Victor Ginsburgh
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La Fondation avec Buren |
Dépêchez-vous d’aller voir la célèbre collection de peintures du russe Chtchoukine
à la Fondation Vuitton à Paris. Pour y arriver : métro-dodo et marche de quinze
minutes à Neuilly, ce qui est assez agréable quand il fait beau, et c’était le
cas quand j’y suis allé. On peut aussi prendre un bus qui part de l’Arc du
Triomphe de Charles de Gaulle.
J’aime beaucoup Daniel Buren et ses peintures faites de bandes peintes sur
toile (qui ressemblent à la toile de matelas de ma jeunesse), mais faire cela
sur le vitres de la Fondation Vuitton, c’est un peu dommage, parce qu’on ne
perçoit plus la beauté et la transparence de la construction. Mais bon, on se
réjouit d’être arrivé et il suffit de ne pas trop regarder le presque gâchis de
Buren pendant les 60 minutes de la queue. Regardez plutôt vos souliers et
constatez que vous ne les avez pas cirés depuis longtemps.
Après tout faire une queue de 60 minutes, devient la règle même pour une
mauvaise exposition. Or celle-ci est supposée être de très grande qualité,
parce qu’il n’y a qu’un seul (pas trop ridicule) Renoir et presque pas d’autres
impressionnistes. Ouf !
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La Fondation sans Buren |
Après ces 60 minutes vous avez le droit d’entrer, mais la course est loin
d’être finie. Il y a trois étages de salles et 15 minutes de queue au moins
devant chaque salle, mais j’ai fini par y arriver, si l’on peut dire, parce
que…
Parce que vous pouvez deviner ce qu’il y avait à l’intérieur de chacune des
salles. Une foule, bigarrée comme l’est immanquablement la foule, maniant tout
aussi immanquablement l’appareil photographique mini qui nécessite immanquablement
de s’approcher des œuvres pour bien les photographier dans tous les détails et
pouvoir, par la suite, lire le texte des journaux que Braque ou Picasso avaient
peints dans leurs tableaux des années 1910. Il faut donc essayer de regarder subrepticement
à une distance de trois rangées de photographes qui s’acharnent sur les œuvres,
se baisser habilement, éventuellement passer un œil entres les jambes des
photographes pour voir ce qui se passe de l’autre côté, c’est-à-dire, sur les
murs, et finir par sortir de la dernière salle complètement courbaturé et sans
avoir vu correctement une seule œuvre.
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La Fondation dessinée par son architecte |
Je prends toujours les choses du bon côté et m’étais fait à l’idée que,
s’il le faut, je pourrai acheter des cartes postales des tableaux à la boutique
du musée. Mais là aussi, il fallait faire la queue pour entrer, et par la
suite, essayer d’apercevoir ce qu’on voulait acquérir, séparé cette fois par
trois rangées d’acheteurs de cartes postales. Bref, pas de cartes postales non
plus. Heureusement, j’avais déjà vu
les Picasso, les Matisse et les Gauguin à Moscou et à Saint-Pétersbourg.
C’est dire que l’exposition est très belle, mais que seuls ceux qui ont
pris des photos pourront la voir … quand ils seront
rentrés chez eux. Allez plutôt à
Moscou et à Saint-bourg, et profitez de cette visite pour dire bonjour au
pote du prochain président des Etats-Unis et de son ministre des Affaires
étrangères (secretary of state). De telles relations entre vous et le couple
Trump-Poutine seront sans aucun doute utiles durant les quelques prochaines
années avant que ne s’amorce, enfin, la « lutte finale ».
P.S. Certains ont même photographié la queue qu’il fallait faire pour
sortir de la Fondation.
Tout-à-fait d'accord, il n'y a rien de plus frustrant, surtout quand on a réserver ses entrées à l'avance et que des pinbèches arrogantes vous expliquent que ces réservations vous donnent juste le droit de choisir la bonne file. Restent les huluberlus qui se photographient avec un tableau en selfie. Cela me fait penser au "Moi et le Mont Blanc" de Monsieur Perrichon dans son célèbre voyage de Labiche. Alors si les files ont pour effet de caser les pieds sinon les chaussures de tous ces égotismes, tant mieux. Reste que l'art dans tout cela ressort un peu trop de la Kukltur avec un grand "K". Mais cela tout le monde s'en fout : cela n ait pas vendre des savonnettes!
RépondreSupprimerMince ! J'ai pris un billet familial pour un samedi 9h à venir en me disant qu'il y aura peut-être moins de visiteurs à cette heure-là... Je te raconterai.
RépondreSupprimerAmitiés,