mardi 23 octobre 2018

Glyphosate et consorts dans l’Union Européenne

Victor Ginsburgh

Bruxelles arrosée de glyphosate
Vous aurez tous lu que le glyphosate et autres néonicotinoïdes avaient été interdits dans la région de Bruxelles capitale depuis 2016 par les autorités de ladite région. Sans trop le dire tout haut sans doute et c’était bien ainsi. Mais c’est quand même arrivé aux oreilles des édiles de la Commission Européenne qui viennent d’expliquer il y a quelques jours à ces pauvres cons bruxellois que nous sommes, que « nous ne pouvons pas invoquer des considérations de sécurité générales et abstraites liées à une substance active en se référant au principe de précaution ». Na !

Et comme il n’y a pas consensus sur la question, il est préférable de continuer à utiliser une substance dont on ne sait pas trop si elle va nous faire fabriquer des enfants sans bras, ou qui louchent, ou qui n’ont ni nombril, qui est de toute façon inutile après la naissance et pas beau à voir, ni zizi, parfois utile, mais pas toujours beau à voir non plus. On prend le risque, tant mieux pour la firme Bayer qui vient de racheter Monsanto. A elles deux, elles forment un grand machin qui a déjà empoisonné pas mal de monde, même si ce n’est pas eux à Bhopal en Inde, c’est leur frère Union Carbide (1), ni à Seveso, Italie du Nord où c’était le frère Hoffmann-Laroche (2). Les frères chimiques se retrouvent partout et sous toutes les latitudes. Les uns fabriquent des herbicides, les autres, des pesticides et parfois les deux (3).

De surcroît, la Commission cite aussi un article récent publié dans le Journal of the National Cancer Institute qui « n’a constaté aucun lien entre cancer et exposition à long terme d’un nombre élevé de travailleurs agricoles au glyphosate » (4). Si leur étude est aussi bonne et fiable que celle du Lancet, décrite dans mon blog du 26 septembre 2018, « Une leçon d’économétrie alcoolisée » (5), alors nous sommes partis pour nous cancériser et pour ne plus pouvoir boire un verre de vin. Je ne suis preneur ni de l’un ni de l’autre.

Pourtant, une autre revue tout aussi médicale et célèbre que les deux que je viens de citer, le Journal of the American Medical Association, Internal Medicine, fait remarquer que le risque du cancer diminue de 25 pourcent chez ceux qui consomment régulièrement des produits de l’agriculture biologique (6). C’est curieux, mais si je ne me trompe pas, ça dit qu’il vaut mieux bouffer du bio que du glyphosate.

Dewayne Johnson
Pourtant aussi, un procès contre le Roundup (bourré de glyphosate) vient d’octroyer 39 millions de dollars à un jardinier afro-américain Dewayne Johnson qui est en train de mourir du cancer. En tout, 78 millions de dollars seront à charge de Monsanto, dont 39 millions seront versés à l’état de Californie au titre de dommages punitifs. « Ce procès historique était le premier mettant sur le banc des accusés les produits au glyphosate de Monsanto », conclut l’article (7).

Mais continuez à glyphosater, amis de la Commission Européenne qui savez tout, vous gagnez assez pour ne consommer que du bio. Nous pas !

(1) Rafraîchissez votre mémoire avec https://en.wikipedia.org/wiki/Bhopal_disaster
(2) Rafraichissez de nouveau avec https://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_de_Seveso
(3) Notons que les consommateurs/utilisateurs sont souvent les alliés des multinationales. Tout en reconnaissant la nocivité du produit, ils estiment que ce n’est pas l’utilisation minime qu’ils en font qui aura des conséquences. Trop paresseux pour sarcler, ils contribuent à la catastrophe des communs (merci à Pierre P. pour cette remarque).
(4) Cité par Frédéric Rohart, L’Europe recale l’interdiction du glyphosate par Bruxelles, L’Echo, 23 octobre 2017.
(5) Lisez-le ou relisez-le, il vaut la peine !
(6) Pascale Santi, L’alimentation bio réduit significativement les risques de cancer, Le Monde, 22 octobre 2018.

(7) Procès Roundup aux Etats-Unis : Dommages et intérêts réduits à 78 millions de dollars, RTBF, octobre 2018.

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