Pierre Pestieau

Il y a d’abord les officines qui ont noms « Freedom
partners », « Generation
opportunity », ou
« Heritage » qui sont à l'origine des campagnes
récentes contre l’Obamacare (1) et
ont mené au blocage récent du gouvernement américain. Elles sont généreusement
dotées par les frères Charles et David Koch, qui ont mis leur immense
richesse au service de leur obsession : déstabiliser le socialiste
Barack
Obama. Depuis des mois, cette
galaxie d’organisations a conçu, organisé et scénarisé la crise budgétaire qui
a secoué l'Amérique. Elle a profité d'une concomitance exceptionnelle entre le vote de
la loi de finance, l'entrée en vigueur de la loi sur l'assurance santé et la
date butoir pour relever le plafond
de la dette. Le chantage était simple : pas de vote du budget ni de
déplafonnement de la dette sans report de l'Obamacare.
Cette stratégie a momentanément échoué mais ce n’est que partie remise.
Un autre exemple est l’ensemble de lobbies qui
travaillent sournoisement depuis des décennies pour arriver a supprimer les
droits de succession aux États Unis (2). Il y a certes des milliardaires comme
Walter Buffet ou Bill Gates qui sont en faveur de cette taxe mais la majorité
des très riches américains est contre et finance de nombreux groupes de
pression afin d’influencer les membres du congrès et l’opinion. Tous les
arguments sont bons. Les plus courants
tendent généraliser des cas rares, comme celui de l’entreprise familiale qui doit arrêter parce
qu’elle ne peut pas faire face au paiement de droits de succession exorbitants.
Parmi les lobbies les plus connus qui militent pour le rejet de ce qu’ils
qualifient élégamment de taxe sur la mort
(death taxation), on compte le « Policy and Taxation Group », le « National
Center for Policy Analysis », le « Citizens for a Sound Economy Club
for Growth », le « Grover Norquist's Americans for Tax Reform »
et « The 60 Plus Association ».
J’ai eu l’occasion d’assister à un colloque organisé à
Washington par l’American Enterprise Institute, un think tank lui aussi opposé aux droits de succession. Ce colloque a
eu lieu il y a 3 ans juste avant que la taxe ne tombe à 0 (elle est maintenant
revenue à ses taux normaux) ; il était intitulé : Si vous devez perdre un parent fortuné,
c’est le bon moment. Ce fut un spectacle hallucinant. Une jeune professeure
de la New York University commença par présenter sa défense et illustration des
droits de succession. Elle ne put parler que 30 minutes et fut suivie par 3
orateurs maison qui démolirent son argumentation en utilisant une série
impressionnante de contre-vérités et ce, avec mépris et arrogance. De véritables
tueurs.
Certains prétendent que les officines et lobbies font
partie du jeu démocratique. Si c’est le cas, il s’agit d’un jeu truqué pour
deux raisons : leur action est souvent clandestine et les moyens mis en
œuvre sont écrasants face à ce que peut offrir une opposition citoyenne.
(1) Pour rappel, votée par le Congrès en 2010,
l’« Obamacare », ou « loi sur les soins abordables »,
permet a tous les Américains d’être assuré contre la maladie. Les inscriptions censées
commencer le 1er octobre, furent retardées par un échec du système
informatique.
(2) Lincoln, T., C. Collins, and L.
Farris, (2006), Spending Millions to Save Billions, The Campaign of the Super
Wealthy to Kill the Estate Tax, Public Citizen and United for a Fair Economy,
Washington, D.C.
<http://www.citizen.org/documents/EstateTaxFinal.pdf>
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