mercredi 28 mai 2025
Le Titanic
jeudi 22 mai 2025
Lettre n° 439 (*)
Il s’agit d’une des nombreuses lettres que Napoléon à écrites à son épouse Joséphine, lorsqu’il était en guerre, je ne sais pas trop où (en Belgique peut-être...) Je n’ai pas pu résister de vous la transmettre. Elle est magnifique comme le sont sans doute beaucoup d’autres lettres de Napoléon (Victor Ginsburgh).
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| Le général Bonaparte (en guerre) à son épouse Joséphine, 1796 |
Adieu ! Ah ! si tu m’aimes moins, tu ne m’aurais jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.
Femme ! ! !
(*) Voir Henri Foljambe Hall: Projet Gutenberg, Lettres de Napoléon à Joséphine, 1796-1812
jeudi 15 mai 2025
Détestent-ils vraiment Trump autant qu’ils le prétendent ? / Do They Really Hate Trump as Much as They Say?
Pierre Pestieau
(English version below)
Il peut sembler surprenant, voire paradoxal, que la moitié de l’Amérique opposée à la politique de l’administration Trump — souvent plus aisée, plus instruite et davantage préoccupée par les biens publics globaux tels que la santé ou l’environnement — n’ait pas cherché à compenser, par des contributions volontaires, le retrait des financements fédéraux imposé par la présidence. Faut-il y voir une contradiction entre les discours et les actes ? Plusieurs explications structurelles, psychologiques et culturelles peuvent éclairer cette apparente inertie. Sont-elles pour autant pleinement convaincantes ?
Dans les sociétés développées, et plus particulièrement dans les démocraties sociales européennes, les citoyens ont tendance à déléguer aux institutions publiques la responsabilité de la solidarité et de la protection des biens communs. Une fois l’impôt payé, ils considèrent que la mission est accomplie. Ainsi, lorsque l’État se désengage, le réflexe d’auto-substitution ne va pas de soi. Ce schéma, cependant, est moins enraciné aux États-Unis, où la défiance envers l’État fédéral et la valorisation de l’initiative privée sont plus fortes. Cette observation affaiblit donc l’argument de la délégation morale automatique.
Plus convaincante est sans doute la difficulté bien connue en économie politique : celle de la coordination collective. Même si un grand nombre d’individus sont prêts à agir, l’absence d’un cadre organisé empêche souvent une mobilisation à grande échelle. Contrairement à l’impôt, qui repose sur une obligation universelle, les dons volontaires dépendent de l’initiative personnelle et se heurtent au problème du « passager clandestin » : chacun attend que d’autres agissent à sa place, ce qui entraîne une sous-provision chronique des biens publics. Cette dynamique est exacerbée par la dispersion des causes soutenues. Les citoyens progressistes s’engagent volontiers dans des projets locaux, militants ou sectoriels, mais il manque souvent une infrastructure commune pour canaliser ces ressources vers des objectifs globaux, comme ceux que poursuivaient certaines grandes ONG internationales.
Certes, on ne peut nier que des réactions ponctuelles ont émergé. Des plateformes telles que Planned Parenthood ou des campagnes de financement participatif ont bénéficié, sous Trump, d’un afflux de dons motivés par l’indignation. Mais ces élans sont souvent réactifs, émotionnels, et éphémères — loin d’une stratégie cohérente de remplacement du financement public à long terme.
Au fond, si l’opposition progressiste n’a pas comblé le vide laissé par le désengagement de l’État fédéral, c’est peut-être aussi parce que cette politique ne l’affecte que marginalement. Quand elle le fait, les personnes concernées se concentrent sur la résolution de leurs difficultés immédiates, sans toujours avoir les moyens ou la disponibilité d’organiser une réponse collective.
Ce constat met en lumière les limites du volontarisme individuel face au recul de l’action publique, même dans les sociétés les plus riches, les plus cultivées, et les plus engagées en apparence. Derrière la rhétorique de l’indignation, l’inertie persiste — révélant une fois encore que l’efficacité des politiques publiques ne se laisse pas aisément remplacer par la bonne volonté des individus, fussent-ils nombreux et sincères.
Pour conclure, on rappellera cette citation de Berthold Brecht :
Do They Really Hate Trump as Much as They Say?
Pierre Pestieau
It may seem surprising — even paradoxical — that the half of America opposed to the Trump administration’s policies, a group generally wealthier, better educated, and more attuned to global public goods like health and the environment, did not step in to offset, through voluntary contributions, the public funding cuts implemented during his presidency. Does this reveal a gap between stated values and actual behavior? Several structural, psychological, and cultural factors may help explain this apparent inertia — but how convincing are they?
In developed societies — particularly in Europe’s social democracies — citizens traditionally delegate responsibility for the common good to public institutions. Once taxes are paid, there is a sense that one's civic duty has been fulfilled. Thus, when the state withdraws, that delegation is broken, but individuals do not necessarily respond with a reflex to substitute it through private giving. However, this logic holds less firmly in the United States, where distrust of centralized government and a strong culture of private initiative are more prevalent — which somewhat weakens the delegation argument.
More compelling is the classic challenge of collective action. Even when many individuals are willing to contribute, the absence of a centralized coordination mechanism often undermines effective mobilization. Unlike taxation, which applies universally, voluntary donations rely on individual initiative and are subject to the “free rider” problem: each person hopes others will contribute, resulting in the underprovision of public goods. This difficulty is compounded by the fragmentation of causes: progressive citizens tend to support local, targeted, or activist efforts, but there is often no common platform to channel resources toward global issues — the very issues that many international NGOs used to address with public support.
It is true that some responses did occur. Organizations such as Planned Parenthood and various online crowdfunding campaigns experienced a surge in donations during the Trump years. Yet these gestures were often emotional, short-lived reactions to specific policy decisions, rather than a coherent long-term strategy to replace public funding.
Ultimately, the reason progressive Americans did not step in to fill the gap left by federal disengagement may be that they were not personally affected by these policies — or when they were, their priority was simply to cope. This reality underscores the limits of individual voluntarism as a substitute for public action, even in wealthy and socially engaged societies.
Behind the rhetoric of outrage lies a deeper inertia — a reminder that collective problems rarely find adequate solutions through scattered private efforts, no matter how sincere. In the end, public policy remains difficult to replace, and moral conviction alone seldom builds institutions.
To conclude, it might be relevant to recall this citation of Berthold Brecht:
jeudi 8 mai 2025
Une étude révèle que les perruches ont des régions productrices de langages qui ressemblent aux nôtres
Ella Jeffries, Science News, 21 mars 2025
Pendant ma vie passée en Afrique (1939-1957), j’ai vécu avec trois perroquets qui étaient bien plus grands que les perruches. Deux d’entre eux grimpaient dans mon lit de grand matin et m’ont souvent grignoté les doigts et même les oreilles. Je n’ai été mordu qu’une seule fois. Comme vous le voyez, je suis heureusement encore là, mais sans mes bavardages avec mes perroquets hélas... (Victor Ginsburgh).
Les perroquets et les perruches fascinent depuis longtemps les humains en imitant leur parole. De nouvelles recherches pourraient aider les scientifiques à mieux comprendre le fonctionnement de la parole chez l'homme, en particulier dans les cas de troubles de la parole.
Pour étudier comment les perruches traitent et produisent des sons semblables à ceux des humains, des chercheurs se sont concentrés sur une région du cerveau, qui joue un rôle essentiel dans le contrôle de la production vocale. Ces chercheurs ont découvert que différents modèles neuronaux dans cette région correspondent à différents sons – un processus qui reflète la façon dont le cerveau humain encode la parole.
L'étude s'ajoute à un nombre croissant de recherches sur la cognition animale, soulignant que les oiseaux peuvent posséder des processus neuronaux plus avancés qu'on ne le croyait. Les perroquets sont déjà connus pour leur mémoire impressionnante, mais cette nouvelle découverte remet en question l'hypothèse selon laquelle le contrôle vocal complexe est propre aux humains.
Un chercheur de l'Université Rockefeller souligne l'importance de la découverte, et montre que l'activité neuronale et le comportement vocal associé sont plus proches entre perroquets et humains qu’entreperroquets et oiseaux chanteurs.
Les similitudes entre les cerveaux humains et les cerveaux de perruches suggèrent que ces deux espèces pourraient avoir développé des stratégies neuronales comparables pour l'apprentissage vocal, bien qu'elles soient séparées par des millions d'années d'évolution.
La recherche pourrait avoir des applications pratiques pour la santé humaine. En comprenant mieux comment le cerveau organise la production vocale des perruches, les chercheurs espèrent obtenir de nouvelles connaissances sur les troubles de la parole humaine, tels que l'aphasie et la maladie de Parkinson.
« De telles études promettent de faire progresser les thérapies orthophoniques et inspirer les technologies d'interface cerveau-ordinateur », écrit un neuro-scientifique de l'Université du Delaware.
Une équipe de la New York University travaille avec des chercheurs en apprentissage automatique pour tenter une « traduction » des vocalisations des perruches. Si ces chercheurs sont couronnés de succès, leurs travaux pourraient fournir des informations plus approfondies sur la question de savoir si ces oiseaux communiquent vraiment lorsqu'ils imitent la parole humaine.
jeudi 1 mai 2025
Sont-ils vertueux ?
Pierre Pestieau
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| Si vous saviez que l'économie était une science lugubre, pourquoi êtes-vous devenu économiste ? |
jeudi 24 avril 2025
Le pays des contes où je suis né
Victor Ginsburgh
Je suis né et j’ai vécu en Afrique de l’Est à quelque 1.500 mètres d’altitude, entre des volcans, des éruptions volcaniques, des tremblements de terre, des lacs, sans me rendre compte qu’aussi bien des volcans et certains lacs étaient dangereux. Mais pire, sans doute, des fractures (failles tectoniques) divisaient déjà certaines parties du continent dans la vallée du Rift de l’Est africain.
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| Rift africain |
Dans la photographie qui suit, je voyais de chez moi le plus important volcan, le Nyiragongo avec ses 3.500 de mètres d’altitude. Il vient de se réveiller le 14 mars 2025, mais je ne l’ai jamais vu en éruption du temps de ma jeunesse.
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| Le volcan Nyiragongo |
Plusieurs éruptions se sont produites bien après mon départ vers l’Europe en 1958. J’ai néanmoins eu la chance de voir de près une coulée de lave provenant du Nyamulagira, un volcan bien plus petit que le Nyiragongo. Et puis il y avait la plage de Gisenyi où je passais mes journées durant les vacances. La maison où j’habitais en était à quelque 500 mètres.
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| Le lac Kivu à 500 mètres de la maison où je suis né et ai vécu |
Ma première neige s’est montrée lorsque je suis arrivé en Belgique, à l’âge de 18 ans. En janvier 1958, alors que je devais me lever pour me rendre au cours de mathématiques (dites générales) à l’université, j’ai vu la neige, collée sur la petite tabatière dans une maison à Ixelles.
Première neige que j’avais vue de près… Mais de loin j’avais aperçu des neiges sur certains vieux volcans éteints.
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| Ancien volcan rwandais enneigé |
Depuis lors, et malgré les voyages les plus exaltants que j’ai faits en Afrique du Nord, Chine, Russie, Amérique du Nord et du Sud, et Europe, je ne suis pas retourné dans le pays où je suis né. Je ne sais pas pour quelle raison. Aujourd’hui, je préfère sans doute mes souvenirs… et le bon vin.
jeudi 17 avril 2025
Taxes peccamineuses : quand l'État moralise la consommation
Pierre Pestieau
Il existe différentes motivations pour taxer. Les deux principales sont le besoin de financer les dépenses publiques et celui de redistribuer les revenus. Deux autres motivations, moins connues, sont d'une part la nécessité d'internaliser des coûts ignorés par le marché et d'autre part le souci de modifier le comportement des agents économiques. L'environnement est un domaine où la taxation pénalise ceux dont les activités génèrent pollution et nuisances. Dans le jargon économique, on parle de "taxe pigouvienne", souvent conçue pour transformer les comportements. La santé constitue également un champ d'action où l'État surtaxe des produits jugés nocifs afin d'en décourager la consommation.
Lorsque l'objectif premier est de transformer les habitudes de consommation, on parle parfois d’ une "taxe comportementale", voire une "taxe peccamineuse" (sin tax). La taxe vous dissuade de "pécher". Inversement, l'État peut subventionner des alternatives vertueuses. La taxe carbone appartient à cette catégorie d'imposition — j'y reviendrai dans un prochain billet. Les taxes sur le tabac, l'alcool et les sodas s'inscrivent également dans cette logique.
En 1990, le paquet de cigarettes coûtait 1,50 euros. Aujourd'hui, il atteint 11,50 euros, dont 80% reviennent à l'État. Le tabagisme quotidien a certes reculé, mais demeure encore largement répandu. On observe des disparités régionales significatives, avec des taux généralement plus élevés en Wallonie qu'en Flandre. L'impact dissuasif reste finalement modeste.
Outre cette résistance des consommateurs, deux problèmes majeurs persistent. D'une part, l'explosion des circuits parallèles. Les achats transfrontaliers et le marché noir privent l'État de recettes substantielles. D'autre part, une injustice sociale flagrante. L'écart de prévalence du tabagisme quotidien entre les plus bas et les plus hauts revenus est élevé et grandissant. Ce sont donc les populations défavorisées qui supportent le poids le plus lourd de cette fiscalité. En d'autres termes, cette taxe s'avère régressive. Sans réellement modifier le comportement des personnes à faibles revenus, elle leur enlève du pouvoir d’achat..

Les boissons sont aussi un marqueur social; les sodas sont davantage consommés par les classes populaires. Introduite en 2015, la taxe soda vise à lutter contre l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires, ainsi que leur coût pour l’Assurance maladie.
Elle rapporte beaucoup a l’Etat mais elle semble avoir peu d’effet sur le comportement d'achat. Une faible taxe augmentée petit à petit, comme cela se passe actuellement, ne crée pas d’effet-choc. Le consommateur s’habitue simplement à ces nouveaux prix sans modifier son comportement. Au final, ce sont surtout les moins aisés qui ressentent l’impact financier d’une telle taxe. Cela étant, ce sont également eux qui vivent et mangent en général de manière un peu moins saine et qui risquent donc davantage de devenir obèses.
Les problèmes de santé causés par le tabac et les boissons sucrées nécessitent une approche globale et transversale. Il est essentiel de définir une politique claire, avec des objectifs concrets et un suivi rigoureux. L'augmentation des taxes sur les produits dont il faut limiter la consommation peut faire partie d'un plan global, mais elle ne sera jamais aussi efficace que d'autres mesures telles qu'un meilleur étiquetage, des portions plus petites et une meilleure information. Il importe surement de moins moraliser la politique de dissuasion, comme le fait le terme « peccamineux ».

Ces taxes semblent davantage destinées à remplir les caisses de l’État qu’à modifier réellement les comportements. Ce sont les plus modestes qui en paient le prix.
jeudi 10 avril 2025
Monastères isolés à voir dans le monde
Shoshi Parks, Historien and Journaliste,
Isolated, Gravity-Defying Monasteries, You Can Visit Around the World, Smithsonian Magazine, January 31, 2025.
jeudi 3 avril 2025
Entre Paradis Perdu et Paradis Retrouvé
Pierre Pestieau
jeudi 27 mars 2025
Le plus grand iceberg du monde se déplace
Victor Mather (*), 4 mars 2025
Le plus grand iceberg du monde, connu sous le nom de A23a, s'est déplacé au large de l'île de Géorgie du Sud la semaine dernière.
Bien qu'un scénario « Titanic II » soit peu probable et que les manchots de la région semblent être pour la plupart en sécurité, l'iceberg pourrait être un symptôme d'un changement indésirable en Antarctique et sur la planète.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
L’iceberg A23a est né en 1986 lorsqu'il s'est détaché d'un autre iceberg qui s'était arraché de l'Antarctique plus tôt cette année-là.
La jeunesse de l’A23a fut sans histoire; il est resté dans la mer de Weddell, à l'est de la péninsule Antarctique, pendant des décennies. Ses voyages ont commencé en 2020, lorsqu'il s'est libéré du fond marin et a commencé à se déplacer. En 2023, il était prêt à quitter complètement les eaux de l'Antarctique.
Ce printemps, sa progression a rencontré un problème lorsqu'il a commencé à tourner sur place, pris dans un courant près des îles appelées Orcades du Sud.
S'échappant après plusieurs mois de rotation, il s'est ensuite dirigé vers la Géorgie du Sud, une île à l'est de la pointe sud de l'Amérique du Sud qui est un territoire britannique et qui abrite quelques dizaines de personnes et de nombreux phoques et pingouins. Mais il n'a pas pu se rendre jusqu'en Géorgie du Sud et est maintenant coincé sur le plateau continental, à environ 50 miles de l'île. Jusqu'à présent, il semble être assis paisiblement et n'a pas commencé à se briser en petits morceaux, comme l'ont fait d'autres icebergs géants après s'être séparés de l'Antarctique.
Quelle est la taille de cette chose ? Initialement, il était d'environ 1 500 miles carrés. Il a perdu une partie, mais on pense qu’il fait encore plus de 1 300 miles carrés. En revanche, la ville de New York fait 300 miles carrés.
Les icebergs de cette taille sont rares, mais il y en eut deux autres de taille similaire dans la même région au cours des cinq dernières années environ.
« On dirait de la terre, c'est la seule façon de la décrire », a déclaré l'été dernier Alexander Brearley, océanographe physique au British Antarctic Survey.
L'iceberg qui a coulé le Titanic faisait peut-être un quart de mile de long, une chose ridiculement petite en comparaison.
Quelle est la prochaine étape ?
A23a commencera à se désagréger et à fondre, mais cela prendra probablement un certain temps, peut-être des années.
« Maintenant qu'il est ancré, il est encore plus susceptible de se disloquer en raison de l'augmentation des contraintes, mais c'est pratiquement impossible à prévoir », a déclaré le Dr Meijers. De grands icebergs ont déjà fait un long chemin vers le nord – l'un d'eux s'est approché à moins de 1 000 kilomètres de Perth, en Australie, une fois – mais ils se brisent inévitablement et fondent rapidement par la suite.
Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?
Il est peu probable que les phoques et les manchots de Géorgie du Sud soient touchés par l'iceberg. Pourtant, potentiellement, cela pourrait interrompre leur chemin vers les sites d'alimentation et forcer les adultes à dépenser plus d'énergie pour le contourner. Cela pourrait réduire la quantité de nourriture revenant aux chiots et aux poussins sur l'île, et ainsi augmenter leur mortalité.
L'iceberg contient également des nutriments qui sont libérés dans la mer lors de sa fonte : Si la glace stimule la productivité de l'océan, cela pourrait en fait stimuler les populations de prédateurs locaux comme les phoques et les pingouins.
On dirait que l'océan l'a creusé, et il y a des fissures visibles à la surface de la glace lorsque la glace réagit aux contraintes changeantes », a déclaré Indrani Das, glaciologue à l'Observatoire de la Terre Lamont-Doherty de l'Université Columbia.
Au fil du temps, le glacier s'enfoncera plus profondément dans l’eau, ce qui le fera commencer à se fragmenter davantage. À un moment donné, il peut même devenir lourd et se renverser. Compte tenu de sa taille, cela peut prendre des années.
Il y a peu de crainte d'un « Titanic II » car les bateaux de la région seront bien conscients de l'emplacement de l'iceberg. Une fois que l'A23a se disloquera, cependant, les plus petits icebergs seront plus difficiles à suivre, ce qui augmentera le danger.
Les plates-formes de glace ont perdu des milliards de tonnes de glace au cours des 25 dernières années, ce que les scientifiques attribuent au changement climatique. La perte de toute cette glace peut contribuer à une élévation du niveau de la mer.
« Le climat change et cela a un impact sur la façon dont les plates-formes de glace fondent », a déclaré le Dr Das en 2023, alors que l'iceberg se déplaçait encore. « Les plates-formes de glace perdent de la masse parce que l'océan se réchauffe. Le vêlage est un processus naturel, mais ce vêlage naturel pourrait être amélioré par le climat.
Pourtant, il en a toujours été ainsi. Les icebergs gigantesques « font partie tout à fait normale du cycle de vie des calottes glaciaires de l'Antarctique et du Groenland », a déclaré le Dr Meijers.
(*) Victor Mather, journaliste et rédacteur en chef au Times depuis 25 ans. Le texte a été traduit en français par Victor Ginsburgh.
jeudi 20 mars 2025
Finance, je te hais (1)
Pierre Pestieau
Depuis toujours, la gauche au pouvoir entretient des relations ambivalentes avec le monde de l'argent et de la finance. Officiellement hostile, elle se montre pourtant souvent accommodante dans ses pratiques. Les déclarations des deux derniers présidents de gauche illustrent bien cette dualité.
Lors du Congrès d’Épinay (11-13 juin 1971), François Mitterrand dénonçait violemment l’influence de l’argent : « L’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes. » Plus de quarante ans plus tard, François Hollande reprenait cette rhétorique en affirmant : « Mon ennemi, c’est la finance. »
La finance suscite à la fois admiration et crainte. Son rôle est fondamental : sans elle, il n’y aurait ni épargne, ni investissement. Ce qui est rejeté, ce sont ses excès. Plusieurs facteurs expliquent cette défiance : son opacité, son rôle dans l’accroissement des inégalités, son instabilité chronique et son éthique souvent contestée.
Le monde financier est perçu comme complexe et impénétrable. Nombreux sont ceux qui estiment que son jargon technique masque des pratiques opaques, rendant le système incompréhensible pour le citoyen moyen. Même les économistes peinent parfois à expliquer comment la Bourse peut prospérer alors que l’économie réelle est en récession.
Les grandes institutions financières et leurs dirigeants engrangent des profits colossaux tandis que la majorité de la population lutte pour maintenir son niveau de vie. Cette asymétrie alimente un profond sentiment d’injustice, exacerbé par des situations où des banques sont renflouées avec des fonds publics tandis que les citoyens doivent subir des politiques d’austérité. Il est difficilement acceptable de voir de jeunes diplômés décrocher des contrats à Wall Street leur garantissant une revenu à 7 chiffres et une retraite dorée dès 50 ans, tandis que d’autres peinent à trouver un emploi stable.
La finance est également responsable de crises majeures, dont celle de 2008, qui a causé faillites, chômage et pertes massives d’épargne. Beaucoup accusent les financiers d’avoir pris des risques excessifs sans jamais en assumer les conséquences, laissant les citoyens ordinaires payer la facture. Dans la mesure où elle soutient sans réserves la croissance, la finance est aussi associée au dérèglement climatique
Les grandes entreprises et les banques usent souvent de montages financiers complexes pour minimiser leur charge fiscale, suscitant l’indignation des contribuables ordinaires, contraints de s’acquitter de leurs impôts sans échappatoire. Scandales après scandales, la confiance envers le secteur financier s’érode, renforçant la perception d’un monde régi par la cupidité.
En conclusion, la finance est perçue comme un acteur avide, opaque et excessivement puissant, servant avant tout une élite au détriment du reste de la société. Des tentatives existent pour encadrer et moraliser ce secteur, notamment avec les fonds d’investissement éthiques et des régulations plus strictes. Cependant, leur efficacité reste encore limitée. Le défi majeur est donc de concilier un système financier performant avec des règles garantissant une répartition plus équitable des richesses et une responsabilité accrue des acteurs économiques. Faut pas rêver.
(1). En référence a Gide et son « Familles, je vous hais »
jeudi 13 mars 2025
Nous sommes aussi morts que ceux qui sont sous les tombes... Ou quand un cimetière devient la maison des vivants
Sahar Al-Ijla, Ecrivain à Gaza, 1er février 2025 (*)
Lorsque des centaines de milliers de Palestiniens de Gaza se sont entassés dans des abris surpeuplés pendant la guerre, une famille a trouvé refuge parmi les pierres tombales. Pendant la guerre, les Gazaouis se sont réfugiés dans les endroits les plus improbables : dans les rues, sur les falaises, sur la plage, dans les mosquées, les gymnases, les hôpitaux et les écoles – mais la famille Allouh n'aurait jamais imaginé qu'elle vivrait parmi les morts.
Et pourtant, depuis un an, 14 membres d'une famille vivent dans des tentes au cimetière d'Ansar, dans l'ouest de Deir al-Balah, entouré de centaines de tombes, d'un espace petit, malodorant et effrayant. Les forces israéliennes ont bombardé leur maison le même mois. Pendant toute la durée de la guerre, cette zone plus proche d'Israël est restée interdite aux Palestiniens.
Victimes de multiples déplacements alors que la guerre faisait rage, Ahmad, 32 ans, sa femme Nada, 33 ans, leurs enfants et leur famille élargie se sont retrouvés dans l'incertitude. Sans endroit où se trouver ou sans connaissances pour demander de l'aide, la famille s'est dispersée – les femmes et les enfants ont réussi à trouver un peu de place dans les écoles surpeuplées qui s'étaient transformées en refuges pour les déplacés, tandis que les hommes ont été laissés à errer dans les rues de l'ouest de Deir al-Balah.
« Je marchais et je cherchais un endroit vide pour dormir », a déclaré Ahmad, qui, comme tous les membres de la famille qui ont parlé à Mondoweiss pour cet article: « Je suis allé au cimetière pour me reposer, et je ne sais pas comment je me suis retrouvé le lendemain matin à dormir là sur le marbre froid d'une tombe ! ».
Après avoir passé une nuit à dormir seul dans le cimetière d'Ansar, Ahmad s'est senti encouragé à y passer plus de temps. Enfin, il avait trouvé un endroit où se réfugier. Le cimetière d'Ansar est l'un des principaux cimetières de Deir al-Balah, abritant quelque 50 000 tombes sur 3,5 hectares. Le cimetière a été utilisé jusqu'il y a peu, lorsqu'il a manqué d’espace pour enterrer les morts suite à l'effusion de sang implacable de la guerre, forçant les Palestiniens à enterrer les martyrs les uns sur les autres.
Ahmad souhaitait être réuni avec sa famille, mais il n'a pas été facile de les convaincre de déménager au cimetière d'Ansar. Ils ont tous refusé par peur, mais Ahmad n'a pas abandonné. Il a commencé à amener ses enfants au cimetière pendant la journée, les laissant jouer et s'habituer à cet environnement inhabituel.
« Cette vie ne mérite pas d'être appelée vie pour nous, c'est injuste. Nous sommes aussi morts que ceux qui sont sous les tombes, mais ce ne sont que des os ; il n'y a rien à craindre ». C'est ce dont Nada se souvient que son mari lui a dit de la persuader de l'accompagner.
Finalement, la famille a décidé que tout était préférable à rester déchiré. Ils se sont entretenus avec plusieurs cheikhs, ou chefs religieux, qui ont confirmé que, malgré l'interdiction générale dans l'Islam de vivre dans un cimetière, mais c’était autorisé en raison des circonstances exceptionnelles et des difficultés de la famille.
Lorsque la famille a emménagé, ils ont installé leurs tentes dans les espaces étroits entre les pierres tombales. Cependant, le cimetière surpeuplé les empêchait d'éviter complètement les tombes.
« Je dors sur la tombe d'un bébé ; c'est sous mon oreiller parce qu'il n'y a pas d'autre place pour moi dans la tente ! ». Ses tentes et celles de son frère sont chacune installées au-dessus de deux tombes, tandis que les autres tentes des Allouh ne couvrent qu'une seule tombe chacune.
Les premières semaines ont été difficiles. Les femmes et les enfants ne pouvaient pas dormir la nuit, criaient et avaient des crises de panique chaque fois qu'ils entendaient le bruit des chiens errants qui erraient dans le cimetière.
Ahmad a dû creuser un trou pour que la famille puisse installer une fosse septique – une expérience inoubliable et troublante. Une odeur de moisi imprègne les tentes en plastique, les obligeant à passer la plupart de leur temps à l'extérieur, exposés au regard des visiteurs comme s'ils étaient dans un zoo. Le manque d'intimité est encore aggravé par le fait que les gens viennent visiter les tombes de leurs proches enterrées là où les tentes de la famille Allouh sont installées.
La famille effectue toutes ses tâches quotidiennes – cuisiner sur le feu, faire la vaisselle et faire la lessive à la main – dans les ruelles étroites entre les tombes. « Imaginez-vous en train de faire la vaisselle lorsque des hommes apportent soudain un cadavre et commencent à creuser pour l'enterrer juste à côté de vous pendant que vous travaillez et regardez calmement », dit Aya, décrivant une situation dont elle a été témoin elle-même.
La décision de la famille de s'installer au cimetière a suscité la controverse parmi de nombreux Palestiniens déplacés.
« Un mot peut soit vous réchauffer le cœur, soit verser vos larmes », a déclaré Amna, la mère d'Ahmad. La famille fait face à deux types de visiteurs au cimetière. Les compatissants les soutiennent avec des mots chaleureux, des regards et des prières, leur souhaitant une vie meilleure et expriment leur compréhension de vivre dans un tel endroit.
Cependant, la plupart des gens sont choqués par leur situation de vie et réagissent de manière agressive, a déclaré la famille. Certains membres de la famille de ceux qui sont enterrés dans les tombes près ou à proximité des tentes ont ordonné aux Allouhs de garder les tombes et leurs environs propres en tout temps, même s'ils n'y ont pas causé de désordre, et leur ont interdit de s'.approcher d'eux, même pas de s'asseoir. Ils crient aussi parfois et menacent de jeter la famille hors du cimetière s'ils n'obéissent pas à leurs ordres.
Chaque fois que la famille Allouh pense à sa vie et à ses ancêtres, cela lui fait mal aussi. « Nous nous sentons morts, tout comme nos ancêtres, parce que nos vies n'ont pas le nécessaire pour vivre décemment », a déclaré Ahmad. « La seule différence, c'est que nos ancêtres sont sous terre, et nous sommes au-dessus ».
La famille Allouh attendait avec impatience l'annonce du cessez-le-feu le 19 janvier, dans l'espoir de pouvoir bientôt retourner dans leur maison bombardée. Le seul soulagement qu'ils ont trouvé pendant le cessez-le-feu est simplement le répit des frappes aériennes et le bruit des bombes. Les ancêtres qui reposent dans leurs tombes, quant à eux, n'ont rien à craindre.
(*) Mondoweiss traduit en français par Victor Ginsburgh.

























