les unes que les autres en tout cas quand on les regarde au microscope. Sans compter les poux que l’on peut voir à l’œil nu et les puces qui sautent.

jeudi 29 mai 2014

Le sport en dérive: Mens sana in corpore sano?

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Victor Ginsburgh

J’ai reçu la semaine dernière un prix de € 75 de ma banque (ING) et me réjouissais ; la banque m’écrivait que « j’étais l’un des heureux gagnants du cinquième prix de notre tombola d’épargne » ; c’était la première fois de ma vie que je gagnais un peu d’argent grâce à une banque, surtout durant ces 6 ou 7 dernières années où les taux d’intérêt sont plutôt invisibles. Et en plus c’était une tombola « d’épargne ». Je comptais bien mettre cette somme à l’abri du regard des impôts et des éventuels investisseurs impudents qui auraient sûrement aimé me les escroquer.

Les € 75 m’étaient offerts avec des félicitations. Et la lettre continuait en m’expliquant que c’était « grâce à votre épargne », c’est-à-dire mon épargne que ce chèque-cadeau me permettait de « commander des articles des Diables Rouges en ligne, un maillot, ou une écharpe, un bonnet [d’âne, sans doute] qui devraient me permettre d’encourager nos héros nationaux cet été ».

D’abord, je n’ai jamais participé à cette tombola, et
Protestation contre le Mundial à Sao Paulo
n’aurais pas voulu. Il me semble que les coupes du monde et jeux olympiques divers soutirent suffisamment d’argent public. Sans parler de notre magnifique circuit de Francorchamps pour lequel l’ardoise négative s’alourdit d’année en année, mais chaque année on nous annonce que l’année prochaine on rasera gratis (1).

Le Mundial de football 2014 aura coûté $ 11 milliards au Brésil. Quelque 157.000 policiers ($ 322 millions) sont mobilisés pour éviter les débordements (2). Comme je comprends les Brésiliens de Rio, Sao Paulo et d’autres grandes villes qui manifestent contre ces dépenses somptuaires, alors que la police s’attaque aux pauvres de favelas à Rio, parce qu’ils ne font pas bien dans le paysage. Comme je compatis avec les Grecs que les Jeux Olympiques de 2004 ont contribué à plonger dans leur désastre. 

Le sport est phagocyté comme bien d’autres choses par l’argent et n’est plus ce qu’il devrait être, un exemple pour les jeunes, comme le montrent de nombreux cas. En voici un certain nombre.

La réforme des retraites : un terrain miné

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Pierre Pestieau

Il y a quelques jours, j’ai eu la chance de faire la connaissance de Michel Rocard qui donnait une conférence sur les difficultés de réformer l’Etat providence et particulièrement le système des retraites. Il fut en 1991 l’auteur d’un livre blanc sur les retraites acclamé à l’époque. Rappelons son propos de l’époque, lorsqu’il présenta son livre : « La retraite est un dossier ‘explosif’ capable de faire chuter plusieurs gouvernements ». Je l’ai trouvé plus clair comme conférencier que dans les interviews et certainement différent de l’image d’un professeur nimbus incompréhensible que les imitateurs français ont donnée de lui. Il avait en outre l’élégance de reconnaître qu’il n’était pas l’auteur du livre blanc, que l’on devait à des économistes de feu le Commissariat au Plan.

jeudi 15 mai 2014

Notes de Washington

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Pierre Pestieau

Chaque fois que je séjourne à Washington, deux images contrastées me viennent à l’esprit. Le Washington que j’ai connu lorsqu’étudiant j’ai bénéficié d’un stage au Fonds monétaire international (FMI); il y a de cela plus de 40 ans. Les Etats Unis était alors la première puissance mondiale et pourtant leur capitale ressemblait à un gros village. Depuis, Washington est devenue une grande métropole avec des restaurants de tous les pays, un métro et des embouteillages monstres et les Etats Unis pourraient perdre leur statut de première puissance.

Il y a quelques semaines se tenaient les Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI qui offrent chaque année aux grands dirigeants du secteur public — banques centrales, ministères des finances et du développement — et du secteur privé l'occasion de se retrouver pour discuter le temps d’un week-end des problèmes du monde. Il y a une dizaine d’années on avait quasiment besoin d’une escorte policière pour s’y rendre. Les bâtiments de ces deux organisations étaient assiégés par des centaines d’altermondialistes. L’époque est bien révolue : il n’y avait,  cette année-ci, pas un seul manifestant. En revanche, on y voyait une flopée d’équipes de journalistes prêts à interviewer n’importe qui à défaut des grands de ce monde. J’ai même été accosté par une de ces équipes. Tout fout le camp.

Le MoMa/Guggenheim de Bruxelles

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Victor Ginsburgh

On ne peut que se réjouir de la bonne nouvelle : Bruxelles aura un nouveau musée et, qui plus est, installé dans l’élégant bâtiment de Citroën qui « illustre l’esthétique fonctionnaliste de l’architecture industrielle de l’entre-deux-guerres » (1).

Mais annoncer que « nous aurons notre MoMa (2), notre Guggenheim… 16.000 mètres carrés d’art moderne et contemporain, avec entre autres, Picasso, Bacon, Dali, Miro… nous avons de l’ambition » (3) est un tant soit peu téméraire, d’autant plus que ni Picasso (né en 1881), ni Bacon (1909), ni Dali (1904), ni Miro (1893) ne sont très contemporains. C’est pourtant l’annonce qu’a faite M. Rudi Vervoort, Ministre-Président du Gouvernement de la Région Bruxelles Capitale, en abrégé M.RVMPGRBC.

Il y a beaucoup de majuscules dans ce mot, mais rassurez-vous il y en aura moins par la suite. D’autant plus qu’à la question posée à M.RVMPGRBC par les journalistes de l’Echo (4) :

jeudi 1 mai 2014

Tout le monde peut se tromper, même une banque

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Victor Ginsburgh

La Bank of America est la deuxième banque en importance (par ses actifs) aux Etats-Unis et depuis 2010 elle est devenue, d’après le Forbes Biziness Magazine, la troisième firme la plus importante au monde. Elle est avec Citigroup, JPMorgan Chase et Wells Fargo parmi les quatre plus grandes (et les plus honnêtes, bien sûr) banques américaines et sévit dans 40 pays. Elle a reçu $45 milliards d’aide lors du sauvetage des banques américaines en 2008 et 2009, ainsi qu’une garantie de l’Etat pour $118 milliards de pertes potentielles.

Elle a été prise la main dans le sac dans plusieurs fraudes qu’il serait trop long de décrire ici, tellement il y en a (1).

mercredi 30 avril 2014

Les deux mains du FMI

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Pierre Pestieau

« Trouvez-moi un économiste manchot ! », s’est un jour écrié Harry Truman. Le président en avait assez de ces économistes qui disaient « dun côté – on the one hand – cela peut arriver mais de l’autre côté, – on the other hand – il y aussi ceci ».
 Si la nuance et l’équilibre font partie de la démarche scientifique, on peut comprendre qu’ils soient frustrants au moment d’agir. C’est le sentiment que l’on a aujourd’hui en écoutant les avis du FMI sur la politique à mener en Europe et en Belgique tout particulièrement. D’une part, sous la houlette de son chief economist, le français Olivier Blanchard, il met les dirigeants européens en garde contre les politiques d’austérité qui conduisent à la déflation et à la décroissance. D’autre part, le FMI vient de coiffer la Belgique d’un bonnet d’âne en matière budgétaire. Il ressort en effet de la dernière livraison du Fiscal Monitor du FMI (1) que la Belgique est le pays qui a connu l’une des plus fortes croissances des dépenses publiques durant ces cinq dernières années. Elle se situe juste derrière le Japon. En faisant une comparaison avec des pays proches, le FMI note que ce n’est qu’en 2013 que de réels efforts ont été consentis mais dans un contexte de croissance plus faible. Tout en déplorant cet état de fait, le FMI reconnaît que n’étant pas soumise à un régime d’austérité aussi sévère que de nombreux pays voisins du sud mais aussi du nord, la Belgique affiche un taux de croissance au-dessus de la moyenne européenne en 2013. D’où la question : faut-il se réjouir de ce dérapage dans les dépenses ou le regretter ? D’autant qu’il ne s’est pas accompagné d’un dérapage budgétaire, parce que simultanément la Belgique a augmenté ses recettes fiscales. 

mardi 15 avril 2014

Smoking (1)

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Pierre Pestieau

Victor Ginsburgh et moi avions un ami qui fumait beaucoup alors que nous étions entrés dans l’ère vertueuse du TCT (tout contre le tabac). Sa justification à laquelle même lui ne croyait qu’à moitié était qu’avant de s’en prendre aux fumeurs, il aurait fallu commencer par lutter contre la pollution des villes et des campagnes due aux voitures, chauffages et usines.

Un rapport récent de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) semble lui donner raison « à titre posthume ». Il apparaît en effet que la pollution de l’air a tué prématurément près de 7 millions de personnes dans le monde en 2012 (2). « La pollution atmosphérique est désormais le principal risque environnemental pour la santé dans le monde »,  insiste le docteur Maria Neira, directrice du département santé publique à l’OMS. Elle ajoute : « Les risques sont désormais plus importants qu’on ne le pensait, en particulier en ce qui concerne les cardiopathies et les accidents vasculaires cérébraux. Peu de risques ont un impact supérieur sur la santé mondiale à l’heure actuelle que la pollution de l’air ».