Victor Ginsburgh (*)
Je suis un de ceux qui ne sont pas arrivés plus loin que la page 26 de
l’ouvrage de Piketty. Je dirais même mieux, je n’ai pas ouvert le livre, donc
je suis arrivé à la page zéro et l’ai classé dans le rayon grossissant des
livres non lus et que je ne lirai probablement jamais.
Pourquoi, me direz-vous, l’ai-je acheté ? Pour céder à la mode et
faire comme tout le monde ? Parce que je suis optimiste et que je crois
que reviendra, un jour, le temps des cerises ? Rien de tout cela. Je me le
suis vu offrir, en espérant que celui qui me l’a offert ne lira pas ce que
j’écris. Et aussi parce qu’il suffisait de lire un des milliers de résumés en
deux pages tels que celui de Kristof dont vient de parler Pierre.
Voici tout de même quelques impressions qui ne contredisent sans doute
guère ce que dit Piketty, mais qui tempèrent un peu l’enthousiasme que les
Krugman et Stiglitz de ce monde ont développé pour l’ouvrage.
Sans pousser leur enthousiasme aussi loin, il faut reconnaître que Piketty
a mis une question très intéressante sur le tapis, contrairement à beaucoup
d’économistes qui sont plutôt excités par le « comment gagner encore plus
en jouant mieux à acheter et vendre des titres ».
Mais on peut se poser la question du pourquoi la hausse de l’inégalité des
revenus ou de la fortune est une mauvaise chose. Elle me rappelle les années
Reagan et la fameuse courbe de l’économiste Laffer basée sur le fait qu’on en
connaît deux points : en l’absence d’impôts, les recettes fiscaux sont nulles (point
t0 sur l’axe
horizontal et T = 0 sur l’axe vertical du
graphique); par contre si le taux d’impôts
est de 100% (Tmax = 100), il n’y aura plus de recettes fiscales (T =
0), parce que toute activité économique aura cessé (point tmax dans le même graphique). Il doit donc exister
un taux d’imposition intermédiaire t* qui est le meilleur possible
au sens où il rend T maximum. Mais disaient en chœur Laffer, Reagan et la
droite de l’époque, nous avons dépassé ce point t* et sommes déjà en
t3, donc augmenter le taux de taxation ne peut que réduire la manne
fiscale tandis qu’en diminuant le taux d’imposition, nous collecterons plus
d’impôts. Cette courbe a fait l’objet de nombreuses critiques, parce que
personne n’en connaît l’allure qui n’est sans doute pas aussi simple que celle
représentée sur le graphique. L’idée n’est néanmoins pas complètement
farfelue ; ce qui l’était c’est la localisation du point où les
Républicains disaient que les Etats-Unis se trouvaient.
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| Courbe de Laffer |






































