On doit se réjouir du récent prix Nobel décerné à Esther
Duflo en même temps qu’à Abghijit Banerjee et à Michael Kremer. Il y a
aujourd’hui 84 prix Nobel en économie, Esther Duflo est la deuxième femme à l’obtenir.
La première était Elinor Ostrom en 2009. Esther Duflo est économiste du
développement, Elinor Ostrom était plutôt une économiste politique qui s’est
intéressée aux ‘bien communs’ — dont l’exemple type est la pâture dans laquelle
les vaches de tout le village peuvent s’alimenter, ce qui provoque évidemment
du surpâturage et des disputes entre villageois, voire la disparition de la
pâture — ce qui les rend raisonnablement proches. Les femmes sont décidément
peu nombreuses ou malvenues dans cette science lugubre (dismal) qu’est l’économie. Une satisfaction pour les femmes donc, pour
l’Europe, et plus particulièrement la France, qui est bienvenue quand on sait
la domination masculine et américaine dans ce domaine. Enfin et surtout, ce
prix récompense un domaine de la recherche que les économistes négligent un peu,
à savoir la lutte contre la pauvreté.lundi 21 octobre 2019
Le Nobel d’Esther Duflo, Abghijit Banerjee et Michael Kremer
On doit se réjouir du récent prix Nobel décerné à Esther
Duflo en même temps qu’à Abghijit Banerjee et à Michael Kremer. Il y a
aujourd’hui 84 prix Nobel en économie, Esther Duflo est la deuxième femme à l’obtenir.
La première était Elinor Ostrom en 2009. Esther Duflo est économiste du
développement, Elinor Ostrom était plutôt une économiste politique qui s’est
intéressée aux ‘bien communs’ — dont l’exemple type est la pâture dans laquelle
les vaches de tout le village peuvent s’alimenter, ce qui provoque évidemment
du surpâturage et des disputes entre villageois, voire la disparition de la
pâture — ce qui les rend raisonnablement proches. Les femmes sont décidément
peu nombreuses ou malvenues dans cette science lugubre (dismal) qu’est l’économie. Une satisfaction pour les femmes donc, pour
l’Europe, et plus particulièrement la France, qui est bienvenue quand on sait
la domination masculine et américaine dans ce domaine. Enfin et surtout, ce
prix récompense un domaine de la recherche que les économistes négligent un peu,
à savoir la lutte contre la pauvreté.mercredi 16 octobre 2019
Schizophrénie ordinaire
Pierre Pestieau
Plus que jamais, nous avons un comportement à la Mr
Jekill et Dr Hyde. Le jour, nous sommes soucieux du respect des droits de
l’homme au Bengladesh et en Chine, ou des conditions de travail des employés de Ryan Air et autres compagnies low cost. La
nuit, nous portons des vêtements fabriqués dans des ateliers de misère, les
tristes sweatshops, ou nous voyageons à des prix qui défient
l’imagination.
Mais là où ce comportement schizophrénique est sans
doute le plus choquant, c’est dans le domaine des plateformes numériques. Nous
nous réjouissons des avantages en termes de prix et de flexibilité des services
d’Amazon, Airbnb, Uber ou Deliveroo et tout à la fois nous déplorons la manière
dont le personnel de ces différentes plateformes sont traités et des conséquences
que cela peut avoir pour la viabilité de notre modèle social (1).
mardi 8 octobre 2019
Retour à la nonchalance
Victor Ginsburgh
La vitesse de circulation à Bruxelles
est aujourd’hui limitée à 30 km/h sur plus de la moitié du territoire de la
ville. Le gouvernement régional compte bien étendre cette règle à toute la
ville en 2021 (1). Lorsque je circule à Bruxelles, par exemple pour aller et
revenir du lieu où, malgré ma retraite, j’ai mon travail, notamment pour écrire
ce blog, mon indicateur de vitesse me dit que je roule entre 10 et 15 km/h,
soit à moins de la moitié de ce qui sera imposé dans deux ans. Réduire davantage
la vitesse sur l’avenue Louise où je fais une partie de ce trajet limité à 50
km/à heure (où je roule à du 70), me permettra d’atteindre une vitesse moyenne
de 7 à 10 km/h. Quel bonheur !mercredi 2 octobre 2019
L’économie n’explique pas tout
Pierre Pestieau
J’ai récemment lu dans un magazine que la Colombie
était un des pays où les habitants se sentaient très heureux. D’après une étude de Gallup International (1),
89 % des Colombiens affirment être contents, pour seulement 9 % de
malheureux. La Colombie serait le deuxième pays le plus heureux au monde après
les îles Fidji. Pour qui connaît un tant soit peu ce pays, ce n’est pas une
surprise. Le touriste ne peut qu’être frappé par la joie qui semble animer la
population colombienne, son sens de la fête et sa capacité à s’enthousiasmer
devant le moindre exploit d’un de ses sportifs expatriés (Bernal, Falcao) ou le
succès d’une de ses vedettes internationales (Shakira).
mardi 24 septembre 2019
Les prix Ig-Nobel
Victor Ginsburgh
Une invention bien américaine, mais très drôle quand même
: les Prix Ignobles, décernés depuis
1991 dans un amphi de Harvard. Les gagnants sont appelés à présenter leurs
découvertes dans un amphi du MIT (1). Chaque année dix prix sont décernés dans
les disciplines suivantes : physique, chimie, physiologie et médecine,
littérature, paix, santé publique, sciences de l’ingénieur, biologie, recherche
interdisciplinaire et un dernier domaine qui change d’année en année. Il y a eu
un prix pour récompenser l’homéopathie, un autre pour les sciences de
l’éducation (en particulier sur la théorie de l’évolution).
![]() |
| Grenouille en état de lévitation |
Il y a même un physicien d’origine russe, Andre Geim, qui
a reçu le Ig-Nobel en 2000 pour avoir réussi à faire léviter une grenouille en
utilisant des aimants et le vrai Nobel de physique en 2010 pour ses
« expériences
révolutionnaires sur les matériaux bidimensionnels en graphène ». Le graphène,
selon Wikipédia, est un « matériau bidimensionnel cristallin,
forme allotropique du carbone dont l’empilement constitue le graphite ».
Voilà vous en savez autant que moi, c’est-à-dire rien de plus qu’avant de lire
la phrase. Je préfère quand même l’idée de faire léviter des grenouilles.
mercredi 18 septembre 2019
Baisse de fécondité, hausse de mortalité
Les
chiffres de la natalité continuent d’inquiéter en France. L’annonce d’une
quatrième année consécutive du recul des naissances en 2018 a été vécue comme
un drame national. Seule petite éclaircie, si la baisse se confirme, son rythme
ralentit. Une piètre consolation car compte tenu de l’allure prise par la
courbe des naissances, le discours pour 2019 est déjà tout prêt : mais où sont
passés les bébés ? Il vrai que par rapport aux standards de la fin des années
2000 et du début des années 2010, il manque désormais environ 66 000
nourrissons par an.jeudi 12 septembre 2019
L'électricité pour tous
Victor Ginsburgh
On pourrait
éviter les voitures autrement qu’en inondant les villes de vélos, trottinettes et
autres gadgets électriques de toutes les couleurs et formes qui vont jusqu’à
une roue unique, voire pas de roue du tout et roulent à peu près n’importe où, y
compris sur les trottoirs et dépassent à gauche ou à droite ou de gauche à
droite et vice-versa les voitures qui jusqu’ici ont le droit de rouler dans les
rues.
Il suffirait, en
effet, que les piétons puissent aussi se recharger à une prise, et ainsi leur
permettre de courir à 42,195 km à l’heure sur les trottoirs, qui étaient et
devraient toujours leur être réservés. La vitesse de pointe de ce nouveau et
étrange « véhicule », mais qui n’est pas plus stupide qu’un autre, serait
évidemment limitée à 120 km/heure sur les autoroutes, encore qu’on puisse
envisager l’utilisation des voies réservées aux bus et taxis pour aller plus
vite encore.
jeudi 5 septembre 2019
Si c’était si simple
Pierre Pestieau
Dans
un livre récent (1), Christian Gollier défend l’idée que, pour lutter contre le
changement climatique, la bonne méthode serait simplement
de jouer sur les prix, avec une taxe carbone généralisée. En clair, rendre plus
chères les activités qui émettent du CO2, en fixant un prix à la tonne de
dioxyde de carbone émise. Le livre est fort intéressant, bien documenté et
marqué par une conviction profonde qu’il est temps d’agir mais qu’on ne le fera
qu’avec le soutien de la population. Le titre fait écho à un slogan des Gilets
jaunes qui en réponse à la hausse du prix du carburant, entrainée notamment par
la taxe carbone, voulait qu’on s’occupe davantage de leurs fins de mois que de
l’avenir de la planète et d’une éventuelle fin du monde. Le message de Christian
Gollier est que les deux objectifs sont conciliables.
Sans remettre en question le contenu de son livre, j’aimerais mettre sa recommandation
en perspective à la lumière de ce que nous enseigne l’économie publique. Je le
ferai en introduisant quatre bémols.
D’abord,
il me semble évident que, même si on parvenait à limiter l’émission de dioxyde
de carbone, tous les problèmes environnementaux ne seraient pas résolus, tout particulièrement
ceux qui concernent la biodiversité.
Ensuite,
une taxe carbone a nécessairement des incidences redistributives. Certes, on
pourrait l’accompagner d’une redistribution adéquate des revenus. Mais l’on
sait qu’une redistribution par l’impôt ne sera jamais optimale pour des raisons
d’information. En effet, l’autorité fiscale n’a qu’un pouvoir redistributif
limité dans la mesure où les contribuables ne revèlent pas tous les paramêtres
qui permettraient une taxation équitable. De toutes façons, dans la réalité, la
taxation des revenus est loin de corriger les injustices qu’entraineraient une
taxe carbone uniforme. En l’absence de redistribution compensatrice, la taxe
carbone peut s’avérer extrêmement régressive.
On peut aussi souligner que, pour être efficace, une taxe carbone doit être décidée par
l’ensemble des nations de manière coopérative. Si chaque nation la joue solo,
la partie se termine avec une taxe nettement insuffisante. C’est d’ailleurs ce
qui se passe. Certes on peut en appeler au bon sens, mais ici comme dans le
domaine des paradis fiscaux ou de la taxation du patrimoine, le règle dominante
est celle du chacun pour soi et du moins disant.
Enfin, même
si on oublie cette dimension internationale qu’impose la nature de bien public
mondial de l’environnement, il n’est pas simple d’imposer, fût-ce au sein d’un
pays, une taxe carbone optimale. Ceci nous entraine dans un débat risqué, lancé
il y a plus de dix ans par deux écologistes australiens dans un ouvrage intitulé
Le défi des
changements climatiques et l'échec de la démocratie
(2). Selon ces auteurs, la démocratie a, par son indécision chronique, prouvé
son incapacité à prendre les mesures nécessaires pour lutter contre les
changements climatiques. De là à recommander l’instauration d’un despotisme éclairé,
il n’y a qu’un pas qu’ils n’hésitent pas à franchir.
Il ne
faut pas conclure de ces remarques qu’il ne faut pas agir. Que du contraire.
L’urgence climatique n’est pas une expression creuse. Une taxe carbone est
utile mais elle doit être accompagnée de mesures visant à assurer l’équité et
touchant à d’autres domaines de l’environnement. Il serait naïf de penser que
la seule taxe carbone puisse résoudre tous les problèmes environnementaux.
(1)
Christian Gollier (2019), Le climat après
la fin du mois, PUF, Paris.
(2) David Shearman and Joseph Wayne Smit, (2007), The Climate Change Challenge and the Failure of
Democracy, Praeger.
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