Pierre
Pestieau

En réalité, cet écart entre
perception et réalité a plusieurs raisons que les sciences sociales et particulièrement
celles du comportement ont étudiées. Il n’est pas étranger au phénomène de
fracture sociale dont il a souvent été question dans mes blogs. Un des apports
de l’économie comportementale est d’avoir cerné le phénomène d’aversion à
la perte et celui de l’effet
cliquet. L'aversion à
la perte est une notion issue de la
psychologie économique ; il s’agit d’un
biais qui fait que les gens attachent plus d'importance à une perte qu'à un gain du même montant. L'effet cliquet est un phénomène qui
empêche le retour en arrière d'un processus une fois un certain stade dépassé. Il
implique, par exemple, qu’il est difficile de réduire une consommation atteinte,
du fait des habitudes et des engagements qui ont été pris. La vie économique
n’est pas linéaire ; elle connaît des hauts et des bas, plus de hauts que
de bas. Mais avec l’aversion à la perte le moindre
bas ne peut être compensé par un haut de même valeur. Avec l’effet cliquet,
l’individu s’attend toujours à consommer plus; si sa consommation stagne, il a
l’impression d’être moins bien. Les études nombreuses qui portent sur le
bonheur et la satisfaction montrent bien que non seulement une baisse de revenu
mais même un ralentissement de la croissance rendent la plupart des gens
malheureux. Ceci explique pourquoi en dépit d’une croissance soutenue, beaucoup
n’ont pas l’impression de voir leur sort s’améliorer et certains le voient même
se détériorer. L’exemple typique est la télécommande de votre télé. Du temps où
il fallait se lever pour changer de chaîne, on le faisait sans problème et
l’introduction de la télécommande a été perçue comme bienvenue, sans plus.
Aujourd’hui si vous perdez votre télécommande et devez vous extraire du
fauteuil pour changer de chaîne, vous avez l’impression de retourner à l’âge de
la pierre.

(1) De nombreuse
livres ont été consacres récemment a cette problématique. Citons :
Patrick Nussbaum
et Grégoire Evéquoz, C'était mieux avant ou le syndrome du rétroviseur, Essai Favre, 2014.
Johan Norberg, Non, ce n’était pas
mieux avant, Plon, 2017y
Michel Serres, C’était mieux avant, Le Pommier, 2017.
(2) « Aller à la
cour » est une
expression qui remonte aux temps où les toilettes étaient inexistantes ou
situées à l'extérieur du bâtiment. On devait donc se rendre dans la cour pour
se soulager.
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