Pierre Pestieau

Sans remettre en question le contenu de son livre, j’aimerais mettre sa recommandation
en perspective à la lumière de ce que nous enseigne l’économie publique. Je le
ferai en introduisant quatre bémols.
D’abord,
il me semble évident que, même si on parvenait à limiter l’émission de dioxyde
de carbone, tous les problèmes environnementaux ne seraient pas résolus, tout particulièrement
ceux qui concernent la biodiversité.
Ensuite,
une taxe carbone a nécessairement des incidences redistributives. Certes, on
pourrait l’accompagner d’une redistribution adéquate des revenus. Mais l’on
sait qu’une redistribution par l’impôt ne sera jamais optimale pour des raisons
d’information. En effet, l’autorité fiscale n’a qu’un pouvoir redistributif
limité dans la mesure où les contribuables ne revèlent pas tous les paramêtres
qui permettraient une taxation équitable. De toutes façons, dans la réalité, la
taxation des revenus est loin de corriger les injustices qu’entraineraient une
taxe carbone uniforme. En l’absence de redistribution compensatrice, la taxe
carbone peut s’avérer extrêmement régressive.
On peut aussi souligner que, pour être efficace, une taxe carbone doit être décidée par
l’ensemble des nations de manière coopérative. Si chaque nation la joue solo,
la partie se termine avec une taxe nettement insuffisante. C’est d’ailleurs ce
qui se passe. Certes on peut en appeler au bon sens, mais ici comme dans le
domaine des paradis fiscaux ou de la taxation du patrimoine, le règle dominante
est celle du chacun pour soi et du moins disant.

Il ne
faut pas conclure de ces remarques qu’il ne faut pas agir. Que du contraire.
L’urgence climatique n’est pas une expression creuse. Une taxe carbone est
utile mais elle doit être accompagnée de mesures visant à assurer l’équité et
touchant à d’autres domaines de l’environnement. Il serait naïf de penser que
la seule taxe carbone puisse résoudre tous les problèmes environnementaux.
(1)
Christian Gollier (2019), Le climat après
la fin du mois, PUF, Paris.
(2) David Shearman and Joseph Wayne Smit, (2007), The Climate Change Challenge and the Failure of
Democracy, Praeger.
Merci ! L'an prochain, je donnerai un nouveau cours à HEC Liège "financer la durabilité" et je compte bien entendu aborder la piste fiscale.
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