jeudi 12 septembre 2024
L’IA est-elle de droite ?
jeudi 5 septembre 2024
Jean Cocteau, oublié ? Oui, un peu !
Victor Ginsburgh

Jean Cocteau, Le voilà sans le moindre doute
Le voilà sans le moindre doute et le moins qu’on puisse dire de lui, c’est qu’il était bizarre, mais je me rappelle avoir lu avec grand plaisir certains de ses « romans » dont peut-être les mieux connus sont Les Enfants Terribles, Le Grand Ecart, suivi de Orphée » et d’autres que j’avais lus avant mon arrivée en Europe en 1957, mais ils ne m’ont pas tous suivi.
Il faut se rappeler aussi que c’était une époque de grands ou moins grands noms, dont le premier grand était son compagnon : Jean Marais. Mais il y avait aussi, en ces temps, Jean Anouilh, George Auric, Giorgio de Chirico, Paul Claudel, Marcel Duchamp, Arthur Honegger, Igor Markevitch, Darius Milhaud, Edith Piaf, Francis Poulenc, Raymond Radiguet, Igor Stravinsky et bien d’autres.
De nos jours, il faut également souligner son homosexualité et sa liaison avec Jean Marais dont, ni l’un ni l’autre ne se cachaient d’ailleurs, à travers leurs dessins d'hommes nus dans des moments d'intimité. Aucun n'avait peur de soumettre la forme masculine au même genre de regard érotisé auquel les modèles féminins sont si souvent soumis.

Jean Cocteau, Œdipe ou le Carrefour des Trois Routes (1952)
Pauvre Jean Cocteau, l’heure est passée…
« Il n’y a pas de précurseurs, il n’existe
que des retardataires »
(*) Jean Cocteau, The Juggler’s Revenge, exposition du 13 avril au 16 septembre de la collection de Peggy Guggenheim, à Venise. Pour moi qui ne le savais pas, juggler signifie jongleur. Mais juggler peut aussi signifier tricheur, ce qui me ravit, en tout cas s’il s’appelle Cocteau. Mais, ce n’est pas la fin, parce que juggler se traduit aussi par troubadour ou ménestrel. Je souris, parce que Cocteau pouvait être l’un ou l’autre, selon les jours.
jeudi 29 août 2024
Réussir sa fin de vie *
Pierre Pestieau
« Dieu est mort, Nietzsche est mort et moi-même, je ne me sens pas très bien » Woody Allen.
L'expression fin de vie est on ne peut pas plus ambiguë. A quel moment peut-on parler de fin de vie ? Pour un jeune adulte qui meurt dans un accident de la route, elle ne dure qu’un instant. Pour une personne souffrant de ce qu’on appelle pudiquement une longue maladie, elle peut durer des mois, voire des années. Dans de nombreux pays, on parle de fin de vie lorsqu’il n’y a plus d’espoir. A partir de là, s’enclenche un programme de soins qui prend une autre nature et offre un mode de remboursement extrêmement généreux. On a donc deux définitions de la fin de vie. Soit elle commence lorsqu’il n’y a plus d’espoir, ce qui n’empêche pas de recourir à des traitements plus ou moins agressifs visant à prolonger la vie. Soit elle commence lorsque le patient entre dans un programme de soins palliatifs ou tout autre programme apparenté. Cette dernière définition est plus restrictive. On notera que dans certains pays anglo-saxons, les termes soins de fin de vie (End Of Life, EOL) et soins palliatifs sont interchangeables.
La période qui précède l’admission en soins palliatifs est parfois un temps où la famille et les médecins peuvent être tentés pour des raisons différentes de prolonger la vie parfois au prix de souffrances insupportables pour le patient et des coûts élevés pour les familles. Dans la plupart des pays, la phase des soins palliatifs que ce soit à la maison ou en institution est intégralement remboursée par la sécurité sociale. En revanche, avant cette phase, le reste à charge peut être important. En d’autres termes, l’acharnement thérapeutique entraine souffrance et dépenses.
Nombreux sont ceux qui, surtout à des âges avancés, souhaitent éviter l’acharnement thérapeutique. Cela n’est pas toujours possible pour deux raisons. D’abord, la ligne de démarcation entre acharnement thérapeutique et soins palliatifs n’est pas toujours claire. Ensuite, certains médecins, plus dans un pays comme les États-Unis qu’en Belgique ou aux Pays-Bas prennent le serment d’Hippocrate à la lettre. De ce fait, ils ne veulent pas se résigner à la mort de leur patient tant qu’il y a l’espoir de le garder en vie. C’est d’ailleurs au nom de ce serment qu’ils rechignent, voire s’opposent, à euthanasier leur patient, même là où cela est parfaitement légal et malgré que le patient en formule le désir.
En Europe, le recours aux soins palliatifs varie fortement d’un pays à l’autre. La Figure ci-dessous donne la part des personnes ayant eu recours à des soins palliatif pour un échantillon de pays. On observe une variation allant de 18% en Autriche à 52% en Grèce pour les personnes mourant à plus de 64 ans.
Part des personnes ayant eu recours à des soins palliatifs avant de décéder à l'âge de 65 ans ou plus, 2017-2019
Source : Enquête SHARE, vagues 7 et 8
Même dans les pays les plus ouverts à favoriser une fin de vie qui soit la moins douloureuse possible, il reste beaucoup à faire. Les dépenses de santé deviennent insoutenables pour l’Etat. Il faudrait donc dans les prochaines années accroitre les investissements en soins palliatifs et modifier l’approche traditionnelle qui trop souvent conduit à l’acharnement thérapeutique. Cette orientation nouvelle aurait un triple avantage. Elle permettrait de réduire les déficits de la sécurité sociale. Elle soulagerait les familles de dépenses dont elles se passeraient bien en cette période difficile. Enfin et surtout, elle permettrait d’éviter des souffrances inutiles.
* Ce blog reprend des idées publiées dans Comment gérer la fin de vie ? Les dispositions adoptées dans les pays industrialisés, par Sergio Perelman et Pierre Pestieau, Futuribles, 45-59, 2024.
jeudi 22 août 2024
Le rêve pavillonnaire : un modèle coûteux et dépassé
Pierre Pestieau
Aujourd’hui, l’archétypique conclusion des contes pour enfants peut être reformulée ainsi : Ils se marièrent, eurent beaucoup d'enfants et vécurent heureux dans un merveilleux pavillon. En effet pour beaucoup l’idéal d’habitat est le pavillon représenté dans certains cartoons sous le nom de Sam Suffit. Le pavillon, plus précisément la maison isolée à quatre façades, représente la campagne avec l’air pur, les grands espaces où la population vit en harmonie avec la nature en opposition avec la grande ville, polluée, congestionnée où les habitants s’entassent dans des HLM.
En France, un peu moins de 20 000 hectares sont en moyenne artificialisés chaque année pour la construction de logements, dont 90% sont des pavillons principalement construits hors lotissement, sans regard urbanistique. Sur 10 ans, c’est l’équivalent d’un département comme l’Essonne qui est pris sur les espaces naturels par ces pavillons qui n’accueillent qu’une minorité de nouveaux habitants. Ce sont en effet les grandes agglomérations qui captent l’essentiel d’entre eux.
Les conséquences environnementales et économiques de l’option pavillonnaire sont cependant lourdes et de plus en plus connues. Citons d’abord le coût qu’elle fait porter a notre environnement. L’accélération de la perte de biodiversité avec la disparition de l’habitat d’espèces animales ou végétales ; l’amplification des risques d’inondations et la participation au réchauffement climatique, un sol imperméabilisé n’absorbant ni l’eau de pluie ni le CO2.
En moyenne la taille des pavillons est supérieure à celle des appartements à revenu et type de famille donné. Ceci et la moindre isolation thermique conduit à une plus grande consommation d’énergie. Autre dimension, le transport. Dans les territoires faiblement urbanisés, prendre sa voiture pour aller travailler est le quotidien de la majorité des travailleurs.
L’option pavillonnaire contraint aussi les collectivités à entreprendre des travaux, forcément bien plus coûteux qu’en milieu urbain, pour construire les réseaux de routes, d’eau, d’électricité, de gaz, de télécommunication, la mise en place de services de ramassage des ordures des ménages.
Enfin, comme l’a révélé la crise des gilets jaunes, le modèle pavillonnaire est fragile. Il dépend fortement des prix de l’énergie. C’est en effet la taxe carbone qui devait augmenter le prix des carburants qui a mis le feu aux poudres.
Certes tout n’est pas rose dans l’habitat urbain. Mais une chose est sûre : le pavillon construit au milieu d’un terrain de 1 000 mètres carrés, loin des infrastructures et des services, est un modèle dépassé. Il est évident que l’on n’a pas encore trouvé la formule idéale.
On pourrait se demander pourquoi cette option pavillonnaire continue de séduire autant alors qu’elle fait face à de nombreux obstacles économiques et administratifs. Une raison est sans doute que les externalité négatives qu’entraine la constructions d’un pavillon ne sont pas compensées par la fiscalité. Une autre raison est sans nul doute la myopie des individus qui n’anticipent pas les frais qu’entraîne ce type d’habitation.
En dépit de tout cela, il faut prudence garder. Le discours de certains écologistes peut créer de l’hostilité chez ceux qui rêvent de leur Sam Suffit et se voient stigmatisés par des gens qui habitent de luxueuses villas dans des banlieues huppées. Ici, comme dans tout ce qui concerne les problèmes d’environnement, la pédagogie s’impose.
jeudi 15 août 2024
Rhétorique génocidaire : La « danse » des ministres israéliens (*)
Victor Ginsburgh
Le 7 octobre 2023, des citoyens de Gaza passent au-delà de la frontière israélienne. Ils tuent 1160 Juifs et en enlèvent 240 en otage. Le même jour, Netanyahu dit au peuple de Gaza que les Gazaouis devront payer un « prix énorme » et que leur peuple deviendra poussière.
Le 9 octobre 2023, Yoav Gallant, ministre israélien de la Défense, déclare que « Nous imposons un siège complet à Gaza. Il n'y aura pas d'électricité, pas de nourriture, pas d'eau, pas de carburant, tout sera fermé. Nous luttons contre les animaux humains et agirons en conséquence. »
Cette déclaration a été qualifiée d'exemple de déshumanisation. Selon Kenneth Roth (Américain, directeur exécutif de Human Rights Watch de 1993 à 2022), certains excusent cette remarque comme ne faisant référence qu'au Hamas, le contexte indique clairement que les animaux humains se réfèrent à tous les habitants de Gaza. Des remarques ont également été liées à la famine à Gaza. Le 10 octobre, Gallant déclare que la bande de « Gaza ne redeviendra pas ce qu'elle était avant. Il n'y aura pas de Hamas. Nous allons tout éliminer. »
Le ministre israélien de l'Agriculture, Avi Dichter, a appelé à ce que la guerre soit « la Nakba (**) de Gaza » sur la Douzième chaîne. Ariel Kallner, un autre membre de la Knesset du parti Likoud, a écrit sur les réseaux sociaux qu'il y a « un seul objectif : la Nakba ! Une Nakba qui éclipsera la Nakba de 1948. La Nakba à Gaza et la Nakba à tous ceux qui osent s'y joindre. » Le ministre israélien du Patrimoine, Amihai Eliyahua a appelé à larguer une bombe atomique sur Gaza.
Dov Waxman, directeur du Centre Y&S Nazarian pour les études israéliennes à l'Université de Californie à Los Angeles, a déclaré que certaines des rhétoriques utilisées par les ministres de droite peuvent être perçues comme « potentiellement génocidaires » dans leur déshumanisation des civils palestiniens. Il a ajouté que ces déclarations ne pouvaient avoir qu'un impact limité sur la politique israélienne car elles avaient été faites par des ministres « ne faisant pas partie du cabinet de guerre », mais les suggestions étaient néanmoins préoccupantes.
Le ministre israélien de l'Énergie, Israël Katz a déclaré : « Toute la population civile de Gaza a reçu l'ordre de partir immédiatement. Nous gagnerons. Ils ne recevront pas une goutte d'eau ou une seule batterie jusqu'à ce qu'ils quittent le monde ».
Le 29 avril 2024, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich a déclaré « Il n'y a pas de demi-choix : Rafah, Deir al-Balah, Nuseirat, trois villes de Gaza, seront totalement détruites. Il n'y a pas de place pour deux millions de Gazaouis sous le ciel, mais le monde ne nous laisserait pas faire » (***). Le journal israélien Haaretz a décrit ses commentaires comme un appel au génocide. En août, Smotrich a déclaré qu’il pourrait être justifié et moral d'affamer deux millions de personnes, « » que le monde ne le permette pas.
En juin 2024, une affaire impliquant un rabbin de Jaffa qui incitait les étudiants à tuer tous les habitants de Gaza, y compris les enfants et les mères qui les élèvent, a été classée par la police qui enquêtait sur la plainte.
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| " Le Vol du Rabbin de Jaffa " |
(*) Le texte est traduit de l’anglais dans un article de Wikipedia, Gaza Strip (https://en.wikipedia.org/wiki/Gaza_genocide, chapitre Israeli cabinet, Ministers). Je n’ai pas trouvé de texte similaire en français. J’ai omis dans le texte en anglais les quelque 50 notes de bas de page.
(**) Nakba, mot arabe, qui est traduit par catastrophe ou désastre en français. Il faut noter que ce mot est aussi utilisé en hébreu.
(***) T. Staff, Smotrich : It may be ‘justified’ to starve 2 million Gazans, but the world won’t let us, The Times of Israel, August 5, 2024.
jeudi 25 juillet 2024
Notre Dame de Paris en Lego
Victor Ginsburgh (*)
Il y a quelques semaines, j’avais attiré votre attention sur un article relatif au jeu de Monopoly. Il se fait que, par hasard, je suis tombé sur un jeu de Lego inspiré et construit par Arnaud Gaudillat, professeur d’histoire à Paris qui, horrifié par l’incendie de la Cathédrale parisienne, a décidé de construire sa propre Cathédrale Notre Dame, composée de 4.383 pièces de Lego. Comme vous le voyez, je suis devenu un joueur…
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| Et voilà la Cathédrale Lego |
(*) Cet article est inspiré de l’article Notre-Dame raises again in... Lego, The New York Times. Voir aussi Tom Alphini, Are you ready to expertly re-create an undisputed architectural masterpiece using a ton of truly tiny Lego pieces?, Architecture 21061, May 8, 2024.
(**) Voir les photographies de l’incendie et de la reconstruction sur https://www.7sur7.be/monde/en-images-quatre-ans-apres-notre-dame-de-paris-renait-de-ses-cendres~adc575f3/229788270/.
jeudi 18 juillet 2024
Selon les estimations des chercheurs, au moins 186 000 morts pourraient résulter de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza
Traduit en français de le revue The Lancet (*)
Le 19 juin 2024, 37 396 personnes avaient été tuées dans la bande de Gaza depuis l'attaque du Hamas et l'invasion israélienne en octobre 2023, selon le ministère de la Santé de Gaza, comme le rapporte le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU.
Les chiffres du ministère ont été contestés par les autorités israéliennes, bien qu'ils aient été acceptés comme exacts par les services de renseignement israéliens, l'ONU et l'OMS. Ces données sont étayées par des analyses indépendantes, comparant l'évolution du nombre de décès provenant du personnel de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA) et ceux rapportés par le ministère qui ont trouvé invraisemblables les affirmations de fabrication de données.
La collecte des données devient de plus en plus difficile pour le ministère de la Santé de Gaza en raison de la destruction d'une grande partie de l'infrastructure.
Le ministère a dû compléter ses reportages habituels, basés sur les personnes décédées dans ses hôpitaux ou amenées mortes, avec des informations provenant de sources médiatiques fiables. Ce changement a inévitablement dégradé les données détaillées enregistrées précédemment. En conséquence, le ministère de la Santé de Gaza rapporte désormais séparément le nombre de corps non identifiés et le nombre total de morts. En date du 10 mai 2024, 30 % des 35 091 décès n'étaient pas identifiés.
Certains responsables et agences de presse ont utilisé ce développement, conçu pour améliorer la qualité des données, pour saper la véracité de celles-ci. Cependant, le nombre de décès signalés est probablement sous-estimé. L'organisation non gouvernementale Airwars procède à des évaluations détaillées des incidents dans la bande de Gaza et constate souvent que les noms des victimes identifiables ne figurent pas sur la liste du ministère. En outre, l'ONU estime qu'au 29 février 2024, 35 % des bâtiments de la bande de Gaza avaient été détruits. Le nombre de corps encore enterrés dans les décombres est donc probablement important, avec des estimations de plus de 10 000.
Les conflits armés ont des conséquences indirectes sur la santé au-delà des dommages directs causés par la violence. Même si le conflit prend fin immédiatement, il continuera d'y avoir de nombreux décès indirects dans les mois et les années à venir, dus à des maladies telles que les maladies reproductives, transmissibles et non transmissibles. Le nombre total de morts devrait être élevé compte tenu de l'intensité de ce conflit: (a) destruction de l'infrastructure de soins de santé, (b) induction de graves pénuries de nourriture, d'eau et d'abris, (c) incapacité de la population de fuir vers des lieux sûrs et (d) perte de financement de l'UNRWA, l'une des rares organisations humanitaires encore actives dans la bande de Gaza.
Dans les conflits récents, ces décès indirects varient de trois à 15 fois le nombre de décès directs. Une estimation prudente de quatre décès indirects pour un décès direct des 37 396 décès signalés, permet d'estimer que jusqu'à 186 000 morts, voire plus, pourraient être imputables au conflit actuel à Gaza.
Si l'on utilise l'estimation de la population de la bande de Gaza (2 375 259 en 2022), cela représenterait 7,9 % de la population totale de la bande. Un rapport du 7 février 2024, au moment où le bilan direct était de 28 000 morts, estimait que sans cessez-le-feu, il y aurait entre 58 260 et 85 750 décès d'ici le 6 août 2024.
Un cessez-le-feu immédiat et urgent dans la bande de Gaza est essentiel. Il doit être accompagné de mesures permettant la distribution de fournitures médicales, de nourriture, d'eau potable et d'autres ressources pour répondre aux besoins humains fondamentaux. De même, il est nécessaire de prendre acte de l'ampleur et de la nature de la souffrance dans ce conflit. Il est essentiel de documenter l'ampleur réelle pour assurer la responsabilité historique et reconnaître le coût total de la guerre. C'est aussi une obligation légale. Les mesures provisoires énoncées par la Cour internationale de justice en janvier 2024 exigent qu'Israël « prenne des mesures efficaces pour empêcher la destruction et assurer la préservation des preuves liées aux allégations d'actes relevant du champ d'application de la Convention sur le génocide ».
Le ministère de la Santé de Gaza est la seule organisation à compter les morts. Ces données seront cruciales pour le relèvement d'après-guerre, la restauration des infrastructures et la planification de l'aide humanitaire.
(*) Traduit de https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(24)01169-3/fulltext. The Lancet est une revue médicale hebdomadaire, et des plus anciennes de ce genre. The Lancet a l’impact le plus important des revues académiques. Elle a été fondée en Angleterre en 1923. Le Groupe Lancet adopte une position neutre à l'égard des revendications territoriales dans les textes publiés et les affiliations institutionnelles.
jeudi 11 juillet 2024
Le voyage extraordinaire de la dame peinte (*)
Traduit et remanié par Victor Ginsburgh
Des scientifiques trouvent la première preuve que les papillons peuvent traverser un océan.
Ils ont découvert des dames peintes qui ont commencé leur voyage en Europe ou en Afrique et l’ont terminé sur une plage sud-américaine.
Tôt un matin de fin octobre 2013, l’entomologiste Gérard Talavera a vu quelque chose de très inhabituel : une volée de papillons peints échoués sur une plage de Guyane française.
La dame peinte est l'un des papillons les plus répandus au monde, mais on ne le trouve pas en Amérique du Sud. Pourtant, ils étaient là, allongés dans le sable des côtes orientales du continent, leurs ailes criblées de trous. À en juger par leur état, Talavera, qui travaille à l'Institut botanique de Barcelone, a deviné qu'ils se remettaient d'un long vol.
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| Une Dame Peinte |
Ce papillon est un champion des voyages longue distance, sillonnant régulièrement le Sahara lors d'un trek de l'Europe à l'Afrique subsaharienne, couvrant jusqu'à 14.000 km, mais cela leur permet de se poser. Auraient-ils également pu faire le voyage de 4.200 km à travers l'océan Atlantique sans aucun endroit où s'arrêter et faire le plein de courage ?
Suivre les déplacements à longue distance des insectes est un défi. Les outils tels que les dispositifs de radio-repérage sont incapables de repérer des insectes, et le radar ne permet de surveiller que des endroits spécifiques. Dans un article publié dans la revue Nature Communications, Talavera et son équipe décrivent un indice crucial pour percer le mystère des papillons échoués : le pollen accroché aux papillons de Guyane française correspondait aux arbustes à fleurs des pays d'Afrique de l'Ouest. Ces arbustes fleurissent d'août à novembre, ce qui correspond à la chronologie de l'arrivée des papillons et suggérait que les papillons avaient traversé l'Atlantique.
Outre l’étude du pollen, les chercheurs ont séquencé les génomes des papillons pour retracer leur lignée et ont découvert qu'ils avaient des racines européennes et/ou africaines. Cela excluait, en principe, la possibilité qu'ils aient survolé l'Amérique du Nord. Les chercheurs ont utilisé un outil de suivi des insectes (appelé traçage isotopique) pour confirmer que les origines natales des papillons provenaient d’Europe occidentale, d’Afrique du Nord et d’Afrique de l'Ouest. En ajoutant des données météorologiques montrant des vents favorables soufflant de l'Afrique à l'Amérique, ils ont fait une découverte intéressante : le traçage médico-légal de Talavera a conclu que les papillons peints ont fait le premier voyage transocéanique jamais enregistré par un insecte.
Il est probable que ces papillons étaient sur leur route habituelle à travers l'Afrique lorsqu'ils ont été balayés par un vent violent. Une fois au-dessus de l'océan, ils ont continué à voler jusqu'à ce qu'ils atteignent le rivage américain.

Vieille dame fatiguée de son voyage
La découverte montre que les créatures délicates peuvent supporter un voyage difficile, d’une durée de cinq à huit jours sans se poser.
Et tout ceci, sans pollution…
(*) Monique Brouillette, Scientists find first evidence that butterflies crossed an ocean, The New York Times, June 25, 2024.
jeudi 4 juillet 2024
La brutalisation d'Israël est bien engagée. Si nous n'agissons pas, son effondrement n'est qu'une question de temps
Editorial Haaretz (Israël), 7 juin 2024
Des militants israéliens de droite attaquent le journaliste indépendant palestinien Saif Kwasmi lors d'une marche commémorant la Journée de Jérusalem (*), ce mercredi 5 juin.
Il est impossible de regarder la documentation photographique des manifestants laids et violents lors du défilé de la suprématie juive de mercredi dans les rues de Jérusalem sans entendre l'avertissement du professeur Yeshayahu Leibowitz résonner en arrière-plan: « La fierté nationale et l'euphorie qui ont suivi la guerre des Six Jours sont temporaires et nous ferons passer d'un nationalisme fier et croissant à un ultranationalisme extrême et messianique. La troisième étape sera la brutalité et la dernière étape sera la fin du sionisme », a déclaré le philosophe clairvoyant (**).
Le processus de brutalisation est à son apogée. « L'esprit général est celui de la vengeance », écrit Nir Hasson, le journaliste agressé par une bande d'adolescents qui l'ont jeté au sol et lui ont donné des coups de pied. « Le symbole principal sur les chemises des manifestants était le poing kahaniste, le chant populaire était un chant de vengeance particulièrement sanglant, aux côtés de chants de « Mort aux Arabes » et de « Que leur village brûle ». Hasson n'était pas non plus la seule personne à être agressée. Les émeutiers ont menacé, maudit, bousculé et attaqué des passants palestiniens et toute personne qu'ils identifiaient comme journaliste ou qui tentait de les filmer. La raison pour laquelle ils ont attaqué les journalistes vient de ce qu'ils n'ont pas pu trouver assez de victimes palestiniennes, car les familles palestiniennes étaient recroquevillées chez elles. Ils ont appris que lorsque les Juifs célèbrent la Journée de Jérusalem, il est préférable de quitter l'arène pour que les célébrants ne soient pas tentés de les lyncher.
Nous ne parlons pas d'une poignée d'herbes sauvages ou de l'un des autres euphémismes utilisés par certaines parties du mouvement sioniste religieux dans sa pleine incarnation kahaniste. La brutalité n'est plus confinée aux marges ou aux colonies et aux avant-postes des colonies ; elle s'est répandue dans toutes les directions. De manière terrifiante, elle a même pénétré l'armée, la Knesset (Parlement israélien) et le cabinet.
Dans la suite de ce blog, il y a quelque 70 photographies prises à Gaza par des photographes du New York Times (***). Elles illustrent l’insupportable brutalisation d’Israël, même si elles ne montrent que Gaza et le moins possible ses morts.
J’aurais voulu qu’Israël soit plus, voire beaucoup plus, pacifique. Je ne parviens pas à décider si, étant donnée la guerre durant laquelle six millions de Juifs sont morts dans les camps entre 1949 et 1945, ils n’auraient pas pu réfléchir davantage, avant de tuer à Gaza. Ils ont tué et expatrié beaucoup de palestiniens lorsqu’ils se sont emparés de la Palestine après la guerre 1940-45 (environ 700.000). Ils ont tué plus de 35.000 palestiniens en huit mois (octobre 2023-mai 2024), dont 52% de femmes et d’enfants, 43% d’hommes et 5% de non-identifiés. Ce n’est pas supportable mais probablement, pas terminé !
On dira que c’est Netanyahou, dont j’ai horreur. Mais ce ne sont pas 25 ou même 250.000 Israéliens qui ont voté pour lui, non. Ce sont plus de 50% d’Israéliens qui ont voté pour lui et ses amis. Il a ainsi obtenu 20.293 voix de plus que les autres ce qui lui a donné 64 sièges sur 120 à la Knesset (Parlement) : 2.360.757 voix pour lui et ses confrères, et 2.330.464 pour les autres. Ces 20.293 voix ont permis de tuer (jusqu’ici) plus de 35.000 palestiniens. C’est sans doute une des raisons pour laquelle je n'ai pas voulu montrer les photographies des blessés et des morts israéliens.
Voir les photographies plus loin.
(*) La journée dite « de Jérusalem » est une date fixée par l’Etat d’Israël (en début juin) à la suite de sa reconquête armée de Jérusalem incluant la vieille ville lors de la guerre des Six Jours. Elle donne lieu en Israël à diverses cérémonies joyeuses ou commémoratives pour les soldats tombés lors des combats de libération.
(**) Yeshayahu Leibowitz était un homme exceptionnel. Il naît à Riga (Lettonie) en 1903 et décède à Jérusalem en 1994. Il est chimiste, historien de la science, philosophe et moraliste israélien considéré comme l'un des intellectuels les plus marquants de la société israélienne, et l'une de ses personnalités les plus controversées pour ses avis tranchés sur la morale, l’éthique, la politique et la religion. Il a été Professeur de Philosophie à la Hebrew University de Jérusalem après avoir été Professeur de Biologie chimique et de Neuropsychologie à la Hebrew University Medical School. Il a été rédacteur en chef de l’Encyclopédie hébraïque. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Yeshayahou_Leibowitz et Haim Marnatz, Bearing witness: Morality and religion in the thought of Yeshayahu Leibowitz http://leibowitz.co.il/about.asp?id=80. J’ai passé un grand nombre d’heures devant mon ordinateur pour l’écouter au lieu de travailler.
(***) Conflict in Israel and Gaza, in Photos, https://www.nytimes.com/article/israel-gaza-hamas-photos.html














































































