mercredi 8 juin 2016

Brexit et détrônement de la langue anglaise

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Victor Ginsburgh

Si le Brexit se produit, il y aura aussi un effet, peu décrit à ma connaissance, sur l’importance et le rôle de la langue anglaise dans l’Union Européenne.

En 2005 (1), l’UE compte 489 millions d’habitants, dont 182,5 millions connaissent raisonnablement bien l’anglais ; les autres langues les plus utilisées dans l’UE sont l’allemand (128,5 millions), le français (100,7 millions) l’italien (68,4 millions) l’espagnol (57,2 millions) et le polonais (43,5 millions). Ces chiffres tiennent compte des populations pour lesquelles ces langues sont maternelles et de ceux qui l’ont apprise comme langue étrangère (1).

Le Tableau 1 reproduit les détails pour chacune de ces langues. Les trois premières lignes donnent le nombre de locuteurs de la langue maternelle, de la langue acquise et le total. La ligne « locuteurs en GB » concerne ceux qui parlent les six langues en Grande Bretagne : l’anglais est maternel, les autres langues acquises. Ceci nous permet de calculer, dans la dernière ligne, le nombre de locuteurs qui restera dans l’UE en cas de Brexit.

Tableau 1: Nombre de locuteurs (en millions)















Anglais
Allemand
Français
Italien
Espagnol
Polonais














Langue maternelle
64,1
91,2
65,0
58,5
43,0
38,3
Langue acquise
118,4
37,3
35,7
9,9
14,2
5,2
Total
182,5
128,5
100,7
68,4
57,2
43,5







Locuteurs en GB
60,0
1,1
5,4
0,6
1,2
0
Locuteurs UE si Brexit
122,5
127,4
95,3
67,8
56,0
43,5







Notes: Pays où la langue est maternelle: Anglais: Grande Bretagne et Irlande; Allemand: Allemagne, Autriche, Luxembourg; Français: France, Belgique, Luxembourg; Italien: Italie; Espagnol: Espagne; Polonais: Pologne.

jeudi 2 juin 2016

J. M. Coetzee, Prix Nobel de Littérature au Festival Palestinien de Littérature

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Victor Ginsburgh

Ce matin, La Libre a publié côte à côte deux articles sur la situation en Palestine-Israël. Sur la page de gauche, un article de M. Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles, sur la page de droite, mon article. C’est un hasard qui tombe bien pour moi, parce qu’il sera lu, sans doute à peu près autant que celui de M. Guigui.

L’article du Rabbin est intitulé « Si je t’oublie Jérusalem.. » et contient les intertitres suivants :

« Une récente résolution de l’Unesco vise à effacer toute légitimité historique, géographique et géopolitique à l’Etat juif. Opposons-nous à cette falsification de l’histoire. Il existe des procédures d’annulation de résolution onusienne » et

«  Pourquoi n’a-t-on pas entendu la voix de nos frères chrétiens dénoncer cette atteinte honteuse à l’histoire juive et chrétienne ? Pourquoi le Souverain pontife est-il resté étrangement muet ? ».

Mon article s’intitule « Un prix Nobel entre Afrique du Sud et Jérusalem » ; il est accompagné des intertitres suivants :

« En Afrique du Sud, un homme, Frédéric de Klerk, s’est levé contre la ségrégation. En Israël, un homme, Benjamin Netanyahou, vient de nommer un extrémiste au poste de ministre de la Défense »
et

« 1948-1991 : Quarante-trois ans de massacres et de terreur exercée par les Blancs sur les Noirs. 1967-2016 : quarante-neuf ans d’occupation et de terreur exercée par le Juifs sur les Arabes de Palestine et d’Israël ».

***
Voici le texte complet de mon article.

Quelle assurance dépendance ?

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Pierre Pestieau

Il existe de par le monde différents types d’assurance dépendance. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans des blogs précédents, le marché de l’assurance dépendance est peu répandu. En Belgique, il est quasiment impossible de trouver un assureur qui offre un contrat d’assurance dépendance. Les assureurs se plaignent de la faiblesse de la demande et les assurés potentiels se disent insatisfaits de l’offre qui leur est faite, particulièrement des formules de compensations existantes qu’ils trouvent chères et peu assurantielles.

Il existe différentes formules de mécanismes de compensation. J’en retiendrai quatre : (i) la formule forfaitaire; (ii) la formule indemnitaire; (iii) le remboursement avec franchise et (iv) le remboursement à durée limitée. Dans le cadre d’une assurance forfaitaire, la personne dépendante reçoit en compensation une somme fixe, dont le montant dépend de la gravité estimée du sinistre et des primes versées. Elle est libre d’utiliser ce montant à sa guise. Rien ne garantit qu’il suffise à la réparation du dommage, à savoir financer les coûts divers de la dépendance. En général ces montants forfaitaires sont nettement insuffisants. Une personne qui réside dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD en France ; MRS en Belgique) coûtant 4000 euros par mois en recevra au mieux le quart (1). La formule forfaitaire est largement pratiquée en France.

mercredi 25 mai 2016

D’un aéroport à l’autre

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Victor Ginsburgh

Je suis parti en voyage. Pas comme mon collègue blogueur Pierre, à Washington, Nairobi, ou Adis Abeba. A Genève tout simplement, comme Voltaire, mais pas en exil, puisque j’en suis revenu le lendemain. Et pas en calèche comme lui, mais en avion. J’ai donc fréquenté deux aéroports, Bruxelles et Genève.

Cela reste un peu compliqué d’arriver au terminal d’embarquement à Bruxelles. Il faut marcher beaucoup, mais la marche est bonne pour tout le monde ; il y a un peu plus de contrôles, mais pas trop, et on peut encore traverser tout le duty free shop de part en part, ça sent bon les parfums divers, ainsi que les chocolats de toutes origines belges, et françaises, beaucoup moins bonnes évidemment. Et on voit mais on ne sent pas les centaines de bouteilles d’alcool et de vin, qui sont d’ailleurs affichées à des prix comparables à ceux de Delhaize ou de Carrefour.

Est-il interdit d’interdire ?

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Pierre Pestieau

Drogues et pornographie, voilà un drôle de couple pour un blog. C’était, il y a quelques semaines, parcourant la presse de Washington, je suis tombé sur deux interrogations : faut-il légaliser les drogues et faut-il interdire la pornographie ? On notera en passant que si dans de nombreux pays, les premières sont interdites et la seconde ne l’est pas, dans d’autres, c’est l’inverse. Le point de départ de ces deux interrogations est, comme souvent en la matière, la publication de rapports d’experts de renommée internationale et à l’intégrité insoupçonnable sur les dangers ou le caractère (in) ou offensif de ces deux pratiques.

Interdire, décourager, tolérer, dépénaliser, légaliser avec ou sans encadrement, qu’il s’agisse de la prostitution, de l’avortement, de la consommation de tabac et d’alcool, de l’usage de drogues douces ou dures, de la pornographie, ce sont des questions qui se posent depuis la nuit des temps avec des réponses qui sont rarement satisfaisantes et qui dans la pratique varient d’un pays à l’autre. On peut aborder ces questions sous trois angles différents.

mercredi 18 mai 2016

Nombreux à gagner un peu et peu nombreux à perdre beaucoup I

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Pierre Pestieau

J’ai récemment eu l’occasion d’assister à un séminaire donné à la Banque Mondiale par David Autor professeur d’économie au MIT sur ce que l’on pourrait appeler l’économie politique du libre échange et plus particulièrement sur les avantages que la Chine et les Etats Unis peuvent en tirer. L’essentiel de son propos était de montrer que depuis plusieurs décennies la grande majorité des américains bénéficient de la globalisation sous la forme de prix extrêmement bas pour de nombreux produits: textiles, électroniques, jouets, … mais que le prix à payer pour cela est la fermeture de nombreuses industries, ce qui pousse au chômage des milliers d’Américains.

Nombreux à gagner un peu et peu nombreux à perdre beaucoup II

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Victor Ginsburgh

Mes observations sont suscitées par le blog de Pierre Pestieau, mais examinent le problème qu’il soulève sous un autre angle.

La globalisation et l’ouverture des marchés — souvent obtenues en réduisant ou en supprimant les droits de douane ou encore en laissant les poulets américains, trempés dans les chlore, franchir la frontière entre les Etats-Unis et l’Europe, comme cela risque d’être le cas si le TTIP se réalise — a essentiellement pour but d’augmenter le bien-être global de l’ensemble des participants. C’est en tout cas ce que dit le « premier théorème de bien-être » de l’économie classique. Mais il ne dit pas que chaque citoyen en sortira gagnant. Le « deuxième théorème » vient à notre secours en ajoutant que le l’augmentation globale de bien-être est suffisante pour permettre une redistribution des gains, de façon à augmenter le bien être de chaque citoyen.

lundi 16 mai 2016

Réflexions d’un désabusé

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Pierre Pestieau

Il n’a pas que l’économie qui peine à résoudre les problèmes d’aujourd’hui et à anticiper ceux de demain. L’historienne et psychanalyste Elisabeth Roudinesco (1) portait récemment un jugement sévère sur la vie intellectuelle de la France, passée en trente ans des maîtres-penseurs de gauche au triomphe des essayistes ultra droitiers.

Pour expliquer l’éclipse publique de la pensée de gauche elle ne met pas tant l’accent sur l’échec du communisme réel que sur la révision de l’histoire moderne qui a vu certains historiens expliquer que 1917 était déjà 1789 et les « nouveaux philosophes » affirmer que le goulag était déjà dans Marx. A partir de ce moment-là, on s’est mis à rejeter l’idéal révolutionnaire qui avait été porté pendant la seconde moitié du XXe siècle par les intellectuels de gauche. Ce travail de destruction a conduit à voir en Sartre un suppôt du totalitarisme et à juger que la révolution russe était pire que le nazisme. Tout cela s’est instauré tranquillement, escorté par le triomphe du libéralisme économique et l’on s’est mis à bannir tout ce qui avait porté l’idéal progressiste des masses populaires.

Qui a peur de l’Islam ?

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Victor Ginsburgh

Un récent article paru dans les blogs du Council on Foreign Relations (1) analyse des données sur la violence islamiste qui devraient nous rassurer. Peut-être pas sur ce qui se passe au Moyen-Orient — 20 millions de personnes déplacées par les conflits en Syrie, Yémen et Irak en 2015 (2) — ou en Afrique, mais certainement sur l’impact réel que le phénomène a dans nos pays. Mais, assommés que nous sommes par la désinformation, nous tombons facilement dans le catastrophisme, comme le font les Américains.

Cinquante et un pourcent de ces braves ont en effet peur qu’un des membres de leur famille puisse trouver la mort dans une attaque terroriste d’origine islamiste, alors qu’il n’y a pas eu la moindre attaque de ce type sur le sol américain depuis le 11 septembre 2001 (3). Par contre, les radicaux d’extrême droite (suprématistes blancs, extrémistes anti gouvernementaux, extrémistes islamistes de nationalité américaine et extrémistes anti avortements) ont tué 52 personnes en 2015 sur le sol américain, chose que les média évitent de raconter (4). Entre 2008 et 2012, 81 pourcent du terrorisme domestique était faussement qualifié d’islamiste par les 8 chaînes importantes de télévision, bien que sur les 63 attaques, une seule ait été faite par un extrémiste islamiste, et n’a d’ailleurs provoqué la mort de personne.

L’attaque qui s’est produite mardi 10 mai dans une gare proche de Munich a aussitôt été qualifiée de terrorisme islamiste, alors que le tueur s’est avéré être un dingue tout ce qui est de plus allemand et qui criait Allah Akhbar !

jeudi 5 mai 2016

Notes de lecture: Je crois que vous en serez d’accord

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Victor Ginsburgh

Voici quelques fatwas tirées du merveilleux petit traité d’intolérance de Charb (1).

Mort aux verrines (pp. 11-12). Les amis qui vous ont invité à dîner vous servent à manger dans des verres. Oui, des verres en verre. Dans le meilleur des cas. Parfois les verres sont en plastoc transparent. [Prenez soin de gâcher] la soirée en réclamant qu’on vous serve à boire dans une assiette. Je crois que vous en serez d’accord, il faut vider cul sec le contenu de votre verrine avant de la fracasser sur le crâne de vos désormais ex amis. Amen.

Mort aux truffes (pp. 35-36). Pour faire se dresser un chien sur ses pattes arrière, agitez-lui un sucre au-dessus du museau. Pour faire se pâmer un con, collez-lui une lamelle de truffe sous le nez. Je crois que vous en serez d’accord, la truffe est le signe ostentatoire du parvenu sans talent qu’il faut râper grossièrement au dessus d’un tas de fumier. Amen.

Mort à Marrakech (pp. 37-39). Lorsqu’une émission de débat politique [sur la télé française] se termine, vous savez de quoi discutent hors antenne les participants que vous avez vus se déchirer sur le plateau? De leur prochain week-end à Marrakech. Je le sais, je les ai entendus. Je crois que vous en serez d’accord, il faut attendre le week-end pour raser Marrakech du sol au plafond; ça fera d’une pierre deux coups: on débarrasse l’humanité d’un aimant à cons et on libère les médias français de ses punaises confraternelles. Amen.

La peste et le choléra. A propos du chômage

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Pierre Pestieau

Le chômage est une plaie et un scandale. Une plaie de voir tant de jeunes sans aucun espoir de décrocher un emploi même précaire et des familles où le chômage se transmet d’une génération à l’autre. Un scandale parce qu’en dépit de beaucoup d’effets d’annonce, la lutte contre le chômage ne semble pas être la priorité de nos gouvernements. Pour rappel en France et en Belgique francophone, le taux de chômage tourne autour de 10% et il est deux, voire trois fois plus élevé pour les jeunes dans certaines villes.

Certes je n’ai pas la formule magique mais je ne puis cacher mon irritation devant des propos souvent entendus à l’encontre de pays qui semblent mieux réussir en la matière, à savoir les Etats Unis, l’Allemagne et le Royaume Uni. Dans sa chronique mensuelle dans Libération, que je trouve généralement excellente, Ioana Marinescu (1) écrit en substance que les chiffres du chômage qui aux Etats Unis frisent le plein emploi sont à prendre avec de pincettes car ils cachent un réalité déprimante. Je la cite : « Alors que pendant la crise de 2007-2009, le chômage américain est monté jusqu’à 10 %, le marché du travail semble aujourd’hui se porter mieux avec un chômage à seulement 5 %. Pourtant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Sa principale réserve qui s’appuie sur une étude récente (2) est que la croissance du nombre d’emplois aux Etats-Unis au cours de la dernière décennie s’explique en grande partie par l’essor du secteur précaire et atypique. Elle aboutit au même constat pour l’Allemagne.

jeudi 28 avril 2016

Retour sur Uber

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Pierre Pestieau

J’ai déjà eu l’occasion de dire tout le mal que je pense de l’économie collaborative et d’une de ses entreprises emblématiques, Uber. En un mot, les activités d’Uber échappent au contrôle fiscal et règlementaire auquel sont astreintes les entreprises ayant pignon sur rue, en l’occurrence les taxis. Certes, on reconnaissait à la société la qualité de mettre à mal le monopole des taxis, les forçant ainsi à baisser leurs prix et adopter une attitude plus courtoise. Mais le bilan me paraissait plutôt négatif.
Au cours de ces dernières semaines, je leur ai découvert deux vertus insoupçonnées. Il y aurait d’abord la sécurité que les transports Uber offrent par rapport aux taxis traditionnels, particulièrement dans certains pays d’Amérique Latine. En prenant Uber, les gens évitent les risques que courent les passagers dans certaines parties du continent, à savoir les enlèvements express connus comme tour du millionnaire (en espagnol Paseo millonario). Ces risques impliquent un passager de taxi innocent et un chauffeur criminel. Celui-ci s’arrête pour ramasser des associés. Le passager est emmené devant une série de distributeurs automatiques de billets et forcé d’en tirer le montant maximum autorisé. Avec Uber aucun risque de ce type.

Et ça recommence

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Victor Ginsburgh

Comme on pouvait s’y attendre aucun problème n’est réglé. Les banques restent TBTF (too big to fail), la régulation n’a rien changé.

La Banque Centrale américaine (Fed) et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), les deux institutions censées superviser les banques, annoncent que 5 des 8 plus grandes banques américaines « n’ont aucun plan crédible pour éviter la panique en cas de crise (1) » et que « la régulation des grandes banques est devenue une course contre la montre ; les régulateurs sont bien trop lents pour imposer les régulations financières imposées aux banques il y a six ans (2) ».

Les cinq banques visées (Bank of America, Bank of New York Mellon, JP Morgan Chase, State Street et Wells Fargo) dont les plans ont été rejetés, ont 90 jours pour les réviser « mais dans leur indulgence, les régulateurs leur ont donné 6 mois de plus, ce qui vient en supplément des 2 ans qui leurs avaient déjà été donnés » pour se mettre en ordre. Une autre banque, la Citygroup, a s’est vue attribuer un « passable » par les deux institutions (Fed et FDIC), alors que Goldman Sachs et Morgan Stanley un « passable » d’un seul des deux régulateurs. Ce qui n’a aucunement empêché les valeurs des actions de ces banques d’augmenter le jour même de l’annonce (13 avril), ce qui montre que le monde financier se fout des avis des régulateurs, parce qu’il n’y croit pas ou plus.

jeudi 21 avril 2016

Une histoire d’eau peut vous rendre riche

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Victor Ginsburgh

Caravage de soupente
C’est en tout cas ce qui vient d’arriver à un Toulousain qui, dans une soupente de son toit d’où tombaient des gouttes d’eau, a découvert un tableau du Caravage que les experts du monde entier se sont empressés de déclarer « un vrai Caravage » évalué à quelque €120 millions. Il y a déjà eu mieux—d’autant plus que c’est quand même un de ces vieux machins du 16e siècle, qui valent en général bien moins que certains Picasso, dont Les Femmes d’Alger vendu $180 millions—mais c’est pas mal quand même. Même si le tableau lui-même qui représente le sang qui gicle du cou d’Holopherne, tué par Judith est un peu dégueu…

mercredi 20 avril 2016

Epargne, héritage et vieillissement

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Pierre Pestieau

Dans son ouvrage Le Capital au XXIème siècle (1), Thomas Piketty montre que la concentration du capital et le poids de l’héritage ont tendance à croître depuis trente ans. Il y voit deux raisons: d’une part, le rendement du capital est très nettement supérieur aux taux de croissance réels du revenu et, d’autre part, les personnes âgées et riches réinvestissent pour l’essentiel ce que leur rapporte leur capital. De ce fait, en France, la part des patrimoines hérités dans le patrimoine total, qui s’élevait à 90% en 1910 pour ensuite baisser à 30% après la seconde guerre mondiale est aujourd’hui de l'ordre des deux tiers et continue d’augmenter. On retrouve les mêmes tendances dans d’autres pays européens. Si cette évolution devait s’avérer et persister, il y aurait des raisons de s’inquiéter dans la mesure où elle conduit à une société plus inégalitaire et moins méritocratique. En effet les fondements d’une démocratie moderne me semblent devoir inclure une certaine redistribution des ressources et un minimum de mobilité sociale.

jeudi 14 avril 2016

Paroles, paroles, …

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Pierre Pestieau

Plutôt que le titre d’une chanson de Dalida, j’aurais pu prendre comme titre de ce blog cette maxime chiraquienne: les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Lors d’un récent colloque portant sur la dépendance, j’en appelais au développement d’une assurance sociale autonomie qui soit dans son ambition et son étendue aussi généreuse pour les personnes dépendantes que ne l’est l’assurance santé pour les malades. Les raisons sont connues; avec le vieillissement démographique, le nombre de personnes susceptibles de perdre leur autonomie ne cesse de croitre; il devrait doubler dans les prochaines décennies. Or dans ce domaine, il n’existe pas de marché d’assurance digne de ce nom en Belgique et la famille qui est le principal pourvoyeur de soins à la dépendance semble atteindre ses limites.

Un Luxembourgeois essaie de rouler les Panaméens

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Victor Ginsburgh

Canal de Panama
Maintenant que vous avez déjà été (ou allez être) coincé parce que vous figurez dans la liste dite de Panama, je vous conseille de lire l’email que je viens de recevoir. Inutile de vous rendre en Amérique Centrale, de payer des avocats marrons (et peut-être marrants), yaqua aller au Grand Duché de Luxembourg, ce qui est évidemment moins marrant mais plus simple pour tout Belge ou Français qui n’aime pas les longs voyages en classe touriste—ce qui suppose que vous êtes un(e) pauvre. Vous aurez aussi la chance de croiser dans le train notre cher Jean-Claude Juncker, Président de la plus grande Commission Européenne au monde. C’est quand même autre chose que Panama, ça. Un pays avec un canal, bourré de moustiques (1) et où sévit la dengue, a-t-on idée.

Voici l’email reçu avant-hier, et pour une fois, je ne suis pas responsable des coquilles :

« Chère Madame, Cher Monsieur,

Je voudrais attirer votre attention sur le fait que travailler de manière légale avec une société au Luxembourg est très intéressant. Vous pourriez ainsi profiter des avantages extraordinaires de la sécurité sociale et des impôts sur salaire peu élevés même pour un salaire important.

jeudi 24 mars 2016

Merci et Haro

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Victor Ginsburgh et Pierre Pestieau

Merci à nos amis du Brésil, du Canada, de Colombie, d’Espagne, des Etats-Unis, de France, d’Israël, de Norvège, de la République Dominicaine et de Russie qui nous ont écrit pour demander de nos (et de vos) nouvelles.

Haro sur ceux qui pensent que la Belgique est, selon certains le nid, selon d’autres l’épicentre ou le carrefour du terrorisme et que les services de sécurité n’y sont pas aussi bons que chez eux.

Et bonnes vacances à ceux qui en prennent, aussi bien qu’à ceux qui n’en prennent pas.



jeudi 17 mars 2016

Tabelle, gabelle et baballe, ou le prix du livre en Belgique

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Victor Ginsburgh

La Commission Européenne essaie depuis des années de réduire les frais de roaming, c’est-à-dire des différences de prix des communications téléphoniques locales et à l’intérieur de l’Union Européenne. Aux dernières nouvelles, le 15 juin 2017, les prix des communications internationales seront égaux aux prix des communications nationales (1). Le Commission part aussi en guerre contre le géoblocage. Ce dernier rend impossible de voir certains programmes étrangers sur le web en Belgique. C’est notamment le cas pour l’émission Secrets d’Histoire de Stéphane Bern (2), qui est pourtant loin d’être érotique. Je parle de l’émission, pas de son présentateur.

Exemple de gabelle
Le Commission devrait, pour des raisons identiques, s’attaquer à une veille institution belge, appelée la tabelle, un joli mot — sûrement forgé sur gabelle, une taxe abhorrée levée sur le sel durant le Moyen-Age — qui permet de faire du fric gratuitement, en augmentant de 12 à 15% le prix des livres édités en France (y compris ceux des auteurs belges) lorsqu’ils sont vendus en Belgique. Il est vrai que quand cet instrument a été inventé durant les années 1970, il prétendait couvrir les droits de douane et les frais de change entre le franc français et belge, comme si la différence de change était toujours au désavantage des éditeurs français.

Entretemps, les droits de douane et le risque de change ont tous deux disparu depuis longtemps, mais la gabelle sur le livre continue d’être perçue par trois sociétés qui n’ont aucune raison si ce n’est d’avancer leur gamelle et d’attraper la baballe de la tabelle : Interforum Benelux (Pocket, Nathan et Le Robert), Dilibel, filiale de Hachette (Albin Michel, Le Livre de Poche, Larousse) et Nord-Sud (Jouvence, Economica, Présence Africaine) (3).  La plus importante de ces sociétés est Dilibel, une filiale de Hachette, qui distribue à peu près 50 à 60% des livres français en Belgique.

Osons la réforme. Craignons l’utopie

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Pierre Pestieau

Il est sans nul doute utile de rêver à une société meilleure et d’imaginer des utopies qui nous rendent le présent moins amer. Il faut cependant se méfier de trop jouer l’utopie car elle conduit souvent au statu quo. Dans la mesure où elle n’est pas réaliste, on ne perd rien à y adhérer même au cas où si par miracle elle se réalisait, on en serait les premières victimes. Je prendrai deux exemples de propositions louables mais totalement irréalistes. Elles reviennent régulièrement tels des marronniers pour précisément empêcher des réformes plus modestes mais réalisables.

Le premier exemple est celui de l’allocation universelle. Le concept du revenu de base, souvent appelé allocation universelle, n'est pas une idée nouvelle. C'est un concept qui a pour but de donner à chaque citoyen un droit universel, individuel et inconditionnel visant à couvrir les besoins essentiels, afin de garantir à chacun une vie digne et la participation de tous dans la vie en société. Certains y voient une solution à tous les problèmes du moment : chômage, précarité, robotisation des tâches, violence sociale, marginalisation. Une vraie panacée. Pourquoi pas ?

jeudi 10 mars 2016

Pays de contraste

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Pierre Pestieau

J’ai récemment visité la Colombie, un pays à la fois attachant, où les inégalités pourtant flagrantes peuvent ne pas apparaître au visiteur ni même au Colombien. Vous atterrissez à l’aéroport El Dorado, qui n’a rien à envier à nos aéroports. On en sort rapidement pour prendre sans attendre un taxi qui le plus souvent se faufilera avec habilité dans une circulation digne de Bruxelles ou de Paris. On arrive dans un de ces quartiers de Bogota où l’habitat est confortable et les commerces richement achalandés. De nombreux parcs. Des clubs de sport où les Colombiens passent une bonne partie de leur temps de loisir, ce qui peut être tout le temps pour les retraités. Mais quand je dis les Colombiens, il s’agit de l’infime minorité qui peut se permettre de prendre l’avion, d’habiter dans les quartiers du nord de la ville, de payer des droits d’inscription élevés à ces clubs et de mettre leurs enfants dans des universités privées. L’Université de Los Andes que je visitais a une infrastructure supérieure à celle de nos facultés belges. Les droits d’inscription sont prohibitifs pour 99% de la population colombienne. Bref un pays de Cocagne pour les happy few.

Où il est question d’Eve, d’Adam et de Priape

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Victor Ginsburgh

Georgia O'Keeffe, Black Iris
Le mot actuel (et convenable) pour désigner le sexe féminin en hébreu (פּוֹת, prononcé pôt) est d’une origine bien mystérieuse (1). Il apparaît dans le livre d’Esaïe (4, 16-17) — c’est la seule fois qu’il apparaît dans l’Ancien Testament et je doute qu’il apparaisse dans le Nouveau — mais a semble-t-il été bien mal compris et/ou traduit par la suite. Dans la traduction grecque, il est pudiquement rendu par « forme », en araméen par « dignité » ; par « forêt » écrit le Rabbin Samuel de Nehardea (165-256 apr. J.C.), non dit St Jérôme (347-420 apr. J.C.) c’est d’une « boucle de cheveux » qu’il s’agit, ce qui, oserais-je suggérer, est bien joli quand même. Le très sérieux pasteur protestant Louis Segond, dont je possède la traduction de la Bible en français, écrit « nudité ». On se rapproche quand même un peu de ce « pâle objet du désir » de Pierre Louÿs dans la Femme et le Pantin, et que Luis Buñuel a transformé en « obscur objet du désir » dans son film. Et voici enfin ce qu’ose dire André Chouraqui (1917-2007) dans sa traduction du dernier mot du verset 4, 17 de la Bible :

16 Adonai dit : Puisque les fille de Sion s’exaltent,
vont la gorge tendue, lorgnant des yeux,
vont en trépidant, vont en cliquetant des pieds,
17 Adonai pèle l’occiput des filles de Sion ; Adonai dénude leur vulve.

mercredi 2 mars 2016

Philématologisons ensemble

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Victor Ginsburgh

Baiser Cartier Bresson
Je viens de lire un article dans le très sérieux American Journal of Medicine (1) sur la philématologie, qui est la science des embrassades amoureuses et autres. On y apprend des choses extraordinaires qu’on a sûrement tendance à oublier avec l’âge. Joseph Alpert, rédacteur en chef de la revue et auteur de l’article, annonce des détails anatomiques, neurophysiologiques, épidémiologiques et cliniques, qui reposent sur des sources scientifiques et semblent à peu près toutes très sérieuses, puisque certaines ont été  glanées dans le Journal of Infectious Diseases, d’autres dans le Journal of  Infectious Chemoterapy, ou le Journal of Psychosomatic Research. De quoi se réjouir et d’essayer d’embrasser bien.

Commençons par les bonnes nouvelles. Embrasser fait appel à une série de muscles faciaux, dont le orbicularis oris (situé autour de la bouche et des lèvres) est le plus important. On pouvait évidemment s’y attendre, et je suppose que vous saviez tous cela. Des baisers simples utilisent deux muscles seulement et brûlent 2 à 3 calories. Pas question de maigrir en embrassant, sauf à faire mille baisers (3 000 calories brûlées !), mais ça c’est plus souvent ce qu’on écrit dans les lettres, ce qui ne brûle que 0,5 calorie et fait mal aux doigts quand c’est manuscrit, ce que devrait naturellement être le cas dans une lettre d’amour. Un email consomme zéro calorie, jetez votre PC, il ne vaut rien, et en le jetant, vous brûlez des calories.

Amazon et ses zones interdites

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Pierre Pestieau

On ne présente plus Amazon. Tout le monde connaît cette entreprise de commerce électronique américaine basée à Seattle et de plus en plus active en France et en Belgique. Tout le monde aime cette entreprise qui est connue pour la vente de livres, mais aussi d'autres produits, notamment culturels. Les prix sont bas et la livraison rapide.
Quand je dis tout le monde, ce n’est pas exact. Il y a des exceptions. D’abord les libraires et les vendeurs de DVD et de CD qui doivent souvent mettre clef sous porte face à ce rouleau compresseur qui réduit leur clientèle comme peau de chagrin. Il y a aussi le Trésor Public qui se voit régulièrement floué de recettes importantes par l’aptitude qu’Amazon a d’éviter l’impôt en déplaçant ses profits vers des cieux fiscalement plus cléments. Mais il y aussi une minorité silencieuse de clients qui sont régulièrement oubliés par cette merveilleuse organisation pour la quelle nous ne sommes après tout que des numéros.

mercredi 24 février 2016

Pauvreté et richesse. De la mesure dans les mesures

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Pierre Pestieau

Beaucoup d’articles qui dénoncent la concentration de la richesse ou le fléau de la pauvreté font dans l’excès et le pathos. Il n’est dès lors pas étonnant qu’ils ratent leur objectif supposé, à savoir nous sensibiliser aux injustices de ce monde et nous forcer à agir. Un peu comme ces images effrayantes que l’on trouve sur les paquets de cigarette ou les panneaux qui le long des routes nous donnent le nombre de morts annuel. Leur efficacité est douteuse.

Loin de moi l’idée de nier qu’il y a dans notre pays une pauvreté insupportable et une concentration des richesses intolérable. Il demeure que nous supportons l’une et tolérons l’autre.

Churchill, Thatcher, Cameron, Videla et Pinochet

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Victor Ginsburgh

Cabinet de guerre de Churchill
Winston Churchill a son musée à Londres. Il fait partie du Musée de la Guerre et est installé dans le bunker souterrain à partir duquel Churchill, son cabinet restreint et le commandement militaire dirigeait le pays durant la deuxième guerre mondiale.

Il se fait que Mme Thatcher s’est sentie au moins aussi importante que Churchill, et a voulu faire sa propre guerre, mais le plus loin possible de Londres, aux îles Malouines [P1] (Falkland Islands en anglais) situées dans l’Atlantique Sud à quelque 500Km des côtes argentines. Il faut reconnaître que ces îles de 12.000 Km carrés avaient été traîtreusement envahies par la troupe argentine de la très peu sympathique et fréquentable junte de généraux d’extrême droite qui dirigeaient le pays à l’époque.

jeudi 18 février 2016

Nouveaux signes routiers et célestes à Bruxelles et ailleurs

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Victor Ginsburgh

L’émission Charivari du 13 février m’a fait connaître Philippe Decelle. Il a évoqué sa collection de meubles et d’objets en plastique, le musée qu’il a créé (1) et l’abondance de panneaux de signalisation routière en Belgique (2). Il y aurait, prétend-il, autant de signaux routiers à Bruxelles que d’habitants.

Suite aux événements (notez la nouvelle faute d’orthographe) récents de Bruxelles (à ne pas confondre avec ceux de Molenbeque) et aux travaux routiers qui y sont effectués, aux centrales nucléaires et aux bâtiments publics qui pourrissent, j’ai interviewé les autorités de Bruxelles mobilité, y compris sa ministre tout à fait remarquable, pour savoir quelles nouveaux signaux elle projette de mettre, si on peut dire, en circulation. Voici ses réponses.

Nos plus beaux tunnels routiers bruxellois sont fermés. Pour cause de chutes de pierres ou plus exactement de morceaux de béton tombant du plafond. Attendez-vous donc à voir, quand vous serez entré dans le tunnel, une signalisation idoine, sauf que les cailloux qui tombent seront remplacés par des blocs de béton grandeur nature.

lundi 15 février 2016

Fécondité, nationalisme et religion

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Pierre Pestieau

Il y a  quelques années, je me promenais a Munich avec un économiste américain de la côte est. Brusquement, il m’interpelle sur la faible fécondité des Allemands. Comment expliquer qu’une nation historiquement fière de son histoire à un point qui frisa la catastrophe à plusieurs reprises accepte de lentement disparaître. Avec le taux de fécondité qui est le sien aujourd’hui, sa population pourrait être réduite de moitié avant la fin du siècle. De 20% en 2060. Certes l’immigration peut mitiger cette évolution mais seulement partiellement. Pourquoi n’observe-t-on pas un sursaut  de la part d’une société dont les membres sont sûrement opposés à ce qu’à terme elle meure ?

jeudi 11 février 2016

Perte de pouvoir d’achat. Réelle ou ressentie

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Pierre Pestieau

La crise a comme conséquences une baisse du revenu réel de nombreux ménages et une augmentation des disparités sociales. Il n’est dès lors pas étonnant que la question du pouvoir d’achat se pose de manière récurrente. Qu’entend t’on par pouvoir d’achat? Est-il corrélé au sentiment de bien-être que nous éprouvons ? Mesure-t-on correctement ses hausses et surtout ses baisses ?

Il importe dès l’abord de distinguer le pouvoir d’achat à un moment donné et son évolution dans le temps. Traditionnellement, on mesure le pouvoir d’achat d’un ménage en prenant son revenu total et en le pondérant par une échelle d’équivalence qui permet de comparer les revenus de ménages de tailles différentes. Typiquement pour un pouvoir d’achat équivalent à celui d’un célibataire qui gagne 1 000 euros on devra donner à un couple sans enfant 1 500 euros et à un couple avec deux enfants 2 100 euros (1). Cela permet de tenir compte de ce que les économistes appellent des économies d’échelle, entendant par là que de nombreux biens de consommation peuvent être partagés. Pour analyser l’évolution du pouvoir d’achat, on utilise généralement le revenu réel du ménage dûment pondéré. Ce revenu est obtenu à partir du revenu nominal ajusté pour le taux d’inflation, le même pour tous.

Jeunes et vieux sçavants

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Victor Ginsburgh
 
Le grand physicien allemand Max Planck, qui est à l’origine de la théorie des quanta, a du mal prendre les plaisanteries d’Einstein, qui aurait, en 1927, dit que « Dieu ne joue pas aux dés » pour exprimer sa méfiance à l’égard de l’interprétation probabiliste de la mécanique quantique. Ce n’est donc pas étonnant que Planck, un luthérien qui croyait en l’existence d’un créateur, ait pu écrire :

« Une nouvelle théorie scientifique ne triomphe pas parce ses tenants convainquent ses opposants en leur faisant voir la lumière, mais plutôt parce que les opposants finissent par mourir, ce qui permet à une génération plus jeune et  familière avec cette nouvelle théorie, de s’exprimer ».

Trois économistes (1) ont essayé de tester si Planck avait raison. Le principe qu’ils utilisent est subtil. Ils examinent comment le départ pour l’éternité de quelque 450 éminents chercheurs a modifié la vitalité du domaine dans lequel ils ont travaillé durant les dernières années de leur vie. Et ils découvrent que leurs « découvertes » disparaissent du fait que leurs collaborateurs cessaient de publier sur la question. Par contre, ce déclin est plus que compensé par le nombre de publications de ceux qui n’ont pas collaboré avec la star disparue.

jeudi 4 février 2016

Armes belges en Arabie Heureuse

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Victor Ginsburgh

M. Paul Magnette bourgmestre de Charleroi qui est aussi, à titre secondaire, Ministre-Président de notre belle Wallonie, a dit du Premier Ministre de la Belgique fédérale : « Il ment comme il respire. Je peux fournir toutes les preuves et je le mets au défi, lui, de prouver ce qu’il avance » (1).

M. Magnette est un de mes anciens collègues à l’Université dans laquelle je travaille toujours depuis mon départ à la retraite. Je n’oserais donc pas me prononcer sur ce que dit celui qui est devenu Ministre-Président, mais ne peux m’empêcher de penser, même si c’est de moins en moins facile avec l’âge.

Le gouvernement wallon qui dirige la région dont le fleuron est la Fabrique Nationale d’Armes de Guerre (dite FN aujourd’hui, soyons discrets) a accordé en 2014 des licences de ventes pour € 397 millions à l’Arabie Saoudite, soit quatre fois plus qu’en 2013 et ces € 397 millions de 2014 sont en train de se transformer en plus de € 3 milliards dans les prochains mois (2).

Plusieurs questions ont été posées à ce sujet au Parlement wallon en décembre 2015, questions auxquelles le Ministre-Président a répondu : en effet, des armes d’origine belge ont été retrouvées aux mains de Daesh en Syrie, mais elles datent d’il y a près de 40 ans : « Il se fait », dit-il « que nous avons un savoir-faire wallon de grande qualité et que ces produits ont une durée de vie très longue » ; il y aurait aussi des difficultés d’identification des armes, et …, et… « il ne faut pas, sous le pression d’un contexte particulier, à un moment donné, vouloir soudainement modifier les choses », encore qu’on ne voit pas très bien de quelles choses il s’agit, mais cela vient en conclusion des réponses que le Ministre-Président fait à la queue leu-leu à plusieurs parlementaires qui sont intervenus (3).

Courage pauvres victimes du Léviathan, le jour de libération est proc

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Pierre Pestieau

Chaque année, la presse nous apprend qu’à partir de tel ou tel jour, le citoyen lambda pourra travailler pour lui même, alors que jusqu’alors, pendant le 6 ou 7 premiers mois de l’année, il travaillait à perte pour un Etat vorace, un Léviathan sans pitié. On devine la manière dont ce jour est calculé. Supposons qu’en moyenne le citoyen paye sous forme de taxes diverses l’équivalent de la moitié de son revenu, alors le jour de libération sera tout simplement le 1er juillet, la mi-année. Cet indicateur qui matérialise le nombre de jours de l’année où l’on travaillerait pour l’Etat, soit pour des prunes, avant de commencer à travailler « pour soi »,  est évalué et communiqué chaque année par l’institut Molinari, un think tank libéral franco-belge (1). A ce petit jeu, la Belgique est la meilleure. En 2015, son jour de libération était le 6 août. Elle est suivie par la France qui connaît son jour J le 29 juillet. Loin devant l’Irlande (28 avril) et le Royaume Uni (9 mai).