Victor Ginsburgh
Je prends « radical » dans le vrai sens du mot,
celui que lui donne mon vieux (1995) Nouveau Petit Robert : « qui
tient à l’essence, au principe d’une chose, d’un être » avec comme exemple
d’utilisation « L’instinct le plus radical dans l’homme, le désir de
vivre (Suarès) ». Pas dans le sens donné (à tort) à ce mot de nos jours. Comme
à bien d’autres de ma génération, être « radical » m’est arrivé bien
des fois et à bien des époques. Par exemple…
La mère des guerres justes contre la dictature de Franco
et de sa bande de meurtriers en Espagne. L’assassinat de Federico Garcia Lorca
(1). Après le Viva la Muerte d’un auditeur applaudi
par le général franquiste Millan Astray présent, le discours du philosophe
Unamuno, recteur de l’Université de Salamanque :
« Je viens d’entendre un cri morbide et dénué de
sens « Vive la mort ». Moi qui ai passé ma vie à créer des paradoxes,
je trouve votre paradoxe répugnant… Vous êtes ici dans le temple de
l’intelligence, et je suis son grand-prêtre. C’est vous qui profanez cet endroit.
Vous
vaincrez parce que vous possédez plus de force brutale qu’il n'en faut. Mais
vous ne convaincrez pas. Car, pour
convaincre, il faudrait que vous persuadiez. Or, pour persuader, il vous
faudrait avoir ce qui vous manque le plus : la Raison et le Droit dans votre
combat. Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l'Espagne. J'ai
terminé. »
Et continue l’historien Hugh Thomas (2), « à la suite de ces mots, il
y eut un long silence ». Comme dans l’Apocalypse de Jean, après que l’ange
eut ouvert le septième sceau. Unamuno est mort peu de temps après.