Victor Ginsburgh
Erri De Luca dit (1):
« Le judaïsme a été pour moi une piste caravanière
de consonnes accompagnées au-dessus et au-dessous de la ligne par un
volettement de voyelles. Entre une ligne et l’autre, dans l’espace blanc, c’est
le vent qui gouverne. C’est la voix réunie de tous ceux qui ont ajouté en marge
un commentaire. L’écriture hébraïque finit avec un vaiàal, et il monta. En
revanche, moi je descends ici. Je partage le voyage du judaïsme, pas l’arrivée.
Pas en terre promise. Je ne m’approche pas de l’autel et des prières. »
Je ferai comme lui, je ne monterai pas (2), mais il n’est
pas impossible que je demande à ma fille violoncelliste de jouer, le jour où il
le faudra, le Kaddish (3) et à mon
fils de le dire, comme je le dois à la tradition.
Pas que je veuille faire le même pari (stupide, comme
écrivait Prévert) que Pascal. Je ne suis pas croyant et ne le deviens pas.
Cependant, le judaïsme hérité de ma mère m’accompagne depuis longtemps. Et puis
les premiers mots du Kaddish : ytgddl vytkddsh contiennent beaucoup de
consonnes, dont le y (yod hébreu) qui peut être consonne ou
voyelle, tout en étant toujours écrit sur
la ligne.
Voici pourquoi je ne « monterai » pas (4).




















