mardi 20 octobre 2015

Brèves de grand-père

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Pierre Pestieau

Il y a quelques mois, mon petit fils me demandait: Si tu pouvais choisir, préfèrerais tu avoir mon âge ou garder le tien? Il a dix ans et vit à Washington dans une banlieue confortable. A sa grande surprise, je lui répondis que je n’échangerais pas mon âge pour le sien. En répondant ainsi je pensais autant aux difficultés que j’ai pu connaître dans ma jeunesse qu’à celles que les jeunes d’aujourd’hui éprouvent trop souvent à commencer par la transition d’un cocon familial rassurant au monde cruel du marché du travail. Ma réponse me fut confortée quelques  temps après en lisant une enquête sur le bonheur selon l’âge. Il en ressortait que les retraités étaient bien plus heureux que leurs enfants et petits enfants. Surtout les jeunes retraités, ceux qui échappaient encore aux affres de la dépendance.

jeudi 15 octobre 2015

L’invariance des inégalités

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Pierre Pestieau

Deux faits nous interpellent : les multinationales paient
de moins en moins d’impôts et les inégalités de patrimoine et de revenus semblent ne pas diminuer, et partant la mobilité sociale apparaît stagner, voire régresser, en dépit des efforts des gouvernements. Devant ces réalités qui ne sont pas indépendantes, il est difficile de ne pas donner raison aux sceptiques qui sont convaincus de l’invariance des inégalités dans les sociétés humaines. C’était le point de vue de l’économiste et sociologue italien Vilfredo Pareto (1848-1923), qui sur le tard inspira le mouvement fasciste (1).
Atkinson (2), Piketty, et leurs collègues ont montré à l’envi combien les inégalités de revenus et de richesse avaient augmenté ces dernières décennies. Ils ont aussi étayé la thèse de taux de pauvreté croissants. Si on prend une perspective plus longue, on remarque que ce qui est exceptionnel ce ne sont pas les inégalités actuelles mais la baisse des inégalités pendant les 30 glorieuses. D’une certaine manière les inégalités reviennent à un niveau d’équilibre. Si elles ont diminué pendant plusieurs décennies, ce serait grâce à la crise des années 30 et à la guerre 1939-45. De là à souhaiter une bonne guerre, il y a un pas que certains franchissent parfois.

Rencontre (trop) fugace avec Chantal Akerman

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Victor Ginsburgh

Il y a quelques années, peu d’années, j’ai croisé (rencontré ?) Chantal Akerman sur la plateforme d’un train de Bruxelles à Paris. Sans la reconnaître immédiatement, puisque je ne l’avais jamais vue qu’en photo, je l’entends soudain me dire : « Vous êtes Juif, n’est-ce pas? ». « Oui, bien sûr », ai-je répondu, « comment voyez-vous (ou savez-vous) cela ? »

Et puis les paroles se sont effacées parce que le train arrivait en gare de Paris Nord, et pressés par le temps, l’un et l’autre, et par les autres, nous nous sommes perdus de vue sur les quais. Mais j’ai, par la suite, très souvent pensé à elle et à ce très et trop court dialogue.

Voilà comment les choses se passent dans la diaspora, où que l’on soit, même dans un train entre Bruxelles et Paris, pas sur la terre, mais avec la terre qui roule sous le train. Aucun besoin de terre, surtout pas de la ‘terre d’Israël’, mais un besoin de parler.

jeudi 8 octobre 2015

Fausses vérités ou l’inverse : Beethoven avait des origines africaines

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Victor Ginsburgh

Les chercheurs en musicologie et en littérature s’amusent
au moins autant que les économistes à fantasmer sur des hypothèses. Mais ils sont moins dangereux et les crises qu’ils provoquent sont souvent plus drôles.

Les sonates pour piano de Beethoven (Ludwig van) contiendraient des rythmes africains (1). C’est semble-t-il une vieille histoire. Pas étonnant, Ludwig serait le fils de Frédéric II de Prusse (2) et d’une de ses servantes africaines. Pourquoi pas ? Mais malchance, le prince Frédéric était connu pour être cent pour cent gay. Mais un bref moment d’égarement suffit…

Je me souviens avec beaucoup de plaisir d’un concours d’élocution dans mon lycée d’Afrique où un certain Claude N. avait « élocuté » sur le thème « Molière était-il Louis XIV », ou l’inverse, ce qui revient presque au même. N’était-ce pas, soutenait-il, Louis XIV qui écrivait ce qu’un certain Jean-Baptise Poquelin, dit Molière jouait ? C’était étonnant mais tout à fait crédible, parce que quand même, comment le Roi Soleil pouvait-il laisser quelqu’un se moquer de sa cour, voire de sa personne. D’ailleurs le Roi lui-même est intervenu pour que Molière – qui ne pouvait être enterré à la chrétienne parce que comédien — obtienne un laissez-passer et, chrétiennement fût enterré. Donc tout cela était très vraisemblable, mais tout aussi vraisemblablement faux, même si c’était bien trouvé.

mercredi 7 octobre 2015

Fausses citations

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Pierre Pestieau
Il est bien connu que la plupart des citations sont fausses ; on dit plus savamment apocryphes. On les prête à quelqu'un qui ne les a jamais prononcées. Les victimes ou plutôt les bénéficiaires les plus fréquents de ces citations sont Churchill, Einstein et Voltaire.
C’est ainsi que l’on prête erronément à Voltaire le trop célèbre « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » qu’affectionnait Joseph Goebbels, le sinistre ministre nazi. Autre citation de François-Marie Arouet toute aussi fréquente et toute aussi apocryphe: « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. »


Albert Einstein aurait dit « L'astrologie est une science en soi, illuminatrice. J'ai beaucoup appris grâce à elle et je lui dois beaucoup. » 
Cette déclaration qu’il n’a jamais prononcée ou écrite est, on le devine, très souvent invoquée par les astrologues dont la docteure Élizabeth Teissier. Enfin il y a Churchill et son fameux « no sport » qu’il aurait lancé à un journaliste qui lui demandait le secret de sa longévité.

mardi 29 septembre 2015

D’un aéroport à l’autre : tribulations d’un sauveur du climat

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Victor Ginsburgh

Aussi dénommé le pape belge du climat, le professeur van Ypersele se présente comme candidat à la présidence du GIEC, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. Les élections se déroulent le 7 octobre prochain.

Il est optimiste, et suggère que « l’élection se présente bien ». Pour glaner un maximum de voix, ajoute, Le Vif (1), il s’est rendu en dix-huit mois dans plus de 60 pays. Il a trouvé cela « passionnant et ne ressent pas trop le jetlag. Surtout, un peu de sommeil suffit pour récupérer, explique-t-il ».

De gare en gare

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Pierre Pestieau

J’ai récemment déménagé de Liège à Mons avec l’impression de passer de tracas ferroviaires irritants à des ennuis insupportables. Je m’explique. Liège a maintenant une gare pharaonique que l’on doit au génie de Valence, Santiago Calatrava Valls. Cela a impliqué une longue période de transition. En effet entre la démolition de l’ancienne gare des Guillemins et l’inauguration de la nouvelle gare, se sont écoulés 27 mois au long desquels il a fallu utiliser une gare préfabriquée sans confort (ni salle d’attente, ni escalators), d’accès difficile (taxis et bus éloignés), difficile surtout pour les personnes à mobilité réduite (rampes métalliques glissantes). Si j’évalue  à 10 minutes le temps supplémentaire moyen qu’un voyageur devait consacrer à rejoindre les quais et si j’estime qu’une heure de temps vaut 12 euros cela représente une perte de 2 euros par trajet. Il nous faut calculer le nombre total de trajets sur les 27 mois. Soit le nombre moyen de passagers par jour (14.812) multiplié par le nombre de jours (30x27), ce qui donne 11.997.720 voyageurs (1). C’est beaucoup. En multipliant ce nombre par 2, on obtient près de 24 millions d’euros. Certes cette perte est peut-être compensée par le gain en bien-être des voyageurs qui, depuis le 18/9/2009, jouissent d’une gare que toute l’Europe nous envie. C’est à voir. Tout dépend du taux d’actualisation qui permet de comparer des niveaux de bien-être à des moments différents. Si ce taux est très élevé, on peut parler d’une perte sociale. On notera en passant que je n’ai pas tenu compte des implications que ses travaux ont pu avoir pour les riverains. De nombreux commerces ont du fermer parce que pendant plus de deux ans ils étaient inaccessibles. En outre il est important d’observer que l’investissement gigantesque que représente la Gare de Calatrava n’a eu aucun effet sur la rapidité du trafic ferroviaire. En fait au cours de la dernière année, la situation a empiré. Par exemple, la durée du trajet Liège-Bruxelles s’est allongé de 6,5%.

mercredi 23 septembre 2015

Economies grises

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Pierre Pestieau

Le blog dithyrambique que Victor a consacré à Uber
(Uber ueber alles) m’a légèrement titillé. Aussi ai-je lu avec intérêt dans la presse française que le sénat menaçait ce type d’activités de taxation et autres règlementations (1).  Il y a plusieurs années que j’entends à gauche et à droite, plutôt à droite, chanter les vertus de ce qui s’appelle l’économie du partage ou économie collaborative. Uber par ci, Airbnb par là, sans parler du Bon Coin. Tous ces sites sur lesquels on peut échanger des biens ou des services, et qui sont rarement déclarés et encore moins imposés. C’est merveilleux. Cela casse le pouvoir monopolistique d’industries protégées, cela rend des services à des prix jusqu’alors prohibitifs et maintenant accessibles à tous. Bref tout le monde y gagne sauf…l’Etat qui souffre d’un sérieux manque à gagner et certains usagers qui peuvent en être exclus arbitrairement.

Bruxelles: Un dimanche sans Uber

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Victor Ginsburgh

Pour faire plaisir à mon co-blogueur Pierre, et sachant que dimanche dernier serait, comme chaque année  à cette date, une journée sans voiture, j’avais passé un petit coup de fil au Bon Dieu pour lui demander de peindre le ciel en bleu, ce qu’il a bien voulu me concéder.

Donc, ciel bleu, soleil, pas de voitures donc pas
d’Uber, ni avec ni sans taxes. Rien que des taxis taxés. Et surtout des centaines de piétons et des milliers de vélos qui empêchaient les piétons de circuler, parce qu’ils utilisaient même les trottoirs, et se comportaient comme s’il n’y avait qu’eux en rue. En général, les piétons doivent faire attention aux vélos et aux voitures (ce qu’ils ne font d’ailleurs pas), mais cette fois, les piétons devaient faire attention aux vélos, et parfois aux taxis, ce qu’ils ne faisaient pas davantage. Quelle belle journée et combien c’était agréable de marcher entre les vélos, tout ça parce que je suis trop vieux pour rouler à vélo (Pierre me dit qu’il a fait 25 Km à vélo hier, mais il a cinq ans de moins que moi, au moins).

Il s’agit maintenant d’organiser des journées « de toutes sortes ».

jeudi 17 septembre 2015

Inégalités de quoi?

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Pierre Pestieau


Quand on parle d’inégalités économiques, les nombreuses sources de confusion appellent autant de clarifications.

La première vient de la variable dont on veut évaluer la distribution et partant l’inégalité. Cela pourrait être le revenu disponible, la richesse, la consommation, voire un indicateur de bonheur ou de bien-être. On ne sera pas surpris d’observer une forte variation dans les inégalités de l’une ou l’autre variable. Il n’y pas non plus de corrélation claire entre elles. Une personne riche peut avoir un revenu faible. Témoin le pêcheur de l’Ile de Ré (1). Une personne qui s’endette peut consommer beaucoup plus qu’elle ne gagne. Enfin, on sait que l’argent ne fait pas le bonheur. Une personne matériellement aisée mais coupée de tout réseau social ou familial et diminuée par la maladie sera peut être plus malheureuse qu’un pauvre sans le sou mais entouré d’amis.


Uber et covoiturage

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Victor Ginsburgh

Il est difficile de comprendre que les autorités publiques poussent au covoiturage, mais soient peu favorables à la nouvelle compagnie Uber qui permet à tout un chacun et sous certaines conditions de servir de taxi.

Sur son site « covoiturage » (un mot pas très élégant, mais soit), la ville de Bruxelles poste les phrases suivantes : « La pratique du covoiturage permet de rationaliser l’usage de la voiture… et les personnes s’entendent entre elles pour le remboursement des frais… La société Taxistop propose un service de covoiturage pour aider chacun à trouver des partenaires de voiture, partout en Belgique » (1).

Sur son site, Uber-Bruxelles poste les phrases suivantes (je traduis de l’anglais) : « Votre trajet sur demande. Que vous vous rendiez à la Grand-Place, Flagey ou à l’aéroport, l’application Uber vous connecte à un transport de confiance et sécurisé, à un prix abordable en quelques minutes. Le paiement de la course est automatique, pas besoin de payer le chauffeur ».

jeudi 10 septembre 2015

Réflexions sur la question des réfugiés

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Victor Ginsburgh

L’auteur d’un courageux article paru dans le
New York Times du 5 septembre 2015 écrit notamment que les « Etats-Unis et leurs alliés en guerre contre l’Etat Islamique de Syrie, ont aussi des responsabilités envers les réfugiés. Si nous avons armé les rebelles syriens, ne devrions-nous pas également aider ceux qui essaient d’échapper au conflit. Si nous n’avons pas été capables de rétablir la paix, ne pouvons-nous pas aider un peuple qui attend depuis si longtemps cette paix ? Blâmer les Européens est un alibi et le reste de nos excuses — les réfugiés n’ont pas les documents qu’il faut —me rendent malade » (1).  Les Etats-Unis ont jusqu’ici accepté 1 500 réfugiés sur les quelque 4 millions de déplacés.

Exception faite de la Jordanie, du Liban, de l’Egypte et de la Turquie, les pays du Moyen-Orient ne se sont pas poussés au portillon pour accueillir les réfugiés. Au fond, c’est bien ce qu’ils ont fait et continuent de faire avec les réfugiés Palestiniens depuis 1948. Pourquoi changeraient-ils ?


Millionnaire

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Pierre Pestieau

Le passage à l’euro a permis de garder au terme ‘millionnaire’ tout son lustre. Etre aujourd’hui millionnaire en francs est en effet devenu banal. Selon l’enquête de la BCE, plus de 77% des Belges seraient aujourd’hui millionnaires en francs. En revanche,
seule une infime minorité, à savoir moins de 6% seraient millionnaires en euros (1).

Le terme ‘millionnaire’ peut avoir des sens très surprenants dans d’autres pays. En Colombie, on l’utilise pour désigner le retrait forcé de distributeurs de billets. Les malfrats s’introduisent dans un véhicule et sous la menace d’une arme obligent son conducteur à faire le tour des distributeurs pour retirer la somme maximale. On parle alors de sentier du millionnaire ‘paseo millonario’, ou en anglais ‘millionaire’s ride’. En France, on devient millionnaire grâce à des jeux télévisés. Citons entre autres : Qui veut gagner des millions ? Ou Le Million.

jeudi 3 septembre 2015

Vraies et fausses indignations

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Pierre Pestieau

Un chiffre publié dans l’Obs du 16 juillet : +5%, le “petfood”
en plein boom. On y apprend ainsi que l’alimentation pour animaux de compagnie ne connait pas la crise; aux Etats-Unis ses ventes représentent quatre fois le marché de l’alimentation infantile. Le marché mondial atteint 90 milliards de dollars US. Selon les estimations du Programme Alimentaire Mondial, il ne faudrait que 3,2 milliards de dollars US par an pour nourrir les 66 millions d’enfants en âge d'aller à l'école qui ont faim (1).

Une indignation sérieuse : Où sont passées nos vespasiennes ?

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Victor Ginsburgh

Notre monde ressemble à une cloche fêlée
qui ne sonne plus (G.W. Sebald, citant Goethe).

Les deux dernières cabines téléphoniques en Belgique
Que faire?

ont été démontées début juin 2015 (1).
Les cabines ne sont plus nécessaires, puisque tous les habitants (ou presque) disposent d’un téléphone portable.


Je ne pense pas que l’on ait célébré de manière aussi fastueuse la quasi disparition des vespasiennes et autres toilettes publiques, en tout cas à Bruxelles. Et malheureusement, même si on peut téléphoner de n’importe où, on ne peut pas pisser n’importe où. Ni faire les deux simultanément. A moins qu’on n’invente, ce qui arrivera un jour ou l’autre, un téléphone portable à usages encore plus multiples.



jeudi 27 août 2015

Pauvre grecs, et misérables européens

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Victor Ginsburgh

Trois des petits singes européens
Au « Pauvres grecs » du blog que Pierre Pestieau a écrit jeudi dernier, je tiens à ajouter « Misérables européens ». En effet, si nos Eurocrates avaient été un peu plus cultivés, ils auraient lu l’ouvrage d’Edmond About publié en 1858 (1), celui de Bela Balassa publié en 1961 (2) et la littérature sur les zones monétaires qui date des années 1960, avant d’inventer l’Union monétaire et inviter la Grèce à en faire partie.

En 1858, Edmond About, journaliste et romancier français écrit : « La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier, sont en déficit ».

En 1961, Bela Balassa, théoricien des unions monétaires écrit : Une union monétaire ne peut fonctionner sérieusement sans intégration politique sous une autorité supra nationale dont les décisions sont contraignantes dans les états membres. L’économiste Meade (3) ajoute qu’il faudrait pratiquement un seul gouvernement européen doté des pouvoirs les plus larges en termes de politique budgétaire et fiscale. Soixante ans plus tard, nous en sommes encore très loin, on ne peut plus loin, avec Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, qui au contraire, « veut réduire les pouvoirs de la Commission » (4).

mercredi 26 août 2015

Désarroi des agriculteurs

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Pierre Pestieau
Plus que jamais on parle du désarroi des agriculteurs.
Tracteur qui fut pendant 18 ans le centrede l’activité agricole de ma famille
Que faut-il en penser ? Mes origines paysannes me permettent de mieux comprendre ce désarroi et d’avoir une empathie réelle pour ce secteur qui dans nos sociétés rétrécit comme une peau de chagrin. Vu de l’extérieur on peut avoir deux réactions opposées. La première est une réaction d’agacement, voire d’hostilité, qui tourne autour de thèmes éculés tels que les paysans se plaignent toujours ; quand on a fermé les mines et les usines sidérurgiques, on a pas fait autant de foin (!) ; ils ont un pouvoir de nuisance comparable à celui des routiers et des chauffeurs de taxi ; ils bénéficient déjà d’aides multiples. La seconde est une réaction de solidarité et de sympathie. On les voit comme étant les victimes de la mondialisation et de la politique européenne. On estime qu’ils doivent être soutenus pour garder à nos campagnes leur charme. Tout simplement, on ne peut pas être indifférent à une profession qui est sujette à un nombre inquiétant de suicides. J’ajouterais au passage que de nombreux Belges et surtout Français témoignent d’une schizophrénie remarquable sur le sujet. Ils déplorent une situation où les paysans vendent leurs produits à des prix inférieurs aux coûts mais tout à la fois ils se réjouissent de les payer à ces prix. De plus, ils affichent de l’attachement à une agriculture de qualité, voire écologique, mais ils continuent à acheter de la viande aux hormones.

mercredi 19 août 2015

Pauvres Grecs

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Pierre Pestieau

“Pauvres Grecs” c’était le titre d’un entrefilet du Canard Enchaîné du 22-7-2015. Le propos du Canard était de souligner que la Grèce était le pays où la réduction de la pauvreté du fait de politiques publiques désastreuses était la plus faible en Europe. Cela indiquait l’échec de l’Etat social grec. Cela m’a incité à retourner aux chiffres de base publiés par EUROSTAT (1).

Comme de coutume, on définit le taux de pauvreté comme le pourcentage des ménages qui ont un revenu inferieur à 60% du revenu médian, ce qu’on appelle le seuil de pauvreté. Naturellement le seuil de pauvreté sera d’autant plus élevé que le revenu médian est élevé. Pour l’année 2013, il est ainsi égal à 12.890€ et 12.552€ pour la Belgique et la France alors qu’il tombe à 5.023€ pour la Grèce. On notera en passant qu’au Luxembourg, il faut gagner plus de 20.000€ pour ne pas être considéré pauvre. Il est évident que si l’on adoptait le même seuil pour tous les pays européens le taux de pauvreté serait nettement plus élevé qu’il ne l’est en Grèce et moins au Luxembourg.

« Nous sommes tous des immigrés »

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Victor Ginsburgh


L’île de Kos en Grèce et celle de Lampedusa en Italie
La "jungle" à Calais, 2015
étouffent sous les flots de réfugiés. Il y a aussi Calais et sa « jungle » où la « passe » se paie 2 à 5 euros (1); Tournai et le refus de recevoir 700 réfugiés exprimé par son bourgmestre empêché parce que devenu Ministre-Président de le Fédération Wallonie-Bruxelles (le tout avec des majuscules, bien sûr) ; les caméras réinstallées à Nieuport pour surveiller les immigrants ; l’Union Européenne et son rejet de l’idée de quotas de répartition et son « acceptation » de recevoir 40.000 réfugiés durant les deux prochaines années, alors que quelque 120.000 sont déjà arrivés par la Grèce et l’Italie durant les sept derniers mois de l’année 2015 et 107.000 rien qu’en juillet ; la Hongrie qui construit une clôture le long des 170 Km de sa frontière avec la Serbie.

dimanche 12 juillet 2015

Les sorciers du Moyen-Age au chevet de la Grèce

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Victor Ginsburgh

Dans son dernier article du New York Times, En finir avec les saignées hellènes (1), Paul Krugman compare aux médecins du Moyen-Age qui insistaient pour pratiquer des saignées à leur patients, les technocrates européens au chevet de (ou en train d’achever) l’Hellade. Lorsque le traitement aggravait leur état de santé, il suffisait d’augmenter les saignées.

Sont à son chevet le médecin en chef Donald Tusk, Président du Conseil de l’Europe : « La situation est critique et malheureusement nous ne pouvons pas exclure le scénario noir de la mort ». A quoi répond l’autre médecin en chef, Jean-Claude Junker, président de la Commission Européenne, « nous avons un scénario de Hexit dans nos cartons. Je ne puis l’éviter si le gouvernement hellénique ne fait pas ce qu’on attend de lui par respect de la dignité de son peuple ». Il y a aussi une médecine en chef, la sœur Angel(in)a qui propose d’augmenter d’une unité par jour le nombre de saignées : « il ne reste que trois jours pour discuter de futur ». Matteo Renzi, Premier ministre italien opine du bonnet en ajoutant qu’on ne sait plus quelle réunion des 28 « leaders » de l’Union Européenne « pourrait bien être la dernière » pour achever le malade. A quoi, Janis Reirs, ministre des finances et medicine man de la Lettonie (?) répond en estimant que la « sortie de l’Hellade pourrait être positive pour la zone euro ». Les propositions du malade, c’est-à-dire celles qui augmenteront sa maladie « doivent être crédibles » constate l’incrédible François H., Président de la douce France. Ils sont tous d’accord, il faut augmenter les saignées.