Pierre Pestieau

Le principal allié de l’Etat providence a toujours été le vote démocratique.
Historiquement, une majorité de citoyens votaient pour son maintien, voire pour
son expansion, soit parce qu’ils y trouvaient leur compte, soit par altruisme.
Or, cette donnée semble changer avec la succession des votes populistes
auxquels on vient d’assister, le plus marquant étant celui qui a conduit à
l’élection de Donald Trump.
Ce que semblent révéler ces votes, c’est qu’une partie de la population qui
est censée bénéficier des programmes sociaux se détourne des candidats qui
soutiennent ces programmes au profit de candidats qui explicitement se
proposent de les supprimer. Témoin la promesse de Donald Trump de supprimer
l’Obamacare, promesse sur laquelle il est partiellement revenu depuis son
élection, mais est-ce crédible ?
Il apparaît clairement
aujourd’hui qu’il existe dans la plupart des pays une indiscutable coupure entre
les partis de pouvoir traditionnels, incluant les partis progressistes, et une
partie des classes populaires. Cette coupure entraîne une méfiance telle que
ces classes populaires préfèrent le discours démagogue d’un milliardaire qui
leur promet la lune aux promesses d’une candidate qui certes n’était pas sans
défaut (Victor s’est plu à le rappeler dans ces derniers blogs) mais qui
n’avait nulle intention de réduire les dépenses sociales. Au contraire, elle
s’engageait à pérenniser l’Obamacare.

Les Américains sont
fascinés par la mobilité sociale, par l’enrichissement personnel, la responsabilite individuelle. Donald Trump incarnait ces valeurs à leurs
yeux d’avantage qu’Hillary Clinton, alors que bien plus qu’elle, il est un
héritier milliardaire.
Tout ceci pour dire qu’il
nous faut peut être réfléchir à notre conception de l’Etat providence qui
semble viser au bien-être de certains contre leur volonté.
Je terminerai par un
petit problème. Imaginons que nous ayons derrière le voile de l’ignorance le
choix entre deux mondes. Ces deux mondes ont la même redistribution de revenu
primaire : 100 pour une moitié et 10 pour l’autre. Dans le premier monde,
la redistribution sociale conduit à réduire l’inégalité de sorte que la première
moitié a 50 et la seconde 40. Dans le second monde, il n’y a pas de
redistribution. Pour quel monde opteriez vous ? L’électeur de Clinton
aurait sans doute choisi le premier alors que celui de Trump aurait sans doute
choisi le second.
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