Pierre
Pestieau

EN tolérant cette pratique, la communauté européenne
permettait à ses États membres les plus pauvres d’améliorer leur position
économique en profitant des avantages compétitifs que génère leur système de
protection sociale moins développé. Avec la croissance du phénomène, la pratique
du détachement est vue comme une incitation au dumping social. Et le retour en arrière
n’est pas évident. C’est ici qu’apparaît la clause Molière. Pour freiner le
recours aux travailleurs détachés, certains employeurs ont ajouté dans les
contrats de chantiers publics une clause stipulant que les travailleurs doivent
maîtriser le français, pour des raisons
de sécurité, à moins de payer un interprète. La clause Molière permet d’éviter
le recours aux travailleurs détachés, sans subir l’accusation de discrimination.
Elle est soutenue désormais par plusieurs régions, départements et villes de
droite. Sa légalité fait l’objet d’un âpre débat. Sa croissance crée des
tensions auprès des travailleurs nationaux qui se voient privés d’emplois au
profit de ces détachés qui coûtent beaucoup moins à l’employeur et peuvent être
remerciés plus rapidement. Elle génère aussi une catégorie de travailleurs qui
ne bénéficient pas de mêmes avantages sociaux que les nationaux. Une nouvelle
forme de société à deux vitesses.
Il me semble clair qu’il faut lutter contre la pratique
du détachement avec la même vigueur que contre le travail au noir. Il n’est pas
digne pour un pays de sciemment accepter que sur son sol des travailleurs
soient traités différemment pour un même travail. Que les employeurs y trouvent
leur compte et même les travailleurs détachés est une autre question.
Dans ce domaine, il y a beaucoup de Tartufferie, ce qui
nous ramene à Molière. Je me rappelle qu’il y a plus de vingt ans TF1 avait
consacré une émission à un virulent réquisitoire contre le travail au noir
alors que son propriétaire, l’entreprise de travaux publics Bouygues en était
le principal bénéficiaire.
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