jeudi 21 août 2014

A propos des propos attribués à Thomas Piketty (ter)

2 commentaires:

Victor Ginsburgh (*)

Je suis un de ceux qui ne sont pas arrivés plus loin que la page 26 de l’ouvrage de Piketty. Je dirais même mieux, je n’ai pas ouvert le livre, donc je suis arrivé à la page zéro et l’ai classé dans le rayon grossissant des livres non lus et que je ne lirai probablement jamais.

Pourquoi, me direz-vous, l’ai-je acheté ? Pour céder à la mode et faire comme tout le monde ? Parce que je suis optimiste et que je crois que reviendra, un jour, le temps des cerises ? Rien de tout cela. Je me le suis vu offrir, en espérant que celui qui me l’a offert ne lira pas ce que j’écris. Et aussi parce qu’il suffisait de lire un des milliers de résumés en deux pages tels que celui de Kristof dont vient de parler Pierre.

Voici tout de même quelques impressions qui ne contredisent sans doute guère ce que dit Piketty, mais qui tempèrent un peu l’enthousiasme que les Krugman et Stiglitz de ce monde ont développé pour l’ouvrage.

Sans pousser leur enthousiasme aussi loin, il faut reconnaître que Piketty a mis une question très intéressante sur le tapis, contrairement à beaucoup d’économistes qui sont plutôt excités par le « comment gagner encore plus en jouant mieux à acheter et vendre des titres ».

Mais on peut se poser la question du pourquoi la hausse de l’inégalité des revenus ou de la fortune est une mauvaise chose. Elle me rappelle les années Reagan et la fameuse courbe de l’économiste Laffer basée sur le fait qu’on en connaît deux points : en l’absence d’impôts, les recettes fiscaux sont nulles (point t0 sur l’axe horizontal et T = 0 sur l’axe vertical du
Courbe de Laffer
graphique)
; par contre si le taux d’impôts est de 100% (Tmax = 100), il n’y aura plus de recettes fiscales (T = 0), parce que toute activité économique aura cessé (point tmax dans le même graphique). Il doit donc exister un taux d’imposition intermédiaire t* qui est le meilleur possible au sens où il rend T maximum. Mais disaient en chœur Laffer, Reagan et la droite de l’époque, nous avons dépassé ce point t* et sommes déjà en t3, donc augmenter le taux de taxation ne peut que réduire la manne fiscale tandis qu’en diminuant le taux d’imposition, nous collecterons plus d’impôts. Cette courbe a fait l’objet de nombreuses critiques, parce que personne n’en connaît l’allure qui n’est sans doute pas aussi simple que celle représentée sur le graphique. L’idée n’est néanmoins pas complètement farfelue ; ce qui l’était c’est la localisation du point où les Républicains disaient que les Etats-Unis se trouvaient.

jeudi 26 juin 2014

Ce qu’aurait pu être le cri d’alarme du Gouverneur de la Banque Nationale

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Victor Ginsburgh

Une malheureuse retraitée (statue à la BNB)
Juste avant la formation de nos nombreux nouveaux gouvernements (mais ça ne commence pas très bien) censés diriger la Belgique de concert ou, comme disait avec raison l’ancêtre du Capitaine Haddock, de conserve, et quelques jours avant la sortie du Rapport du Groupe d’Experts, ledit gouverneur lance un cri d’alarme « La Belgique doit raboter les pensions » (1).

Le vendredi 13 juin (mais personne n’est superstitieux), on apprend que malgré le rabotage des salaires des grands patrons d’entreprises publiques belges, limités depuis peu à € 290.000 par an, ledit gouverneur ne sera pas touché par la mesure. Il part à la retraite dans un an, mais gardera jusque là son argent de poche de € 540.000 par an.

Il aurait été séant qu’il pousse un autre cri d’alarme disant « Non, je ne veux pas, il faut aussi raboter mon salaire », d’autant plus qu’il faut trouver €14 milliards d’économies dans les prochaines années « pour renouer avec le trajectoire esquissée par l’Europe ». Mais il a dû se dire que sa première gueulante suffisait. 

mardi 24 juin 2014

Star Trek et Alzheimer

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Pierre Pestieau

On sait que les besoins de dépendance ne cesseront d’augmenter dans les décennies qui viennent. L’autre jour je m’adressais à une assemblée de gérontologues/gériatres (distinction subtile) sur ce thème. J’expliquais l’urgence qu’il y avait pour les pouvoirs publics de faire face à ce que nos amis français appellent le cinquième risque, urgence d’autant plus aigüe que le marché de l’assurance est défaillant et que les familles sont pour de multiples raisons de moins en moins au rendez-vous.

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Après mon exposé empreint d’une bonne dose de pessimisme, je me suis trouvé interpellé par deux personnes, un gérontologue et un gériatre, j’imagine, qui m’ont reproché mon manque de confiance dans l’avenir. Selon eux, la dépendance augmentera mais ses besoins ne poseront pas de problèmes dans la mesure où les nouvelles technologies suppléeront au manque de personnes aidantes. J’eus alors droit à une liste des nouvelles techniques allant de la robotique à la domotique et des produits innovants qui allaient permettre aux personnes dépendantes de ne plus dépendre des personnes aidantes. Devant leur enthousiasme, j’ai préféré me taire plutôt que de leur objecter que ces techniques étaient le plus souvent coûteuses et n’étaient souvent pas encore au point. Que le petit robot, d’origine japonaise naturellement, puisse peut-être effectuer certains travaux basiques, je n’en disconviens pas mais il pourrait difficilement apporter le réconfort voulu à une personne anxieuse ou veiller à ce qu’une personne dépendante s’habille de façon correcte.

mardi 10 juin 2014

Un livre Kapital

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Pierre Pestieau

J’ai déjà eu l’occasion de dire ici tout le bien que je pensais du dernier livre de Thomas Piketty (1). Occuper les premières places dans les listes des meilleures ventes pour un ouvrage de cette qualité est assez unique. Plutôt que d’en présenter une énième recension, je préfère émettre quelques observations sur cet ouvrage majeur.


Une comparaison certes partielle des comptes rendus de ce livre en France et aux Etats Unis est instructive. Des deux côtés de l’Atlantique, il y a eu des pour et des contre mais ce qui frappait, c’était la différence de qualité et de ton des avis négatifs et positifs. En France, les avis négatifs étaient souvent superficiels et ad hominem. Rien de cela aux Etats Unis. La critique était davantage idéologique ou technique. Elle émanait de la droite alors qu’en France elle provenait des deux bords. De même pour les avis positifs qui me paraissaient davantage étayés et informés dans le New York Times ou le New York Review  of Books pour prendre deux exemples, que dans la presse française.

Il faut éviter les exagérations. Comparer Piketty à Marx est assez hâtif même si chez certains il y avait de l’ironie. Mais ce type de dérapage est courant. A l’occasion de la mort de l’économiste américain Gary Becker, Prix Nobel et membre éminent de l’école de Chicago, j’ai pu lire qu’un de ses collègues Jim Heckmann, un autre Nobel, le comparait sans nuance à Isaac Newton, qui il est vrai n’a jamais eu le Nobel.

La barbe à K.

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Victor Ginsburgh

A Pierre J.

Durant l’ère victorienne en Angleterre, la barbe était prescrite par les médecins pour raisons de santé. A Londres, elle était supposée filtrer le mauvais air chargé de particules engendrées par le chauffage au charbon utilisé à l’époque, qui provoquait de longs épisodes discontinus de smog pouvant atteindre quatre mois (novembre à mars) comme en 1897-1880 (1).

Bactérie de barbe
Ce qui ne peut que me réjouir. En effet, je me porte très bien malgré les particules de gasoil dont on nous a caché l’existence pendant plus de 50 ans, grâce à ma barbe à la Serge G. Ben quoi, c’est un cousin très lointain auquel je ne ressemble pas, et je ne chante pas aussi bien que lui. Sinon, je ne serais évidemment pas devenu économiste.

Mais il y a aussi des risques importants pour la santé, dus, notamment, aux miettes qui s’accumulent dans la barbe et qui attirent évidemment des tas de bactéries plus horribles les unes que les autres en tout cas quand on les regarde au microscope. Sans compter les poux que l’on peut voir à l’œil nu et les puces qui sautent.

jeudi 29 mai 2014

Le sport en dérive: Mens sana in corpore sano?

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Victor Ginsburgh

J’ai reçu la semaine dernière un prix de € 75 de ma banque (ING) et me réjouissais ; la banque m’écrivait que « j’étais l’un des heureux gagnants du cinquième prix de notre tombola d’épargne » ; c’était la première fois de ma vie que je gagnais un peu d’argent grâce à une banque, surtout durant ces 6 ou 7 dernières années où les taux d’intérêt sont plutôt invisibles. Et en plus c’était une tombola « d’épargne ». Je comptais bien mettre cette somme à l’abri du regard des impôts et des éventuels investisseurs impudents qui auraient sûrement aimé me les escroquer.

Les € 75 m’étaient offerts avec des félicitations. Et la lettre continuait en m’expliquant que c’était « grâce à votre épargne », c’est-à-dire mon épargne que ce chèque-cadeau me permettait de « commander des articles des Diables Rouges en ligne, un maillot, ou une écharpe, un bonnet [d’âne, sans doute] qui devraient me permettre d’encourager nos héros nationaux cet été ».

D’abord, je n’ai jamais participé à cette tombola, et
Protestation contre le Mundial à Sao Paulo
n’aurais pas voulu. Il me semble que les coupes du monde et jeux olympiques divers soutirent suffisamment d’argent public. Sans parler de notre magnifique circuit de Francorchamps pour lequel l’ardoise négative s’alourdit d’année en année, mais chaque année on nous annonce que l’année prochaine on rasera gratis (1).

Le Mundial de football 2014 aura coûté $ 11 milliards au Brésil. Quelque 157.000 policiers ($ 322 millions) sont mobilisés pour éviter les débordements (2). Comme je comprends les Brésiliens de Rio, Sao Paulo et d’autres grandes villes qui manifestent contre ces dépenses somptuaires, alors que la police s’attaque aux pauvres de favelas à Rio, parce qu’ils ne font pas bien dans le paysage. Comme je compatis avec les Grecs que les Jeux Olympiques de 2004 ont contribué à plonger dans leur désastre. 

Le sport est phagocyté comme bien d’autres choses par l’argent et n’est plus ce qu’il devrait être, un exemple pour les jeunes, comme le montrent de nombreux cas. En voici un certain nombre.

La réforme des retraites : un terrain miné

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Pierre Pestieau

Il y a quelques jours, j’ai eu la chance de faire la connaissance de Michel Rocard qui donnait une conférence sur les difficultés de réformer l’Etat providence et particulièrement le système des retraites. Il fut en 1991 l’auteur d’un livre blanc sur les retraites acclamé à l’époque. Rappelons son propos de l’époque, lorsqu’il présenta son livre : « La retraite est un dossier ‘explosif’ capable de faire chuter plusieurs gouvernements ». Je l’ai trouvé plus clair comme conférencier que dans les interviews et certainement différent de l’image d’un professeur nimbus incompréhensible que les imitateurs français ont donnée de lui. Il avait en outre l’élégance de reconnaître qu’il n’était pas l’auteur du livre blanc, que l’on devait à des économistes de feu le Commissariat au Plan.

jeudi 15 mai 2014

Notes de Washington

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Pierre Pestieau

Chaque fois que je séjourne à Washington, deux images contrastées me viennent à l’esprit. Le Washington que j’ai connu lorsqu’étudiant j’ai bénéficié d’un stage au Fonds monétaire international (FMI); il y a de cela plus de 40 ans. Les Etats Unis était alors la première puissance mondiale et pourtant leur capitale ressemblait à un gros village. Depuis, Washington est devenue une grande métropole avec des restaurants de tous les pays, un métro et des embouteillages monstres et les Etats Unis pourraient perdre leur statut de première puissance.

Il y a quelques semaines se tenaient les Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI qui offrent chaque année aux grands dirigeants du secteur public — banques centrales, ministères des finances et du développement — et du secteur privé l'occasion de se retrouver pour discuter le temps d’un week-end des problèmes du monde. Il y a une dizaine d’années on avait quasiment besoin d’une escorte policière pour s’y rendre. Les bâtiments de ces deux organisations étaient assiégés par des centaines d’altermondialistes. L’époque est bien révolue : il n’y avait,  cette année-ci, pas un seul manifestant. En revanche, on y voyait une flopée d’équipes de journalistes prêts à interviewer n’importe qui à défaut des grands de ce monde. J’ai même été accosté par une de ces équipes. Tout fout le camp.

Le MoMa/Guggenheim de Bruxelles

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Victor Ginsburgh

On ne peut que se réjouir de la bonne nouvelle : Bruxelles aura un nouveau musée et, qui plus est, installé dans l’élégant bâtiment de Citroën qui « illustre l’esthétique fonctionnaliste de l’architecture industrielle de l’entre-deux-guerres » (1).

Mais annoncer que « nous aurons notre MoMa (2), notre Guggenheim… 16.000 mètres carrés d’art moderne et contemporain, avec entre autres, Picasso, Bacon, Dali, Miro… nous avons de l’ambition » (3) est un tant soit peu téméraire, d’autant plus que ni Picasso (né en 1881), ni Bacon (1909), ni Dali (1904), ni Miro (1893) ne sont très contemporains. C’est pourtant l’annonce qu’a faite M. Rudi Vervoort, Ministre-Président du Gouvernement de la Région Bruxelles Capitale, en abrégé M.RVMPGRBC.

Il y a beaucoup de majuscules dans ce mot, mais rassurez-vous il y en aura moins par la suite. D’autant plus qu’à la question posée à M.RVMPGRBC par les journalistes de l’Echo (4) :

jeudi 1 mai 2014

Tout le monde peut se tromper, même une banque

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Victor Ginsburgh

La Bank of America est la deuxième banque en importance (par ses actifs) aux Etats-Unis et depuis 2010 elle est devenue, d’après le Forbes Biziness Magazine, la troisième firme la plus importante au monde. Elle est avec Citigroup, JPMorgan Chase et Wells Fargo parmi les quatre plus grandes (et les plus honnêtes, bien sûr) banques américaines et sévit dans 40 pays. Elle a reçu $45 milliards d’aide lors du sauvetage des banques américaines en 2008 et 2009, ainsi qu’une garantie de l’Etat pour $118 milliards de pertes potentielles.

Elle a été prise la main dans le sac dans plusieurs fraudes qu’il serait trop long de décrire ici, tellement il y en a (1).

mercredi 30 avril 2014

Les deux mains du FMI

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Pierre Pestieau

« Trouvez-moi un économiste manchot ! », s’est un jour écrié Harry Truman. Le président en avait assez de ces économistes qui disaient « dun côté – on the one hand – cela peut arriver mais de l’autre côté, – on the other hand – il y aussi ceci ».
 Si la nuance et l’équilibre font partie de la démarche scientifique, on peut comprendre qu’ils soient frustrants au moment d’agir. C’est le sentiment que l’on a aujourd’hui en écoutant les avis du FMI sur la politique à mener en Europe et en Belgique tout particulièrement. D’une part, sous la houlette de son chief economist, le français Olivier Blanchard, il met les dirigeants européens en garde contre les politiques d’austérité qui conduisent à la déflation et à la décroissance. D’autre part, le FMI vient de coiffer la Belgique d’un bonnet d’âne en matière budgétaire. Il ressort en effet de la dernière livraison du Fiscal Monitor du FMI (1) que la Belgique est le pays qui a connu l’une des plus fortes croissances des dépenses publiques durant ces cinq dernières années. Elle se situe juste derrière le Japon. En faisant une comparaison avec des pays proches, le FMI note que ce n’est qu’en 2013 que de réels efforts ont été consentis mais dans un contexte de croissance plus faible. Tout en déplorant cet état de fait, le FMI reconnaît que n’étant pas soumise à un régime d’austérité aussi sévère que de nombreux pays voisins du sud mais aussi du nord, la Belgique affiche un taux de croissance au-dessus de la moyenne européenne en 2013. D’où la question : faut-il se réjouir de ce dérapage dans les dépenses ou le regretter ? D’autant qu’il ne s’est pas accompagné d’un dérapage budgétaire, parce que simultanément la Belgique a augmenté ses recettes fiscales. 

mardi 15 avril 2014

Smoking (1)

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Pierre Pestieau

Victor Ginsburgh et moi avions un ami qui fumait beaucoup alors que nous étions entrés dans l’ère vertueuse du TCT (tout contre le tabac). Sa justification à laquelle même lui ne croyait qu’à moitié était qu’avant de s’en prendre aux fumeurs, il aurait fallu commencer par lutter contre la pollution des villes et des campagnes due aux voitures, chauffages et usines.

Un rapport récent de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) semble lui donner raison « à titre posthume ». Il apparaît en effet que la pollution de l’air a tué prématurément près de 7 millions de personnes dans le monde en 2012 (2). « La pollution atmosphérique est désormais le principal risque environnemental pour la santé dans le monde »,  insiste le docteur Maria Neira, directrice du département santé publique à l’OMS. Elle ajoute : « Les risques sont désormais plus importants qu’on ne le pensait, en particulier en ce qui concerne les cardiopathies et les accidents vasculaires cérébraux. Peu de risques ont un impact supérieur sur la santé mondiale à l’heure actuelle que la pollution de l’air ».

Trink et tais-toi me dit Rabelais

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Victor Ginsburgh
Le voilà

Un violon alto construit par le grand luthier Stradivarius (1644-1737) sera mis en vente chez Sotheby’s dans les prochaines semaines, avec le prix de réserve de $45 millions. La technique de vente est inhabituelle, puisqu’il s’agit d’une enchère sous pli fermé dont le vainqueur sera le plus offrant et pas d’une vente aux enchères habituelle. On annoncera celui qui a  remporté le prix (c’est la cas de le dire) le 25 juin.

La dernière transaction date de 1964, où le Macdonald  s’est venu à $81.000, soit $613.000 aujourd’hui si on tient compte de l’inflation. $45 millions 73 fois plus.

C’est aussi l’occasion où jamais de vous rappeler ce que je racontais dans mon blog du 20 janvier 2012 au sujet d’une expérience dans laquelle l’expérimentateur cherchait à comparer six violons : deux Stradivarius et un Guarnerius del Gesu et trois instruments contemporains (1). 

mardi 1 avril 2014

Le clin d’œil de Vladimir

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Victor Ginsburgh

Le clin d'oeil de Vladimir
Vladimir doit bien se marrer derrière les murs de son petit Kremlin. L’embouteillage durant toute la journée du 20 mars à Bruxelles est sans doute le résultat le plus important (et probablement le seul) de la n-ième réunion des 28,00 chefs d’Etat européens pour imposer des sanctions à la Russie. L’Union Européenne annonce fièrement avoir ajouté 12 noms sur sa liste de personnalités sanctionnées (1). Si je compte bien, ça nous fait 12/28 = 0,43 personne sanctionnée par dirigeant européen après une journée de travail. Foutent rien ces gens-là.

Non seulement Vladi se marre, mais il impose des sanctions plus vite que celles que nous lui imposons. A peine Barak Obama avait-il cité trois noms supplémentaires de personnalités interdites d’entrée aux Etats-Unis, que Vladi répond en multipliant le 3 par 3 : sa liste compte 9 personnalités.

Marronniers d’économiste

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Pierre Pestieau

Même un hebdomadaire aussi sérieux que The Economist
a ses marronniers (1). Certes, il ne s’agit pas de sujets tels que les régimes minceur à l’approche de l’été, la franc-maçonnerie ou les sectes qu’affectionnent nos Nouvel Obs, Marianne et autre Express, mais c’est tout comme. C’est ainsi que dans son édition du 1-7 mars 2014, The Economist s’intéressait une fois de plus aux relations entre croissance et inégalité. Cette question récurrente posée de façons différentes est simple: les inégalités favorisent-t-elles la croissance ? La plupart d’entre nous désireux d’avoir le beurre et l’argent du beurre, la prospérité et l’équité aimerions une réponse négative. Pendant tout un temps l’idée qui prévalait était que certaines inégalités étaient inévitables pour favoriser la croissance. Entre autres raisons, il y avait la conviction que pour avoir le maximum d’accumulation du capital, vecteur de croissance, il fallait rémunérer le travailleur à son revenu de subsistance afin d’épargner le maximum. Il y avait aussi l’hypothèse que les patrons et les cadres devaient être grassement rémunérés  pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Puis vint le temps où, au contraire, on nous expliqua, preuves à l’appui, qu’une certaine égalité était indispensable pour la croissance pour une foule de raisons dont la principale était de permettre à la majorité d’acquérir une formation professionnelle adéquate. Priorité était dorénavant donnée au capital humain sur le capital physique.

jeudi 20 mars 2014

Des Gracques aux cracks

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Pierre Pestieau

Il y a peu, je regardais sur France 2 le débat de « Ce soir (ou jamais !) » consacré au chômage (1). Je ne pensais pas apprendre grand-chose sur une question aussi complexe, mais je me réjouissais de voir le style des bretteurs que Frédéric Taddeï avait conviés sur son ring hebdomadaire.

A ma droite, Nicolas Baverez, économiste et historien, Natacha Valla, ancienne chef économiste chez Goldman Sachs, et Philippe Manière, économiste libéral ; à ma gauche, Christophe Ramaux, membre des « Economistes atterrés », Jacques Sapir, économiste et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes , et Philippe Askenazy, économiste à l’Ecole d’Economie de Paris. Un combat de coqs, doublé d’un vrai dialogue de sourds sans surprise. La droite était en faveur de la rigueur budgétaire et de la nécessité de baisser les coûts du travail avec certaines variantes : le déclinisme (2) chez Baverez et le libéralisme dogmatique chez Manière. A gauche, il y avait plus de variété. Pour Sapir, le coupable était l’euro et la solution était donc d’en sortir. Pour Ramaux, il fallait relancer la demande. J’ai la faiblesse de penser qu’Askenazy se montrait le plus sensé de tous en adoptant une ligne médiane. Il était certainement le plus modéré, mais on pourrait me taxer de corporatisme. 

Karl Marx, la gauche et le bon vin

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Victor Ginsburgh

Des recherches récentes en psychologie et sociologie du vin ont montré qu’il existe une connexion entre opinions politiques et comportements nocifs tels que consommation excessive de vin. Ceux qui seraient politiquement orientés à gauche boivent davantage que leurs « collègues » de droite.

Il est vrai que le père de Karl Marx était l’heureux propriétaire d’un vignoble à Mertersdorf dans les environs de Trêves (Allemagne). Ce vignoble existe toujours et produit un pinot noir dont l’étiquette représente le barbu. Lors d’une visite au Karl Marx Haus en 2008, j’ai acheté deux bouteilles de ce vin. J’en ai bu une (c’est buvable, mais pas génial) et je garde la deuxième pour la boire le 5 mai 2018, date du bicentenaire de la naissance du personnage. A moins que je ne choisisse le 25 mai 2014, jour des élections législatives en Belgique. Mais cela dépendra des résultats de mon parti favori… 

mercredi 5 mars 2014

Crise financière et poésie. Et si c’était la poésie qui avait raison ?

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Victor Ginsburgh

Voici un texte de John M. Coetzee, l’écrivain sud-africain Prix Nobel de Littérature 2003, qui pourrait facilement nous faire sortir de la crise financière (1).

« Vers la fin de 2008, il s’est produit dans le domaine de la haute finance quelque chose qui a eu pour conséquence, nous informe-t-on, de rendre la plupart d’entre nous plus pauvres (financièrement parlant) qu’il y a quelques mois…

« La question est de savoir ce qu’est ce quelque chose. S’agissait-il de quelque chose de réel, ou bien de l’une de ces choses imaginaires qui ont des conséquences réelles… 

« Je propose une liste d’événements réels qui font que nous pourrions nous réveiller un jour brusquement plus pauvres.

« Une plaie de sauterelles pourrait dévorer nos récoltes. La sécheresse pourrait se prolonger sur des années. Un tremblement de terre pourrait détruire les routes, les ponts, les usines et les habitations. Notre pays pourrait être envahi par une armée étrangère qui pillerait nos villes, s’emparerait de nos biens, emporterait nos réserves alimentaires et ferait de nous des esclaves…

Le nombril du monde

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Pierre Pestieau

L’hebdomadaire libéral The Economist faisait observer récemment (1) qu’il y avait un sérieux biais dans le choix des pays étudiés par les économistes. En bref, les Etats-Unis se taillent la part du lion. Si l’on prend un large échantillon de revues économiques, les Etats-Unis à eux seuls sont plus étudiés que l’ensemble des autres pays. Ce biais est renforcé si on se limite aux revues les plus prisées, celles qui font partie des fameux « top five ».

Si on entrait dans le détail, on remarquerait que des pays comme le Royaume-Uni ou la Suède sont davantage étudiés que la France ou le Portugal. La Suède surtout, depuis que le Prix Nobel en économie a été créé.

jeudi 20 février 2014

B57 et A1

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Pierre Pestieau

Le titre de ce blog ne concerne pas un quelconque coup dans un combat naval mais une réflexion que je me suis faite lors d’un tout récent voyage au Vietnam. Une des étapes de ce voyage comportait  une excursion à My Son. Il s’agit d’un ancien site archéologique Cham, un peuple connu pour son attachement à l’hindouisme et ses monuments religieux. Les Chams ont occupé ce site pendant neuf siècles, du VIIIème au XVème siècle puis ils l’abandonnèrent en raison du déclin du peuple Cham. On compare parfois le site de My Son aux temples d’Angkor au Cambodge mais la comparaison est malaisée dans la mesure où les plus beaux éléments de My Son et notamment la section répertoriée comme A1 ont été détruits par les bombardiers B57 américains en 1969. Les Américains pensaient que les Viêtcongs se cachaient à l’intérieur. Ce qui n’était pas le cas d’après nos guides, qui affichaient pourtant des sentiments pro-américains clairs. Mais là n’est pas la question.

Ces génies qui règlent la circulation à Bruxelles et ailleurs

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Victor Ginsburgh

On nous annonce une enquête sur la possibilité d’instaurer une taxe au kilomètre parcouru. On nous annonce une taxe sur les véhicules qui entrent dans Bruxelles. On nous annonce des augmentations du prix des parkings.

Exemple de carrefour à Bruxelles
Je comprends bien tout cela. Bruxelles est une des villes les plus embouteillées au monde, ce qui m’avait permis d’écrire en septembre 2013 « La circulation à Bruxelles : on a gagné ».

Mais les journaux nous annoncent en chœur mardi matin 18 février que la Société Nationale des Chemins de Fer Belges (SNCB) « va privilégier les grandes gares aux dépens des petites. Les trains semi-directs [qui desservent les petites localités] devraient dès lors disparaître au profit des lignes qui relient des gares plus importantes » (1). Ce point a été démenti par le patron du rail mardi soir : nous avons simplement changé le nom des trains, dit-il… On se demande bien pourquoi un patron s’amuse à changer les noms de ses trains. Bref, on ne le croit qu’à moitié. Une marche arrière devant des protestations ? ou une marche avant plus discrète ? 
Les génies de la circulation ne se posent pas certaines questions pourtant très simples. Quelques modestes exemples :

mardi 11 février 2014

La troisième Intifada palestinienne

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Victor Ginsburgh

C’est le titre que donne à un récent article Thomas Friedman, auteur d'ouvrages politiques etet éditorialiste au New York Times (1). Le troisième intifada, explique Friedman, ne sera pas armée et ne viendra pas de Palestine, mais du reste du monde, et elle a commencé. Elle est menée par l’Union Européenne à Bruxelles et dans d’autres pays qui ont fini par s’opposer à l’occupation de la Palestine par Israël.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry vient de déclarer sous des mots à peine voilés qu’Israël devra faire face à des actions de boycott si les négociations qu’il préside entre Palestiniens et Israéliens venaient à échouer. Ce qui fait écrire au journal de centre gauche israélien Haaretz qu’Israël « boycotte la réalité » en n’écoutant pas et en feignant ne rien voir arriver (2).

Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes?

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Pierre Pestieau

Ce titre est aussi celui d’un documentaire diffusé le 24 janvier dernier sur Arte. La question est comment expliquer cette inégalité physique, ce que l’on nomme savamment le dimorphisme sexuel de taille. Même chez les Européens du nord, qui sont actuellement les plus grands du monde, la femme est dominée d'une quinzaine de centimètres en moyenne. Si le plus grand animal sur Terre est une femelle, la femelle baleine bleue, pourquoi les hommes sont-ils plus grands que les femmes? Mais peut-être que la question est mal posée : "Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes?". Il existe de nombreuses explications ; aucune n’est totalement convaincante.

Une  première explication repose sur l'hypothèse de différence à la naissance selon laquelle les mâles naissent plus gros que les femelles. La seconde suggère que les mâles grandissent plus rapidement que les femelles et selon la troisième, qui porte le nom de biométriste, les mâles croissent plus longtemps que les femelles. Ces trois lignes d’explications ont été  largement étudiées à propos de multiples espèces de mammifères, incluant l’homme. A côté de ces explications physiologiques, il en est d’autres qui sont d’ordre culturel, voire féministe. De tous temps, les femmes auraient été servies en dernier et n’auraient pas eu les mêmes chances de croissance que les hommes.

mercredi 5 février 2014

Les ayant droits

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Pierre Pestieau
Prenez un couple de retraités qui disposent d’un certain patrimoine. Peut-il disposer de ce patrimoine à sa guise? Rien n’est moins sur. D’autres qu’eux peuvent penser qu’ils ont un certain droit sur leur patrimoine. L’Etat d’abord qui prélèvera des droits de succession à leur mort ou même plus tôt s’ils procèdent à des donations de leur vivant. Et puis il y a les enfants qui peuvent penser qu’ils y ont droit, d’autant plus qu’ils ont des difficultés financières. 
Deux exemples, l’un tiré d’un film récent et l’autre de plusieurs situations vécues. Je ne me souviens plus du film mais bien de la séquence. Un petit bistrot parisien; un père et sa fille déjeunent. Le père est un septuagénaire encore vert; il est visiblement financièrement à l’aise. Sa fille a trois enfants et un revenu décent mais donne l’impression de tirer le diable par la queue. D’où sa réflexion. « Papa, n’est-ce pas injuste que tu vives encore. Si tu mourrais j’hériterais de ton patrimoine et toutes mes difficultés financières disparaitraient ». Ce à quoi le père répond en utilisant un argument de responsabilité. Elle a choisi de vivre comme elle vit.

Nouvelle dérive de Wall Street ?

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Victor Ginsburgh

On se rappellera sans aucun doute que la crise financière de 2007 a débuté par la crise  des prêts hypothécaires dans l’immobilier américain en 2006-2007. A peu près n’importe qui pouvait emprunter près de 100% (et parfois plus) du prix de son futur logement, même si tout le monde savait que cela conduirait inévitablement à des défauts de remboursement des hypothèques. Pas grave, les banques prêteuses ont émis des titres représentant ces dettes (les initiés parlent de titrisation et de subprimes) qui ont été revendus à travers le monde, dans de jolis petits paquets emballés dans du papier non transparent (les mêmes initiés parlent de produits dérivés, il faudrait plutôt dire à la dérive).  Et puis ce qui devait arriver arriva, les emprunts n’ont pas pu être remboursés avec pour conséquence que les soi-disant propriétaires ont été éjectés de leur logement et que la valeur de ces titres est tombée à presque rien.

jeudi 30 janvier 2014

Cadeaux de Noël et autres…

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Victor Ginsburgh

Nous sortons de l’époque des cadeaux, mais il faut savoir que les êtres humains ne sont pas, et de loin, les seuls à en faire. Les animaux s’en donnent aussi à cœur joie, mais sans doute pour des raisons plus terre-à-terre que nous—et encore, puisqu’ils sont souvent associés à la reproduction de l’espèce, comme le raconterait un vulgaire darwiniste.

Les dons que se font les animaux sont en fait des cadeaux nuptiaux, un peu comme lorsque—en tout cas quand nous étions jeunes— nous invitions l’être dont nous étions tombés amoureux au restaurant ou au dancing, et que nous dessinions où nous pouvions, par exemple sur un arbre, un cœur transpercé d’une fléchette, dont rien que l’image nous faisait bien évidemment souffrir.

Un phénomène similaire existe chez certains serpents qui se promènent dans nos jardins. Ils sont hermaphrodites, chacun produisant aussi bien des œufs que du sperme, mais doivent tout de même s’accoupler longuement pour assurer leur progéniture. C’est pourquoi, avant de s’unir tendrement, le serpent envoie avec une force redoutable à sa ou son désiré une fléchette d’amour qui ressemble à un harpon et qui est produite dans sa région génitale. Ce harpon se fiche dans n’importe quelle partie du corps de sa « proie » en délivrant une puissante hormone d’amour, nous dirions un philtre. L’autre serpent répond de la même façon. A la suite de quoi, ils se mettent à faire ce qu’il faut pour donner le jour à de mignons petits serpenteaux (1).


Trois guides, trois Vietnam

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Pierre Pestieau

Lors de mon récent voyage au Vietnam, j’ai bénéficié des services de trois guides, l’un pour le sud, Saigon et le delta du Mékong, le deuxième pour Danang et le centre du pays et le troisième pour le nord et la baie de Hailong. Ces trois guides relevaient de la même agence de tourisme, localisée en Chine. Ils différaient cependant jusqu’à la caricature.

Le premier, celui de Saigon, s’est présenté sous le nom de Truck, « Truck comme camion » nous dit-il. Il s’approchait de la soixantaine. J’ai découvert par la suite que Truc était un prénom vietnamien. Et progressivement il nous a révélé son histoire et n’a jamais déguisé son amour pour la France et les Etats-Unis ni sa haine pour le nord et Oncle Ho. Son grand-père et son père étaient proches des institutions françaises; ils parlaient le français couramment, selon Truc. Lui même le parlait à peine et s’exprimait dans un anglais rocailleux. Il était visiblement mal adapté au Vietnam nouveau, au Vietnam pragmatique, à la fois socialiste et de plus en plus capitaliste. Il n’était pas fait pour son métier de guide et sans doute pour aucun autre. Il nous a révélé qu’il s’était embarqué fin des années 70 sur un bateau pour s’exiler avec d’autres « boat people ». Mais il fut aussitôt repris par les garde-côtes et emprisonné pendant quelques mois. Ce qui l’a rendu encore moins employable en dépit d’un diplôme en études commerciales.

jeudi 19 décembre 2013

Evaluer l’inévaluable : la performance de l’enseignement universitaire

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Pierre Pestieau
MIT: le temple du sçavoir

Même si tout le monde s’accorde à critiquer la méthodologie qu’ils utilisent les classements universitaires internationaux de l’université Jiao Tong de Shanghai et de la revue Times Higher Education donnent une tête de peloton qui fait l’unanimité. Il est difficile de mettre en doute l’attribution des premières loges  à des institutions comme Harvard, MIT, Berkeley ou Oxford. Pour rappel, le tout dernier quinté gagnant de Shanghai était, dans l’ordre, Harvard, Stanford, Berkeley, MIT et Cambridge Angleterre et celui du Times, CALTECH, Harvard, Oxford, Stanford et MIT. La recherche qui y est menée est excellente; leur influence dans le débat des idées est incontestable et leurs étudiants n’ont aucune difficulté à trouver un emploi. Bref le rêve pour toute institution universitaire. Que la vieille Europe soit systématiquement absente des premières loges est incompréhensible pour certains et frustrant pour d’autres.


Immanquablement se pose la question de l’évaluation de l’enseignement, universitaire en l’occurrence. Est-ce possible et si oui comment? Dès l’abord, une première remarque. Les deux  classements précités sont utiles pour indiquer les grandes tendances mais dès que l’on entre dans le détail, ils ne sont guère informatifs. La manière dont les universités belges sont classées ne permet pas d’éclairer le décideur public. Le premier défaut de ces classements est leur niveau d’agrégation. Il vaudrait mieux procéder par disciplines, quitte à agréger en final les résultats des évaluations sectorielles.

mercredi 18 décembre 2013

Impressions en trois dimensions

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Victor Ginsburgh
 
Après le cinéma 3-D, ce sont les imprimantes 3-D qui font fureur, avec des bonheurs et des malheurs variés.

Le bonheur d’abord, la brosse à dents qui nettoie vos dents en six secondes, alors que moi je mets six minutes par jour, et encore, je passe quatre fois par an au détartrage qui me coûte chaque fois € 80 et qui n’est remboursé qu’une fois par an. Ce détartrage est rehaussé de menaces de mon dentiste qui me prédit des implants ou un dentier d’ici quelques années. Il me rassure cependant en m’expliquant que le dentier est remboursé, à l’inverse des implants qui coûtent évidemment dix fois plus cher.

jeudi 12 décembre 2013

L’écrit et l’iPad

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Victor Ginsburgh

MerdRe, comme disait si bien Ubu Roi, il y a quelques mois, on m’a averti (pas personnellement bien sûr) que l’abonnement de trois ans que je venais de souscrire à Newsweek ne sera pas honoré, et que mon hebdomadaire (presque) favori sera remplacé par du virtuel servi sur un iPad que je ne possède évidemment pas. Je suis donc un vieux consommateur baisRé, avec le même R qu’Ubu prononçait si bien.

Il se fait que, par hasard, j’ai aussi lu que le Secrétaire d’Etat américain à l’Education, un certain Arne Duncan, s’est récemment prononcé pour que les écoles américaines remplacent le plus rapidement possible les manuels scolaires que vous et moi avons connus par des manuels digitaux (1). Et la raison donnée est magnifique : La Corée du Sud, qui fait mieux que les Etats-Unis sur le plan de l’enseignement (2), adopte l’enseignement digital, donc si un bon enseignement adopte le digital, c’est que le digital est meilleur que celui qui utilise le papier. Encore quelqu’un qui ne comprend pas la différence entre corrélation et causalité. Mais un Ministre de l’Education Nationale ne peut pas avoir tort, donc il a raison.

mardi 10 décembre 2013

Australie. Si lointaine et si proche

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Pierre Pestieau

Je viens de faire un séjour de plus de trois semaines en Australie et j’aimerais livrer quelques réflexions sur ce voyage. A la fois, j’ai mauvaise conscience de faire des commentaires qui pourraient paraître désobligeants pour des personnes hypersensibles. Après tout, j’ai été accueilli par des gens charmants  et il n’est pas séant de déblatérer à leur sujet à peine repris le chemin du retour.

Ma première impression est que les Australiens se sentent beaucoup moins isolés qu’ils ne l’étaient il y a un demi siècle et même il y a une dizaine d’années, lors d’un premier séjour. Les moyens de transport sont moins chers et nettement plus rapides mais surtout ils sentent que le centre de gravité du monde se déplace et se rapproche d’eux. Leur politique migratoire et culturelle est davantage tournée vers l’Asie.

mardi 3 décembre 2013

A quoi ca sert?

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Pierre Pestieau

Récemment, Angus Deaton un des spécialistes de l’économie du développement a publié un livre intitulé La grande évasion en référence au film éponyme (1). Ce livre porte sur les progrès qu’ont connus les sociétés contemporaines en termes de réduction de la pauvreté et d’allongement de la durée de vie. Dans un chapitre excentrique, Deaton traite de l’aide au
pays en développement pour la dénoncer et en recommander la suppression. Inutile de dire que c’est la partie de son livre que de nombreux medias ont retenue. Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à ce type de recommandations extrêmes. Tel remède ne donne pas les résultats escomptés, supprimons-le. Il y a près de 50 ans, Deaton et moi avions 20 ans, Ivan Illich sortait ses deux ouvrages fameux sur l’école  et la médecine (2). Il montrait avec beaucoup de subtilité que la plupart des dépenses de santé ne servaient quasiment à rien; de même, de nombreux investissements dans l’éducation n’avaient que peu d’utilité. Et bien, supprimons l’école et les systèmes de santé.

dimanche 1 décembre 2013

Changements climatiques et violence

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Victor Ginsburgh

On a bien trop peu parlé dans la presse d’une étude qui s’est intéressée à l’influence des changements climatiques sur la violence et les conflits et qui a paru dans la rubrique « surprising science » sur le site web de la Smithsonian Institution. La radio belge quant à elle, a interviewé un « sçavant » (du style des Femmes Sçavantes de Molière) qui expliquait que tout cela était connu des « sçavants » depuis bien longtemps.

Bien sûr, on a souvent parlé des conséquences du changement climatique sur la montée des mers ou la désertification qui engendrent des migrations, des réductions de terres arables, et des augmentations de prix des aliments. Mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici.

Voici ce qui a été écrit à ce sujet dans deux articles récents publiés dans Science (1) et dans Nature (2). Les auteurs des deux études ont procédé à un examen (que l’on qualifie de méta-étude) de quelque 60 articles et livres scientifiques sur la question. Ces études convergent vers le même résultat, à savoir que quelle que soit la région du monde et l’époque (et ils remontent à 10 000 ans avant notre ère), le changement climatique est non seulement corrélé à la violence, aux conflits et à l’instabilité politique, mais est aussi une cause (pas la seule) de ces phénomènes, y compris entre 1950 et aujourd’hui.

vendredi 29 novembre 2013

J’admire comme on peut mentir en mettant la raison de son côté (1)

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Victor Ginsburgh

Voici quelques exemples de « grands » personnages que nous devons tous admirer pour leur pouvoir de mentir en mettant la raison de leur côté. Mais le ridicule ne tue plus.
 
A tout seigneur, tout honneur. George W. Bush parlant devant un auditoire de 1.200 personnes en octobre 2013 (2) explique : «  Je ne croirai pas aux intentions pacifiques de l’Iran jusqu’au moment où les Iraniens les prouveront ». Applaudissements nourris des invités ! Amusant pour quelqu’un qui avait prouvé qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak.

A cette même occasion, Bush a longuement expliqué que les Etats-Unis étaient enclins à s’isoler, et qu’il faudrait rappeler à Obama que le pays dont il est le Président devrait soutenir davantage la paix et la démocratie. Ce monsieur qui ose utiliser le mot « paix » prête non pas à sourire mais à fourire

Où sont les économistes francophones ?

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Pierre Pestieau

Le congrès des économistes belges de langue française (1) qui vient d’avoir lieu, portait sur l’Etat social belge. Je préfère quant à moi le terme d’Etat providence. Au moment où il a fallu trouver des orateurs pour la session plénière et pour la Commission portant sur les inégalités dont j’avais la charge, on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de spécialistes de l’Etat providence en Belgique francophone. Les noms qui revenaient étaient ceux de collègues flamands tels que Frank van den Broek, Erik Schokkaert et Bea Cantillon, sans parler des nombreux jeunes chercheurs qui travaillent avec eux à Anvers et à Leuven. C’est d’ailleurs eux que nous avons invités. Cela peut s’expliquer à mon sens mais c’est inquiétant quand on pense que c’est en Francophonie et non en Flandre que l’Etat
providence connaît et connaîtra de graves difficultés du fait de la régionalisation en marche et d’un taux d’emploi désespérément bas.

Comment expliquer cette pauvreté de la réflexion sur l'Etat providence chez les Belges francophones, qui en ont pourtant tant besoin? Il y a au moins 3 raisons:

(a) L'étroitesse de la société francophone: à peine 4 millions de personnes, dont certaines ont le regard sans cesse tourne vers la France.

(b) Nos meilleurs économistes sont des théoriciens davantage tournés vers l'étranger, le monde anglo-saxon qui fait les réputations.

jeudi 21 novembre 2013

Les bonnes intentions I

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Pierre Pestieau

Bilinguisme aux Etats-Unis
Ces derniers temps, je me suis aperçu que certaines politiques apparemment souhaitables peuvent avoir des effets pervers inattendus : il n’y a pas que l’intention qui compte. Deux exemples. La parité dans les études universitaires et le bilinguisme anglais espagnol qui règne dans plusieurs parties des Etats Unis.

Dans une étude récente, Borjas, un des meilleurs spécialistes de l’immigration, montre que les immigrants américains connaissent des évolutions salariales beaucoup moins favorables aujourd’hui qu’il y a plusieurs décennies (1). Ce serait particulièrement vrai des immigrants d’origine latino-américaine et une des raisons invoquées semble être le bilinguisme anglais espagnol. Du fait de ce bilinguisme, il est possible de vivre sans apprendre l’anglais, ce qui peut être un handicap professionnel.

Les bonnes intentions II

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Victor Ginsburgh

Enfin une décision intéressante du gouvernement wallon (1): Les grandes surfaces seront livrées durant la nuit pour réduire les embouteillages dans les villes durant la journée. Il en faudra bien plus pour les éviter, et je suggère d’étendre cette sage décision aux circonstances suivantes.


(a) Il est évident que les camions à remorques qui traversent (avec grandes difficultés) nos rues devraient se promener la nuit. 

(b) Sans parler des immenses grues et camions de déménagement.

(c) Et du ramassage des poubelles qui devrait être fait à l'aube. C’est déjà comme ça à New York. J’ai l’ai vécu, et je me suis réveillé en me demandant si on déménageait l’immeuble ou plus simplement mon lit, mais je suis toujours là, donc ce n’était ni l’un ni l’autre.

jeudi 14 novembre 2013

Groupes de pression et Commission Européenne

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Victor Ginsburgh

Bruxelles : Quelque 6.000 firmes, cabinets d’avocats et autres et 30.000 lobbyistes qui exercent une pression considérable pour que les réglementations de la Commission et du Parlement Européen (1) leur soient favorables.

Leur rôle est rendu un peu plus difficile qu’aux Etats-Unis parce que le système européen ne permet pas aux entreprises de faire des « dons » généreux aux élus et de « soutenir » leurs campagnes électorales, ce qui exclut (en tout cas officiellement) une certaine forme de corruption permise Outre-Atlantique. Mais ceci est largement compensé par la non-existence en Europe de certaines règles éthiques minimales, en permettant à des fonctionnaires d’utiliser leurs connexions dans les administrations publiques le lendemain du jour où ils les quittent. 

Officines politiques

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Pierre Pestieau

Tout lecteur assidu du Canard Enchaîné est familiarisé avec la réalité des officines, ces organisations poursuivant un but politique de manière secrète. Le journal satirique les a dénoncées à plusieurs reprises. Il en fut aussi la victime lors d’affaires demeurées célèbres. C’est surtout aux Etats Unis que ces organisations jouent un rôle dévastateur pour la démocratie. J’en donnerai deux exemples récents.

Il y a d’abord les officines qui ont noms « Freedom partners », « Generation opportunity », ou « Heritage » qui sont à l'origine des campagnes récentes contre l’Obamacare (1) et ont mené au blocage récent du gouvernement américain. Elles sont généreusement dotées par les frères Charles et David Koch, qui ont mis leur immense richesse au service de leur obsession : déstabiliser le socialiste Barack Obama. Depuis des mois, cette galaxie d’organisations a conçu, organisé et scénarisé la crise budgétaire qui a secoué l'Amérique. Elle a profité d'une concomitance exceptionnelle entre le vote de la loi de finance, l'entrée en vigueur de la loi sur l'assurance santé et la date butoir pour relever le plafond de la dette. Le chantage était simple : pas de vote du budget ni de déplafonnement de la dette sans report de l'Obamacare. Cette stratégie a momentanément échoué mais ce n’est que partie remise.

mercredi 6 novembre 2013

Tout fout l’camp

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Pierre Pestieau

Il m’arrive de m’étonner en lisant ça et là qu’une partie de la population qui vivait naguère dans l’ « enfer » soviétique et qui depuis plus de deux décennies connaît les joies du « paradis » capitaliste manifeste une certaine nostalgie pour le passé. Certes elle ne connaissait ni le luxe ni la liberté mais bien une certaine forme de sécurité.

Nous aussi dans notre vie quotidienne, nous sommes soumis à une série de contrôles et de comptabilisations qui nous font parfois regretter un monde sans doute moins efficient mais plus rassurant.

Cette réflexion m’est venue à l’esprit lorsqu’il y a peu je me suis aperçu que dans le centre de recherche où je travaille l’impression de documents nous était comptée nominalement et facturée en conséquence. Même réaction lorsqu’il a fallu payer pour les chèques bancaires émis, pour le parking au bureau, pour les immondices, … toute une série de biens ou de services qui paraissaient gratuits et que tout à coup on doit payer à l’unité. Quand quelqu’un s’en plaint, je tâche de lui expliquer qu’il est optimal de faire payer ces biens et services qui ont un coût réel et qui, jusqu'ici, était mal utilisés parce que gratuits. L’exemple typique est celui de ces chèques de quelques euros qui coûtent bien plus à l’institution bancaire. Ou encore le Mexique d’il y a 40 ans où les petits pains, que les Bruxellois appellent des pistolets, étaient quasiment gratuits et débordaient de certaines poubelles. Anticipant sur les prochaines années, un jour viendra où l’accès à l’internet et à SKYPE sera payant. On aura aussi à ce moment-là le sentiment de la perte d’un droit que l’on croyait acquis.

Les biblioburros, ou ânes porteurs de livres

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Victor Ginsburgh

Un article paru récemment dans la revue Science (1) fait état d’expériences relatives aux états mentaux qui rendent possible les relations sociales complexes caractérisant les sociétés humaines. Les auteurs montrent qu’il vaut beaucoup mieux lire des romans littéraires que des romans populaires ou de la non-fiction. Le roman littéraire mène à plus d’empathie, de perception sociale et d’intelligence émotionnelle que les autres genres.

L’article du New York Times (2) qui rapporte les résultats conclut en suggérant de lire plutôt Tchékhov ou Alice Munro (3) qu’une œuvre de qualité douteuse et vite faite (potboiler) de Danielle Steel, l’auteure américaine qui apparaît 31 fois entre 1984 et 2000 dans les listes annuelles des 10 ouvrages les plus vendus aux Etats-Unis.