Pierre Pestieau

Branco Milanovic, ancien économiste de la Banque mondiale et expert de
l'inégalité mondiale des revenus, est le premier à avoir introduit la fameuse
courbe de l'éléphant pour représenter graphiquement l’évolution de la distribution
des revenus des ménages au niveau mondial. Tout récemment, Thomas Piketty et
ses collaborateurs (2) ont actualisé les travaux de Milanovic afin de nous
expliquer la dynamique des revenus mondiaux.

Le travail de ces chercheurs est impressionnant et utile. Il demeure que je
ne me sens pas à l’aise dans cette approche propre à la Banque Mondiale et aux
Nations Unies qui consiste à traiter l’ensemble des pays de la terre sur le même
pied alors qu’ils sont dans des phases de développement différentes et ont des
cultures et des pratiques économiques dissemblables. Sur cette courbe de
l’éléphant, les pauvres des pays riches coexistent avec les classes moyennes
des pays émergents, les milliardaires russes, chinois, saoudiens, brésiliens et
sud-africains sont associés aux champions des classements du Forbes Magazine. Même si les Etats n’ont
plus la totale maîtrise de leur politique sociale et économique, ils demeurent
les seuls qui peuvent garantir une meilleure redistribution des ressources
nationales. Il me paraît donc essentiel de se focaliser sur la répartition nationale des richesses et des revenus,
plutôt que sur la répartition mondiale.
(1) Pour être précis,
chez St-Ex, ce serait plutôt la tête du boa qui se relèverait (voir le dessin).
(2) Facundo
Alvaredo, Lucas Chancel, Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, The
Elephant Curve of Global Inequality and Growth, AEA Papers and Proceedings 2018, 108: 103–108. Voir aussi des mêmes
auteurs : World Inequality Report 2018 < http://wir2018.wid.world>
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