Victor Ginsburgh
Voici quelques autres fabriqués par l’une ou l’autre multinationale. En
fait toujours la ou les mêmes, qui modifient génétiquement les plantes, qui
produisent les désherbants et autres pesticides, et qui rendent les plantes
stériles de façon à obliger les cultivateurs à racheter des nouvelles semences,
elles-mêmes stériles. Je n’ai pas besoin d’énoncer les noms, vous voyez tout de
suite de qui je veux parler.
Le New York Times vient de
publier deux articles sur les « promesses généreuses et non tenues »
des plantes génétiquement modifiées (1).
La promesse était double : En immunisant génétiquement les plantes
contre les effets des herbicides et autres petites bestioles, elles
deviendraient tellement robustes qu’elles n’auraient plus besoin de pesticides
et les récoltes gigantesques qui en résulteraient permettraient enfin de
nourrir enfin tous les malheureux de la terre qui n’ont rien à se mettre sous
la dent.

La quantité de pesticides utilisée a décru de 33% aux Etats-Unis, mais de
65% en France (2) ; celle d’herbicides a crû de 21% aux EU et diminué de
36% en France. Bien joué Monsanto dont la production a été multipliée par six
durant les 15 dernières années (3). Bien joué, Bayer et Monsanto qui se proposent de fusionner
et de créer un empire commun de $66 milliards ; bien joué, DuPont et Dow
Chemical qui veulent aussi fusionner ($59 milliards) ; et bien joué, la
China National Chemical Corporation qui achète la société suisse Syngenta à $42
milliards. Les cultivateurs et consommateurs africains, asiatiques et
sud-américains auront bientôt le choix entre trois mega-producteurs d’OGM, que
l’on pourra arroser de plein d’herbicides et de pesticides.

[Ce texte a également paru dans L’Echo
du 24 novembre 2016]
(1) Danny Hakim, About the promise bounty of
genetically modified crops, The New York
Times, October 29, 2016 et Karel Russel and Danny Hakim, Broken promises of
genetically modified crops, The New York
Times, October 29, 2016.
(2) La quantité totale de
pesticides déversés dans le monde s’élève à 2,5 millions de tonnes par an. Voir
http://www.smithsonianmag.com/innovation/could-these-college-inventors-tackle-global-pesticide-problem-180961060/?utm_source=smithsoniandaily&utm_medium=email&utm_campaign=20161111-daily-responsive&spMailingID=27044796&spUserID=NzQwNDUzNDM2MjgS1&spJobID=922186887&spReportId=OTIyMTg2ODg3S0
(3) Je vous suggère de cliquer
sur http://www.nytimes.com/interactive/2016/10/30/business/gmo-crops-pesticides.html qui présente des graphiques comparant les rendements et
l’utilisation d’herbicides et de pesticides en Europe (où les OGM sont en
principe interdits) et au Canada et aux Etats-Unis où ils sont permis.
Edifiant !
Ce que tu décris là est la preuve irréfutable( the smoking gun) des abus intolérables que se permettent des grands acteurs du monde industriel parce qu'ils sont rendus possibles par des lacunes de législations qui ne tiennent pas compte des intérêts collectifs des citoyens mais des intérêts collectifs du monde des actionnaires, donc financiers. La solution, comme je l'expose dans mon livre passe par un réflexion citoyenne imposant des mesures fortes rendues obligatoires par des nouveaux principes constitutionnels conçus par et pour le citoyen.
RépondreSupprimerTrès bon article! Je ne connaissais pas ces chiffres. Il y a un élément qui me perturbe encore, cependant : pourquoi les agriculteurs achètent-ils ces semences? Il doit tout de même y avoir au moins un avantage pour eux. Je ne comprends pas pourquoi ils luttent tellement contre l'autorisation des OGM en Europe, tout en se disant que s'ils étaient autorisés, ils feraient un malheur (on se comprend). Je pose la question sans malice: tes chiffres leur donne apparemment raison sur le premier point. Micael
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