jeudi 20 mars 2014

Karl Marx, la gauche et le bon vin

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Victor Ginsburgh

Des recherches récentes en psychologie et sociologie du vin ont montré qu’il existe une connexion entre opinions politiques et comportements nocifs tels que consommation excessive de vin. Ceux qui seraient politiquement orientés à gauche boivent davantage que leurs « collègues » de droite.

Il est vrai que le père de Karl Marx était l’heureux propriétaire d’un vignoble à Mertersdorf dans les environs de Trêves (Allemagne). Ce vignoble existe toujours et produit un pinot noir dont l’étiquette représente le barbu. Lors d’une visite au Karl Marx Haus en 2008, j’ai acheté deux bouteilles de ce vin. J’en ai bu une (c’est buvable, mais pas génial) et je garde la deuxième pour la boire le 5 mai 2018, date du bicentenaire de la naissance du personnage. A moins que je ne choisisse le 25 mai 2014, jour des élections législatives en Belgique. Mais cela dépendra des résultats de mon parti favori… 

mercredi 5 mars 2014

Crise financière et poésie. Et si c’était la poésie qui avait raison ?

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Victor Ginsburgh

Voici un texte de John M. Coetzee, l’écrivain sud-africain Prix Nobel de Littérature 2003, qui pourrait facilement nous faire sortir de la crise financière (1).

« Vers la fin de 2008, il s’est produit dans le domaine de la haute finance quelque chose qui a eu pour conséquence, nous informe-t-on, de rendre la plupart d’entre nous plus pauvres (financièrement parlant) qu’il y a quelques mois…

« La question est de savoir ce qu’est ce quelque chose. S’agissait-il de quelque chose de réel, ou bien de l’une de ces choses imaginaires qui ont des conséquences réelles… 

« Je propose une liste d’événements réels qui font que nous pourrions nous réveiller un jour brusquement plus pauvres.

« Une plaie de sauterelles pourrait dévorer nos récoltes. La sécheresse pourrait se prolonger sur des années. Un tremblement de terre pourrait détruire les routes, les ponts, les usines et les habitations. Notre pays pourrait être envahi par une armée étrangère qui pillerait nos villes, s’emparerait de nos biens, emporterait nos réserves alimentaires et ferait de nous des esclaves…

Le nombril du monde

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Pierre Pestieau

L’hebdomadaire libéral The Economist faisait observer récemment (1) qu’il y avait un sérieux biais dans le choix des pays étudiés par les économistes. En bref, les Etats-Unis se taillent la part du lion. Si l’on prend un large échantillon de revues économiques, les Etats-Unis à eux seuls sont plus étudiés que l’ensemble des autres pays. Ce biais est renforcé si on se limite aux revues les plus prisées, celles qui font partie des fameux « top five ».

Si on entrait dans le détail, on remarquerait que des pays comme le Royaume-Uni ou la Suède sont davantage étudiés que la France ou le Portugal. La Suède surtout, depuis que le Prix Nobel en économie a été créé.

jeudi 20 février 2014

B57 et A1

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Pierre Pestieau

Le titre de ce blog ne concerne pas un quelconque coup dans un combat naval mais une réflexion que je me suis faite lors d’un tout récent voyage au Vietnam. Une des étapes de ce voyage comportait  une excursion à My Son. Il s’agit d’un ancien site archéologique Cham, un peuple connu pour son attachement à l’hindouisme et ses monuments religieux. Les Chams ont occupé ce site pendant neuf siècles, du VIIIème au XVème siècle puis ils l’abandonnèrent en raison du déclin du peuple Cham. On compare parfois le site de My Son aux temples d’Angkor au Cambodge mais la comparaison est malaisée dans la mesure où les plus beaux éléments de My Son et notamment la section répertoriée comme A1 ont été détruits par les bombardiers B57 américains en 1969. Les Américains pensaient que les Viêtcongs se cachaient à l’intérieur. Ce qui n’était pas le cas d’après nos guides, qui affichaient pourtant des sentiments pro-américains clairs. Mais là n’est pas la question.

Ces génies qui règlent la circulation à Bruxelles et ailleurs

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Victor Ginsburgh

On nous annonce une enquête sur la possibilité d’instaurer une taxe au kilomètre parcouru. On nous annonce une taxe sur les véhicules qui entrent dans Bruxelles. On nous annonce des augmentations du prix des parkings.

Exemple de carrefour à Bruxelles
Je comprends bien tout cela. Bruxelles est une des villes les plus embouteillées au monde, ce qui m’avait permis d’écrire en septembre 2013 « La circulation à Bruxelles : on a gagné ».

Mais les journaux nous annoncent en chœur mardi matin 18 février que la Société Nationale des Chemins de Fer Belges (SNCB) « va privilégier les grandes gares aux dépens des petites. Les trains semi-directs [qui desservent les petites localités] devraient dès lors disparaître au profit des lignes qui relient des gares plus importantes » (1). Ce point a été démenti par le patron du rail mardi soir : nous avons simplement changé le nom des trains, dit-il… On se demande bien pourquoi un patron s’amuse à changer les noms de ses trains. Bref, on ne le croit qu’à moitié. Une marche arrière devant des protestations ? ou une marche avant plus discrète ? 
Les génies de la circulation ne se posent pas certaines questions pourtant très simples. Quelques modestes exemples :

mardi 11 février 2014

La troisième Intifada palestinienne

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Victor Ginsburgh

C’est le titre que donne à un récent article Thomas Friedman, auteur d'ouvrages politiques etet éditorialiste au New York Times (1). Le troisième intifada, explique Friedman, ne sera pas armée et ne viendra pas de Palestine, mais du reste du monde, et elle a commencé. Elle est menée par l’Union Européenne à Bruxelles et dans d’autres pays qui ont fini par s’opposer à l’occupation de la Palestine par Israël.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry vient de déclarer sous des mots à peine voilés qu’Israël devra faire face à des actions de boycott si les négociations qu’il préside entre Palestiniens et Israéliens venaient à échouer. Ce qui fait écrire au journal de centre gauche israélien Haaretz qu’Israël « boycotte la réalité » en n’écoutant pas et en feignant ne rien voir arriver (2).

Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes?

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Pierre Pestieau

Ce titre est aussi celui d’un documentaire diffusé le 24 janvier dernier sur Arte. La question est comment expliquer cette inégalité physique, ce que l’on nomme savamment le dimorphisme sexuel de taille. Même chez les Européens du nord, qui sont actuellement les plus grands du monde, la femme est dominée d'une quinzaine de centimètres en moyenne. Si le plus grand animal sur Terre est une femelle, la femelle baleine bleue, pourquoi les hommes sont-ils plus grands que les femmes? Mais peut-être que la question est mal posée : "Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes?". Il existe de nombreuses explications ; aucune n’est totalement convaincante.

Une  première explication repose sur l'hypothèse de différence à la naissance selon laquelle les mâles naissent plus gros que les femelles. La seconde suggère que les mâles grandissent plus rapidement que les femelles et selon la troisième, qui porte le nom de biométriste, les mâles croissent plus longtemps que les femelles. Ces trois lignes d’explications ont été  largement étudiées à propos de multiples espèces de mammifères, incluant l’homme. A côté de ces explications physiologiques, il en est d’autres qui sont d’ordre culturel, voire féministe. De tous temps, les femmes auraient été servies en dernier et n’auraient pas eu les mêmes chances de croissance que les hommes.

mercredi 5 février 2014

Les ayant droits

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Pierre Pestieau
Prenez un couple de retraités qui disposent d’un certain patrimoine. Peut-il disposer de ce patrimoine à sa guise? Rien n’est moins sur. D’autres qu’eux peuvent penser qu’ils ont un certain droit sur leur patrimoine. L’Etat d’abord qui prélèvera des droits de succession à leur mort ou même plus tôt s’ils procèdent à des donations de leur vivant. Et puis il y a les enfants qui peuvent penser qu’ils y ont droit, d’autant plus qu’ils ont des difficultés financières. 
Deux exemples, l’un tiré d’un film récent et l’autre de plusieurs situations vécues. Je ne me souviens plus du film mais bien de la séquence. Un petit bistrot parisien; un père et sa fille déjeunent. Le père est un septuagénaire encore vert; il est visiblement financièrement à l’aise. Sa fille a trois enfants et un revenu décent mais donne l’impression de tirer le diable par la queue. D’où sa réflexion. « Papa, n’est-ce pas injuste que tu vives encore. Si tu mourrais j’hériterais de ton patrimoine et toutes mes difficultés financières disparaitraient ». Ce à quoi le père répond en utilisant un argument de responsabilité. Elle a choisi de vivre comme elle vit.

Nouvelle dérive de Wall Street ?

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Victor Ginsburgh

On se rappellera sans aucun doute que la crise financière de 2007 a débuté par la crise  des prêts hypothécaires dans l’immobilier américain en 2006-2007. A peu près n’importe qui pouvait emprunter près de 100% (et parfois plus) du prix de son futur logement, même si tout le monde savait que cela conduirait inévitablement à des défauts de remboursement des hypothèques. Pas grave, les banques prêteuses ont émis des titres représentant ces dettes (les initiés parlent de titrisation et de subprimes) qui ont été revendus à travers le monde, dans de jolis petits paquets emballés dans du papier non transparent (les mêmes initiés parlent de produits dérivés, il faudrait plutôt dire à la dérive).  Et puis ce qui devait arriver arriva, les emprunts n’ont pas pu être remboursés avec pour conséquence que les soi-disant propriétaires ont été éjectés de leur logement et que la valeur de ces titres est tombée à presque rien.

jeudi 30 janvier 2014

Cadeaux de Noël et autres…

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Victor Ginsburgh

Nous sortons de l’époque des cadeaux, mais il faut savoir que les êtres humains ne sont pas, et de loin, les seuls à en faire. Les animaux s’en donnent aussi à cœur joie, mais sans doute pour des raisons plus terre-à-terre que nous—et encore, puisqu’ils sont souvent associés à la reproduction de l’espèce, comme le raconterait un vulgaire darwiniste.

Les dons que se font les animaux sont en fait des cadeaux nuptiaux, un peu comme lorsque—en tout cas quand nous étions jeunes— nous invitions l’être dont nous étions tombés amoureux au restaurant ou au dancing, et que nous dessinions où nous pouvions, par exemple sur un arbre, un cœur transpercé d’une fléchette, dont rien que l’image nous faisait bien évidemment souffrir.

Un phénomène similaire existe chez certains serpents qui se promènent dans nos jardins. Ils sont hermaphrodites, chacun produisant aussi bien des œufs que du sperme, mais doivent tout de même s’accoupler longuement pour assurer leur progéniture. C’est pourquoi, avant de s’unir tendrement, le serpent envoie avec une force redoutable à sa ou son désiré une fléchette d’amour qui ressemble à un harpon et qui est produite dans sa région génitale. Ce harpon se fiche dans n’importe quelle partie du corps de sa « proie » en délivrant une puissante hormone d’amour, nous dirions un philtre. L’autre serpent répond de la même façon. A la suite de quoi, ils se mettent à faire ce qu’il faut pour donner le jour à de mignons petits serpenteaux (1).


Trois guides, trois Vietnam

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Pierre Pestieau

Lors de mon récent voyage au Vietnam, j’ai bénéficié des services de trois guides, l’un pour le sud, Saigon et le delta du Mékong, le deuxième pour Danang et le centre du pays et le troisième pour le nord et la baie de Hailong. Ces trois guides relevaient de la même agence de tourisme, localisée en Chine. Ils différaient cependant jusqu’à la caricature.

Le premier, celui de Saigon, s’est présenté sous le nom de Truck, « Truck comme camion » nous dit-il. Il s’approchait de la soixantaine. J’ai découvert par la suite que Truc était un prénom vietnamien. Et progressivement il nous a révélé son histoire et n’a jamais déguisé son amour pour la France et les Etats-Unis ni sa haine pour le nord et Oncle Ho. Son grand-père et son père étaient proches des institutions françaises; ils parlaient le français couramment, selon Truc. Lui même le parlait à peine et s’exprimait dans un anglais rocailleux. Il était visiblement mal adapté au Vietnam nouveau, au Vietnam pragmatique, à la fois socialiste et de plus en plus capitaliste. Il n’était pas fait pour son métier de guide et sans doute pour aucun autre. Il nous a révélé qu’il s’était embarqué fin des années 70 sur un bateau pour s’exiler avec d’autres « boat people ». Mais il fut aussitôt repris par les garde-côtes et emprisonné pendant quelques mois. Ce qui l’a rendu encore moins employable en dépit d’un diplôme en études commerciales.

jeudi 19 décembre 2013

Evaluer l’inévaluable : la performance de l’enseignement universitaire

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Pierre Pestieau
MIT: le temple du sçavoir

Même si tout le monde s’accorde à critiquer la méthodologie qu’ils utilisent les classements universitaires internationaux de l’université Jiao Tong de Shanghai et de la revue Times Higher Education donnent une tête de peloton qui fait l’unanimité. Il est difficile de mettre en doute l’attribution des premières loges  à des institutions comme Harvard, MIT, Berkeley ou Oxford. Pour rappel, le tout dernier quinté gagnant de Shanghai était, dans l’ordre, Harvard, Stanford, Berkeley, MIT et Cambridge Angleterre et celui du Times, CALTECH, Harvard, Oxford, Stanford et MIT. La recherche qui y est menée est excellente; leur influence dans le débat des idées est incontestable et leurs étudiants n’ont aucune difficulté à trouver un emploi. Bref le rêve pour toute institution universitaire. Que la vieille Europe soit systématiquement absente des premières loges est incompréhensible pour certains et frustrant pour d’autres.


Immanquablement se pose la question de l’évaluation de l’enseignement, universitaire en l’occurrence. Est-ce possible et si oui comment? Dès l’abord, une première remarque. Les deux  classements précités sont utiles pour indiquer les grandes tendances mais dès que l’on entre dans le détail, ils ne sont guère informatifs. La manière dont les universités belges sont classées ne permet pas d’éclairer le décideur public. Le premier défaut de ces classements est leur niveau d’agrégation. Il vaudrait mieux procéder par disciplines, quitte à agréger en final les résultats des évaluations sectorielles.

mercredi 18 décembre 2013

Impressions en trois dimensions

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Victor Ginsburgh
 
Après le cinéma 3-D, ce sont les imprimantes 3-D qui font fureur, avec des bonheurs et des malheurs variés.

Le bonheur d’abord, la brosse à dents qui nettoie vos dents en six secondes, alors que moi je mets six minutes par jour, et encore, je passe quatre fois par an au détartrage qui me coûte chaque fois € 80 et qui n’est remboursé qu’une fois par an. Ce détartrage est rehaussé de menaces de mon dentiste qui me prédit des implants ou un dentier d’ici quelques années. Il me rassure cependant en m’expliquant que le dentier est remboursé, à l’inverse des implants qui coûtent évidemment dix fois plus cher.

jeudi 12 décembre 2013

L’écrit et l’iPad

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Victor Ginsburgh

MerdRe, comme disait si bien Ubu Roi, il y a quelques mois, on m’a averti (pas personnellement bien sûr) que l’abonnement de trois ans que je venais de souscrire à Newsweek ne sera pas honoré, et que mon hebdomadaire (presque) favori sera remplacé par du virtuel servi sur un iPad que je ne possède évidemment pas. Je suis donc un vieux consommateur baisRé, avec le même R qu’Ubu prononçait si bien.

Il se fait que, par hasard, j’ai aussi lu que le Secrétaire d’Etat américain à l’Education, un certain Arne Duncan, s’est récemment prononcé pour que les écoles américaines remplacent le plus rapidement possible les manuels scolaires que vous et moi avons connus par des manuels digitaux (1). Et la raison donnée est magnifique : La Corée du Sud, qui fait mieux que les Etats-Unis sur le plan de l’enseignement (2), adopte l’enseignement digital, donc si un bon enseignement adopte le digital, c’est que le digital est meilleur que celui qui utilise le papier. Encore quelqu’un qui ne comprend pas la différence entre corrélation et causalité. Mais un Ministre de l’Education Nationale ne peut pas avoir tort, donc il a raison.

mardi 10 décembre 2013

Australie. Si lointaine et si proche

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Pierre Pestieau

Je viens de faire un séjour de plus de trois semaines en Australie et j’aimerais livrer quelques réflexions sur ce voyage. A la fois, j’ai mauvaise conscience de faire des commentaires qui pourraient paraître désobligeants pour des personnes hypersensibles. Après tout, j’ai été accueilli par des gens charmants  et il n’est pas séant de déblatérer à leur sujet à peine repris le chemin du retour.

Ma première impression est que les Australiens se sentent beaucoup moins isolés qu’ils ne l’étaient il y a un demi siècle et même il y a une dizaine d’années, lors d’un premier séjour. Les moyens de transport sont moins chers et nettement plus rapides mais surtout ils sentent que le centre de gravité du monde se déplace et se rapproche d’eux. Leur politique migratoire et culturelle est davantage tournée vers l’Asie.

mardi 3 décembre 2013

A quoi ca sert?

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Pierre Pestieau

Récemment, Angus Deaton un des spécialistes de l’économie du développement a publié un livre intitulé La grande évasion en référence au film éponyme (1). Ce livre porte sur les progrès qu’ont connus les sociétés contemporaines en termes de réduction de la pauvreté et d’allongement de la durée de vie. Dans un chapitre excentrique, Deaton traite de l’aide au
pays en développement pour la dénoncer et en recommander la suppression. Inutile de dire que c’est la partie de son livre que de nombreux medias ont retenue. Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à ce type de recommandations extrêmes. Tel remède ne donne pas les résultats escomptés, supprimons-le. Il y a près de 50 ans, Deaton et moi avions 20 ans, Ivan Illich sortait ses deux ouvrages fameux sur l’école  et la médecine (2). Il montrait avec beaucoup de subtilité que la plupart des dépenses de santé ne servaient quasiment à rien; de même, de nombreux investissements dans l’éducation n’avaient que peu d’utilité. Et bien, supprimons l’école et les systèmes de santé.

dimanche 1 décembre 2013

Changements climatiques et violence

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Victor Ginsburgh

On a bien trop peu parlé dans la presse d’une étude qui s’est intéressée à l’influence des changements climatiques sur la violence et les conflits et qui a paru dans la rubrique « surprising science » sur le site web de la Smithsonian Institution. La radio belge quant à elle, a interviewé un « sçavant » (du style des Femmes Sçavantes de Molière) qui expliquait que tout cela était connu des « sçavants » depuis bien longtemps.

Bien sûr, on a souvent parlé des conséquences du changement climatique sur la montée des mers ou la désertification qui engendrent des migrations, des réductions de terres arables, et des augmentations de prix des aliments. Mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici.

Voici ce qui a été écrit à ce sujet dans deux articles récents publiés dans Science (1) et dans Nature (2). Les auteurs des deux études ont procédé à un examen (que l’on qualifie de méta-étude) de quelque 60 articles et livres scientifiques sur la question. Ces études convergent vers le même résultat, à savoir que quelle que soit la région du monde et l’époque (et ils remontent à 10 000 ans avant notre ère), le changement climatique est non seulement corrélé à la violence, aux conflits et à l’instabilité politique, mais est aussi une cause (pas la seule) de ces phénomènes, y compris entre 1950 et aujourd’hui.

vendredi 29 novembre 2013

J’admire comme on peut mentir en mettant la raison de son côté (1)

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Victor Ginsburgh

Voici quelques exemples de « grands » personnages que nous devons tous admirer pour leur pouvoir de mentir en mettant la raison de leur côté. Mais le ridicule ne tue plus.
 
A tout seigneur, tout honneur. George W. Bush parlant devant un auditoire de 1.200 personnes en octobre 2013 (2) explique : «  Je ne croirai pas aux intentions pacifiques de l’Iran jusqu’au moment où les Iraniens les prouveront ». Applaudissements nourris des invités ! Amusant pour quelqu’un qui avait prouvé qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak.

A cette même occasion, Bush a longuement expliqué que les Etats-Unis étaient enclins à s’isoler, et qu’il faudrait rappeler à Obama que le pays dont il est le Président devrait soutenir davantage la paix et la démocratie. Ce monsieur qui ose utiliser le mot « paix » prête non pas à sourire mais à fourire

Où sont les économistes francophones ?

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Pierre Pestieau

Le congrès des économistes belges de langue française (1) qui vient d’avoir lieu, portait sur l’Etat social belge. Je préfère quant à moi le terme d’Etat providence. Au moment où il a fallu trouver des orateurs pour la session plénière et pour la Commission portant sur les inégalités dont j’avais la charge, on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de spécialistes de l’Etat providence en Belgique francophone. Les noms qui revenaient étaient ceux de collègues flamands tels que Frank van den Broek, Erik Schokkaert et Bea Cantillon, sans parler des nombreux jeunes chercheurs qui travaillent avec eux à Anvers et à Leuven. C’est d’ailleurs eux que nous avons invités. Cela peut s’expliquer à mon sens mais c’est inquiétant quand on pense que c’est en Francophonie et non en Flandre que l’Etat
providence connaît et connaîtra de graves difficultés du fait de la régionalisation en marche et d’un taux d’emploi désespérément bas.

Comment expliquer cette pauvreté de la réflexion sur l'Etat providence chez les Belges francophones, qui en ont pourtant tant besoin? Il y a au moins 3 raisons:

(a) L'étroitesse de la société francophone: à peine 4 millions de personnes, dont certaines ont le regard sans cesse tourne vers la France.

(b) Nos meilleurs économistes sont des théoriciens davantage tournés vers l'étranger, le monde anglo-saxon qui fait les réputations.

jeudi 21 novembre 2013

Les bonnes intentions I

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Pierre Pestieau

Bilinguisme aux Etats-Unis
Ces derniers temps, je me suis aperçu que certaines politiques apparemment souhaitables peuvent avoir des effets pervers inattendus : il n’y a pas que l’intention qui compte. Deux exemples. La parité dans les études universitaires et le bilinguisme anglais espagnol qui règne dans plusieurs parties des Etats Unis.

Dans une étude récente, Borjas, un des meilleurs spécialistes de l’immigration, montre que les immigrants américains connaissent des évolutions salariales beaucoup moins favorables aujourd’hui qu’il y a plusieurs décennies (1). Ce serait particulièrement vrai des immigrants d’origine latino-américaine et une des raisons invoquées semble être le bilinguisme anglais espagnol. Du fait de ce bilinguisme, il est possible de vivre sans apprendre l’anglais, ce qui peut être un handicap professionnel.

Les bonnes intentions II

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Victor Ginsburgh

Enfin une décision intéressante du gouvernement wallon (1): Les grandes surfaces seront livrées durant la nuit pour réduire les embouteillages dans les villes durant la journée. Il en faudra bien plus pour les éviter, et je suggère d’étendre cette sage décision aux circonstances suivantes.


(a) Il est évident que les camions à remorques qui traversent (avec grandes difficultés) nos rues devraient se promener la nuit. 

(b) Sans parler des immenses grues et camions de déménagement.

(c) Et du ramassage des poubelles qui devrait être fait à l'aube. C’est déjà comme ça à New York. J’ai l’ai vécu, et je me suis réveillé en me demandant si on déménageait l’immeuble ou plus simplement mon lit, mais je suis toujours là, donc ce n’était ni l’un ni l’autre.

jeudi 14 novembre 2013

Groupes de pression et Commission Européenne

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Victor Ginsburgh

Bruxelles : Quelque 6.000 firmes, cabinets d’avocats et autres et 30.000 lobbyistes qui exercent une pression considérable pour que les réglementations de la Commission et du Parlement Européen (1) leur soient favorables.

Leur rôle est rendu un peu plus difficile qu’aux Etats-Unis parce que le système européen ne permet pas aux entreprises de faire des « dons » généreux aux élus et de « soutenir » leurs campagnes électorales, ce qui exclut (en tout cas officiellement) une certaine forme de corruption permise Outre-Atlantique. Mais ceci est largement compensé par la non-existence en Europe de certaines règles éthiques minimales, en permettant à des fonctionnaires d’utiliser leurs connexions dans les administrations publiques le lendemain du jour où ils les quittent. 

Officines politiques

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Pierre Pestieau

Tout lecteur assidu du Canard Enchaîné est familiarisé avec la réalité des officines, ces organisations poursuivant un but politique de manière secrète. Le journal satirique les a dénoncées à plusieurs reprises. Il en fut aussi la victime lors d’affaires demeurées célèbres. C’est surtout aux Etats Unis que ces organisations jouent un rôle dévastateur pour la démocratie. J’en donnerai deux exemples récents.

Il y a d’abord les officines qui ont noms « Freedom partners », « Generation opportunity », ou « Heritage » qui sont à l'origine des campagnes récentes contre l’Obamacare (1) et ont mené au blocage récent du gouvernement américain. Elles sont généreusement dotées par les frères Charles et David Koch, qui ont mis leur immense richesse au service de leur obsession : déstabiliser le socialiste Barack Obama. Depuis des mois, cette galaxie d’organisations a conçu, organisé et scénarisé la crise budgétaire qui a secoué l'Amérique. Elle a profité d'une concomitance exceptionnelle entre le vote de la loi de finance, l'entrée en vigueur de la loi sur l'assurance santé et la date butoir pour relever le plafond de la dette. Le chantage était simple : pas de vote du budget ni de déplafonnement de la dette sans report de l'Obamacare. Cette stratégie a momentanément échoué mais ce n’est que partie remise.

mercredi 6 novembre 2013

Tout fout l’camp

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Pierre Pestieau

Il m’arrive de m’étonner en lisant ça et là qu’une partie de la population qui vivait naguère dans l’ « enfer » soviétique et qui depuis plus de deux décennies connaît les joies du « paradis » capitaliste manifeste une certaine nostalgie pour le passé. Certes elle ne connaissait ni le luxe ni la liberté mais bien une certaine forme de sécurité.

Nous aussi dans notre vie quotidienne, nous sommes soumis à une série de contrôles et de comptabilisations qui nous font parfois regretter un monde sans doute moins efficient mais plus rassurant.

Cette réflexion m’est venue à l’esprit lorsqu’il y a peu je me suis aperçu que dans le centre de recherche où je travaille l’impression de documents nous était comptée nominalement et facturée en conséquence. Même réaction lorsqu’il a fallu payer pour les chèques bancaires émis, pour le parking au bureau, pour les immondices, … toute une série de biens ou de services qui paraissaient gratuits et que tout à coup on doit payer à l’unité. Quand quelqu’un s’en plaint, je tâche de lui expliquer qu’il est optimal de faire payer ces biens et services qui ont un coût réel et qui, jusqu'ici, était mal utilisés parce que gratuits. L’exemple typique est celui de ces chèques de quelques euros qui coûtent bien plus à l’institution bancaire. Ou encore le Mexique d’il y a 40 ans où les petits pains, que les Bruxellois appellent des pistolets, étaient quasiment gratuits et débordaient de certaines poubelles. Anticipant sur les prochaines années, un jour viendra où l’accès à l’internet et à SKYPE sera payant. On aura aussi à ce moment-là le sentiment de la perte d’un droit que l’on croyait acquis.

Les biblioburros, ou ânes porteurs de livres

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Victor Ginsburgh

Un article paru récemment dans la revue Science (1) fait état d’expériences relatives aux états mentaux qui rendent possible les relations sociales complexes caractérisant les sociétés humaines. Les auteurs montrent qu’il vaut beaucoup mieux lire des romans littéraires que des romans populaires ou de la non-fiction. Le roman littéraire mène à plus d’empathie, de perception sociale et d’intelligence émotionnelle que les autres genres.

L’article du New York Times (2) qui rapporte les résultats conclut en suggérant de lire plutôt Tchékhov ou Alice Munro (3) qu’une œuvre de qualité douteuse et vite faite (potboiler) de Danielle Steel, l’auteure américaine qui apparaît 31 fois entre 1984 et 2000 dans les listes annuelles des 10 ouvrages les plus vendus aux Etats-Unis. 

mercredi 30 octobre 2013

En lutte : Snowden, Assange et Manning, héros de notre temps

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Victor Ginsburgh

Je viens de lire Dark Tongues (1), un livre dans lequel Daniel Heller-Roazen, professeur de littérature comparée à Princeton traite des langues utilisées par ceux qui ne veulent pas être compris, gredins, voleurs, bandits, mendiants, et comme le dit si bien Michael V. Hayden, ancien directeur de la National Security Agency (NSA) et de la CIA « les nihilistes, anarchistes, activistes, LulzSec (2), anonymes, et les quelque vingt qui n’auraient pas parlé à des personnes du sexe opposé depuis cinq ou six ans » (3) en accusant Snowden, Assange et Manning, qui ont eu le courage de dénoncer les pratiques de surveillance et d’espionnage par la NSA de tout ce qui se dit et s’écrit, ainsi que de dévoiler les coups tordus de la diplomatie et des forces  armées américaines.

Points de vue

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Pierre Pestieau

Deux anecdotes qui laissent à penser. La première est récente. Je rencontre tout à fait par hasard une connaissance que je n’avais pas vue depuis plusieurs années. Je savais qu’elle travaillait pour la poste. Elle m’explique que l’entreprise va à vau-l’eau. Comme elle, de nombreux employés qualifiés sont mis au rencart alors que la poste en engage de nouveaux sous des contrats plus ou mois temporaires. La raison invoquée: ces employés, employés pour ne plus rien faire, n’auraient pas la motivation correspondant au projet de l’entreprise.

jeudi 24 octobre 2013

Manque d’effectifs ou manque d’effectivité ?

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Pierre Pestieau

Dans deux domaines stratégiques de nos états providence, on entend souvent parler de manque d’effectifs. Dans le domaine de la santé, on parle de déserts médicaux et dans celui de l’enseignement, de classes surnuméraires. Et pourtant que ce soit en France ou en Belgique, il y a selon les standards internationaux suffisamment de médecins et suffisamment de professeurs dans le secondaire. D’où vient le problème ? Simple comme l’œuf de Colomb. L’Etat qui finance les deux systèmes, la santé et l’éducation, ne se donne pas les moyens d’assurer une juste répartition des moyens sur le territoire entre les spécialités médicales ou entre les enseignements.

mardi 22 octobre 2013

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit la parole de l’Ecclésiaste

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Victor Ginsburgh


Machine à créer des entreprises, brevet administration wallonne
En juillet 2012, L’Echo publiait une ravissante image sur laquelle je m’étais basé pour écrire un blog intitulé « L’usine à gaz des outils économiques wallons » (1). Et j’y avais joint l’image d’une tuyauterie que je replace ici par une mécanique qui fera preuve, tout aussi bien que la première, de l’inventivité de l’administration wallonne.

 En mai 2013, soit dix mois après, l’Echo (2) revient à la charge avec les résultats d’une étude réalisée par Ipsos à la demande de l’Agence de stimulation économique — tiens celle-là je n’en avais jamais entendu parler et elle n’apparaît pas dans l’ancienne tuyauterie.

jeudi 17 octobre 2013

A propos de choses que je préférerais ne pas lire ni dire

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Victor Ginsburgh
Gas the Arabs (Jewish Defense League)

Voilà des choses que je préférerais ne pas lire. Mais une fois lues, il m’est difficile de les taire : Israël est un pays raciste. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont des journalistes israéliens de Haaretz auxquels je fais entière confiance.

Le racisme qui est cultivé en Israël, ironise Zvi Ba’rel dans Haaretz (1), est un bon racisme et l’auteur en donne quelques exemples:


« Le principal rabbin de Safed presse les habitants de la ville de ne pas louer aux Arabes. Est-ce horrible ? Mais non, ce rabbin est une exception. La Knesset (Parlement) est en train de préparer une loi qui devrait empêcher les Arabes israéliens d’être élus. Ce n’est pas vraiment du racisme, cela pourrait arriver aux Juifs aussi. Deux banques israéliennes (Hapaolim et Mizrahi-Tefahot) traitent de façon différente les Juifs et les Arabes. Pas grave, la Commission des Affaires Economiques du Parlement a décidé d’organiser une séance d’information... Bien sûr, aucun Juif ne veut être raciste, mais il n’y a pas de choix, c’est eux ou nous. Et puis, notre racisme est plus juste, plus égalitaire ; c’est un racisme qui pourrait servir de phare aux autres nations, d’exemple pour le reste du monde ».

lundi 14 octobre 2013

Crime contre l’humanité

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Pierre Pestieau

Il y a près de 2 ans, sept toiles de maître étaient volées dans
un célèbre musée hollandais. Parmi ces toiles, il y avait un Picasso et un Gauguin ; le montant du vol était évalué à 100 millions d’euros. Récemment, une Roumaine déclarait qu’elle avait brûlé ces toiles pour que l’on ne puisse pas incriminer son fils qui aurait participé à ce vol (1). Interrogé, le directeur du Musée d’Histoire Nationale de Bucarest, un certain Ernest Oberlander-Tarnoveanu, déclarait que si cette destruction était avérée, ce serait un « crime barbare contre l’humanité». Cette expression de crime contre l’humanité me semble souvent galvaudée pour des causes certes justes et nobles, mais qui ne méritent pas l’émoi que devrait susciter le massacre collectif de populations civiles, que ce soit au Cambodge, au Congo ou en Bosnie.

jeudi 10 octobre 2013

Le bon âge pour mourir

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Pierre Pestieau

Mathusalem
Apres avoir traité dans un blog précédent du bel âge pour vivre, intéressons nous  à l’idée d’un bon âge pour mourir. Existe-t-il un tel âge? En voila une question bizarre et pourtant. Pour toute personne raisonnable, aussi longtemps que la vie vaut la peine d’être vécue, pourquoi s’arrêter? Le « vaut la peine » est important ; il implique un certain niveau d’aisance matérielle, de santé et de sociabilité, les trois clefs du bonheur selon les spécialistes.

Il faut se garder de la malédiction de la vie éternelle. Témoin cette vieille légende d’un homme méritant auquel Dieu accorde la vie éternelle pour le récompenser de toutes ses bonnes actions. Apres de nombreuses années, il a perdu ses amis, enterré ses enfants et petits enfants, ne comprend plus le monde, et il implore Dieu de lui reprendre la vie. Ce que Dieu refuse. Mais ce n’est qu’un point de vue, le plus important certes, celui du mort potentiel. Il y en a d’autres. Celui de ses enfants ou celui de ses biographes et admirateurs.

A ceux qui n'ont pas le choix : Peine de mort aux Amériques

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Victor Ginsburgh

Les Etats (américains) dans lesquels continue d’exister la peine de mort — rassurez-vous, il n’y en a plus que 32 sur 50, quel progrès (1) — sont en panique : le Texas, l’Ohio, l’Arkansas et quelques autres ne parviennent plus à se procurer le triple cocktail (thiopental de sodium, bromure de pancuronium et chlorure de potassium, avis aux amateurs) qui permet d’exécuter les « criminels », et se demandent comment ils vont pouvoir continuer. La plupart des exécutions sont dès lors remises de jour en jour et le processus s’est enrayé, explique le New York Times (2). La Cour Suprême du Missouri vient heureusement d’autoriser le propofol. Rappelez-vous l’effet que ce produit a fait au pauvre Michael Jackson, donc cela semble en effet fonctionner pas trop mal. 

mercredi 2 octobre 2013

Netanyahou en pyjama de guerre

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Victor Ginsburgh

J’aurais bien dit tout nu, mais il ne se laisse pas photographier de la sorte, et puis je ne suis pas sûr que le spectacle nous ravirait.

Dans un article mi-figue mi-raisin (1), parce que la plaisanterie n’est qu’apparente, voici ce que pense Uri Avnery, le journaliste pacifiste de gauche israélien.

Mahmoud Ahamadinejad, l’ancien président iranien, dit-il, n’était en fait qu’un agent secret du Mossad, le service de sécurité israélien. Et c’est pour le cacher qu’il niait la Shoah, qu’il voulait la disparition, non pas de l’Etat d’Israël, comme on n’a pas arrêté de le dire, mais de l’Etat sioniste, tout en proclamant qu’il ne cesserait pas d’enrichir l’uranium, mais n’irait pas jusqu’à la ligne rouge, c’est-à-dire à la bombe, telle que brandie par Netanyahou lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2012.

mardi 1 octobre 2013

Le sport est-il raciste ?

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Pierre Pestieau

C’est là une formule lapidaire. Plus explicitement, je dirais que la pratique du sport n’est ni de droite ni de gauche mais que la plupart des organisations sportives sont de droite et souvent racistes. Les exemples sont nombreux. Je me contenterai de citer ceux qui m’ont le plus frappé.

jeudi 26 septembre 2013

Les deux, mon général

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Pierre Pestieau

A la question « Vaut-il mieux être bien soigné ou avoir l’impression d’être bien soigné? », on ne peut que répondre: les deux, mon général (1). Mais supposons que cela ne soit pas possible. Cette réflexion m’est venue en lisant un article (2) qui sera présenté à l’occasion du prochain congrès des Economistes Belges de Langue Française (excusez du peu). Les auteurs nous révèlent que les Belges sont, parmi les Européens, ceux qui sont les plus satisfaits de leur assurance maladie invalidité mais que tout à la fois, objectivement, cette assurance présente une série de lacunes graves. Par exemple, la part des soins non remboursés est plus élevée que chez nos voisins et les reports ou annulations de soins de santé pour raison financière sont en hausse.

mardi 24 septembre 2013

Rentrée littéraire : Oh les beaux jours

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Victor Ginsburgh (1)

Oh les beaux jours, comme disait Beckett (1). Oh, parce que les jours à venir n’étaient pas aussi beaux
que ce qui est suggéré par le titre. En effet, le Beaujolais nouveau est là, imbuvable comme d’habitude et la rentrée littéraire aussi. Personne n’a, mieux que Julien Gracq, décrit « ce spectacle turlupinesque : des jockeys de Grand Prix en train de chevaucher des limaces ».

Je propose de changer ces mauvaises habitudes et de donner les prix les plus prestigieux (je sais ils le sont tous, donc les choix sont difficiles) aux grands écrivains suivants (ils le sont aussi tous, et c’est tout aussi difficile):

mercredi 18 septembre 2013

La Pompei du désert syrien

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Victor Ginsburgh

Je viens de lire un article (1) qui relate la chute du fort romain dénommé « la Pompei du désert syrien » du côté de Dura Europos (en Mésopotamie, aujourd’hui en Syrie) en 256 de notre ère (2). On y a trouvé 19 tombes de Romains qui ne sont pas morts par le glaive ou le feu mais ont été gazés par des attaquants Sassanides.

lundi 16 septembre 2013

Riches et pauvres

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Pierre Pestieau

Les journaux ont une fâcheuse tendance à publier côte à côte des nouvelles qui semblent se contredire (1). C’était le cas du Soir (6 août 2013) qui présentait sans lien deux articles respectivement intitulés: « La moitié des Belges est incapable d’épargner » et « 245 milliards: nouveau record sur les comptes d’épargne en Belgique ». Le premier titre était complété par un sous-titre :

« Seuls 48% des ménages belges disent être en mesure de mettre de l’argent de côté, selon un sondage de la Banque centrale européenne »,

et le second par

« Les Belges continuent plus que jamais à épargner: ils ont placé un total de 245,51 milliards d’euros sur les comptes d’épargne réglementés en juin 2013. Un montant record mais qui reste dans la lignée d'une augmentation quasi ininterrompue depuis 2008 ».

dimanche 8 septembre 2013

Le bel âge

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Pierre Pestieau

« Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie ». Cette célèbre phrase de Paul Nizan était précédée de « J’avais 20 ans » (1). A la suite de nombreuses études et d’articles de tout genre consacrés au nouvel âge d’or que serait celui des septuagénaires, je serais plutôt tenté d’écrire « J’avais 70 ans et ne laisserai personne dire… ». Deux exemples de cet engouement pour les 70 ans. D’abord dans un article récent, Le Monde (9 juillet 2013) commente une enquête de l'Observatoire de la révolution de l'âge réalisée par ViaVoice. Selon cette enquête ; 89 % des personnes ayant 70 ans et plus se déclarent « heureuses ». Parmi elles, 37 % se disent « très heureuses ».

La vieillesse est perçue comme le temps de la liberté. Spontanément, une personne sur dix  définit ce qu'est d'être âgé par le fait de profiter de la vie, en fournissant, par exemple, ces réponses : « pouvoir faire ce que l'on veut, avoir les moyens de profiter de la vie » ou encore « être libre de se déplacer et de voyager ».
Dans ce troisième âge, 44 % déclarent apprécier avoir du temps à consacrer à leur famille et à leurs proches, et 38 % avoir du temps pour leurs activités de loisirs, culturelles ou associatives. Car pour eux, la vieillesse est à séparer du grand âge. Etre âgé, c'est surtout, pour près d'une personne sur deux, « un sentiment de déclin » physique ou moral. Et l'on devient vraiment âgé lorsqu'on « cesse d’être  autonome dans son logement ».

La circulation à Bruxelles : On a gagné

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Victor Ginsburgh

Enfin, Bruxelles a fait mieux que Paris. Tous les indicateurs (et les journaux) rapportent que la Belgique est « championne d’Europe des embouteillages » (1) et que Bruxelles est en tête du classement des villes, bien mieux que Paris, Londres, Milan et Los Angeles.

Nos ingénieux ingénieurs (pour parler comme Boris Vian) ont donc réussi là où les Français ont raté. Décidément, la décadence et la désindustrialisation françaises semblent réelles. D’ailleurs j’entendais, l’autre jour, une rédactrice du Larousse dire « j’eSSplique » et « eXetara », preuve qu’elle parvenait à prononcer correctement le X, mais pas au bon endroit.

jeudi 5 septembre 2013

Le rat des villes et le rat des champs

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Victor Ginsburgh

Puisque mon collègue blogueur fait référence à des fables dans son blog, je m’y mets aussi. Voici, celle du rat des villes et du rat des champs de La Fontaine :

Autrefois le rat des villes
Invita le rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'ortolans.

Mais la ville est peu pratique, la dinette s’est trouvée interrompue par des gêneurs et le lendemain le rat des champs invitait son homonyme des villes:  

- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi ;

Mais rien ne vient m’interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre!

Hélas, depuis le temps de La Fontaine, les champs sont devenus des villes.

L’économiste qui criait au loup

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Pierre Pestieau

L’expression « crier au loup » vient d’une fable d’Ésope dont le titre a été traduit en français par « Le garçon qui criait au loup ». Dans cette fable un garçon s’amuse à prétendre qu’il a vu un loup, ce qui le discrédite auprès des habitants de son village. Le jour où il voit vraiment un loup, personne ne prête attention à son cri d’alarme.

La fable m’est venue à l’esprit cet été en lisant l’ouvrage que Larry Kotlikoff et Scott Burns (1) viennent de consacrer au conflit des générations. Dans cet ouvrage, les auteurs reviennent sur l’idée selon laquelle la dette publique que l’Amérique connaît ne représente qu’une infime fraction de l’endettement que la génération présente a contracté vis-à-vis des générations futures. Si l’on considère l’ensemble des engagements pris, la dette réelle, ce qu’ils appellent le fiscal gap, se monterait à un montant 20 fois plus élevé que la dette traditionnelle, soit 15 fois le PIB. Cette dette au sens large inclut principalement la promesse de fournir des soins de santé au plus 65 ans (Medicare), aux plus démunis (Medicaid) et de procurer aux personnes âgées une retraite raisonnable (Social Security), promesse qui ne serait pas accompagnée par un engagement crédible de financement.