Pierre Pestieau
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Excusez-moi, voulez vous ma salade? |
Je ne suis pas
mince loin s’en faut. Et pourtant deux expériences inconfortables me sont récemment
arrivées sur des vols aller-retour Washington-Philadelphie. Petits avions de US
Airways. Vol heureusement court, moins d’une heure. Dans les deux cas j’avais hérité
du siège hublot et je m’étais assis le premier. C’est alors que la catastrophe
s’est produite deux fois à l’identique à part le sexe. Une personne
obèse (une femme à l’aller et un homme au retour) essaie de s’asseoir, n’y
parvient pas et me demande de relever l’accoudoir ce que je fais de mauvaise
grâce. Elle se laisse tomber en empiétant sur mon espace que j’occupais déjà
amplement. Chacune sort de sa serviette une extension de la ceinture de
sécurité qu’elle devait visiblement utiliser fréquemment et qui lui permet
d’éviter l’embarras de la demander à l’hôtesse de l’air.
Avec bonne grâce (pas de jeu de mots), j’ai pris mon mal en patience en cherchant des solutions à cette situation. Pourrait-on à l’embarquement signaler la largeur de ses hanches et éviter des appariements malheureux ? Un programme informatique n’aurait aucune peine à procéder à une allocation optimale. Mais je me rendais aussitôt compte que ce serait difficilement applicable. Chacun aurait tendance à exagérer ses mensurations pour tomber sur un(e) maigrelet(te). Dois-je ajouter que l’un et l’autre avaient l’air contrit ; ma réaction aurait sans doute été différente si, tout en empiétant sur mon espace vital, il ou elle avaient boulotté chips et cacahuètes.
Avec bonne grâce (pas de jeu de mots), j’ai pris mon mal en patience en cherchant des solutions à cette situation. Pourrait-on à l’embarquement signaler la largeur de ses hanches et éviter des appariements malheureux ? Un programme informatique n’aurait aucune peine à procéder à une allocation optimale. Mais je me rendais aussitôt compte que ce serait difficilement applicable. Chacun aurait tendance à exagérer ses mensurations pour tomber sur un(e) maigrelet(te). Dois-je ajouter que l’un et l’autre avaient l’air contrit ; ma réaction aurait sans doute été différente si, tout en empiétant sur mon espace vital, il ou elle avaient boulotté chips et cacahuètes.
Quoiqu’il en soit, rentré à Washington, je parle de ces incidents à une
connaissance. Sans hésiter, elle me répond qu’elle n’aurait jamais accepté de
relever l’accoudoir et que ce genre de personnes devrait payer un supplément
voire le double tarif. Ajoutant que de la sorte cela les forcerait à mieux contrôler
leur poids. Je me suis alors rappelé que nous étions aux Etats Unis ou la
tendance est d’imputer les handicaps de tous ordres à la responsabilité des
individus et non à la malchance. Quand je fis remarquer à mon interlocuteur que
l’origine de cette obésité pouvait être métabolique, il accueillit mon propos
avec scepticisme.
Il existe aujourd’hui une abondante littérature économique sur les causes
de l’obésité, ses implications et les moyens d’y remédier. Les données sont de
bonne qualité et les méthodes statistiques sont indiscutables. En revanche,
l’interprétation des résultats et la facilité à rendre responsable et donc à
culpabiliser l’obèse me paraît d’un simplisme accablant. C’est un domaine où l’économiste
aurait beaucoup à gagner de la psychologie.
Il n’y a pas que les économistes qui devraient faire preuve de plus de psychologie. Certains médecins, des décideurs politiques (qui tiennent les cordons de la bourses des traitements) et la société en général stigmatisent encore, au XXIe siècle, les obèses, alors que l’OMS a placé l’obésité dans le top 10 des facteurs de risque, et souligné son origine multiple il y a plus de dix ans.
RépondreSupprimerQuant aux Etats-Unis, on peut sans doute leur faire des reproches, mais la lutte contre l’obésité y est menée tambour battant, ne serait-ce que parce que les décideurs compris l’impact …économique de ce fléau.
Par ailleurs, il paraît que des compagnies aériennes font payer deux places aux obèses, mais je n’ai pas vérifié.
Maximilien Kutnowski