Pierre Pestieau
Cet été, j’ai lu un polar grec (1) qui présentait un tueur lequel s’était
mis à cibler les fraudeurs fiscaux. L’effet le plus visible de ces quelque
premiers meurtres fut de faire rentrer dans les caisses de l’Etat plus de
recettes que le gouvernement grec n’avait réussi à faire en 3 ans en dépit des
menaces de la Troïka (2). Le second effet fut de transformer un assassin en héros
populaire, version contemporaine de Zorro ou de Robin des Bois. Je ne vous dévoilerai
pas la fin qui, rassurez-vous, est hautement morale
Cette lecture m’a amené à m’interroger sur le rôle des justiciers dans
notre Histoire, entendant par là des personnes ou des groupes de personnes qui
agissent en redresseur de torts sans en avoir reçu le pouvoir. Les exemples qui
me viennent à l’esprit sont négatifs : les Escadrons de la mort sud-américains
qui s’en prennent aux syndicalistes, communistes et journalistes, les
fanatiques anti-avortement qui n’hésitent pas à assassiner des médecins ou des infirmières
qui travaillent dans des centres de planning familial. On pense aussi aux
milices de la seconde guerre ou plus récemment aux djihadistes. Dans tous ces
cas, le rejet est immédiat. Tant pour le fond que pour la forme ; on parle
d’ailleurs de terroristes et de fanatiques.
Et pourtant à l’occasion d’autres lectures, je me suis retrouvé plongé dans
les années où les brigades rouges, la bande à Baader, action directe faisaient
la une des journaux. Et je dois bien avouer que j’avais
subitement de l’indulgence, sans doute trop d’indulgence pour les actes perpétrés
par ces groupuscules d’extrême gauche. Cette indulgence, on l’a retrouvée
collective lorsque, tout récemment, l’affaire Battisti (3) est ressortie. Cette
attitude se nourrissait sans doute de l’idée qu’une certaine forme de terrorisme
était nécessaire ou à tout le moins inévitable dans des conditions historiques
particulières : la lutte contre l’occupant menée par la résistance, le
combat pour l’indépendance du FLN. Il y aurait une bonne et une mauvaise forme
de terrorisme et cette distinction varie surement d’une personne à l’autre. Il
me semble impossible de sortir d’un certain relativisme en la matière. Ma
définition du terrorisme acceptable n’est sans doute pas la vôtre ; elle
est probablement influencée par ma perception de l’histoire et ma conception de
ce qui est juste.
(1) Petros Markaris, Le
justicier d’Athènes, Editions du Seuil, 2013.
(2) La Troïka dans le cas présent se compose du Fonds monétaire
international, de la Banque centrale européenne et de la Commission
européenne ; elle contrôle l’économie grecque.
(3) Dans le début des années 80, des membres des brigades
rouges et d’autres activistes de différents pays trouvent refuge dans
l’Hexagone pour bénéficier de la « doctrine Mitterrand » : la
France accueille les terroristes qui renoncent à la violence. Et ce en dépit de
demandes d’extradition venant de pays amis. Cesare Battisti faisait partie du
lot.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire