Pierre Pestieau

Les media,
la presse, la télé et le web nous inondent d’images chaque fois plus horribles
sur la misère dans le monde et la cruauté des guerres. Sur le petit écran, on
peut voir des images qui n’auraient jamais été diffusées il y a quelques
décennies. Pour voir des images de la shoah, il a fallu attendre de longues
années, bien après la fin de la guerre. Aujourd’hui, les images les plus atroces
sont livrées au grand public sans plus aucune précaution. Je me souviens des événements
qui ont suivi l’indépendance du Congo. Nous avions une seule radio à la maison.
Au moment où le ministre des affaires étrangères allait parler des viols de
religieuses par des soldats révoltés, on demandait à nos parents de nous éloigner
du poste. Il y a quelques jours, le journal de 20H montrait avec force détails
un enfant dont les jambes étaient arrachées par un éclat d’obus. La plupart des
gens qui ont vu ces images étaient sans doute en train de dîner et je doute
qu’ils en aient perdu l’appétit.

Quand
j’écris ces lignes, je me rends compte que cette fatigue compassionnelle ou
cette indignation essoufflée varient sûrement d’une génération à l’autre. Le « plus
jamais ça » qui a suivi la guerre 39-45 ne concerne plus la génération des
jeunes d’aujourd’hui pour qui « Hitler connais pas » (1) n’est plus
choquant. Quant à la corruption des élites, elle était moins visible et sans
doute moins répandue il y a cinquante ans qu’aujourd’hui. On devinait qu’Eddy
Merckx se dopait occasionnellement et qu’il était l’exception. Aujourd’hui tout
le monde semble se droguer. Au « tous pourris » correspond le
« tous dopés ».
Que faire
pour changer ce cours des choses et à nouveau connaître la compassion et
l’indignation ? Sans doute retrouver des mécanismes qui nous permettent
d’agir sur la politique. En un mot, réinventer la démocratie.
(1) Film réalisé par Bernard Blier en 1963 qui relate les
témoignages de onze jeunes gens interrogés sur leur vie et leurs aspirations.
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