Avoir
raison trop tôt, est une phrase que j’éviterais de prononcer, appartenant à une
profession connue pour s’être trompée plus qu’à l’ordinaire. Et pourtant. Il y
a une quinzaine d’années, je fus convié par le ministre Jean Claude Marcourt,
qui comptait entre autres charges, celle de l’économie wallonne, pour en discuter.J’avais commis quelques semaines auparavant
une carte blanche dans laquelle je m’alarmais du fossé croissant entre les économies
de Flandre et de Wallonie. Il me demanda ce que je proposais.
N’ayant pas la prétention
d’un Alfred Sauvy qui en 1962 croyait relancer l’économie wallonne par un
regain de natalité, je me bornai à lui faire un inventaire à la Prévert :
supprimer les provinces coûteuses et inutiles, réduire le nombre
d’intercommunales et en évaluer l’efficacité, renoncer à financer le circuit de
Francorchamps et les arrivées (ou départs du Tour de France), dont les retombées
économiques sont pour le moins incertaines, supprimer les doublons dans les
domaines scolaires et hospitaliers. Alors que notre entretien se prolongeait,
je ne pouvais pas ne pas remarquer un mélange d’agacement et d’ennui chez notre
ministre, qui a fini par très brièvement conclure : ce sont la des
détails, ce n’est pas avec cela que l’on va résoudre les problèmes de la
Wallonie. Ce à quoi, je répondis sentencieusement « Les petits ruisseaux font les
grandes rivières. »
Sans doute le ministre avait-il
raison de penser que si les problèmes que j’évoquais étaient résolus cela ne
suffirait pas à relancer l’economie wallonne. Tout au plus cela donnerait à
l’Etat des resources supplémentaires. Mais il avait tort de ne pas comprendre
qu’en engageant ces reformes, son gouvernement aurait envoyé un signal fort,
celui d’avoir apprehendé la nécessité de mettre la recherche de l’efficacité au
centrede la gouvernance.
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