dimanche 3 juin 2018

Dessine-moi un éléphant

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Pierre Pestieau

Du Petit Prince, le dessin de l’éléphant avalé d’un seul coup par un boa m’a toujours plus impressionné que celui du mouton. Il m’était difficile de ne pas l’oublier quand j’ai vu le profil de l’éléphant utilisé depuis quelques années par les chercheurs qui s’intéressent aux inégalités planétaires. A la différence de celui de Saint-Ex, la trompe de l’éléphant se relève et c’est inquiétant (1).

Branco Milanovic, ancien économiste de la Banque mondiale et expert de l'inégalité mondiale des revenus, est le premier à avoir introduit la fameuse courbe de l'éléphant pour représenter graphiquement l’évolution de la distribution des revenus des ménages au niveau mondial. Tout récemment, Thomas Piketty et ses collaborateurs (2) ont actualisé les travaux de Milanovic afin de nous expliquer la dynamique des revenus mondiaux.

L'image du père

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Victor Ginsburgh

Simone de Beauvoir, théoricienne et chantre du féminisme dans les années 1970, se retourne dans sa tombe : Même certains oiseaux chanteurs, dont les bouvreuils, écoutent uniquement la voix de leur père. Ils forment néanmoins, par la suite chacun avec sa belle, des couples « parfaits » qui ne se sépareront jamais, ce que n’ont pas fait Simone et Jean-Sol Partre.

Les jeunes bouvreuils mâles apprennent leur chant en écoutant leur père et l’utilisent pour attirer la femelle avec laquelle ils partageront leur vie (1). Si le petit mâle n’étudie pas la voix de son père endéans les 90 premiers jours qui suivent sa naissance, il n’arrivera pas à chanter correctement, et va droit au désastre, parce qu’aucune femelle ne voudra de lui.

mardi 29 mai 2018

Une fable, presque

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Victor Ginsburgh

Pourquoi les caméléons ont-ils des yeux sur le côté de la tête?

Parce que leur nombre grandissant et leur façon de se promener ont rendu leur circulation sur les branches d’arbustes très difficile. Les automobilistes sont condamnés à la même chose, et bientôt elles et ils devraient pouvoir bénéficier de la même vue que ces gentilles bestioles. Sans quoi il ne sera plus possible d’éviter voire d’écraser, par-ci un piéton, et par-là une cycliste, ou les deux simultanément. Et les places dans les cimetières, comme les crémations, sont devenues hors prix.

Dieu nous a montré la bonne voie en créant le caméléon, qui peut voir de face, de gauche, en même temps que de droite, et vice-versa, et même en arrière ou au-dessus : maintenant qu’il y a des drones, on ne sait jamais d’où l’accident peut venir. Je suis rassuré, parce que l’évolution y pourvoira certainement pour les automobilistes, nous dit la théorie de Darwin, qui n’est d’ailleurs pas tout à fait d’accord avec Dieu, ou plutôt l’inverse, puisque c’est Dieu qui n’est pas d’accord avec la théorie. Cette nouvelle façon de zieuter chez les humains pourra évidemment prendre quelques siècles : l’évolution est plus lente que le Bon Dieu qui a tout fait en six jours, comme nous le raconte le Livre. 

Taxer davantage les morts tardives ?

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Pierre Pestieau

L’idée de faire dépendre les droits de succession de l’âge du décès peut paraître saugrenue. Elle n’est en tout cas mise en œuvre explicitement dans aucun pays et pourtant il vaut la peine de s’interroger sur ses éventuels mérites.

En réalité, comme souvent en économie, tout dépend du point de vue que l’on adopte ou plus exactement du critère éthique que l’on choisit. En l’occurrence, on peut en envisager deux. Le premier qualifié d’utilitariste considère que l’idéal est de maximiser le bien être attendu alors que le second met l’accent sur le résultat final et favorise une solution qui traiterait de façon équitable ceux qui ont la chance de vivre longtemps et ceux qui meurent prématurément.

lundi 21 mai 2018

L’ascenseur est-il en panne ? Mobilité et inégalité

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Pierre Pestieau

Dans le débat sur les causes de la fracture sociale et l’émergence du vote populiste, on trouve le thème récurrent de l’absence de mobilité sociale. Concrètement, les pauvres percevraient, à tort ou à raison, que leurs enfants ne seront pas mieux qu’eux, et qu’ils seront peut-être même moins bien. Le fameux ascenseur social serait en panne. Qu’en est-il vraiment ? Deux études récentes apportent un début de réponse à cette interrogation. Mais avant de les aborder, il me semble utile de l’associer à des thèmes connexes : ceux de de la croissance zéro, de l’égalité des chances, et du 1% des riches qui accapareraient les dividendes de la croissance.

dimanche 20 mai 2018

Une lettre d’Albert Einstein

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Victor Ginsburgh

Texte de la lettre

10 avril 1948

M. Shepard Rifkin, Directeur exécutif
Amis Americains des Combattants pour la Liberté d’Israël

Cher Monsieur,

Lorsque une catastrophe réelle et finale nous surprendra en Palestine, les premiers responsables seront les Britanniques et les seconds seront les organisations terroristes nées de nos rangs.

Je ne veux voir personne qui soit associé à ces gens qui font fausse route et sont des criminels.

Sincèrement vôtre,

(s) Albert Einsein


Note

Cette lettre est la réaction d'Einstein au massacre de 107 Palestiniens dans le village de Deir Yassin, perpétré le 9 avril 1948 par le Groupe terroriste dit Groupe Stern (Stern Gang) dont faisait partie Yitzhak Shamir qui deviendra par la suite Ministre et Premier Ministre de l'Etat d'Israël. 

Un lecteur (François M.) me fait remarquer que l'Irgun était aussi dans le coup. Son chef, Menahem Begin a, par le suite, fondé le parti Likud qui est le grand parti au gouvernement pour le moment. Menahem Begin est également devenu Premier Ministre de l'Etat d'Israël et a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1979, en même temps qu'Anwar el-Sadat, président de l'Egypte.

Copie de la lettre originale d'Einstein ci dessous.


mardi 15 mai 2018

Le beau-fils de Ken Loach

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Victor Ginsburgh

Elliot Levey
Elliot Levey, Juif comme son nom l’indique (presque), a épousé Emma Loach (1), la fille de Ken Loach, devenu, il y a peu, docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles. Les Levey ont trois enfants gentiment prénommés Samuel, Jacob et Benjamin. Des prénoms que, malgré mon hébreu élémentaire, je devrais pouvoir transcrire en Shmuel, Iakov et Binyamin.

La privatisation des entreprises publiques: quel gâchis

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J’ai la conviction que nos sociétés auraient sans doute gagné à éviter la vague de privatisation qu’elles ont connue ces dernières décennies. Trois motivations peuvent expliquer cette déferlante. D’abord, une motivation idéologique. Les idées néolibérales qui se sont répandues avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher ont amené à nous faire croire que tout ce qui était public était inefficace. Ensuite, il y avait une série de problèmes politiques qui ont empêché les entreprises publiques d’évoluer pour répondre aux besoins du moment. Ajoutons à cela, le besoin de liquidités pour des Etats gravement endettés. On notera cependant que la plupart des privatisations se sont produites sans que ne soient effectuées de sérieuses études permettant de jauger la performance des entreprises publiques qualifiées d’inefficaces sans autre forme de procès.

mercredi 9 mai 2018

Age et bonheur

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Une anecdote qui date. La scène se passe à Chicago il y a près de 40 ans. Une dame, qui venait de fêter son 60ème anniversaire, me dit à ma grande surprise : « Vivement mes 65 ans » et de m’expliquer tout ce qu’elle attend de cet âge d’or : la retraite, l’assurance santé gratuite (medicare), les transports en communs gratuits avec sièges réservés pour les séniors, un nombre limité de chèques taxi (taxi vouchers) et surtout la considération qui était attachée au statut de sénior.

Des études consacrées au bonheur sont venues à bout de mon scepticisme. Je prendrai l’exemple d’une récente étude sur la population belge (1). Dans ce cas précis on peut en effet parler de la population belge dans la mesure où les Flamands et les Wallons sont également (mal)heureux. Ils sont en fait plus heureux que la moyenne des Européens, mais moins que les Bruxellois. Cette étude (2) révèle le caractère déterminant de l'âge. De tous les Belges, ce sont les plus de 60 et même de 70 ans qui respirent le plus le bonheur. Les baby-boomers, c’est-à-dire la génération née après la Deuxième Guerre mondiale, attribuent à leur vie un score de 7,2 sur 10, nettement plus élevé que les 6,2 des Belges âgés de 35 à 49 ans.

A question idiote, réponse scintillante d’intelligence

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A question idiote...
Victor Ginsburgh

Je suis un lecteur raisonnablement fidèle d’un site qui s’appelle Quora (www.quora.com) auquel on peut poser des questions scientifiques. Par exemple, en physique : « Quelle sera la vitesse d’un objet qui tombe sur la terre en 10 secondes et qui a une vitesse initiale de 0m/s ? » ou « J’essaie d’enfoncer un clou dans un mur avec une force maximum, mais il n’y pénètre pas. Avec moins de force, il pénètre. Comment cela se fait-il ? ». Parfois, c’est sociologique « Que peut-on ressentir lorsqu’on assiste à une exécution publique ? », ou « Comment votre mariage s’est-il terminé ? ». Parfois c’est chimique « Pourquoi l’urée est-elle plus concentrée dans l’urine que dans le filtrat ? ». Cela peut même devenir politique avec « Y a-t-il des Iraniens qui admirent Israël ? ».

De peu d’intérêt me direz-vous, et je suis bien d’accord. Mais il y a très souvent la même question qui revient et qui est passionnante parce qu’elle revient tellement souvent que l’on peut se demander comment des gens qui sont capables d’écrire (puisqu’ils envoient la question par internet) et de lire (puisqu’ils peuvent lire la réponse que Quora leur renvoie) peuvent poser une question de ce type : « Peut-on prouver de façon rigoureuse que la terre n’est pas plate ? » ou, dans une version, un peu différente « Si la terre est une sphère, mais pas plate, comment se fait-il que les Australiens ne sont pas tombés dans le vide ? ».

mercredi 2 mai 2018

Les petits pas assurés des femmes, enfin, mais…

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Victor Ginsburgh

Le premier pas est presque devenu institutionnel. M. Harvey Weinstein fera sans aucun doute de la prison pour abus et harcèlement sexuel. Comme d’ailleurs M. Tariq Ramadan, et on peut l’espérer, mais ce sera un peu plus difficile, M. Donald Trump.

Marie Curie, deux fois Prix Nobel
On pourrait sans peine ajouter à ceux qui méritent au moins une fessée, sinon un bastonnade sur Harvard Square, Lawrence Summers qui, en 2005, a dû démissionner de sa position de Président de Harvard University après avoir déclaré lors d’une réunion « scientifique » que, pour des raisons biologiques, les femmes étaient moins douées en mathématique et dans les sciences en général que les hommes. Il s’est d’ailleurs arrangé pour que le nombre de nominations définitives de professeures tombe de 36% avant lui à 12% durant sa présidence (1).

Salto générationnel

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Pierre Pestieau

Plus que n’importe quelle autre taxe, les droits de succession font l’objet de nombreuses pressions visant à leur allègement, voire à leur suppression et le passé récent indique que ces pressions marchent. Une enquête récente du CREDOC commandée par France Stratégie (1) révèle que la majorité des Français méconnaissent totalement cette taxe et tendent à l’imaginer beaucoup plus pesante qu’elle ne l’est en réalité. Par exemple, ils sont nombreux à penser que lors d’un décès l’époux.se survivant.e doit s’acquitter d’un impôt alors qu’il n’en est rien depuis de nombreuses années. Il faut dire que le lobby des notaires et des avocats fiscalistes contribuent à cette désinformation.

mercredi 25 avril 2018

L’herbe est toujours plus verte ailleurs

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Pierre Pestieau

Je pars d’une proposition simple largement acceptée auprès des spécialistes des Finances Publiques: tout pays peut être un paradis fiscal pour un autre. La Belgique et la France sont deux pays connus pour des taux de prélèvements obligatoires élevés et pourtant il y a des Français qui résident en Belgique et des Français qui se domicilient en Belgique pour des raisons fiscales. Comment est-ce possible?

Premier élément de réponse qui saute aux yeux: ce ne sont pas les même types de ménages qui sont concernés. Les Français qui s’établissent en Belgique sont en général aisés pour ne pas dire riches. Ce n’est pas le climat qui les attire et souvent leur résidence ne dure pas. J’exclus ici les travailleurs frontaliers belges ou français qui travaillent dans un pays et résident dans l’autre et qui ont un traitement fiscal particulier.

Ken Loach, docteur honoris causa de l’Université Libre de Bruxelles

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Victor Ginsburgh

Le docteur h.c. (presque) diplômé
La campagne de désinformation menée par les communautaristes juifs belges pour essayer de torpiller l’attribution d’un doctorat honoris causa au cinéaste Ken Loach que l’Université libre de Bruxelles (mon université) honore aujourd’hui, a été trumpienne, au sens où elle a accumulé mensonge sur mensonge : Ken Loach serait antisémite et négationniste (la Shoah n’aurait pas existé), alors que, comme beaucoup de Juifs le sont heureusement aussi, il est tout « simplement » indigné par ce qui se passe en Israël.

[Parenthèse.

Je le sais pour l’avoir vécu, c’est une position qu’on ne peut pas avoir sans être taxé d’antisémitisme, même si l’on est soi-même Juif. En allemand, ma langue maternelle, l’expression est d’ailleurs consacrée depuis le 18ème siècle : on parle d’un selbsthassender Jude, un Juif qui se déteste lui-même. Mais comment ne pas finir par détester sa judéité, quand on entend un membre du Parlement israélien dire « qu’on aurait dû loger une balle dans la peau, ou au moins dans la rotule » d’Ahed Tamimi (1), la jeune palestinienne qui avait, il y a quelques mois, giflé un soldat israélien (2).

Fin de parenthèse.]

mercredi 28 mars 2018

Rappelez-vous...

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Victor Ginsburgh

Qu’un peuple joue avec le gouffre
faut-il se taire
quand le peuple d’en face souffre
d’être amputé de sa terre ?
(Charles Dobzynski, Je est un Juif, roman, p. 51)


Vous vous rappellerez sans doute d’Elor Azaria, ce soldat israélien âgé de 20 ans qui, en 2016, a tiré sur un terroriste palestinien blessé gisant au sol et l’a tué. Vous vous rappellerez aussi que presque tout Israël, y compris le Premier Ministre de l’Etat juif et démocratique, se sont levés pour demander que ce soldat ne soit pas condamné, puisque, après tout, il n’avait fait qu’achever un terroriste blessé et à terre (1).

Vous vous rappellerez aussi d’Ahed Tamimi, cette jeune fille palestinienne âgée de 17 ans (2) qui, en 2017, a giflé un soldat israélien debout. Vous vous rappellerez sans doute que presque tout Israël, le même d’ailleurs que celui du cas précédent, y compris son Premier Ministre, s’est levé pour dénoncer la jeune fille et que Naftali Bennett, Ministre de l’Education, a même estimé qu’il fallait la condamner à la prison à vie (3).

Que croyez-vous qu’il arriva ?

L’économie des proverbes: bonheur, santé et travail

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Pierre Pestieau

Les proverbes incarnent une certaine sagesse populaire. Leur pertinence est généralement ambiguë; ils demandent d’être précisés. Cela apparaît nettement quand ils touchent à la vie économique. En voici quelques exemples.

Travailler c’est la santé. Et le chanteur d’ajouter : Ne pas travailler c’est la conserver. Il est incontestable que le travail est indispensable à l’épanouissement de homme. Pas uniquement en tant qu’activité rémunératrice, mais en tant que moyen d’intégration dans un réseau social. On pense à Saint Ex qui écrivait : La grandeur d'un métier est peut-être, avant tout, d'unir des hommes: il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines. De nombreuses études montrent d’ailleurs que l’activité prolongée permet de retarder l’apparition de maladies démentielles.Tout à la fois, le travail peut aussi être une source de problèmes physiques et mentaux, quand il s’accompagne de cadences infernales et de harcèlement de la part des petits chefs. Ce qui veut dire qu’il importe d’avoir une occupation gratifiante, ce qui nous conduit a une autre proverbe : Besogne qui plaît est à moitié faite.

jeudi 22 mars 2018

Les belges

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Pierre Pestieau

« Le Belge n’est pas prêt à lâcher sa voiture de société ».  Ce titre à la une du Soir du 27 février se répète sans arrêt dans la presse écrite et audiovisuelle à ceci près que le sujet change. On peut remplacer « lâcher sa voiture de société » par « se coucher tôt », « prendre sa retraite anticipativement » ou encore « boire moins ou plus ». Plus précisément, on lira que 23% de Belges pratiquent une religion, 15% sont alcooliques ou 11% n’ont pas d’assurance automobile. Peu importe le thème, ce que je trouve irritant dans ces titres est qu’ils véhiculent de la mauvaise information. De deux choses l’une. Par Belge, on veut dire Belge francophone ou éventuellement wallon mais dans ce cas mieux vaut le préciser. Ou par Belge, on traite de l’ensemble du pays mais dans ce cas il faudrait donner les différences entre Flamands, Wallons er Bruxellois. Car ces différences sont importantes et peuvent se répercuter sur le choix de nombreuses options politiques.

mercredi 21 mars 2018

Mafieux et corrompus

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Victor Ginsburgh

Elite bruxelloise en train de s'amuser 
Samusocial, Gial, piétonnier, stade national... : la Ville de Bruxelles clôture une législature très chahutée en matière de gouvernance et marquée par de grands projets chaotiques. Ce qui n'empêche pas PS (socialistes) et MR (libéraux) de songer à poursuivre ensemble.
(Le Vif, 3 mars 2018).


Je signe indûment le titre de ce texte, qui est en réalité un des Discours à la Nation de l’auteur italien Ascanio Celestini (1). Je n’ai pas pu résister, il convient tellement bien à la Belgique (mais aussi à pas mal d’autres pays), parce que comme vous le verrez plus bas, même les couleurs du drapeau belge y figurent. Voici le texte. Les mots entre crochets en remplacent certains autres du texte original, mais n’en modifient aucunement le sens.

jeudi 15 mars 2018

Dix mille ans d’inégalités

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Dix mille ans d’inégalités
Victor Ginsburgh

Un livre fascinant vient de paraître, mais je ne peux pas me le payer, près de 70 euros. J’attends donc que ma pension soit augmentée. Son titre : Dix mille ans d’inégalité, Une archéologie des différences de richesse (1).

Selon la quatrième de couverture, les questions auxquelles cet ouvrage essaie de répondre sont les suivantes : Est-ce que l’inégalité est une caractéristique universelle des sociétés humaines, ou bien les peuples dits « primitifs » vivaient-ils déjà dans l’inégalité ? Comment l’inégalité s’est-elle développée avant l’époque moderne ? Les inégalités se sont-elles développées après la sédentarisation des populations ? Pourquoi de telles inégalités augmentent-elles et de quand datent les inégalités que nous subissons dans les nations développées ? Que peuvent dire à ce sujet les archéologues ?

mercredi 14 mars 2018

Le grand niveleur

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Pierre Pestieau

Niveleur moderne
Alors que Victor illustre dans son article la persistance des inégalités dans le temps et l’espace, je voudrais, dans le mien, discuter des moyens permettant de les résorber. Dans son livre fameux sur le Capital au XXIème siècle Thomas Piketty observe que les inégalités criantes de revenu et de richesse qui gangrenaient nos sociétés au XIX siècle ont été partiellement résorbées grâce (?) aux deux guerres mondiales et à la crise des années 30. Depuis lors, elles ont repris de plus belle. Il est intéressant de voir que cette observation qui porte sur une période somme toute limitée se voit renforcée par une étude qui elle porte sur plusieurs siècles puisqu’elle commence à l’âge de la pierre (1). Il s’agit d’un ouvrage de Walter Scheidel qui enseigne l’Histoire à l’université de Stanford. La thèse qu’il défend avec brio peut se résumer ainsi : Les sociétés humaines sont intrinsèquement inégalitaires et seuls des bouleversements radicaux réussissent à les rendre temporairement plus égalitaires.