jeudi 14 octobre 2021

Faut-il être femme pour traduire une femme ?

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Pierre Pestieau.


Le mouvement Woke ("éveillé") a pris de l’ampleur aux Etats-Unis dans les années 2010. Ce mouvement fait référence à un état d’éveil face à l’injustice. Le concept s’est répandu lors du mouvement Black Lives Matter pour dénoncer les actes de ségrégation raciale et de discrimination à l’égard des Noirs américains. Il s’applique aussi à la cause des femmes à la suite de la mouvance Me Too. A première vue, rien a redire. Qui pourrait s’opposer à plus de justice ? Sauf quand ce mouvement donne l’impression de déraper.

Il y a quelques mois, on a assisté à une polémique concernant le choix d’une traductrice blanche approchée pour traduire en néerlandais des poèmes d’Amanda Gorman, la poétesse noire choisie par Joe Biden pour son investiture (1). Au cœur de cette polémique, une question simple : Faut-il être noir pour traduire un Noir ? Cette question fait référence à un concept qui est apparu comme une émanation du mouvement Woke, à savoir celui d’appropriation culturelle. Ce concept désigne l'utilisation d'éléments matériels ou immatériels d'une culture par les membres d'une autre culture. Il englobe l'acquisition d'artefacts d’autres cultures par des musées occidentaux mais aussi la critique littéraire et artistique d’œuvres dont l’auteur.e appartient à une autre culture, le plus souvent avec une connotation d'exploitation et de domination.



Il est facile de rejeter de telles réactions en les jugeant trop radicales, injustes, extrêmes. Pour traduire une œuvre littéraire, il faut remplir beaucoup de conditions qui dépassent la seule dimension linguistique. Surtout quand cette œuvre témoigne d’une souffrance. Il faut une réelle empathie avec la victime de cette souffrance mais cette empathie peut venir d’autres horizons. Frantz Fanon qui en 1954 a pris fait et cause pour l’Algérie opprimée contre la France coloniale n’était pas algérien. C’est dans sa Martinique natale qu’il a puisé son énergie, son courage et sa lucidité et qu’il a trouvé l’inspiration pour écrire son chef d’œuvre Les damnés de la terre.

L’idée d’appropriation culturelle bien que souvent poussée trop loin nous interpelle. Comme économiste, il m’arrive fréquemment de tomber sur un article ou un projet de recherche dans lequel un chercheur traite depuis son confortable bureau de Harvard ou d’Oxford du sort de la femme noire ou des victimes de la malaria en Afrique, de la mobilité sociale au Brésil ou de l’ethno-nationalisme au Bengale. A la lecture de ces textes, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils leur manque quelque chose de fondamental pour traiter de ces problèmes. On m’objectera qu’il n’existe pas de personnes qualifiées dans les pays concernés pour étudier scientifiquement ces sujets ou encore que ces chercheurs ont visité les pays en question. Sans doute. Il demeure que j’éprouve un certain malaise à lire ces travaux et surtout leurs conclusions, qui me semblent manquer d’empathie et être souvent empreintes de paternalisme.

Cette questions de l’appropriation culturelle se pose dans d’autres domaines. Peut-on parler de discrimination ou de pauvreté si l’on n’a pas souffert soi-même de discrimination ou de pauvreté ? Pour conclure sur une note plus légère, que de fois n’ai-je entendu la phrase : « Il faut avoir été joueur pour être un bon arbitre de football». Est-ce si sûr ?


(1). https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/03/03/polemique-autour-de-la-traduction-de-la-poete-amanda-gorman-aux-pays-bas_6071851_3246.html

jeudi 7 octobre 2021

Sodome et Gomorrhe

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Victor Ginsburgh 

Ouf, nous ne pouvons qu’être heureux, c’était moins grave que ce que nous pensions. Les horreurs commises par les habitants de Sodome et de Gomorrhe et leur punition par Yahveh n’ont pas existé. Il faut vraiment croire que les écrivains de la Bible ont voulu nous faire une blague plutôt salace.

On vient de découvrir que les deux cités de Sodome et de Gomorrhe ont été détruites, il y a 3.600 ans, par un petit astéroïde qui se promenait à la vitesse de 61.000 Km par heure (1). Ledit astéroïde a explosé à quelque 4 Km de la terre. Son explosion avait la puissance de 1.000 bombes atomiques, style Hiroshima. La température au sol a rapidement augmenté à 2.000 degrés centigrade. Ces chutes de corps néanmoins célestes ont liquidé les habitants (à l’exception de Lot et de sa femme), comme l’ont fait ceux qui sont tombés à Tunguska (Sibérie) et Chicxculub (Mexique) qui ont signé la fin des dinosaures. A Sodome et Gomorrhe, les dinosaures, c’était des femmes et des hommes.

John Martin. La fuite de Lot et de sa femme (1852)

 Si ces données sont exactes, il aurait été difficile aux habitants des deux villes de faire ce dont on les accuse et le pourquoi de la punition de Yahveh qui a tué les sodomistes ou les sodomiseurs par le feu. Ils sont morts certes, mais sans avoir péché.

Ce n’est pas la première, ni la dernière fois que la Bible comprend mal ce que Yahveh nous reproche. Dans ma bibliothèque, j’ai deux livres qui vivent côte à côte, et ne se disputent pas trop. Le titre du premier est La Bible a dit vrai (2) — faut bien dire qu’il date un peu et que, Paul Claudel, pour autant que vous vous souveniez de lui, a fait une conférence portant sur « La Bible devant la Science » dans laquelle il fait référence à l’ouvrage.

L’autre est La Bible dévoilée (3) écrit par deux archéologues israéliens, dont l’introduction précise que « le panorama historique de l’ancien Israël diffère sensiblement de celui auquel nous avons été formés ».

Ce qui ne m’empêche pas de flâner avec beaucoup de plaisir dans mes cinq versions de la Bible, dont quatre sont en français. En particulier, notons la récente et très belle traduction en français (4) et celle de Chouraqui (5), rude, mais la plus proche, dit-on, du texte araméen.

Pour en revenir à la réalité, voici quelques histoires qui, comme ce qui s’est passé à Sodome et Gomorrhe se sont avérées fantaisistes. Et de fait, on sait aujourd’hui :

(a) Que les Juifs de la Sortie d’Egypte, sont passés par le canal de Suez pendant sa construction entre 1859 et 1869. Le futur canal était quand même plus étroit que la Mer Rouge et presque à sec, comme ce que montre la photographie, authentique, elle.

La sortie d’Egypte

(b) Que Jésus marchant sur les eaux du lac de Tibériade s’est passé quand ledit lac était sec, après un très long et très chaud été, ou gelé après un hiver difficile, ce qui est plus rare en terre d’Israël.

Notez quand-même que ces deux événements sont des histoires d’eau.


(1) 20 auteurs, A Tunguska sized airburst destroyed Tall el-Hammam a Middle Bronze Age city in the Jordan Valley near the Dead Sea, Nature, September 20, 2021.
(2) Charles Marston, La Bible a dit vrai, Paris: Plon, 1956
(3) Israel Finkelstein et Neil Silberman, La Bible dévoilée, Paris: Gallimard, 2001.
(4) La Bible, Nouvelle traduction, Paris: Ed. Bayard, 2001.
(5) La Bible, Traduction d’André Chouraqui, Paris: Desclée de Brouwer, 1985.


jeudi 30 septembre 2021

Un millionnaire est-il un riche ?

3 commentaires:
Pierre Pestieau


Cette question ne m’empêche pas de dormir, mais je me la suis posée suite à la publication à la mi-juin d’articles dans la presse commentant un rapport du cabinet Capgemini (1). Ce rapport révélait qu’en 2020 la Belgique comptait 133.600 millionnaires en dollars, contre 132.700 en 2019. Mais qu’est-ce qu’un millionnaire ?

Un millionnaire est un individu dont le patrimoine est égal ou supérieur à 1 million d'unités d'une monnaie donnée. Comme la devise belge est l’euro, cela veut dire que ces 133.600 personnes possèdent plus de 850.000 euros. En d’autres termes, certains de ces millionnaires sont des imposteurs.
On peut utiliser différentes bases pour calculer la richesse d'un individu :
  • Le patrimoine net, base la plus couramment utilisée, c'est-à-dire la valeur de tous les biens, moins les dettes. 
  • Le patrimoine brut, qui ne prend pas les dettes en compte.  
  • Le patrimoine net dont on déduit aussi la résidence propre.

C’est cette dernière mesure qu’utilise Capgemini, ce qui veut dire que leur estimation est sous-évaluée dans la mesure où la résidence propre constitue une part important du patrimoine et que dans certaines régions du pays elle peut valoir plus d’un million d’euros. 

 

 Autre remarque, ce sont les ménages qui possèdent ce patrimoine ; en d’autres termes, pour connaître la fraction de millionnaires en dollars que compte la Belgique, il faut diviser le nombre 133.600 par le nombre de ménages et non par la population. Il y aurait un peu moins de 5 millions de ménages en Belgique.

Quand j’étais jeune, un millionnaire me paraissait comme quelqu’un qui avait une richesse inatteignable. Pourtant, un million de francs, ça fait 25.000 euros. Naturellement, ce n’est pas correct. Si l’on prend comme convertisseur la valeur du pouvoir d’achat, être millionnaire en francs en 1950 serait équivalent à posséder environ 500.000 euros aujourd’hui. Le passage du franc à l’euro a changé notre perception de la richesse. En France certains jeux ou loteries sont passés d’un premier prix d’un million de francs à un million d’euros, soit sept fois plus. Il arrivait parfois que le prix de la participation à une loterie était calculé en nouveaux francs alors que les prix étaient donnés en anciens francs.

Il existe peu d’estimations de la richesse des Belges. Outre Capgemini, il y a le Crédit Suisse qui publie régulièrement son « Global Wealth Report » (2). D’après le plus récent, avec un patrimoine médian de $230.550, les Belges se situent au 2ème rang mondial, alors que leur patrimoine moyen s’élève à $351.230, ce qui les situe au 7ème rang. Toujours d’après le même rapport il y aurait 515.000 millionnaires en dollars en Belgique. Ce chiffre est nettement plus élevé que celui de Capgemini parce qu’il prend une définition plus large de la richesse.



Faites-vous partie des 50% des Belges les plus aisés? Si votre patrimoine (immobilier inclus, dettes déduites) est supérieur à 195.292 euros ($230.550), alors vous en faites partie.
Le rapport entre la richesse moyenne et la richesse médiane est faible, plus faible que dans les autres pays européens. Cela confirme d’autres études (3) indiquant que l’inégalité du patrimoine n’est pas élevée en Belgique. En effet le rapport entre moyenne et médiane est une façon de mesurer l’inégalité de la richesse.

Jusqu’à présent j’ai éludé de répondre à la question du titre. Il me semble clair qu’un ménage qui dispose d’un million d’euros n’est pas dans la dèche. En même temps, si le logement principal représente l’essentiel de son patrimoine et si ses revenus sont relativement faibles, ce qui est le cas de nombreuses personnes âgées qui détiennent une importante partie du patrimoine national, il lui serait difficile de s’acquitter d’un impôt sur le patrimoine. C’est cette difficulté qui a conduit à la suppression de l’ISF en France, il y a quelques année. Au moment de sa suppression, le minimum taxable était de 1,3 millions d’euros. A cette époque, un certain nombre de logements à Paris et dans de grandes villes valait autant.

Déterminer le niveau de richesse à partir duquel on est qualifié de riche est arbitraire. Mon sentiment est que ce montant devrait évoluer au même rythme que le PIB ou la richesse nationale. Mais cela n’est guère accrocheur.

Il vaudrait peut être mieux décider que les riches représentent une minorité spécifiée de familles. Par exemple, les 2% détenant les plus haut montant de richesse. Vermeulen (2018) observe qu’il y a 2% de Belges qui possèdent plus de 2 millions d’euros, 6% plus d’un million d’euros et 20% plus de 500.000 euros. Une autre façon de déterminer qui est riche et qui ne l’est pas serait d’adopter, comme pour la pauvreté, un seuil (4). En l’occurrence, serait riche toute personne qui détient un patrimoine supérieur à dix fois le patrimoine médian. Si l’on prend ceux qui sont vraiment des ultra riches, à savoir les milliardaires, il y en aurait 3 en Belgique selon la dernière édition du Magazine Forbes.

 

jeudi 23 septembre 2021

Talibans et Juifs

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Victor Ginsburgh


Les Talibans seraient-ils des descendants d’une de tribus dites perdues d’Israël ? Ce n’est pas moi qui pose la question, mais Michael Freund (1), un activiste politique israélien qui s’intéresse aux individus qui se disent Juifs, y compris ceux qui descendent des dix tribus perdues d’Israël, et essaie de les aider à s’installer en Israël.

L’Afghanistan est depuis longtemps un mystère de l’histoire juive, écrit Freund. Il se pourrait que les tribus pachtounes, dont les Talibans font partie, soient une de ces tribus qui ont été exilées par l’Empire assyrien il y a quelque 2.700 ans.

Les quelques dix millions de Pachtounes qui vivent au Pakistan, en Afghanistan et en Inde et forment plusieurs centaines de tribus ou clans, ont fièrement préservé leur héritage. Avant la naissance du fondamentalisme islamique dans la région, certains de ces clans se considéraient depuis longtemps comme des Bani Israel (fils d’Israël en hébreu). Et bon nombre d’historiens européens qui ont visité la région, en étaient convaincus.

Dans Histoire des Afghans, Joseph-Pierre Ferrier (2) raconte qu’un des chefs d’une des tribus pachtounes, les Usefzai (fils de Joseph) a présenté au shah de Perse une bible écrite en hébreu et divers objets de leur ancien rite qu’ils avaient préservés. Plus récemment, dans son ouvrage sur des communautés juives lointaines, Yitzhak Ben-Zvi qui a été Président de l’État d’Israël de 1952 à 1963, souligne que dans des interviews qu’il a conduites parmi les Juifs Afghans qui avaient fait leur aliyah (retour en Israël, en hébreu), « les tribus afghanes, parmi lesquelles les Juifs ont vécu pendant des générations, sont des musulmans qui ont retenu les traditions de leur ascendance juive » (3). Tout en étant circonspect, il ajoute que « le fait que cette tradition a persisté doit être envisagé avec beaucoup de considération ».

L’historien israélien, Yal Be’eri spécialiste des Pachtounes a comparé certaines de leurs traditions aux traditions juives, en particulier, la circoncision au huitième jour après la naissance, l’interdiction de mélanger la viande et le lait, l’allumage des bougies la veille du Shabbat ou encore le lévirat, mariage où le frère d’un défunt épouse la veuve de son frère, afin de poursuivre la lignée du frère.

L’anthropologue israélienne Shalva Weil professeur à la Hebrew University Jerusalem considère que le lien entre Pachtounes et les tribus perdues d’Israël est particulièrement convaincant : « alors que les générations anciennes de Pachtounes ne cachaient pas leur ascendance juive, les générations plus récentes ont abandonné ce savoir à la lumière de la constellation politique actuelle » (4).

Étrange paradoxe. Après tout, pourquoi ne pas les autoriser à s’installer en Israël, plutôt qu’en Afghanistan ? Même s’ils ne sont pas Juifs, ils sont de fins guerriers…


(1). Michael Freund, Are the Talibans descendants of Israel?, The Jerusalem Post, Sptember 9, 2021.
(2). Joseph Pierre Ferrier, History of the Afghans, Blackwell Andesite Press, 2007.
(3). Itzhak Ben-Zvi, The Exiled and the Redeemed, Philadelphia : Jewish Publication Society of America,1957.
(4). Shalva Weil, The Israelite connections of the Taliban, AfricaNewsAnalysis, September 8, 2011.

jeudi 16 septembre 2021

La vieillesse, 50 ans après

4 commentaires:

Pierre Pestieau

 

En 1970, Simone de Beauvoir publie un ouvrage qui attire l’attention parce qu’il aborde un sujet jusqu’alors négligé : La vieillesse (1). Elle reconnaît d’ailleurs: « Quand je dis que je travaille à un essai sur la vieillesse, le plus souvent on s’exclame “ Quelle idée […] Quel sujet triste ” ». 

Pas seulement triste, c’est une sorte de secret honteux dont il est indécent de parler, et on lui a reproché d’avoir enfreint ce tabou dans le récit des dernières années de Sartre, La cérémonie des adieux, publié en 1981 (2). En 1970, Simone de Beauvoir a 62 ans, un âge où la femme se considère déjà comme âgée. L’espérance de vie des femmes est alors de 75,9 ans et celle des hommes de 68,4. Un demi-siècle plus tard, elle est de dix ans plus élevée pour les deux. 

Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre

La vieillesse est sans conteste un livre qui date à plusieurs égards. En 50 ans, la réalité a changé. Les connaissances scientifiques ont aussi changé. Aujourd’hui on peut parler de deux vieillesses : le troisième âge où l’on reste actif, en relative bonne santé, et le quatrième âge où apparaissent les problèmes de dépendance. Elle écrit : « L’immense majorité des hommes accueillent la vieillesse dans la tristesse ou la révolte. Elle inspire plus de répugnance que la mort même ». Cette affirmation fait sourire quand on sait que cette période est celle où la majorité des gens se disent heureux. 

C’est surtout le point de vue particulier de l’auteure qui frappe, celui d’une intellectuelle bourgeoise qui propose, comme clés d’une vieillesse réussie, la santé et la culture. Il demeure que ce livre a l’immense qualité de souligner les différences entre hommes et femmes qui prévalent dans la vieillesse et de rappeler que la qualité de vieillesse résulte souvent de celle de la vie active.


Pour Simone de Beauvoir, la vieillesse est un temps où la femme prend une revanche partielle sur l’homme qui l’a infériorisée tout au long de sa vie. Pour l’homme coupé du travail, il y a cassure à la retraite, surtout quand il a eu du pouvoir et des responsabilités. Il devient plus radicalement que la femme un pur objet, voire une charge. Affectée aux tâches domestiques, la femme, elle, continue ses activités à la maison, tandis que le vieil homme se sent mis au rebut et souffre de son changement de situation. A l’occasion de la vieillesse, les femmes peuvent utiliser à bon escient leur nouvelle liberté : « Toute leur vie soumises à leur mari, dévouées à leurs enfants, elles peuvent enfin se soucier d’elles-mêmes ». Si les femmes peuvent éventuellement trouver une compensation tardive à leur situation infériorisée, et même une forme de revanche, c’est encore dans un périmètre restreint et le plus souvent au sein de la maison dans des besognes traditionnelles, ce qui ne constitue pas pour Simone de Beauvoir un idéal.

A propos de la classe laborieuse,  Simone de Beauvoir observe que la société essaie bien imparfaitement et maladroitement de compenser, aux travers des retraites à peine décentes, une vie active ingrate. « Des individus exploités, aliénés, quand leur force les quittent deviennent finalement des rebuts, des déchets ». Elle ajoute « Tous les remèdes qu’on propose pour pallier la détresse des vieillards sont si dérisoires : aucun d’eux ne saurait réparer la systématique destruction dont ils ont été victimes pendant toute leur existence. »


(1). Simone de Beauvoir,  La vieillesse  Gallimard, 1970.
(2). Simone de Beauvoir,  La cérémonie des adieux  Gallimard, 1981.