jeudi 27 juin 2024
La Révélation Divine du Vatican (suite)
jeudi 20 juin 2024
La Révélation Divine du Vatican
Victor et Pierre
jeudi 13 juin 2024
Le coût des maladies mentales
Pierre Pestieau
Les médias nous alertent régulièrement sur la préoccupante situation de la santé mentale dans nos pays. Un récent rapport de Sciensano (1) révèle qu’en Belgique, environ 1 adulte sur 10 souffre d'un trouble de santé mentale tel que l'anxiété ou la dépression. Chez les enfants de 2 à 18 ans, environ 1 sur 10 présente des difficultés psychologiques ou comportementales nécessitant un suivi professionnel. Ces chiffres révèlent une souffrance souvent dissimulée et posent un véritable défi, car ils ont un impact économique significatif difficile à quantifier.
Une étude américaine apporte des éclairages intéressants à ce sujet (2). Selon cette étude novatrice, les maladies mentales coûtent 282 milliards de dollars par an à l'économie américaine, soit l'équivalent d'une récession économique moyenne. Cette estimation, représentant environ 1,7 % de la consommation nationale, dépasse de 30 % les évaluations antérieures du coût global des maladies mentales. Contrairement aux études précédentes qui se concentraient sur la perte de revenus et les coûts de traitement, cette nouvelle étude prend en compte diverses autres conséquences économiques négatives associées aux maladies mentales, telles que la diminution de la consommation, des investissements et le choix d'emplois moins exigeants chez les personnes affectées.
Au niveau national, plus de 20 % des adultes vivent avec une maladie mentale, dont environ 5,5 % souffrent de formes graves. D'après l'étude, fournir des services de santé mentale à tous les jeunes de 16 à 25 ans atteints de troubles mentaux engendrerait des bénéfices sociaux équivalant à 1,7 % de la consommation globale. Les chercheurs modélisent la maladie mentale comme un état de pensées négatives et de rumination, renforcé par le comportement. En conséquence, les patients travaillent, consomment et investissent moins, ce qui aggrave leur état en les empêchant parfois de suivre un traitement adéquat.
jeudi 6 juin 2024
Oubliée : Lizzie Magie, inventrice inconnue du Monopoly
Victor Ginsburgh (*)
Nous avons (presque) toutes et tous joué au Monopoly dans notre jeunesse et peut-être encore aujourd’hui. C’est Lizzie Magie, féministe plutôt de gauche, qui l’a inventé sous le nom de The Landlord’s Game au début du 20ème siècle. Le jeu a été publié en 1906 par l’Economic Game Company, dont elle était propriétaire. Nuit après nuit, une fois son travail de bureau terminé, Lizzie s'asseyait chez elle, dessinant et redessinant, pensant et repensant. Elle voulait que son jeu de société reflète ses opinions politiques progressistes – c'était tout l'intérêt.
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| Ebauche du jeu inventé par Lizzie Magie |
Le jeu de Lizzie comportait de l'argent fictif, des actes et des propriétés riches ou moins riches qui pouvaient être achetés et vendus. Les joueurs empruntaient de l'argent, soit à la banque, soit entre eux, et devaient payer des impôts. Dans un coin se trouvaient la maison des pauvres et le parc public (coin inférieur gauche), et de l'autre côté se trouvait la case Go to Jail (coin supérieur gauche). Rappelez-vous, cela veut dire Allez en tôle. Longtemps ou pas trop, selon votre forfait, alors que les autres joueurs pouvaient continuer.
Le jeu comportait un chemin qui permettait aux joueurs de faire le tour du tableau inventé par Lizzie. Chaque joueur avançait depuis le Go et s’aventurait d’une case à une autre générée par les points de deux vulgaires dés, jetés par un des joueurs. Chaque joueur pouvait acheter des terrains qui étaient payants, mais rapportaient des $ si un autre que le propriétaire tombait sur ledit terrain. Je m’arrête ici sur les finesses du jeu, sans quoi je passerais tout mon temps (et le vôtre) sans avoir plutôt raconté l’histoire de Lizzie, qui s’était fait voler le jeu qu’elle avait inventé.
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| Charles Darrow |
Tout en étant progressiste, Lizzie espérait sans doute que les joueurs réfléchiraient aux fondements de la société capitaliste. Dans les règles du jeu du propriétaire, elle explique comment les conflits potentiels pouvaient être résolus. Il y avait d’ailleurs aussi une prison.
Que méritait un certain Charles Darrow qui dépose en 1933 les droits d’auteur du jeu et le baptise Monopoly, commence à le vendre dans les magasins de jouets et les grands magasins. Le jeu s’est finalement vendu à plus de 275 millions d’exemplaires et fait de Darrow un millionnaire, qui a roulé une femme bien plus subtile que lui.
La vérité apparaît enfin à Lizzie en 1936. C’était elle qui avait inventé le jeu, et elle pouvait le prouver. Elle vend finalement les droits d’auteur du Landlord’s Game à Parker Brothers pour un montant forfaitaire de $500, (environ$11.000 aujourd’hui).
Parker Brothers a également accepté de publier deux de ses autres jeux de société, King’s Men, un jeu d’association detuiles, et Bargain Day, un jeu de shopping. Ravie que ses idées atteignent un public plus large, elle écrit une lettre auxfrères Parker dans laquelle elle s’adressait au jeu du propriétaire comme s’il s’agissait d’une personne : « Adieu, mon idéebien-aimée. Je regrette de me séparer de toi (des jeux), mais je te donne à un autre qui pourra faire plus pour toi que jen’ai fait. »
Lizzie meurt à 81 ans en 1948 mais elle a vécu assez longtemps pour voir le succès durable d’un jeu basé sur sa propre invention, même si son nom avait été effacé pendant des années, et son idéologie de gauche s’est montrée atténuée.
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| Monopoly en couleurs, comme si je l'avais encore |
(*) Je me suis permis de reproduire quelques paragraphes de l’article que le Guardian avait édité il y a neuf ans avec le titre The secret history of Monopoly : The capitalist board game, left wing origins. Le Guardian lui-même avait largement extrait de l’ouvrage de Mary Pilon, The Monopolists : Obsession, Fury and the Scandal Behind the World’s Favorite Board Game, Bloomsbury, 2015. Le jeu existe en 26 langues dont : anglais, espagnol, portugais, italien, turc, allemand, français, coréen, japonais, arabe, chinois et même russe, hindou, croate, tchèque, islandais.
jeudi 30 mai 2024
Reconstruire Gaza : Le coût de la guerre
Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau
Hélas, ce n’est pas fini, mais voici deux articles du New York Times qui décrivent les ruines de Gaza.
375.000 habitations à restaurer dont 80.000 à reconstruire (*)
« La reconstruction de toutes les maisons détruites par l'offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza pourrait prendre jusqu'au siècle prochain si le rythme de reconstruction devait correspondre à ce qu'il était après les guerres de 2014 et 2021, selon un rapport des Nations unies publié jeudi.
« Citant des données du Bureau central palestinien des statistiques, le rapport de l'ONU indique qu'au 15 avril, quelque 370 000 maisons sont endommagées, et 79 000 de ces dernières sont détruites. Il faudrait 80 ans si ces habitations étaient reconstruites au même rythme que celui des deux guerres précédentes (projections du rapport du Programme des Nations Unies pour le développement et de la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l'Asie occidentale).
« Cette projection ne tient pas compte du temps qu'il faudrait pour réparer les centaines de milliers de maisons qui ont été endommagées mais pas détruites. »
37 millions de tonnes de débris à déblayer (**)
« La guerre d'Israël à Gaza a créé 37 millions de tonnes de débris (dont 800.000 tonnes d’asbeste et 7.500 tonnes de bombes non explosées, sans compter 10.000 corps), qui pourraient prendre plus d'une décennie à enlever, a déclaré un haut responsable du déminage de l'ONU.
« Près de sept mois après le début de la guerre, il y a en moyenne 300 kg de décombres par mètre carré de terrain a déclaré Pehr Lodhammar, l'ancien chef du Service national de lutte contre les mines pour l'Irak.
« Sur la base de la quantité actuelle de débris à Gaza, avec 100 camions, nous parlons de 14 ans de travail... pour enlever les débris (Lodhammar).
« Déblayer et reconstruire sera un travail lent et dangereux en raison de la menace des obus, des missiles ou d'autres armes enterrées dans des bâtiments effondrés ou endommagés. En moyenne, environ 10 pourcent des armes n'ont pas explosé lorsqu'elles ont été tirées et ont dû être retirées par des équipes de déminage (Lodhammar). »
Ces deux articles ne traitent que d’une partie des coûts de cette guerre. Il faudrait y ajouter la perte de revenus de l’ensemble des Gazaouis depuis plus de dix-huit mois et surtout les morts et les blessés. Malheureusement, les économistes ne sont pas bien équipés pour évaluer ces pertes humaines. Dans un blog d’il y a quelques années, l’un d’entre nous (***) avait discuté de l’évaluation des coûts de la guerre en Syrie pour la période 2010-2016 en y incorporant les pertes de vie et les souffrances encourues. Mais ici on entre dans le domaine du non-mesurable, de ce qui n’a pas de prix.
Pas de prix sans doute mais dans notre monde marchand tout a un prix. Les morts du 11 septembre 2001 entre les Tours Jumelles de New York se sont vus attribuer un prix, celui de l’indemnité accordée par l’état et les compagnies d’assurance, prix qui dépend du revenu qu’ils touchaient. Là est le problème. Dans un pays pauvre comme l’est la Syrie, les revenus sont faibles et du fait que l’évaluation de la valeur de la vie est liée au revenu, le coût de la guerre en termes de perte des vies humaines était faible (****). Le même raisonnement appliqué à la Palestine aboutirait sûrement à la même conclusion. Cela explique sans doute l’indifférence quasi générale des pays riches à l’égard de la souffrance des Syriens hier et des Palestiniens aujourd’hui.
jeudi 23 mai 2024
Les supervieux
Pierre Pestieau
Lorsqu'il est question de vieillissement, nous avons tendance à supposer que les facultés cognitives se détériorent avec l'âge. Nos pensées peuvent ralentir ou devenir confuses, ou nous pouvons commencer à oublier des choses, comme le nom de notre professeur d'anglais au lycée ou ce que nous voulions acheter à l'épicerie.
Mais ce n'est pas le cas pour tout le monde. Depuis un peu plus d'une décennie, les scientifiques étudient un sous-groupe de personnes qu'ils appellent les « supervieux » (1). Ces personnes sont âgées de 80 ans et plus, mais elles ont la capacité de mémoire d'une personne de 20 à 30 ans plus jeune.
Un article récent du New York Times (2) contribue à mettre en lumière ce que le cerveau des supervieux a de si particulier. La principale conclusion est que leur cerveau s'atrophie moins que celui de leurs pairs.
Les scientifiques ont constaté que les supervieux avaient plus de volume dans les zones du cerveau importantes pour la mémoire, notamment l'hippocampe et le cortex entorhinal. Ils avaient également mieux préservé la connectivité entre les régions situées à l'avant du cerveau et impliquées dans la cognition.
Les experts ne savent pas comment une personne devient un super-âgé, bien qu'il y ait eu quelques différences de santé et de mode de vie entre les deux groupes de l'étude espagnole. Les supervieux n'ont pas déclaré faire plus d'exercice à leur âge actuel que les adultes plus âgés typiques, mais ils étaient plus actifs à l'âge moyen. Ils ont également fait état d'une meilleure santé mentale.
Mais dans l'ensemble, il existe de nombreuses similitudes entre les supervieux et les personnes âgées ordinaires. Par exemple, il n'y avait pas de différences entre les groupes en ce qui concerne leur régime alimentaire, la durée de leur sommeil, leur parcours professionnel ou leur consommation d'alcool et de tabac. Certains des supervieux faisaient régulièrement de l'exercice, mais d'autres n'en avaient jamais fait ; certains s'en tenaient à un régime crétois, d'autres subsistaient grâce à des dîners télévisés ; et quelques-uns fumaient encore des cigarettes. Cependant, une constante au sein du groupe est qu'ils ont tendance à avoir des relations sociales fortes.
Ces supervieux ont probablement une sorte de prédisposition à la chance ou un mécanisme de résistance dans le cerveau au niveau moléculaire que les scientifiques ne comprennent pas encore, qui est peut-être lié à leurs gènes. On observe cela pour les supercentenaires dont la longévité n’est pas liée à un mode de vie exemplaire mais à une dotation génétique particulière.
Il est intéressant de lire la conclusion de l’article du New York Times : même s'il n'existe pas de recette pour devenir un supervieux, son auteur conseille une alimentation saine, une activité physique, un sommeil suffisant et le maintien de relations sociale. L’article est d’ailleurs accompagné d’une publicité en faveurs de nootropes (3), les nouveaux élixirs de jouvence.
jeudi 16 mai 2024
Mille milliards de cigales arrivent…
Victor Ginsburgh
Vous vous souviendrez sûrement de ces quatre vers très courts de Jean de la Fontaine à propos de la cigale :
et de la fourmi travailleuse qui avait refusé de nourrir la cigale à la fin de l’été, parce qu’elle ne s’était pas mise au travail plus tôt :
Il y a aussi le mythe provençal que la cigale a été envoyée par Dieu pour empêcher les siestes trop longues des paysans provençaux…
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| Cigale |
Dans le sud de la France, les cigales mâles cymbaliseront -- patois des cigales (*) -- moins en 2024. On pense qu’il s’agit du réchauffement climatique et des récentes vagues de chaleur. Comment elles le savent d’avance est un mystère. La cigale existe aussi en Belgique, mais les français, qui rabaissent toujours les belges, ont préféré l’appeler petite cigale ou cigalette.
Ce qui s’annonce aux Etats-Unis du Sud sera par contre en augmentation incroyable cette année-ci : il y aura 1.000.000.000.000, mille milliards de cigales. Si elles se mettaient l’une derrière l’autre, elles feraient une ligne d’un peu plus de 25,2 millions de kilomètres, soit 631 fois le tour de notre terre à l’équateur (**).
Pourquoi autant ? Parce que c’est la première fois depuis 1803 que la couvée XIX (originaire du Grand Sud) et la couvée XIII (originaires de l’Illinois du Nord) se sont mises ensemble. Il faut en profiter, parce qu’aucun de nous ne vivra encore lorsque les couvées XIX et XIII reviendront. Ce n’est en effet que dans 221 ans que XIX et XIII reviendront cymbaliser ensemble.
Ces premières petites mais nombreuses bestioles se sont annoncées à la fin du mois d’avril 2024. Il leur faut un peu de chaleur et beaucoup de pluie pour qu’elles sortent de terre. Ce sont les mâles qui commenceront à bourdonner pour trouver leur(s) compagne(s). Après l'accouplement, les cigales femelles creusent des fentes dans les branches des arbres et y pondent leurs œufs. Les œufs éclosent et de minuscules nymphes s'enfouissent dans le sol, recommençant le processus. Les bestioles se propagent dans une douzaine d’états du centre et du sud-américain (Midwest et South East) où elles peuvent vivre pendant six semaines.
Même si on peut les trouver désagréables, elles ne piquent pas, et ne sont porteuses d’aucune maladie. Elles ne volent pas très bien, font de piètres atterrissages, voyagent peu mais sont bonnes pour l’environnement, parce qu’une fois décomposés, leur corps pourvoie de la nourriture aux arbres qui en ont bien besoin. Mais il y a aussi un certain chef-coq du nom de Bun Lai (***) qui les prépare subtilement sous forme de sushi. Elles sont, prétend-il, délicieuses. Je n’en suis pas sûr et n’en dirai pas plus…
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| Bun Lai prépare ses "sushis aux cigales" |
jeudi 9 mai 2024
Gaza
Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau
Gaza ou Azzah qui, en hébreu, signifie « puissante » ou « lieu fortifié » a été, de temps à autre, une très belle ville au cours des trois ou quatre mille années de son existence, mais elle a sans doute été plus souvent dévastée que vivante. Son nom apparaît dans onze livres de l’Ancien Testament : la ville y est souvent détruite. En voici quelques exemples :
Alexandre le Grand entre dans Gaza en 332 av. J.-C. Il massacre la population, vend les survivants comme esclaves et pille les stocks de myrrhe et d’encens.
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| Floriste de Gaza |
Rien n’a beaucoup changé aujourd’hui. On entend parler d’enclave, de ghetto, de prison, de couloir, d’enfer. Peu importe les termes utilisés, on ne peut être que frappé par la lenteur que de nombreuses « belles âmes » ont mise pour se rendre compte de l’horreur de cette situation depuis plusieurs décennies. L’émoi que cause cette tragédie demeure contenu. Comment expliquer cette indifférence ? Ce n’est pas par manque d’information. Les journaux nous relatent constamment la situation infernale que connaissent les Gazaouis.
Une explication possible est que la plupart des gens coexistent depuis toujours avec leurs bandes de Gaza qui varient d’une personne à l’autre. Dans les pays qui ont pratiqué le colonialisme en toute impunité, il a fallu que l’on ferme les yeux sur bien d’exactions et d’horreurs. Et aujourd’hui, cela continue avec des cités ou vivent des enfants de l’immigration coloniale. Il est à cet égard intéressant d’observer qu’en Amérique du Nord, les propalestiniens les plus radicaux font une analogie entre la création et l’extension de l’État d’Israël et les politiques colonialistes et esclavagistes menées par la plupart des pays occidentaux. On peut penser qu’aux États-Unis, les propalestiniens se réveillent de temps à autre, quand les choses vont très mal. La société duale où les noirs continuent à vivre séparément des blancs et bénéficient de revenus nettement plus faibles persiste. Il en est de même en France où les jeunes issus de l’immigration vivent dans des cités et sont maltraités par le système économique et policier. Nous sommes à peine surpris de voir une indifférence au sort de ces minorités. On peut se demander :
« Qui a commis l’injustice [à Gaza] ? L’idéologie d’Israël, quant à ce processus de paix qui va à pas de tortue, continue de dicter aux Palestiniens les conditions de leur survie, conditions qui reflètent une vision historique fondée sur le postulat que les Palestiniens ne sont que les résidus des envahisseurs arabes de la terre d’israël, aussi doivent-ils reconnaître l’illégitimité de leur histoire et de leur présence dans leur patrie » (1).
On peut espérer qu’arrive ce qu’écrit l’historien Maurice Sartre (2) du passé de Gaza :
« Aujourd’hui associée à la tragédie palestinienne, la ville est riche de plus de trois mille ans d’histoire. Florissante, Gaza était au cœur des échanges commerciaux méditerranéens, concentrait les religions, accueillait les artistes et les intellectuels ».
jeudi 2 mai 2024
Se tirer une balle dans le pied
Pierre Pestieau
jeudi 25 avril 2024
Le client qui ne voulait pas quitter « son » hôtel…
Victor Ginsburgh
Ceci n’est pas un poisson d’avril, mais la traduction française raccourcie d’un très long et très drôle article daté du 24 mars dernier écrit par Matthew Haag, reporter au New York Times (*). Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas effrayés devant la longueur des débats et sont prêts à s’arracher les cheveux, le texte complet en anglais peut être lu à l’adresse suivante :
https://www.nytimes.com/2024/03/24/nyregion/mickey-barreto-housing-fraud.html
Un après-midi de juin 2018, un homme nommé Mickey Barreto s’enregistre à l'hôtel NewYorker (**) pour un séjour d'une nuit. Il paie 200,57 dollars pour la chambre. Il faut savoir que construit en 1930, le New Yorker est non seulement le plus grand hôtel de Manhattan, mais aussi le deuxième plus grand au monde.
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Façade de l’hôtel New Yorker |
Le lendemain matin, il ne quitte pas sa chambre et fait de l'ancien grand hôtel sa résidence à temps plein pendant les cinq années suivantes, sans jamais payer un dollar de plus.
L’histoire de la façon dont Barreto a gagné puis perdu les droits de la chambre no. 2.565 peut sembler invraisemblable, mais elle est vraie.
Voici, basé sur les règles particulières des hôtels de New York, ce qui s’est passé et a conduit l’hôtel à un calvaire de plusieurs années.
Adoptée en 1969, une loi a créé un système de réglementation des loyers dans toute la ville. Selon cette loi, le client d’un hôtel peut devenir résident permanent en demandant un bail à un tarif réduit.
Selon des documents judiciaires, Barreto aurait quitté sa chambre le lendemain matin, et salué un employé de l'hôtel à qui il aurait remis une lettre adressée au gérant : il voulait un bail de six mois. Ce qui lui est refusé.
Barreto se rend au tribunal du logement de New York et poursuit l'hôtel. Dans un premier temps, le juge statue en faveur de Barreto selon quoi son expulsion serait illégale.
Barreto retourne dans la chambre 2.565 quelques jours plus tard, en tant que résident. Le terme « possession » est mentionné en sa faveur dans le document juridique. Barreto a en fait reçu un « jugement définitif de possession ».
Avec l'ordonnance du juge en main, Barreto se rend dans les bureaux du département des finances de Manhattan pour mettre la chambre 2.565 à son nom, comme le ferait un nouveau propriétaire.
Entretemps, les propriétaires de l'hôtel intentent leur propre action en justice pour expulser Barreto, affirmant que l'hôtel était exempté de la disposition hôtelière de la loi sur le logement. Barreto dépose une demande d'acte qui est acceptée.
Dans l'après-midi du 17 mai 2019, près d'un an après sa réservation d’une nuit, Barreto est identifié dans les dossiers comme le propriétaire de l'hôtel, un bâtiment de 1,2 millions de pieds carrés (environ 110.000 mètres carrés). Barreto envoie une note de service à la M&T Bank (dont l'hôtel est un client) et demande que tous les comptes soient ouverts à son nom.
A la suite de pas mal de palabres entre Barreto, l’hôtel, la banque et bien d’autres intervenants, le « véritable » propriétaire de l'hôtel obtient enfin gain de cause. Un juge statue en faveur de l'hôtel et Baretto est expulsé de sa chambre.
Alors même que cette affaire d'expulsion suit néanmoins son cours devant le tribunal du logement, Barreto ne cesse pas de se présenter en tant que propriétaire. En septembre, il présente un autre acte attestant que l'hôtel a été transféré à son nom et que la ville de New York a accepté la transaction.
Une grande partie de l'histoire de Barreto est corroborée par des dizaines de kilos de dossiers judiciaires, mais après quelques années de palabres, Baretto est définitivement expulsé de sa chambre (et de la propriété de son hôtel). Il est arrêté et traduit en justice devant un tribunal de Manhattan pour 24 chefs d'accusation – dont 14 chefs de fraude criminelle – dans ce que les procureurs ont déclaré être un stratagème criminel visant à revendiquer la propriété de l'hôtel. Le transfert a fini par faire perdre à l'hôtel quelque 2,9 millions de dollars de sa facture d'impôt foncier.
Barreto attend maintenant son procès devant la Cour suprême de l'État de New York et risque quelques années de prison s'il est reconnu coupable.
Voici, en attendant les résultats du procès, une photographie du modeste hôtel qui avait coûté $ 200,57 à Monsieur Barreto.
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L’hôtel New Yorker |
(*) Matthew Haag a interviewé Mickey Barreto pendant une demi-douzaine d’heures et a passé une nuit au New Yorker Hotel.
(**) Les détails de l’hôtel peuvent être trouvés sur https://en.wikipedia.org/wiki/Wyndham_New_Yorker_Hotel#:~:text=The%20hotel%20building%20is%20owned,operated%20by%20Wyndham%20Hotels%20%26%20Resorts. Plusieurs pages et 219 notes de bas de page sont étonnantes à lire. Cherchez si le nom de Barreto figure dans une ou plusieurs de ces notes.
jeudi 18 avril 2024
Cobaye malgré soi..
Pierre Pestieau
jeudi 11 avril 2024
Existe-t-il encore des visiteurs dans les musées de Gaza, des blessés dans les hôpitaux de Gaza ? La ville de Gaza elle-même existe-t-elle encore ?
Victor Ginsburgh
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| Intérieur dans un Musée de Gaza |
Ce musée d’art semble survivre, comme survivent les quelques palestiniens qui le visitent encore. Sur un grand mur, plus de cent artistes gazaouis ont exposé leurs œuvres tristes aux visiteurs tout aussi tristes. Au sol, de vrais débris, ou peut-être une œuvre qui représente des débris autour desquels les « visiteurs » peuvent se promener, comme si la ville détruite n’y ressemblait pas.
Sur le mur bleu qui fait penser au ciel et à la mer de Gaza, des tableaux qui évoquent la vie, mais aussi la mort. On y voit des cactus, des instruments de musique, des chats, des vaches, et même une femme-chat, un personnage de fiction de l’univers Batman. Tout cela pendant qu’un drone israélien “vole” au-dessus des œuvres et de leurs visiteurs, pour être sûr que ces derniers soient bien surveillés, voire éliminés (1).
Le 15 mars dernier, j’ai essayé de voir plus que ce qui figure sur la photographie de l’intérieur du musée. Inutile de dire que je n’ai pas pu y avoir accès. Il n’y a pas que des gazaouis qui meurent, mais aussi leurs œuvres et sans aucun doute les murs de leur musée.
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| Un des musées de Gaza |
Et voici un autre type de destruction. Cette fois-ci il s’agit du plus grand hôpital de Gaza (Al-Shifa). Un peu plus compliqué, puisque les pauvres soldats israéliens ont été obligés d’y mettre deux semaines…
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| Ce qui reste après deux semaines du plus grand hôpital de Gaza |
Par ailleurs, si l’on peut dire, “le chef du renseignement militaire israélien a déclaré que des jours complexes les attendent et qu’il n'est pas certain que le pire soit derrière eux dans la guerre, sans préciser s'il parlait de Gaza ou de la frontière israélo-libanaise” (2). Pauvre Netanyahou qui doit penser à tout… Heureusement il y a pensé. Voici comme toujours, dans la soie :
"Les étages du service de chirurgie ont été laissés ouverts au vent, les murs ont été soufflés et l'équipement enseveli sous des monticules de débris. Le pont reliant les deux bâtiments n'est plus là, et l'esplanade qui les séparait - autrefois une allée circulaire s'enroulant autour d'un belvédère - a été transformée par des véhicules blindés israéliens en un terrain vague d'arbres déracinés, de voitures renversées et d'une ambulance à moitié écrasée" (3).
La Ville Détruite me fait penser à l’œuvre que l’artiste franco-russe Ossip Zadkine (1890-1967) avait consacré à la ville de Rotterdam dont le centre médiéval avait été détruit par le bombardement allemand du 14 mai 1940.
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| La Ville Détruite |
Où est l’artiste (juif, comme Zadkine) qui aura le courage d’en faire de même quand Gaza n’existera plus?
(1). Simon Pierre, Mosquées, églises, musées... Le patrimoine culturel de Gaza ravagé par le conflit israélo-palestinien, 29 décembre 2023 et Caitlin Procter, Israel is systematically destroying Gaza’s cultural heritage, March 3, 2024.
(2). Emanuel Fabian, Le chef des renseignements aux soldats : Israël est confronté à ‘des jours complexes’, il n’est pas certain que le pire soit derrière nous, The Times of Israel, 4 avril 2024.
(3). Patrick Kinglsey, Israeli army withdraws from major Gaza hospital, leaving behind a wasteland, The New York Times, April 2, 2024.
























