Victor Ginsburgh
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Une malheureuse retraitée (statue à la BNB) |
Juste avant la
formation de nos nombreux nouveaux gouvernements (mais ça ne commence pas très
bien) censés diriger la Belgique de concert ou, comme disait avec raison
l’ancêtre du Capitaine Haddock, de conserve, et quelques jours avant la sortie
du Rapport du Groupe d’Experts, ledit gouverneur lance un cri d’alarme
« La Belgique doit raboter les pensions » (1).
Le vendredi 13
juin (mais personne n’est superstitieux), on apprend que malgré le rabotage des
salaires des grands patrons d’entreprises publiques belges, limités depuis peu à
€ 290.000 par an, ledit gouverneur ne sera pas touché par la mesure. Il part à
la retraite dans un an, mais gardera jusque là son argent de poche de € 540.000
par an.
Il aurait été
séant qu’il pousse un autre cri d’alarme disant « Non, je ne veux pas, il
faut aussi raboter mon salaire », d’autant plus qu’il faut trouver €14
milliards d’économies dans les prochaines années « pour renouer avec le
trajectoire esquissée par l’Europe ». Mais il a dû se dire que sa première
gueulante suffisait.
La Banque
Nationale de Belgique (BNB comme l’appellent les familiers) a pondu un rapport
qui classe les dépenses en 17 catégories, en commençant par celles dont la
réduction pénaliserait le moins la croissance. Et ce sont précisément les
pensions publiques.
C’est amusant
quand on sait que la pension par mois peut descendre jusqu’à €800 et que la
moyenne se situe probablement dans les €1.200 après impôts. Ne comparez
toutefois pas ces chiffres avec ceux du salaire du gouverneur : ses
€540.000 sont bruts et annuels, et cela devient misérable quand on passe à
l’après impôts et au mensuel : €22.500 seulement, mais il y a peut-être un
treizième mois, une voiture et quelques frais divers qui peuvent y être ajoutés,
ainsi que des primes quand on se comporte bien, comme lui le fait. Et j’ose
imaginer que sa pension sera plus élevée que la moyenne belge.
Ce qui est
amusant aussi c’est que ledit gouverneur (ou ledit rapport de la BNB) explique
que « l’effet largement positif d’une diminution des dépenses de
pension » permettra « une augmentation de l’offre de travail qui en
découle », parce que ceux dont la pension est rabotée vont travailler plus
longtemps, sachant qu’ils auront une pension inférieure. Je suis à peu près
d’accord avec cela, et la question de retarder l’âge de la retraite avait été
abordée dans un ouvrage sur les pensions (3) publié il y a 14 ans, mais nous
avions été maltraités non seulement par les syndicats, mais aussi par la classe
politique.
Si je comprends
bien, le coup de rabot ne touchera que ceux qui se posent la question « Vais-je
arrêter de travailler l’année prochaine ou pas », ce qui ne devrait
rapporter qu’une petite part des € 14 milliards à trouver (4) et créer, par
ailleurs, pas mal de détresse en plus.
Par contre si je
comprends mal, je vais aussi voir ma pension rabotée, ce qui ne manquera pas de
m’amuser aussi.
(1) Voir L’Echo,
10 juin 2014
(3) P. Pestieau, B. Cantillon, L. Gevers V.
Ginsburgh et E. Schokkaert (2000), Réflexions
sur l'avenir de nos retraites, Leuven: Garant.
(4) Un
calcul basé sur 120.000 nouveaux retraités par an, une pension après impôt de €14.000/an,
un coup de rabot de 10%, « rapporterait » 1,7 milliards en 4 ans. Mais
diminuerait la demande de consommation du même montant à peu de chose
près, puisque à ce niveau de pension, il est difficile d’imaginer que l’on peut
éparger!
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