Victor Ginsburgh
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Persepolis (550-330 av. J.C.) |
J’ai pris la peine de remonter au début du 19ème siècle pour voir combien
de fois l’Iran avait commencé un conflit (1) et suis forcé de constater que les
deux seuls conflits initiés par l’Iran en 200 ans concernent le problème de la
ville de Herat en 1838, suivi par la guerre Anglo-Perse de 1856-57 (et encore, parce
que je n’ai pas compris qui avait commencé), et leur conflit suite à la demande
d’indépendance des Kurdes depuis 2004, mais là ils sont loin d’être les seuls.
Aucun autre conflit n’a, sauf erreur, été initié par l’Iran durant ces 200
dernières années, et certainement pas celui, meurtrier, entre l’Iran et l’Irak
entre 1980 et 1988.
Il faut ajouter à cela la crise entre l’Iran, les Américains et les Anglais
après l’élection démocratique du
premier ministre Mossadegh en 1951, dont le gouvernement a été renversé en 1953 dans un coup d’état
orchestré par les services secrets britanniques (MI6) et américains (CIA). Nos
bons Angles et Saxons avaient pris peur parce que Mossadegh envisageait de
nationaliser l’industrie pétrolière. Ils l’ont remplacé par leur homme sur
lequel ils pouvaient compter, Shah Mohammed-Reza, avec les conséquences que
l’on sait (2).
J’avais rapporté dans un blog daté de mars 2012 (3) que ce qu’on disait
d’Ahmadinedjad, l’ancien président tant décrié était faux (4, 5):
« Les media créditent
Ahmadinejad de propos qu’il n’a pas tenus. Il n’a jamais dit qu’il fallait
‘effacer Israël de la carte’. Ce mythe est dû à une erreur de traduction. Ahmadinedjad
aurait utilisé les mots prononcés par Khomeini en 1980 : ‘le régime
d’occupation en place à Jérusalem sera effacé de la page du temps.’ ».
Dans ce même blog, j’écrivais,
à l’intention de M. Netanyahou, le « bombardeur » de service :
Comment vont les Juifs iraniens ? Assez bien
merci, comme le montre un article du New
York Times, écrit par un journaliste dont non seulement le nom est Cohen
mais qui a aussi visité l’Iran en 2010 (6). Il y a plus d’une douzaine de
synagogues à Téhéran. A Ispahan, les Juifs prient dans une synagogue qui fait
face à une mosquée dont le nom est Al-Aqsa. Un marchand juif auquel le
journaliste demande ce qu’il pense des « Mort à Israël » quotidiens,
répond : « Je vis ici depuis 43 ans et n’ai jamais eu le moindre
problème, » et la communauté de quelque 1.200 Juifs d’Ispahan se réclame
d’ancêtres qui sont arrivés dans la ville il y a 3.000 ans. 25.000 Juifs
continuent à vivre en Iran (mais il est aussi vrai que 75.000 sont partis après
l’arrivée de Khomeini en 1979).
Bon, ils veulent la bombe dit-on, c’est pas bien ! Mais ils sont quand
même prêts à discuter, ce que beaucoup d’autres qui l’ont bel et bien n’ont
jamais voulu faire et ne disent pas s’ils l’ont. Et puis, quel est le groupe d’îlots
qui n’a pas sa bombe, si ce n’est les Barbades, les îles Caïman, ou les
Bermudes ?
Bon, ils livrent des armes au Hezbollah, c’est pas bien non plus. Mais
montrez-moi un pays qui produit des armes et n’en vend pas.
Je viens de terminer un ouvrage (qui date un peu, 1995, mais je ne pense
pas que les choses aient grandement changé) sur les conditions de la femme dans
le monde de l’Islam (7). Cet ouvrage est écrit par une journaliste
australienne, qui a parcouru presque tous les pays où domine la religion
islamique. La situation n’est bonne nulle part, surtout pas en Arabie Saoudite,
qui est pourtant notre « meilleur allié » (8), mais pas même dans les
pays dont on pourrait croire qu’ils sont modérés, comme la Jordanie. Voici ce
qu’elle conclut :

Arrêtons, comme le dit le Président actuel de l’Iran, de fantasmer et de
jouer à l’iranophobe de service. Pensons
aussi à Ispahan et à Shiraz, au poète du 14ème siècle Hafez, à Maryam
Mirzakhani, la première femme qui a obtenu, en 2014, la médaille Fields en
mathématique, à Persepolis, et au magnifique cinéma iranien contemporain.
et je ne donne ici qu’un très
bref résumé : Guerre Russo-Perse (1804-1813) : due à l’annexion de la
Georgie ; Guerre entre l’Empire
Ottoman et la Perse (1821-1823) : attaque perse à l’instigation des
Russes ; Guerre Russo-Perse (1826-1828) : attaque perse à
l’instigation des Anglais ; Siège de la ville de Herat (1838) :
attaque de la ville de Herat avec l’aide des Russes ; Guerre Anglo-Perse
(1856-1857) : je n’ai pas compris, mais la guerre n’a duré que 5 mois et a
été perdue par les Perses ; Invasion par les Russe et les Anglais de
l’Iran (1941-1945) : pas besoin de détails ; Crise entre l’Iran et
l’Azerbaidjan (1945-1946) : provoquée par les Russes qui ne veulent pas se
retirer d’Iran ; Rébellion au Dhofar (1973-1976) : alliance de l’Iran
et des Anglais pour vaincre une rébellion dans le territoire d’Oman ; Guerre
Iran-Iraq (1980-1988) : l’Iraq envahit l’Iran ; Conflit Iran-Kurdes (2004-en
cours) : conflit avec les Kurdes d’Iran qui veulent leur
auto-détermination.
(2) Voir au sujet de ce coup
d’état l’excellent ouvrage de Stephen Kinzer (2003), All the Shah's
Men, Wiley, 2003.
(3) Bombe iranienne et bruits de bottes israéliennes.
(4) Mike Whitney, Why Iran’s Jews are better off than Gaza’s
Palestinians, Counterpunch, August
18, 2010.
(5) Voir aussi Glenn Kessler, Did
Ahmadinejad really say Israel should be ‘wiped off the map’?, The Washington Post, October 5, 2011.
Pour ceux qui connaissent le farsi, voici les mots (en caractères latins): “Een rezhim-i eshghalgar-i Quds bayad az sahneh-i ruzgar mahv shaved.”
(6) Roger Cohen, What Iran Jews say, The New York Times, 23 February 2009. http://www.nytimes.com/2009/02/23/opinion/23cohen.html
(7) Geraldine Brooks, Nine
Parts of Desire. The Hidden World of Islamic Women, Anchor Books, 1995.
(8) On n’oubliera pas comment
un bon nombre de sunnites d’Arabie Saoudite, dont certains faisaient partie de
la famille de Bin Laden ont pu quitter par avion spécial les Etats-Unis à
l’époque où aucun avion ne pouvait décoller du, ni atterrir sur, le sol
américain), alors que le FBI aurait bien voulu en interroger certains.
merci pour ce commentaire faisant la part des choses.
RépondreSupprimerTrès nuancé comme toujours. Ceci dit, les intérêts de l'Iran ne sont pas meilleurs que ceux d'autres grandes puissances: le pouvoir et l'influence.
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