Victor Ginsburgh
Je me rends de mieux en mieux compte qu’il est
possible de remplacer presque mot-à-mot La Peste d’Albert Camus, par Le
Coronavirus. Il suffit (i) de supprimer le début de La Peste où il est question d’une invasion de rats qui meurent, eux
aussi, de la peste, (ii) changer le mot « peste » chaque fois qu’il
se présente, par « coronavirus », et (iii) situer le roman, à
Bruxelles, à Paris ou Montréal, et partout ailleurs, plutôt qu’à Oran.
Contrairement à ce qui est souvent dit et répété—et
je viens encore de le lire sur un de nos journaux quotidiens qui s’expriment mal,
peut-être pour nous faire peur—une personne infectée peut en infecter au moins
deux autres si la proximité est faible. Ce qui fait évidemment peur, parce que
cela voudrait dire que le virus pourrait se multiplier (presque) comme les
grains de blé que le roi de Perse avait promis en cadeau à Nassir, inventeur du
jeu d’échecs : un grain de blé sur la première case de l’échiquier, deux
grains sur la deuxième, quatre sur la troisième, puis 8, 16… Sur la case 64 il
y aurait eu 18 446 744 073 709 551 615 grains de blé. Donc après 64 jours (1)
de corona, c’est le nombre total d’humains qui auraient été infectés, soit 500
000 000 de fois la population de la terre. Il est donc évident que l’infection
ne peut pas atteindre la vitesse impliquée par la progression décrite, même si
chaque passage de l’infection devait prendre deux ou trois jours.

















