Pierre
Pestieau

Cette réflexion m’est venue à la lecture d’un roman que
je recommande, L’imposteur, qui
narre l’histoire d’un homme qui fut longtemps en Espagne le président emblématique
de l’Amicale de Mauthausen en portant ainsi la parole des rescapés des camps de
la mort, alors qu’il n’y avait jamais mis les pieds (1). L’auteur, Javier
Cercas, s’interroge sur les conséquences de la découverte de cette imposture.
Servira-t-elle d’argument aux négationnistes ?
L’affirmation « Dévaloriser le financement des mécanismes de solidarité, c’est les tuer » me paraît on ne peut plus pertinente. Mais cette pertinence se trouve-t-elle déforcée si la personne (2) qui l’a proférée, une députée de la France Insoumise, est accusée, preuves à l’appui, d’avoir évité de payer ses cotisations sociales pendant plusieurs mois ?
Imaginons que, pressé par Paul Rosenberg (3), et manquant
de temps, Matisse ait pris la toile d’un peintre inconnu mais talentueux, ayant
un style proche du sien, et l’ait signée. Cette toile aurait sans nul doute
pris de la valeur non seulement financière mais aussi artistique. Cette valeur
artistique s’écroulerait-elle le jour où on découvrirait la supercherie ?

(1) Javier
Cercas, L’imposteur, Babel, Actes
Sud, 2015.
(2) Raquel
Garrido, Le Canard Enchaîné, 4 et 11
octobre 2017)
(3) Paul Rosenberg était un marchand d'art et un galeriste, célèbre pour avoir
représenté Braque, Picasso et Matisse. Il construisait une relation unique avec ces artistes, leur assurant une
certaine sécurité sur leurs revenus en acceptant d'acheter leurs œuvres sur une
base contractuelle assortie d'une exclusivité.
(4) Ce n’est pas le XY du blog
de Victor Ginsburgh, paru la semaine dernière.(5) (5) Sur le même thème, l’actualité récente nous interpelle. Il y a le boycott exigé des films de Roman Polanski et Woody Allen. Et Le Monde du 28 octobre, dans deux articles indépendants, l’un sur Michel Audiard, et l’autre sur Heidegger, montrait, nouveaux documents à l’appui, leur complicité avec les nazis et leurs efforts pour la cacher.
Merci Pierre ! J'en profite pour recommander du même Javier Cercas les superbes "Soldats de Salamine", avec en toile de fond l'exode des Républicains espagnols début 1939.
RépondreSupprimer