jeudi 30 mai 2024

Reconstruire Gaza : Le coût de la guerre

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau

Hélas, ce n’est pas fini, mais voici deux articles du New York Times qui décrivent les ruines de Gaza.

375.000 habitations à restaurer dont 80.000 à reconstruire (*)

« La reconstruction de toutes les maisons détruites par l'offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza pourrait prendre jusqu'au siècle prochain si le rythme de reconstruction devait correspondre à ce qu'il était après les guerres de 2014 et 2021, selon un rapport des Nations unies publié jeudi.

« Citant des données du Bureau central palestinien des statistiques, le rapport de l'ONU indique qu'au 15 avril, quelque 370 000 maisons sont endommagées, et 79 000 de ces dernières sont détruites. Il faudrait 80 ans si ces habitations étaient reconstruites au même rythme que celui des deux guerres précédentes (projections du rapport du Programme des Nations Unies pour le développement et de la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l'Asie occidentale).

« Cette projection ne tient pas compte du temps qu'il faudrait pour réparer les centaines de milliers de maisons qui ont été endommagées mais pas détruites. »

37 millions de tonnes de débris à déblayer (**)

« La guerre d'Israël à Gaza a créé 37 millions de tonnes de débris (dont 800.000 tonnes d’asbeste et 7.500 tonnes de bombes non explosées, sans compter 10.000 corps), qui pourraient prendre plus d'une décennie à enlever, a déclaré un haut responsable du déminage de l'ONU.

« Près de sept mois après le début de la guerre, il y a en moyenne 300 kg de décombres par mètre carré de terrain a déclaré Pehr Lodhammar, l'ancien chef du Service national de lutte contre les mines pour l'Irak.

« Sur la base de la quantité actuelle de débris à Gaza, avec 100 camions, nous parlons de 14 ans de travail... pour enlever les débris (Lodhammar).

« Déblayer et reconstruire sera un travail lent et dangereux en raison de la menace des obus, des missiles ou d'autres armes enterrées dans des bâtiments effondrés ou endommagés. En moyenne, environ 10 pourcent des armes n'ont pas explosé lorsqu'elles ont été tirées et ont dû être retirées par des équipes de déminage (Lodhammar). »

Ces deux articles ne traitent que d’une partie des coûts de cette guerre. Il faudrait y ajouter la perte de revenus de l’ensemble des Gazaouis depuis plus de dix-huit mois et surtout les morts et les blessés. Malheureusement, les économistes ne sont pas bien équipés pour évaluer ces pertes humaines. Dans un blog d’il y a quelques années, l’un d’entre nous (***) avait discuté de l’évaluation des coûts de la guerre en Syrie pour la période 2010-2016 en y incorporant les pertes de vie et les souffrances encourues. Mais ici on entre dans le domaine du non-mesurable, de ce qui n’a pas de prix.

Pas de prix sans doute mais dans notre monde marchand tout a un prix. Les morts du 11 septembre 2001 entre les Tours Jumelles de New York se sont vus attribuer un prix, celui de l’indemnité accordée par l’état et les compagnies d’assurance, prix qui dépend du revenu qu’ils touchaient. Là est le problème. Dans un pays pauvre comme l’est la Syrie, les revenus sont faibles et du fait que l’évaluation de la valeur de la vie est liée au revenu, le coût de la guerre en termes de perte des vies humaines était faible (****). Le même raisonnement appliqué à la Palestine aboutirait sûrement à la même conclusion. Cela explique sans doute l’indifférence quasi générale des pays riches à l’égard de la souffrance des Syriens hier et des Palestiniens aujourd’hui.


(*) Anushka Patil, A U.N. report says rebuilding all the homes destroyed in Gaza could take 80 years, The New Times, May 8, 2024.
(**) Emma Graham-Harrison, Gaza’s 37m tonnes of bomb-filled debris could take 14 years to clear, says expert, The Guardian, April 26, 2024.
(***) Pierre Pestieau, Blog du 20 septemre 2017, Le coût de la guerre en Syrie.
(****) Pour l’économiste, le concept de valeur de la vie humaine fait référence au prix que les individus sont prêts à payer pour obtenir une réduction de leur probabilité de décès. Si ces individus ont un revenu dérisoire, le prix qu’ils sont disposés à payer pour vivre un an de plus l’est tout autant.

jeudi 23 mai 2024

Les supervieux

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Pierre Pestieau

Lorsqu'il est question de vieillissement, nous avons tendance à supposer que les facultés cognitives se détériorent avec l'âge. Nos pensées peuvent ralentir ou devenir confuses, ou nous pouvons commencer à oublier des choses, comme le nom de notre professeur d'anglais au lycée ou ce que nous voulions acheter à l'épicerie.

Mais ce n'est pas le cas pour tout le monde. Depuis un peu plus d'une décennie, les scientifiques étudient un sous-groupe de personnes qu'ils appellent les « supervieux » (1). Ces personnes sont âgées de 80 ans et plus, mais elles ont la capacité de mémoire d'une personne de 20 à 30 ans plus jeune.

Un article récent du New York Times (2) contribue à mettre en lumière ce que le cerveau des supervieux a de si particulier. La principale conclusion est que leur cerveau s'atrophie moins que celui de leurs pairs.

La recherche de référence a été menée sur 119 octogénaires espagnols : 64 supervieux et 55 adultes âgés ayant des capacités de mémoire normales pour leur âge. Les participants ont passé de nombreux tests évaluant leur mémoire, leurs capacités motrices et verbales, ont subi des scanners cérébraux et des prises de sang, et ont répondu à des questions sur leur mode de vie et leurs comportements.

Les scientifiques ont constaté que les supervieux avaient plus de volume dans les zones du cerveau importantes pour la mémoire, notamment l'hippocampe et le cortex entorhinal. Ils avaient également mieux préservé la connectivité entre les régions situées à l'avant du cerveau et impliquées dans la cognition.

Les experts ne savent pas comment une personne devient un super-âgé, bien qu'il y ait eu quelques différences de santé et de mode de vie entre les deux groupes de l'étude espagnole. Les supervieux n'ont pas déclaré faire plus d'exercice à leur âge actuel que les adultes plus âgés typiques, mais ils étaient plus actifs à l'âge moyen. Ils ont également fait état d'une meilleure santé mentale.

Mais dans l'ensemble, il existe de nombreuses similitudes entre les supervieux et les personnes âgées ordinaires. Par exemple, il n'y avait pas de différences entre les groupes en ce qui concerne leur régime alimentaire, la durée de leur sommeil, leur parcours professionnel ou leur consommation d'alcool et de tabac. Certains des supervieux faisaient régulièrement de l'exercice, mais d'autres n'en avaient jamais fait ; certains s'en tenaient à un régime crétois, d'autres subsistaient grâce à des dîners télévisés ; et quelques-uns fumaient encore des cigarettes. Cependant, une constante au sein du groupe est qu'ils ont tendance à avoir des relations sociales fortes.

Ces supervieux ont probablement une sorte de prédisposition à la chance ou un mécanisme de résistance dans le cerveau au niveau moléculaire que les scientifiques ne comprennent pas encore, qui est peut-être lié à leurs gènes. On observe cela pour les supercentenaires dont la longévité n’est pas liée à un mode de vie exemplaire mais à une dotation génétique particulière.

Il est intéressant de lire la conclusion de l’article du New York Times : même s'il n'existe pas de recette pour devenir un supervieux, son auteur conseille une alimentation saine, une activité physique, un sommeil suffisant et le maintien de relations sociale. L’article est d’ailleurs accompagné d’une publicité en faveurs de nootropes (3), les nouveaux élixirs de jouvence.



(1). Traduction bancale de « superagers ».
(3). Les nootropes ou « smart drugs » sont des substances qui seraient utiles pour booster vos capacités cérébrales (mémoire, apprentissage, analyse, concentration, vitesse d'exécution. 

jeudi 16 mai 2024

Mille milliards de cigales arrivent…

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Victor Ginsburgh

Vous vous souviendrez sûrement de ces quatre vers très courts de Jean de la Fontaine à propos de la cigale :

“ La cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue...”

et de la fourmi travailleuse qui avait refusé de nourrir la cigale à la fin de l’été, parce qu’elle ne s’était pas mise au travail plus tôt :

“ Vous chantiez ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! dansez maintenant.”

Il y a aussi le mythe provençal que la cigale a été envoyée par Dieu pour empêcher les siestes trop longues des paysans provençaux…

Cigale

Dans le sud de la France, les cigales mâles cymbaliseront -- patois des cigales (*) -- moins en 2024. On pense qu’il s’agit du réchauffement climatique et des récentes vagues de chaleur. Comment elles le savent d’avance est un mystère. La cigale existe aussi en Belgique, mais les français, qui rabaissent toujours les belges, ont préféré l’appeler petite cigale ou cigalette.

Ce qui s’annonce aux Etats-Unis du Sud sera par contre en augmentation incroyable cette année-ci : il y aura 1.000.000.000.000, mille milliards de cigales. Si elles se mettaient l’une derrière l’autre, elles feraient une ligne d’un peu plus de 25,2 millions de kilomètres, soit 631 fois le tour de notre terre à l’équateur (**).

Pourquoi autant ? Parce que c’est la première fois depuis 1803 que la couvée XIX (originaire du Grand Sud) et la couvée XIII (originaires de l’Illinois du Nord) se sont mises ensemble. Il faut en profiter, parce qu’aucun de nous ne vivra encore lorsque les couvées XIX et XIII reviendront. Ce n’est en effet que dans 221 ans que XIX et XIII reviendront cymbaliser ensemble.

Ces premières petites mais nombreuses bestioles se sont annoncées à la fin du mois d’avril 2024. Il leur faut un peu de chaleur et beaucoup de pluie pour qu’elles sortent de terre. Ce sont les mâles qui commenceront à bourdonner pour trouver leur(s) compagne(s). Après l'accouplement, les cigales femelles creusent des fentes dans les branches des arbres et y pondent leurs œufs. Les œufs éclosent et de minuscules nymphes s'enfouissent dans le sol, recommençant le processus. Les bestioles se propagent dans une douzaine d’états du centre et du sud-américain (Midwest et South East) où elles peuvent vivre pendant six semaines.

Même si on peut les trouver désagréables, elles ne piquent pas, et ne sont porteuses d’aucune maladie. Elles ne volent pas très bien, font de piètres atterrissages, voyagent peu mais sont bonnes pour l’environnement, parce qu’une fois décomposés, leur corps pourvoie de la nourriture aux arbres qui en ont bien besoin. Mais il y a aussi un certain chef-coq du nom de Bun Lai (***) qui les prépare subtilement sous forme de sushi. Elles sont, prétend-il, délicieuses. Je n’en suis pas sûr et n’en dirai pas plus…

Bun Lai prépare ses "sushis aux cigales"

(*) « Cymbaliser », alors qu’il n’y a pas de verbe pour violon par exemple. Il n’y a sans doute pas de petites bêtes qui violonisent. Cymbaliser est le mot qui a été donné au langage des cigales mâles afin d’attirer les femelles. Les femelles n’ont pas le droit de parler !
(**) Aimee Ortiz, The world hasn’t seen cicadas like this since1803, The New York Times, January 19, 2024; Aimee Ortiz, Up to a trillion cicadas are about to emerge in the U.S., The New York Times, April 4, 2024; Julie Bosman, Here come a trillion cicadas. The Midwest is abuzz, The New York Times, May 4, 2024.
(***) Priya Krishna, The cicadas are here. For the chef Bun Lai, they are on the menu, The New York Times, May 24, 2021.

jeudi 9 mai 2024

Gaza

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau

Gaza ou Azzah qui, en hébreu, signifie « puissante » ou « lieu fortifié » a été, de temps à autre, une très belle ville au cours des trois ou quatre mille années de son existence, mais elle a sans doute été plus souvent dévastée que vivante. Son nom apparaît dans onze livres de l’Ancien Testament : la ville y est souvent détruite. En voici quelques exemples :

Deutéronome : « Les Avviens, qui habitaient dans des villages jusqu'à Azzah, furent détruits par les Caphtorim, qui s'établirent à leur place » ;
Josué : « Josué les battit de Kadès-Barnéa à Azzah ; il battit tout le pays de Gosen jusqu'à Gabaon »;
Juges : « Juda s'empara encore de Azzah et de son territoire, d'Askalon et de son territoire, et d'Ekron et de son territoire »;
Rois : « Il battit les Philistins jusqu'à Azzah, et ravagea leur territoire depuis les tours des gardes jusqu'aux villes fortes »;
Sophonie : « Malheur aux habitants des bords de la mer, à la nation des Crétois ! La parole de Dieu est contre vous : Canaan terre des Philistins [dont Azzah fait partie], je vais te ruiner, te vider de tous tes habitants ! ».

Alexandre le Grand entre dans Gaza en 332 av. J.-C. Il massacre la population, vend les survivants comme esclaves et pille les stocks de myrrhe et d’encens.

Floriste de Gaza

Rien n’a beaucoup changé aujourd’hui. On entend parler d’enclave, de ghetto, de prison, de couloir, d’enfer. Peu importe les termes utilisés, on ne peut être que frappé par la lenteur que de nombreuses « belles âmes » ont mise pour se rendre compte de l’horreur de cette situation depuis plusieurs décennies. L’émoi que cause cette tragédie demeure contenu. Comment expliquer cette indifférence ? Ce n’est pas par manque d’information. Les journaux nous relatent constamment la situation infernale que connaissent les Gazaouis.

Une explication possible est que la plupart des gens coexistent depuis toujours avec leurs bandes de Gaza qui varient d’une personne à l’autre. Dans les pays qui ont pratiqué le colonialisme en toute impunité, il a fallu que l’on ferme les yeux sur bien d’exactions et d’horreurs. Et aujourd’hui, cela continue avec des cités ou vivent des enfants de l’immigration coloniale. Il est à cet égard intéressant d’observer qu’en Amérique du Nord, les propalestiniens les plus radicaux font une analogie entre la création et l’extension de l’État d’Israël et les politiques colonialistes et esclavagistes menées par la plupart des pays occidentaux. On peut penser qu’aux États-Unis, les propalestiniens se réveillent de temps à autre, quand les choses vont très mal. La société duale où les noirs continuent à vivre séparément des blancs et bénéficient de revenus nettement plus faibles persiste. Il en est de même en France où les jeunes issus de l’immigration vivent dans des cités et sont maltraités par le système économique et policier. Nous sommes à peine surpris de voir une indifférence au sort de ces minorités. On peut se demander :

« Qui a commis l’injustice [à Gaza] ? L’idéologie d’Israël, quant à ce processus de paix qui va à pas de tortue, continue de dicter aux Palestiniens les conditions de leur survie, conditions qui reflètent une vision historique fondée sur le postulat que les Palestiniens ne sont que les résidus des envahisseurs arabes de la terre d’israël, aussi doivent-ils reconnaître l’illégitimité de leur histoire et de leur présence dans leur patrie » (1).

On peut espérer qu’arrive ce qu’écrit l’historien Maurice Sartre (2) du passé de Gaza :

« Aujourd’hui associée à la tragédie palestinienne, la ville est riche de plus de trois mille ans d’histoire. Florissante, Gaza était au cœur des échanges commerciaux méditerranéens, concentrait les religions, accueillait les artistes et les intellectuels ».

(1) Mahmoud Darwish, L’exil recommencé, https://www.actes-sud.fr/lexil-recommence, Voir aussi Alain Gresh (1998), Rêves et colère des Palestiniens, Le Monde Diplomatique, Décembre 1998, 14-15. https://www.actes-sud.fr/lexil-recommence.
(2) Maurice Sartre (2024), Antique Gaza, L’Histoire, 517, Mars 2024. Merci à Bernadette Bal de nous avoir ouvert une partie de l’histoire de Gaza, et de sa beauté.

jeudi 2 mai 2024

Se tirer une balle dans le pied

4 commentaires:

Pierre Pestieau


Le retour attendu de Trump à la tête des États Unis et l’élection de Javier Milei à la présidence de l’Argentine avec 55,7% des voix posent de la manière la plus nette une question : Pourquoi les pauvres votent-ils pour des candidats qui ont annoncé des politiques directement contre leurs intérêts immédiats. En d’autres termes, pourquoi se tirent-il une balle dans le pied ? Expression d’autant plus pertinente que dans les deux cas leur favori est un adepte des armes à feu.


Pourquoi les Argentins qui vivent pour l’essentiel d’aides sociales, votent-il pour un candidat qui annonce qu’il va les supprimer ? Pourquoi les Américains les plus pauvres s’apprêtent a voter pour Trump qui lors de son précèdent mandat a procédé à des baisses d’impôts pour les plus riches et tâché de supprimer l’Obamacare qui permettait pourtant l’accès aux soins de près de 50 millions de personnes jusqu’alors privées de couverture sociale.

Une explication serait qu’en Argentine comme aux États Unis, les électeurs de ces deux tribuns sont à ce point désespérés devant l’incapacité des partis traditionnels à les sortir de la situation de crise, objective ou ressentie peu importe, dans laquelle ils se trouvent. Pour paraphraser le livre d’Angus Deaton sur les « Morts de Désespoir », ils votent de désespoir. Ce désespoir les rend sourds et aveugles à l’égard des arguments qui s’appuient sur la raison mais qui sont souvent présentés avec arrogance. On avait déjà vu ce phénomène de surdité lors du vote en faveur du Brexit lorsque les meilleurs économistes et politicologues démontraient que le Brexit serait une catastrophe, particulièrement pour la population la plus démunie du Royaume Uni. Et c’est cette population qui a voté pour le Brexit.

Pourquoi tant de gens semblent sourds à des arguments de raison ? On connaît le proverbe : « Ventre affamé n’a point d’oreilles » Bien sûr il ne s’agit pas de faim au sens littéral du mot mais sans doute de demande de respect et d’empathie de la part de ceux qui les gouvernent et qui leur font sans cesse la leçon. 


Alors qu’il y a tant de problèmes sociaux à résoudre, on est frappé de voir nos dirigeants se disputer a propos de questions sociétales, certes importantes, mais qui prennent une dimension disproportionnée. Devant ces querelles byzantines, il est difficile de ne pas penser à un évènement vieux de plus de cinq siècles. Alors que les forces turques s'apprêtaient à entrer dans la ville, les religieux byzantins étaient occupés à discuter de la question théologique du sexe des anges, facilitant la prise de Constantinople. Aujourd’hui, alors que nos démocraties sont menacées par une déferlante populiste, les bonnes âmes qui nous gouvernent se demandent s’il ne faut pas ajouter aux toilettes pour hommes et femmes des toilettes pour le sexe « autre ». Ceci n’est qu’une explication de la colère de ces populations oubliées. Il y en a bien d’autres. La corruption et l’entre-soi qui sévissent en Argentine comme aux États-Unis banalisent les accusations portées à l’encontre de ces tribuns. L’absence de perspectives peut aussi expliquer la frustration rageuse de ceux qui sont bloqués au sous-sol avec un ascenseur social en panne.

En résumé plutôt que blâmer les électeurs de Trump, Milei, Orban et autres, il faudrait commencer par procéder à une autocritique et à faire le ménage chez soi.











jeudi 25 avril 2024

Le client qui ne voulait pas quitter « son » hôtel…

2 commentaires:

Victor Ginsburgh                         

Ceci n’est pas un poisson d’avril, mais la traduction française raccourcie d’un très long et très drôle article daté du 24 mars dernier écrit par Matthew Haag, reporter au New York Times (*). Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas effrayés devant la longueur des débats et sont prêts à s’arracher les cheveux, le texte complet en anglais peut être lu à l’adresse suivante :


https://www.nytimes.com/2024/03/24/nyregion/mickey-barreto-housing-fraud.html


Un après-midi de juin 2018, un homme nommé Mickey Barreto s’enregistre à l'hôtel NewYorker (**) pour un séjour d'une nuit. Il paie 200,57 dollars pour la chambre. Il faut savoir que construit en 1930, le New Yorker est non seulement le plus grand hôtel de Manhattan, mais aussi le deuxième plus grand au monde.

Façade de l’hôtel New Yorker

Le lendemain matin, il ne quitte pas sa chambre et fait de l'ancien grand hôtel sa résidence à temps plein pendant les cinq années suivantes, sans jamais payer un dollar de plus.  

L’histoire de la façon dont Barreto a gagné puis perdu les droits de la chambre no. 2.565 peut sembler invraisemblable, mais elle est vraie. 

Voici, basé sur les règles particulières des hôtels de New York, ce qui s’est passé et a conduit l’hôtel à un calvaire de plusieurs années.

Adoptée en 1969, une loi a créé un système de réglementation des loyers dans toute la ville. Selon cette loi, le client d’un hôtel peut devenir résident permanent en demandant un bail à un tarif réduit.  

Selon des documents judiciaires, Barreto aurait quitté sa chambre le lendemain matin, et salué un employé de l'hôtel à qui il aurait remis une lettre adressée au gérant : il voulait un bail de six mois. Ce qui lui est refusé. 

Barreto se rend au tribunal du logement de New York et poursuit l'hôtel. Dans un premier temps, le juge statue en faveur de Barreto selon quoi son expulsion serait illégale. 

Barreto retourne dans la chambre 2.565 quelques jours plus tard, en tant que résident. Le terme « possession » est mentionné en sa faveur dans le document juridique. Barreto a en fait reçu un « jugement définitif de possession ». 

Avec l'ordonnance du juge en main, Barreto se rend dans les bureaux du département des finances de Manhattan pour mettre la chambre 2.565 à son nom, comme le ferait un nouveau propriétaire. 

Entretemps, les propriétaires de l'hôtel intentent leur propre action en justice pour expulser Barreto, affirmant que l'hôtel était exempté de la disposition hôtelière de la loi sur le logement. Barreto dépose une demande d'acte qui est acceptée.

Dans l'après-midi du 17 mai 2019, près d'un an après sa réservation d’une nuit, Barreto est identifié dans les dossiers comme le propriétaire de l'hôtel, un bâtiment de 1,2 millions de pieds carrés (environ 110.000 mètres carrés). Barreto envoie une note de service à la M&T Bank (dont l'hôtel est un client) et demande que tous les comptes soient ouverts à son nom.  

A la suite de pas mal de palabres entre Barreto, l’hôtel, la banque et bien d’autres intervenants, le « véritable » propriétaire de l'hôtel obtient enfin gain de cause. Un juge statue en faveur de l'hôtel et Baretto est expulsé de sa chambre. 

Alors même que cette affaire d'expulsion suit néanmoins son cours devant le tribunal du logement, Barreto ne cesse pas de se présenter en tant que propriétaire. En septembre, il présente un autre acte attestant que l'hôtel a été transféré à son nom et que la ville de New York a accepté la transaction.

Une grande partie de l'histoire de Barreto est corroborée par des dizaines de kilos de dossiers judiciaires, mais après quelques années de palabres, Baretto est définitivement expulsé de sa chambre (et de la propriété de son hôtel). Il est arrêté et traduit en justice devant un tribunal de Manhattan pour 24 chefs d'accusation – dont 14 chefs de fraude criminelle – dans ce que les procureurs ont déclaré être un stratagème criminel visant à revendiquer la propriété de l'hôtel. Le transfert a fini par faire perdre à l'hôtel quelque 2,9 millions de dollars de sa facture d'impôt foncier. 

Barreto attend maintenant son procès devant la Cour suprême de l'État de New York et risque quelques années de prison s'il est reconnu coupable.

Voici, en attendant les résultats du procès, une photographie du modeste hôtel qui avait coûté $ 200,57 à Monsieur Barreto.

L’hôtel New Yorker


(*) Matthew Haag a interviewé Mickey Barreto pendant une demi-douzaine d’heures et a passé une nuit au New Yorker Hotel.

(**) Les détails de l’hôtel peuvent être trouvés sur https://en.wikipedia.org/wiki/Wyndham_New_Yorker_Hotel#:~:text=The%20hotel%20building%20is%20owned,operated%20by%20Wyndham%20Hotels%20%26%20Resorts. Plusieurs pages et 219 notes de bas de page sont étonnantes à lire. Cherchez si le nom de Barreto figure dans une ou plusieurs de ces notes.

 


jeudi 18 avril 2024

Cobaye malgré soi..

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Pierre Pestieau


Dans les sciences sociales comme dans les sciences médicales, il est d’usage de tester l’efficacité d’un médicament, d’un vaccin ou d’une politique publique en comparant deux groupes dans la population. Le premier groupe bénéficie d’un traitement, qui peut être la prise d’un médicament ou l’introduction d’une nouvelle approche éducative, alors que le second ne bénéficie pas de ce traitement. On parle ainsi de groupe traité et de groupe de contrôle. Il est indispensable que ces deux groupes aient les mêmes caractéristiques et ne se distinguent que par le recours ou non à ce traitement.

En comparant l’impact du traitement entre les deux groupes, on peut évaluer son efficacité. Si en moyenne le niveau de connaissance ou la qualité de la santé s’avère meilleur dans le groupe traité que dans le groupe contrôle, on dira que le traitement est efficace et que, de ce fait, il peut être appliqué ailleurs.

Mon problème avec cette approche est qu’en général on ne choisit pas le groupe auquel on appartient. Or, chacun aimerait pouvoir le choisir en fonction de ses informations, de sa préférence pour le risque et de diverses autres caractéristiques. Dans le cas le plus probable, on l’espère, où le traitement réussit, tous ceux qui appartiennent au groupe de contrôle se sentiront légitimement frustrés. Dans le cas, où le traitement est un échec, ce sont les membres du groupe traité qui auraient tout lieu de se sentir lésés.


On notera que les choses sont plus compliquées qu’il n’y paraît dans la mesure où nous sommes dans un monde d’incertitude. Même si un traitement est en moyenne une réussite, il y aura des gens traités pour lesquels il ne marchera pas : des personnes vaccinées seront malades ou des élèves ayant bénéficié d’une pédagogie innovante échoueront. 

On pourrait me retorquer que sans ces expériences dites contrôlées on freinerait le progrès. Il existe beaucoup de cas où les gens acceptent sciemment de jouer les cobayes. On pense notamment au malade du cancer qui accepte de recevoir un traitement qui est encore au stade expérimental. Ou encore aux pilotes d’essai qui testent la fiabilité de nouveaux avions supersoniques. Dans les expériences contrôlées pharmaceutiques, les participants doivent donner leur accord, ce qui n’est pas le cas des souris qui les ont précédés dans la mise au point du traitement. Il demeure qu’ex post, si le traitement marche, le groupe traité sera mieux loti que le groupe de contrôle, ce qui peut être ressenti comme injuste. Une solution serait de permettre aux individus de choisir d’appartenir au groupe traité ou au groupe de contrôle en leur expliquant les enjeux et les risques de l’expérience.

On remarquera que le problème ne se pose pas dans le cas d’expériences naturelles dans lesquelles l'assignation aléatoire au traitement est provoquée par des causes naturelles et/ou politiques. On oppose ainsi les expériences naturelles aux expériences contrôlées. Dans celles-ci, l'assignation au traitement est aléatoirement déterminée pour les besoins de l'étude (1).


Il existe des expériences sauvages dont l’impact est bien plus sérieux que celui des expériences contrôlées. J’entends par là des mises sur le marché de médicaments dont les effets désastreux ne se révèleront que lorsqu’il est trop tard. Les exemples ne manquent pas. On pense notamment aux scandales du softenon ou du médiator. Dans ces cas-là, il a fallu des morts ou des handicaps lourds pour se rendre compte de la nocivité du traitement. Comme on le sait les victimes de ces imprudences criminelles sont rarement indemnisées et si elles le sont, c’est généralement insuffisant au vu de la perte encourue.





(1). Que les expériences soient naturelles ou contrôlées, elles sont évaluées en recourant à la méthode des doubles différences (ou diff-in-diff). C’est là une méthode statistique consistant à comparer la différence entre le groupe de contrôle et le groupe traité avant et après l'introduction du traitement. Cette méthode est notamment utilisée dans l’évaluation des politiques publiques ou des médicaments nouveaux.

jeudi 11 avril 2024

Existe-t-il encore des visiteurs dans les musées de Gaza, des blessés dans les hôpitaux de Gaza ? La ville de Gaza elle-même existe-t-elle encore ?

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Victor Ginsburgh

Intérieur dans un Musée de Gaza

Ce musée d’art semble survivre, comme survivent les quelques palestiniens qui le visitent encore. Sur un grand mur, plus de cent artistes gazaouis ont exposé leurs œuvres tristes aux visiteurs tout aussi tristes. Au sol, de vrais débris, ou peut-être une œuvre qui représente des débris autour desquels les « visiteurs » peuvent se promener, comme si la ville détruite n’y ressemblait pas.

Sur le mur bleu qui fait penser au ciel et à la mer de Gaza, des tableaux qui évoquent la vie, mais aussi la mort. On y voit des cactus, des instruments de musique, des chats, des vaches, et même une femme-chat, un personnage de fiction de l’univers Batman. Tout cela pendant qu’un drone israélien “vole” au-dessus des œuvres et de leurs visiteurs, pour être sûr que ces derniers soient bien surveillés, voire éliminés (1).

Le 15 mars dernier, j’ai essayé de voir plus que ce qui figure sur la photographie de l’intérieur du musée. Inutile de dire que je n’ai pas pu y avoir accès. Il n’y a pas que des gazaouis qui meurent, mais aussi leurs œuvres et sans aucun doute les murs de leur musée.

Un des musées de Gaza

Et voici un autre type de destruction. Cette fois-ci il s’agit du plus grand hôpital de Gaza (Al-Shifa). Un peu plus compliqué, puisque les pauvres soldats israéliens ont été obligés d’y mettre deux semaines…

Ce qui reste après deux semaines du plus grand hôpital de Gaza

Par ailleurs, si l’on peut dire, “le chef du renseignement militaire israélien a déclaré que des jours complexes les attendent et qu’il n'est pas certain que le pire soit derrière eux dans la guerre, sans préciser s'il parlait de Gaza ou de la frontière israélo-libanaise” (2). Pauvre Netanyahou qui doit penser à tout… Heureusement il y a pensé. Voici comme toujours, dans la soie :

"Les étages du service de chirurgie ont été laissés ouverts au vent, les murs ont été soufflés et l'équipement enseveli sous des monticules de débris. Le pont reliant les deux bâtiments n'est plus là, et l'esplanade qui les séparait - autrefois une allée circulaire s'enroulant autour d'un belvédère - a été transformée par des véhicules blindés israéliens en un terrain vague d'arbres déracinés, de voitures renversées et d'une ambulance à moitié écrasée" (3).

La Ville Détruite me fait penser à l’œuvre que l’artiste franco-russe Ossip Zadkine (1890-1967) avait consacré à la ville de Rotterdam dont le centre médiéval avait été détruit par le bombardement allemand du 14 mai 1940.

La Ville Détruite

Où est l’artiste (juif, comme Zadkine) qui aura le courage d’en faire de même quand Gaza n’existera plus?






(1). Simon Pierre, Mosquées, églises, musées... Le patrimoine culturel de Gaza ravagé par le conflit israélo-palestinien, 29 décembre 2023 et Caitlin Procter, Israel is systematically destroying Gaza’s cultural heritage, March 3, 2024.

(2). Emanuel Fabian, Le chef des renseignements aux soldats : Israël est confronté à ‘des jours complexes’, il n’est pas certain que le pire soit derrière nous, The Times of Israel, 4 avril 2024.

(3). Patrick Kinglsey, Israeli army withdraws from major Gaza hospital, leaving behind a wasteland, The New York Times, April 2, 2024.

jeudi 4 avril 2024

Responsabilité et mérite

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Pierre Pestieau

Quand on parle de politique d’aide à la dépendance, on fait souvent la distinction entre le préventif et le curatif. Dans le meilleur des mondes, dans lequel chacun adopterait un style de vie irréprochable (alimentation saine, ni tabac, ni alcool, activité physique régulière), l’espérance de vie et surtout l’espérance de vie en bonne santé augmenteraient. Certaines des causes majeures de la perte d’autonomie verraient leur importance se réduire ; elles ne disparaitraient pas. Il y aurait moins de maladies chroniques; les différentes formes de démence subsisteraient et pourraient même augmenter du fait d’une longévité accrue. Les personnes dépendantes le seraient non pas de leur faute mais par pure malchance. Dans ce monde peuplé de gens méritants et responsables, la mantra du « y-avait pas qu’a » perdrait de sa pertinence et le support politique à toute aide à la dépendance augmenterait nettement. Le préventif jouerait à fond et le curatif serait moins utile. Plus concrètement, l’État ferait des économies et la population vivrait ainsi plus longtemps et en meilleure santé.


Serait-elle plus heureuse ? En posant cette question, j’ai à l’esprit l’anecdote suivante. Un homme d’une soixantaine d’années se rend chez son médecin et lui demande la recette pour vivre encore de nombreuses années. Le médecin lui demande : Fumez-vous ? Buvez-vous ? Voyez-vous encore des femmes de petite vertu ? A ces trois questions, le patient répond fièrement par la négative. Et son médecin de lui répondre : Pourquoi voulez-vous vivre aussi longtemps ?

Si l’État avait les moyens de forcer les individus à la vie austère qui leur assure une vie longue sans trop d’incapacités, devrait-il le faire ? Prenons l’exemple du tabagisme. Il y aurait deux raisons pour interdire à une personne de fumer. D’abord, elle ignore les risques multiples que cela entraine pour sa santé et celles de ses proches. Après coup, elle sera reconnaissante que l’on lui ait interdit de fumer. Ensuite, il y a les coûts financiers que le tabagisme implique pour les finances publiques. Il existe une autre dimension, celle de la liberté. Une personne peut très bien continuer de fumer tout en connaissant les effets que sa décision aura sur sa santé. Elle assume ainsi en toute conscience sa liberté de choix. C’est la conception existentialiste qu’illustre parfaitement Albert Camus quand il écrit : “Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide.”

jeudi 28 mars 2024

Vol de bouteilles de vin dans un célèbre restaurant parisien

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Victor Ginsburgh

Je me suis interdit – ou plus précisément, il m’a été interdit – de boire du vin. Ce n’est donc pas moi qui ai fait ce vol de 80 bouteilles d’un vin rare dans les caves du renommé restaurant parisien La Tour d’Argent (1). Ces bouteilles valent environ 1,5 millions d’euros, soit 18.750 euros la bouteille. Il faut dire que ce sont des Domaine de la Romanée-Conti (pour les détails et les prix, voir (2)) parmi les 300.000 bouteilles qui séjournent dans le cave. Un sommelier a trouvé le vol qui semble avoir eu lieu en 2023 et/ou 2024. 

Dans mes promenades à Paris, lorsque je ne faisais pas cours, j’ai souvent vu ce restaurant, mais n’ai jamais osé y entrer seul et, encore moins, y inviter un ami ou une amie. Le voici dans sa splendeur, au 15, rue de la Tournelle.

Façade de la Tour d'Argent

Mais tout change et le restaurant a déménagé au cinquième étage du même immeuble au 15, rue de Grenelle. Le voici qui est devenu chic mais a perdu cette façade que je trouvais toujours très attractive quand j’y passais (3), sans oser y entrer.

Restaurant déménagé au sixième étage en 2022

Il est amusant de mentionner que déjà à la fin du 16e siècle, le roi Henri III s’y aventurait régulièrement. Il aurait, racontent les archives du restaurant, décidé (un roi ne suggère pas, il décide) d’utiliser la fourchette de manière à ne plus devoir se laver la figure et les mains avant de se rendre aux toilettes.

Fourchettes apparues au 16e siècle

Mais revenons à ces quelque 80 bouteilles que je n’ai pas volées. Ni mon fils d’ailleurs, au contraire, on vient de cambrioler sa maison le 2 février 2024, mais sans succès. En effet, ses vins sont toujours dans sa cave. Et ce sont des vins zéro degré que je n’aime guère. Je ne sais pas si c’est vrai, mais c’est bien trouvé. Essayons, plutôt mon cher fils, d’aller à la Tour d’Argent.

Je paie les agapes et pendant que je déguste, tu fais le tour de la cave et tu ramènes ne fût-ce qu’une bouteille de la Romanée-Conti à ne pas cacher dans ta cave, mais bien dans la mienne, c’est beaucoup plus sûr.



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(1) Jenny Gross, Paris police investigating $1.6 million wine theft from famed restaurant, The New York Times, February 1, 2024.
(2) https://www.twil.fr/france/bourgogne/romanee-conti/romanee-conti-wine-12966.html#364418
(3) Merci à mon co-blogueur Pierre Pestieau de m’avoir signalé qu’en 2022 le vieux restaurant était devenu un nouveau restaurant dans le même immeuble.











jeudi 21 mars 2024

Incertitudes économiques et démographiques

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Pierre Pestieau

Les prévisions démographiques sont incontestablement plus fiables que les prévisions économiques. On peut sans trop se tromper prévoir ce que sera la population de différents pays en 2050. Pour 2100, la prévision est moins certaine. En revanche, il y a peu de consensus sur les implications économiques et sociales que ces évolutions auront.

En bref on devrait assister à l’effondrement de la population de pays comme la Chine, l’Allemagne et le Japon et à l’explosion de la population africaine. L’évolution de la population dépend de deux paramètres, la fécondité et la mortalité, auxquels il faut éventuellement ajouter l’immigration. Autant on s’entend sur les sources de l’augmentation de la longévité, il y a moins de consensus sur les facteurs qui président à la hausse ou la baisse de la fécondité. La fierté nationale ne semble en tout cas pas jouer un grand rôle. Le Japon et l’Allemagne ont des naissances bien en-dessous du nombre nécessaire pour maintenir constante la taille de la population en l’absence de toute migration. Et pourtant, ces pays ont une histoire fortement marquée par un nationalisme exacerbé.

A l’horizon 2100, on peut s’attendre à ce que l’Asie et l’Afrique, à parts quasiment égales, rassemblent plus de 85% de la population mondiale avec l’Inde, étant le pays le plus peuplé, suivie de la Chine et du Nigeria. Même à l’horizon rapproché de 2050, il serait imprudent de prédire comment ces pays évolueront économiquement. Certains le font mais avec une marge d’erreur importante. Selon une étude (1) parmi d’autres, le classement de la part de la production mondiale des grandes puissances est actuellement le suivant : Chine (18%), États Unis (16%), Union Européenne (15%) et Inde (7%). En 2050, ce classement changerait au détriment des Etats-Unis et de l’UE. On aurait l’ordre suivant : Chine (20%), Inde (15%), États Unis (12%) et Union Européenne (9%).

Si les prévisions économiques sont incertaines, ce qui l’est beaucoup moins ce sont les prévisions environnementales. A la différence de l’économie, elles suivent un cours sans cycle, qui débouche à terme sur une catastrophe qui semble inéluctable. Selon le GIEC (2), à politique inchangée, un réchauffement climatique de 3,2 °C d'ici à 2100 est actuellement prévu. Ce n’est là qu’un indicateur parmi d’autres de la détérioration de notre environnement.




jeudi 14 mars 2024

Deux vues récentes sur la guerre Israël – Gaza

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Victor Ginsburgh

J’ai lu à quelques jours près deux articles sur la guerre entre Israël et Gaza. Je me rends compte que l’un et l’autre sont plus longs que mes blogs habituels. Vous m’en excuserez, mais vous verrez, si vous les lisez qu’ils en valent largement la peine et sont d’autant plus intéressants que leurs auteurs sont tous deux des Juifs qui voient avec beaucoup de subtilité et de désespoir ce qui est en train de se passer au Moyen Orient. Tous les deux craignent des situations dangereuses si Israël (et en particulier, Netanyahu) ne se range pas à plus de raison. Vous trouverez sans difficulté l’accès aux auteurs : Elie Barnavi, un Israélien qui écrit que « Netanyahou, (est) un délinquant narcissique entouré de valets et de fous de Dieu» et Thomas Friedman, un Américain, influent éditorialiste du New York Times qui conseille officieusement Joe Biden sur les problèmes du Proche-Orient.

1. Souvenirs amers de la première guerre du Liban
Elie Barnavi, Ancien Ambassadeur d’Israël, Professeur émérite d’histoire à l’Université de Tel Aviv.

Le lundi 22 janvier a été la journée la plus meurtrière pour Tsahal (l’armée du peuple d’Israël) depuis le début de la guerre de Gaza : vingt-quatre soldats tués, dont trois officiers de la brigade de parachutistes frappés par un missile antichar à Khan-Younès et, d’un coup, 21 réservistes ensevelis sous les décombres de deux immeubles qu’ils étaient en train de piéger dans le centre de la bande, tout près de la frontière israélienne. Les détails du désastre importent peu. Disons que, lorsqu’on manipule d’énormes quantités d’explosifs dans une zone de combat urbain, ce genre d’accident est hautement probable. L’armée va tenter de déterminer ses causes exactes, ce n’est pas mon propos ici. Il reste les larmes pour pleurer des vies fauchées et des familles endeuillées. Puis il reste des questions difficiles.

Et d’abord celle-ci: que faisaient-ils précisément dans ce secteur? Dans une zone censée se trouver sous le contrôle opérationnel total de l’armée, leur mission consistait à raser les immeubles restants afin de créer, à terme, un périmètre de sécurité de 1 km entre la frontière d’Israël et la bande de Gaza. La logique militaire est évidente : il s’agit d’empêcher les terroristes du Hamas et du Djihad islamique non seulement de s’approcher de la frontière, mais aussi de les priver de points d’observation du territoire israélien.

Pour les Israéliens qui, comme moi, gardent en mémoire les événements tragiques de la première guerre du Liban dans les années 1980, cette stratégie sonne comme un bégaiement de l’Histoire. En 1985, lorsque Tsahal s’est retiré de l’essentiel du territoire libanais après trois ans de conflit, il s’est replié sur une « bande de sécurité » large d’une dizaine de kilomètres dans le sud du pays, en gros entre la frontière et le fleuve Litani. Quinze ans durant, la présence militaire israélienne, jointe à celle de ses supplétifs chrétiens de l’Armée du Sud-Liban, a rempli son rôle de bouclier des communautés frontalières de Galilée ; mais ce fut au prix de la vie de plus de cinq cent cinquante soldats tués dans des escarmouches quasi-quotidiennes avec le Hezbollah – un produit de cette guerre, soit dit en passant. À l’époque, c’est l’opinion publique qui a fini par avoir raison de l’obstination du gouvernement et des militaires. Début 1997, dans la foulée d’un accident d’hélicoptère qui a tué 73 soldats, quatre mères de soldats ont commencé à manifester avec leurs pancartes pathétiques « Get Out of Lebanon! » : ainsi naissait le mouvement des Quatre Mères. Trois ans plus tard, Ehoud Barak, fraîchement élu Premier ministre, tire les conclusions du fiasco et, conformément à sa principale promesse de campagne, retire les troupes du Sud-Liban, parachevant ainsi une aventure malheureuse entamée dix-huit ans auparavant.

Alors, pourquoi la « bande de sécurité » qui n’a pas fonctionné à l’époque au Liban fonctionnerait-elle aujourd’hui à Gaza ? D’autant que les terroristes gazaouis disposent de moyens d’observation, d’armes et de tunnels dont les terroristes libanais ne pouvaient que rêver.

Troublant parallélisme, et pas seulement à cause de l’enlisement des troupes, des promesses de « victoire totale », des « solutions » bancales du genre « zone de sécurité » et du manque de perspectives politiques. À l’époque, déjà, le débat public faisait rage, et il se trouvait des politiciens et des chefs militaires pour traiter les Quatre Mères et autres militants contre la guerre de lâches, voire de traîtres. Aujourd’hui, on entend les mêmes horreurs contre les familles des otages, coupables aux yeux des porte-paroles de la droite au pouvoir de « donner des armes au Hamas ». Il est sans doute normal que la question des otages ait remplacé celle des morts au combat.

L’unanimisme guerrier des Israéliens est à la mesure du traumatisme subi le 7 octobre. Mais la saignée subie par nos troupes commence à peser sur le débat public. Après tout, nous avons perdu en un peu plus de trois mois de conflit cinq cent cinquante-deux soldats, soit un nombre équivalent de tués pendant les quinze ans d’occupation de la zone de sécurité au Sud-Liban.

Cependant, le parallélisme le plus déconcertant entre ces deux épisodes guerriers est le rejet absurde, criminel, de toute réflexion de stratégie politique. Quels que soient les coups que Tsahal porte au Hamas, la guerre ne saurait être gagnée si l’on s’obstine, à l’instar de Netanyahou et de ses laquais, à refuser d’envisager le « jour d’après ». Car dans toute guerre, l’aspect militaire n’en est qu’un parmi d’autres. La guerre est toujours, n’est-ce pas, « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cela se vérifie surtout dans le cas des conflits dits asymétriques comme celui-ci. La disparité de la puissance a beau être énorme, le sort des armes ne se décide pas seulement sur le champ de bataille. Faut-il rappeler que l’offensive du Têt du Viêt-Cong a échoué face aux Américains, que les Français ont gagné la bataille d’Alger?

Dans un bourbier stratégique tel qu’Israël n’en a jamais connu, assailli qu’il est de toutes parts, l’internationalisation de la guerre de Gaza est un fait que nous refusons de voir. Nous avons besoin d’alliés, et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne se bousculent pas au portillon. Pis, comme le montre le théâtre de l’absurde de La Haye, l’État juif est en train de se muer sous nos yeux ébahis en un paria des nations. Et nous faisons de notre mieux pour rendre la vie impossible à notre seul allié : les États-Unis. Or, les États-Unis sont à la peine. Ils espéraient s’extraire du Proche-Orient, les voici forcés de s’y impliquer derechef : soutien militaire massif à Israël ; envoi d’une armada en Méditerranée et dans le Golfe pour tenir en respect l’Iran et le Hezbollah et les empêcher d’ouvrir un deuxième front contre leur allié ; couverture diplomatique à l’ONU. Cette position se paie. Sur le front intérieur, où la désaffection d’un nombre croissant de démocrates dans une poignée d’États clés risque de faire perdre à Joe Biden la présidentielle. Sur le front extérieur, où l’administration ne parvient pas à reformer autour d’elle la coalition qu’elle avait tant bien que mal réunie contre l’agresseur russe en Ukraine. Témoins les couacs de l’opération dite « Gardien de la prospérité » quelle tente d’organiser, afin de faire face à la menace que font peser les Houtis sur les voies maritimes en mer Rouge, laquelle obère pourtant gravement le commerce international.

Nous en sommes là : un conflit asymétrique dans un coin de la Méditerranée orientale, qui métastase dans la région et au-delà, met à mal les équilibres régionaux et internationaux, et risque d’allumer une guerre majeure dont personne en veut. Or, pour faire face à la pire crise de son histoire, Israël dispose de cet unique allié, que Netanyahou, un délinquant narcissique entouré de valets et de fous de Dieu, fait tout pour s’aliéner. Tant que lui sera là, la guerre se poursuivra, sans autre but qu’elle-même, car il en a besoin pour se maintenir au pouvoir. Voilà pourquoi il refuse obstinément d’évoquer le « jour d’après », et se pose en rempart unique contre la création d’un État palestinien dont le monde entier, Américains compris, considère être la seule issue raisonnable à la crise.

Conclusion provisoire : telle qu’elle est conduite, la guerre de Gaza a épuisé ses effets. Il est temps d’en finir.

Regards, 5 février 2024. J’ai reçu l’autorisation de Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en Chef de Regards de faire paraître l’article dans mon blog. Merci à Elie Barnavi et à Nicolas Zomersztajn de me l’avoir « prêté »…


2. Israël est en train de perdre son plus grand atout : l’acceptation
Thomas L. Friedman, auteur et journaliste au New York Times

J’ai passé les derniers jours à voyager de New Delhi à Dubaï et Amman, et j’ai un message urgent à transmettre au président Biden et au peuple israélien : je vois l’érosion de plus en plus rapide de la position d’Israël parmi les nations amies – un niveau d’acceptation et de légitimité qui a été laborieusement construit au fil des décennies. Et si Biden ne fait pas attention, la position mondiale de l’Amérique s’effondrera en même temps que celle d'Israël.

Je ne pense pas que les Israéliens ou l’administration Biden apprécient pleinement la rage qui bouillonne dans le monde entier, alimentée par les médias sociaux et les images télévisées, à propos de la mort de tant de milliers de civils palestiniens, en particulier des enfants, et ce, avec des armes fournies par les États-Unis. Le Hamas a beaucoup à répondre d’avoir déclenché cette tragédie humaine, mais Israël et les États-Unis sont considérés comme étant à l’origine des événements et recevant la plus grande partie du blâme.

Il est évident qu’une telle colère déborde dans le monde arabe, mais je l’ai entendue maintes et maintes fois dans des conversations en Inde au cours de la semaine dernière – de la part d'amis, de chefs d’entreprise, d’un fonctionnaire et de journalistes, jeunes et vieux. C'est d’autant plus révélateur que le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi, dominé par les hindous, est la seule grande puissance du Sud à avoir soutenu Israël et à avoir constamment accusé le Hamas d'avoir invité les représailles israéliennes massives et la mort d'environ 30 000 personnes dont, selon les responsables de la santé de Gaza, la majorité sont des civils.

Autant de morts civiles dans une guerre relativement courte serait problématique dans n’importe quel contexte. Mais quand tant de civils meurent dans une invasion de représailles qui a été lancée par un gouvernement israélien sans aucun horizon politique pour le lendemain matin – et ensuite, lorsque le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, propose enfin un plan du lendemain matin qui dit essentiellement au monde qu’Israël a maintenant l’intention d’occuper à la fois la Cisjordanie et Gaza indéfiniment – il n’est pas surprenant que les amis d’Israël s'éloignent et que l'équipe Biden commence à le faire.

Comme me l’a dit Shekhar Gupta, le rédacteur en chef chevronné du journal indien ThePrint : « Il y a énormément d’amour et d’admiration pour Israël en Inde. Mais une guerre sans fin le mettra à rude épreuve. Au-delà du choc initial et de l’effroi, la guerre de Netanyahou porte atteinte au plus grand atout d’Israël : la croyance largement répandue en l’invincibilité de son armée, en l’infaillibilité de ses services de renseignement et en la justesse de sa mission.

Chaque jour apporte de nouveaux appels à l’interdiction d’Israël des compétitions ou des événements internationaux académiques, artistiques et sportifs. Il est vrai qu’il est hypocrite de cibler Israël pour le censurer – tout en ignorant les excès de l’Iran, de la Russie, de la Syrie et de la Chine, sans parler du Hamas. Mais ce gouvernement israélien fait des choses qui les rendent trop faciles. Beaucoup d’amis d’Israël prient maintenant pour un cessez-le-feu afin que leurs citoyens ou leurs électeurs – en particulier leurs jeunes – ne leur demandent pas comment ils peuvent être indifférents à tant de victimes civiles croissantes à Gaza.

En particulier, de nombreux dirigeants arabes qui, en privé, veulent voir le Hamas détruit, comprennent à quel point il est une force déformée et destructrice, subissent des pressions de la rue auprès des élites pour qu’elles se distancient publiquement d’un Israël qui n’est pas disposé à envisager un horizon politique pour l’indépendance palestinienne sur quelque frontière que ce soit.

Ou, comme Netanyahou l’a récemment précisé : Israël gardera le contrôle de la sécurité sur Gaza, le territoire sera démilitarisé, la frontière sud de la bande avec l’Égypte sera scellée beaucoup plus étroitement en coordination avec Le Caire, l’agence des Nations Unies qui fournit des services de santé et d’éducation primaires aux réfugiés palestiniens sera dissoute et l’éducation et l’administration seront complètement remaniées. L’administration civile et le maintien de l’ordre au quotidien seront basés sur «des éléments locaux ayant une expérience de l’administration et de la gestion ». Qui paiera pour tout cela et comment les Palestiniens locaux seront enrôlés pour perpétuer le contrôle d’Israël n’est pas expliqué.

J’ai une réelle sympathie pour le dilemme stratégique auquel Israël a été confronté le 7 octobre – une attaque surprise du Hamas qui a été conçue pour rendre Israël fou en assassinant des parents devant leurs enfants, des enfants devant leurs parents, en abusant sexuellement et en mutilant des femmes et en kidnappant des nourrissons et des grands-parents. C’était de la pure barbarie.

J’ai eu l’impression, au moins, que le monde était, au départ, prêt à accepter qu’il y aurait des pertes civiles importantes si Israël voulait éradiquer le Hamas et récupérer ses otages, parce que le Hamas s’était infiltré dans des tunnels sous les maisons, les hôpitaux, les mosquées et les écoles et n’avait fait aucun préparatif pour protéger les civils de Gaza des représailles israéliennes, dont il savait qu’elles se déclencheraient.

Mais maintenant, nous avons une combinaison toxique de milliers de victimes civiles et d’un plan de paix de Netanyahou qui ne promet qu’une occupation sans fin, peu importe si l’Autorité palestinienne en Cisjordanie se transforme en un organe de gouvernement légitime, efficace et à large assise qui peut prendre le contrôle de la Cisjordanie et de Gaza et être un jour un partenaire pour la paix.

Ainsi, toute l’opération Israël-Gaza commence à ressembler de plus en plus de gens à un hachoir à viande humain dont le seul but est de réduire la population afin qu’Israël puisse la contrôler plus facilement.

Netanyahou refuse même d’envisager une nouvelle relation avec les Palestiniens qui ne sont pas membres du Hamas, parce que cela mettrait en péril son fauteuil de Premier ministre, qui dépend du soutien des partis suprémacistes juifs d’extrême droite qui ne céderont jamais un pouce de la Cisjordanie. Difficile à croire, mais Netanyahou est prêt à sacrifier la légitimité internationale durementacquise d’Israël pour ses besoins politiques personnels. Il n’hésitera pas à entraîner Biden avec lui.

Mais le point plus important est qu’une occasion unique de diminuer de façon permanente le Hamas, non seulement en tant qu’armée mais aussi en tant que mouvement politique, est en train d’être gaspillée parce que Netanyahou refuse d’encourager toute perspective, aussi longue soit-elle, de construire une solution à deux États.

Toujours aussi traumatisés par le 7 octobre, à mon avis, les Israéliens ne voient pas qu’au moins faire un effort pour avancer lentement vers un État palestinien dirigé par une Autorité palestinienne transformée et conditionné à la démilitarisation et à la réalisation de certains objectifs de gouvernance institutionnelle. Ce qui n’est pas un cadeau aux Palestiniens ou une récompense pour le Hamas.

Au contraire, c’est plutôt la chose la plus dure et la plus égoïste que les Israéliens puissent maintenant faire pour eux-mêmes – parce qu’Israël est en train de perdre aujourd’hui sur trois fronts à la fois.

Le pays est en train de perdre le récit mondial selon lequel il mène une guerre juste. Il n’a pas l’intentionde sortir de Gaza, il finira donc par s’enfoncer dans les sables avec une occupation permanente quicompliquera sûrement les relations avec tous ses alliés et amis arabes à travers le monde. Et il est entrain de perdre au niveau régional face à l’Iran et à ses mandataires anti-israéliens au Liban, en Syrie, enIrak et au Yémen, qui font tous pression sur les frontières nord, sud et est d’Israël.

Il y a une solution qui aiderait sur ces trois fronts : un gouvernement israélien prêt à commencer le processus de construction de deux États-nations pour deux peuples, avec une Autorité palestinienne qui est vraiment prête et désireuse de se transformer. Cela change le discours qui donne une couverture aux alliés arabes d’Israël pour s’associer à reconstruire Gaza, et il fournit le ciment de l’alliance régionale dont Israël a besoin pour affronter l’Iran et ses mandataires. 
En ne voyant pas cela, je crois qu’Israël met en péril des décennies de diplomatie pour amener le monde à reconnaître le droit du peuple juif à l’autodétermination nationale et à l’autodéfense dans sa patrie historique. Il soulage également les Palestiniens de ce fardeau et les prive de la possibilité de reconnaître deux États-nations pour deux peuples et de construire les institutions et les compromis nécessaires pour que cela se produise. Et, je le répète, cela va mettre l’administration Biden dans une position de plus en plus intenable.

Et cela fait la journée de l’Iran …

Cet article a paru dans The New York Times du 27 février 2024. Mon ordinateur, même s’il est vieux, a traduit l’article de l’anglais en français.