Clémentine Ambald (*) et Ruth Schuster (**)
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| Un castor "musqué" |
Une part de vérité
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| Deux castors "musqués" |
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| Un castor "musqué" |
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| Deux castors "musqués" |
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| Bouteille de Vino Semi Secco de Alemania |
Un ménage propriétaire qui occupe son propre logement n’a pas à payer de loyer en contrepartie. Ce loyer que l’on qualifie d’imputé ou de fictif représente ce que ce ménage propriétaire devrait payer s’il devait louer le logement qu’il occupe. Se pose alors la question de l’inclusion de ce loyer fictif dans l’assiette de l’impôt sur les revenus. Quand je pose la question autour de moi, la réponse se fait en deux temps. D’abord, il me faut expliquer le concept de loyer fictif, dont la signification ne saute pas aux yeux. Dans un second temps, j’obtiens une réaction radicalement négative sous prétexte que l’on paye déjà une lourde taxe sur son logement propre, communément appelée précompte immobilier en Belgique ou taxe foncière en France.
Deux raisons peuvent justifier cet élargissement de la base de l’impôt sur les revenus : une raison qui relève de la neutralité de l’impôt et une seconde qui concerne l’équité. D’abord, il s’agit de rendre les ménages fiscalement indifférents, entre la location et la propriété. Le propriétaire non fiscalisé sur les loyers fictifs est en effet traité plus favorablement que celui qui n’a pas investi son épargne dans un logement mais l’a placée en bourse, pour rester locataire. En effet, celui qui est resté locataire est soumis à la fiscalité du capital.
La seconde raison avancée pour la fiscalisation des loyers fictifs est qu’elle permettrait d’avoir une imposition davantage redistributive qui couvre l’ensemble des revenus du ménage. L’impôt sur le revenu qui est basé sur le principe de la capacité contributive est en effet progressif. Plus le revenu augmente, plus l'imposition est importante. En revanche, le précompte immobilier est lui basé sur le principe du bénéfice, selon lequel l’impôt doit être établi en fonction des avantages que le contribuable retire des services publics qu’il finance. De ce fait, le taux de prélèvement est d’autant plus bas que la commune est riche, ce qui rend le précompte immobilier régressif. Plus le revenu augmente, moins l'imposition est importante.
La revue Économie et Statistiques de l’INSEE a récemment publié une étude (1) qui estime ce que rapporterait la fiscalisation des loyers imputés en France. Cet article a un sous-titre éloquent : Un cadeau pour Harpagon. Cela se situerait entre 9 et 11 milliards d’euros, soit environ 10% de ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Cette même étude indique que cette fiscalisation impacterait surtout les personnes âgées et les hauts revenus. L’impôt sur le revenu étant plus important en Belgique, le rendement de cette réforme y serait aussi plus élevé.
En résumé, la fiscalisation des loyers fictifs serait souhaitable du point de vue de l’équité et de la neutralité de l’impôt. Serait-elle populaire ? Évidemment non. Mais il est possible de rendre cette réforme politiquement acceptable en utilisant les recettes ainsi obtenues pour réduire le précompte immobilier et pour financer le logement social.
Ce qui m’étonne est la frilosité des économistes, même les plus progressistes, à l’égard de cette imposition qui coche pourtant toutes les cases qui font un impôt juste et efficace. On trouve la même frilosité à l’égard des droits de succession. Il y aurait comme un tabou dès qu’il s’agit du patrimoine familial.
La France se trouve aujourd’hui confrontée avec la nécessité de trouver de nouvelles recettes. Imposer ces loyers fictifs permettrait de réduire en partie son déficit budgétaire abyssal et ferait plus que compenser la suppression de la taxe d’habitation accordée il y a quelques années par Emmanuel Macron pour on ne sait quelle raison.
‘Socialite’ est un mot anglais, qui se traduit par mondain. J’ai eu récemment l’occasion de visiter la propriété du parangon des ‘socialites’ américaines. Il s’agit de Marjorie Merriweather Post, née à Springfield dans l’Illinois et décédée en 1973, à Washington DC. Elle fut pendant de nombreuses années la femme d’affaires américaine la plus riche. Elle était la propriétaire de la fameuse firme General Foods.
Elle a utilisé une grande partie de sa fortune pour collectionner des œuvres d'art, en particulier de l'art russe pré-révolutionnaire et de nombreux objets ayant appartenu à Marie Antoinette. Une grande partie de ces œuvres est aujourd'hui exposée dans une de ses propriétés, l’Hillwood Estate, Museum & Gardens, qui comme son nom l’indique est devenue un impressionnant musée, situé aux confins de Washington.
La visite du musée comme celle des jardins était intéressante ; elle vaut le détour. Il demeure qu’elle entraîne un certain malaise pour deux raisons. D’abord, il semble étrange, anachronique, de consacrer autant de ressources à commémorer deux époques qui furent loin d’être les plus démocratiques et partageuses de l’Histoire de l’Europe, et qui d’ailleurs furent l’une et l’autre suivies de deux des révolutions les plus marquantes.
La seconde raison est sans doute plus substantielle. Tout au long de la visite, la guide ne cessait de nous vanter la générosité de cette femme qui avait consacré une important fraction de sa fortune au bien-être de l’humanité, alors qu’elle aurait pu la consacrer à son intérêt propre. Cet argument se retrouve dans les brochures que l’on reçoit au début de la visite. Il appelle deux réactions. D’abord, on sait que les multimilliardaires ne pourraient consacrer qu’une infime partie de leur richesse à la consommation la plus somptuaire que l’on puisse imaginer. Ensuite, penser que les ultrariches contribuent plus au bien-être social par leurs donations que si leur richesse avait été taxée et du coup utilisée par l’État pour ses dépenses courantes est une idée qui est largement répandue dans les milieux conservateurs aux États-Unis et ailleurs. Cette idée que les riches savent mieux que l’État ce qui est bon pour la société ne tient pas la route.
Il est malheureusement de plus en plus fréquent d’entendre des gens prétendre que les individus contribuent plus efficacement au bien-être collectif par leurs dons à des œuvres de bienfaisance, à la recherche scientifique ou à des œuvres artistiques que l’État agissant dans les mêmes domaines. Cette théorie se heurte à deux réalités. D’abord, les donations privées, surtout quand elles émanent de milliardaires, sont orientées vers des objectifs spécifiques qui n'ont pas l’universalité de la politique publique. En outre, on sait que si les taxes étaient remplacées par des contributions volontaires, le phénomène du passager clandestin conduirait à des montant nettement plus faibles.
La conclusion est évidente et sans surprise : des ‘socialites’ comme Mme Merriweather Post sont loin d’être des socialistes.
Faut-il lutter contre la consommation de drogue ou la pratique des jeux de hasard ? Dans l’affirmative, doit on recourir à la fiscalité ou à la règlementation ? Pour répondre à ces questions, il faut tenir compte de 4 aspects : le degré de nocivité perçue, une source de recettes pour l’État, l’existence d’un marché noir et la possibilité d’addiction. On se concentrera sur la drogue. Le même raisonnement s’applique au jeu qui a certains égards peut être considéré comme une drogue.
On distingue une large variété de drogues qui vont du médicament aux drogues dures en passant par le tabac, l’alcool et la marijuana. La nocivité de ces drogues peut être objectivée mais elle est perçue différemment selon les époques et les pays. Le cannabis est considéré comme nocif en France et pas du tout aux Pays Bas. La cigarette a été longtemps vue comme inoffensive. Dans la plupart des pays, les médicaments sont subventionnés, le tabac et l’alcool sont taxés et les drogues dures sont interdites. Les drogues douces le sont souvent aussi, bien que parfois tolérées.
S’il peut y avoir un marché parallèle, la taxation et surtout l’interdiction peuvent s’avérer inopérantes. L’exemple de la prohibition instaurée au États-Unis en 1920 illustre bien cette difficulté. A tout le moins, toute politique qu’elle soit de type fiscal ou règlementaire ne peut négliger cette alternative. Quant à la fiscalité, il importe de veiller à ce qu’elle ne soit pas régressive. Les taxes imposées sur les cigarettes rapportent beaucoup à l’État mais sont nettement régressives dans la mesure où la consommation de tabac décroît avec le revenu. Enfin, il ne faut pas négliger le phénomène d’addiction qui rend inopérantes les politiques classiques. En d’autres termes, il faut dans ces cas recourir à des mesures thérapeutiques qui sont le plus souvent couteuses.
Lorsqu'on analyse les avantages comparés de la taxation et de la réglementation pour lutter contre la consommation de drogues nocives, il est essentiel d'examiner les avantages distincts que chaque approche offre. Les deux stratégies visent à atténuer les impacts négatifs de la consommation de drogues sur la société, mais elles emploient différents mécanismes et outils pour atteindre leurs objectifs.
Commençons par la fiscalité qui peut être précédée par la légalisation si la drogue était jusqu’alors interdite. La taxation peut générer des revenus significatifs pour les gouvernements. Ces fonds peuvent être réaffectés à des programmes de santé publique, d'éducation et de services de réhabilitation des drogues. Par la taxation, le gouvernement peut influencer le prix des drogues, les rendant moins attrayantes pour les consommateurs si elles sont plus chères. Cela peut réduire la consommation sans interdire directement la substance. La légalisation et la taxation des drogues peuvent réduire le commerce illégal et les activités criminelles associées. Cela permet de faire entrer les ventes de drogues dans un marché réglementé où les normes de sécurité peuvent être appliquées.
Quant à la règlementation, elle permet un contrôle direct sur qui peut accéder aux drogues, dans quelles circonstances et en quelles quantités. Cela peut être plus efficace pour les médicaments. Elle peut établir et faire respecter des normes pour la production et la distribution de drogues, garantissant la sécurité et la cohérence des produits. Cela réduit le risque de contamination et de surdose. En outre, la règlementation peut être adaptée pour aborder des problèmes spécifiques liés à la consommation de drogues, tels que les restrictions publicitaires, les limites d'âge et les lieux de vente. Cela permet des approches plus nuancées et spécifiques au contexte.
Le choix entre la taxation et la réglementation, ou une combinaison des deux, dépend des objectifs spécifiques et du contexte de la politique en matière de drogues. La taxation offre une approche pragmatique pouvant réduire l'usage et générer des revenus, tandis que la réglementation fournit un contrôle direct et des garanties de sécurité. Souvent, la stratégie la plus efficace peut impliquer un mélange équilibré des deux, tirant parti des forces de chaque approche pour relever les défis complexes posés par la consommation de drogues.
Les prisons israéliennes fonctionnent comme un système de camps de torture. Les Palestiniens détenus par Israël depuis le 7 octobre ont fait de telles déclarations pendant des mois, leurs paroles étayées par une perte de poids extrême après avoir été libérés de la détention israélienne. Aujourd'hui, un rapport obsédant et exhaustif de l'ONG israélienne de défense des droits de l'homme B’Tselem publié cette semaine étaye ces affirmations par des preuves provenant de cinquante-cinq détenus palestiniens après leur libération des prisons israéliennes. La majorité des personnes interrogées n'ont jamais été jugées pour aucun crime.
Le titre du rapport de B’Tselem « Bienvenue en enfer », est une citation d'un soldat israélien. « L'enfer » n'est pas une exagération. Comme le détaille le rapport, les Palestiniens qui sont détenus dans les prisons et les centres de détention israéliens depuis le début de la guerre contre Gaza sont soumis à la torture, aux abus sexuels, à la violence, à l'humiliation, à la famine, à la privation de sommeil et au déni de traitement médical adéquat. Le rapport énumère soixante cas de prisonniers palestiniens morts depuis le début de la guerre, dont quarante-huit prisonniers de Gaza morts dans les centres de détention de l'armée et douze morts en détention par l'administration pénitentiaire ; de nombreux témoignages du rapport font référence à l'unité Keter de l'administration pénitentiaire, qui fonctionne comme une force spécialisée dans le contrôle des émeutes.
« Leurs témoignages révèlent les résultats de la transformation précipitée de plus d'une douzaine d'établissements pénitentiaires israéliens, militaires et civils, en un réseau de camps dédiés à l'abus des détenus dans le cadre d'une politique », note B'Tselem en introduction du rapport.
« Les établissements dans lesquels chaque détenu est délibérément soumis à une douleur et à des souffrances dures et implacables fonctionnent de facto comme des camps de torture. »
Les témoignages valent la peine d'être lus dans leur intégralité, mais ils incluent: un détenu battu à mort par des gardiens pour avoir demandé s'il y avait un cessez-le-feu, car les détenus n'ont pas reçu de nouvelles à l'intérieur de la prison ; un récit de gardiens mettant des cigarettes « dans ma bouche et sur mon corps [...] ils ont mis des pinces sur mes testicules qui étaient attachés à quelque chose de lourd » ; l'utilisation de « musique disco forte » jouée à des volumes qui font saigner les oreilles des détenus ; un récit d'agression sexuelle et de sodomie au cours duquel d'autres gardiens ont filmé l'acte sur leurs téléphones ; histoire après histoire de famine délibérée de détenus.
Ces derniers jours, la société israélienne a été déchirée par l'allégation d'un tribunal selon laquelle des membres des Forces de défense israéliennes (FDI) auraient violé collectivement une détenue palestinienne à la base militaire de Sde Teiman. L'allégation a entraîné un soulèvement en défense des soldats en question, encouragé par les membres de Tsahal (armée israélienne) et les dirigeants élus des partis politiques israéliens. Alors que la foule pro-viol prenait d'assaut la base militaire, l'armée israélienne a été forcée de redéployer des unités de Cisjordanie vers la base pour tenter d'apaiser la violence et de garder le contrôle.
Comme le montrent clairement les rapports de B'Tselem, et conformément aux conclusions supplémentaires des Nations Unies, les soldats accusés de viol à Sde Teiman ne sont guère des exceptions. L'armée israélienne y mène une politique systémique de torture des quelque dix mille Palestiniens actuellement détenus.
« Compte tenu de la gravité des actes, de l'ampleur des violations des dispositions du droit international et du fait que ces violations visent l'ensemble de la population de prisonniers palestiniens, quotidiennement et au fil du temps, la seule conclusion possible est qu'en commettant ces actes, Israël commet des actes de torture qui constituent un crime de guerre et même un crime contre l'humanité, » conclut le rapport.
Il y a longtemps eu des allégations crédibles selon lesquelles l’armée israélienne utilise la violence sexuelle contre les détenus palestiniens. Le fait que la société israélienne ait maintenant été forcée de le reconnaître par un tribunal est en soi le résultat d'un consensus croissant de la communauté juridique internationale selon lequel Israël ne peut pas enquêter sur lui-même pour ses crimes de guerre présumés et doit donc être poursuivi par des tribunaux tels que la Cour pénale internationale (CPI). Le soutien du public israélien aux violeurs présumés de Tsahal, et sa réponse remarquablement modérée aux témoignages contenus dans le rapport de B'Tselem, en sont une preuve supplémentaire. Voir aussi (**).
Dans le camp de détention de Guantanamo Bay (prison américaine), neuf prisonniers ont été tués en vingt ans ; en Israël, soixante détenus ont été tués en dix mois.

Jean Cocteau, Le voilà sans le moindre doute
Le voilà sans le moindre doute et le moins qu’on puisse dire de lui, c’est qu’il était bizarre, mais je me rappelle avoir lu avec grand plaisir certains de ses « romans » dont peut-être les mieux connus sont Les Enfants Terribles, Le Grand Ecart, suivi de Orphée » et d’autres que j’avais lus avant mon arrivée en Europe en 1957, mais ils ne m’ont pas tous suivi.
Il faut se rappeler aussi que c’était une époque de grands ou moins grands noms, dont le premier grand était son compagnon : Jean Marais. Mais il y avait aussi, en ces temps, Jean Anouilh, George Auric, Giorgio de Chirico, Paul Claudel, Marcel Duchamp, Arthur Honegger, Igor Markevitch, Darius Milhaud, Edith Piaf, Francis Poulenc, Raymond Radiguet, Igor Stravinsky et bien d’autres.
De nos jours, il faut également souligner son homosexualité et sa liaison avec Jean Marais dont, ni l’un ni l’autre ne se cachaient d’ailleurs, à travers leurs dessins d'hommes nus dans des moments d'intimité. Aucun n'avait peur de soumettre la forme masculine au même genre de regard érotisé auquel les modèles féminins sont si souvent soumis.

Jean Cocteau, Œdipe ou le Carrefour des Trois Routes (1952)
Pauvre Jean Cocteau, l’heure est passée…
« Il n’y a pas de précurseurs, il n’existe
que des retardataires »
(*) Jean Cocteau, The Juggler’s Revenge, exposition du 13 avril au 16 septembre de la collection de Peggy Guggenheim, à Venise. Pour moi qui ne le savais pas, juggler signifie jongleur. Mais juggler peut aussi signifier tricheur, ce qui me ravit, en tout cas s’il s’appelle Cocteau. Mais, ce n’est pas la fin, parce que juggler se traduit aussi par troubadour ou ménestrel. Je souris, parce que Cocteau pouvait être l’un ou l’autre, selon les jours.
« Dieu est mort, Nietzsche est mort et moi-même, je ne me sens pas très bien » Woody Allen.
L'expression fin de vie est on ne peut pas plus ambiguë. A quel moment peut-on parler de fin de vie ? Pour un jeune adulte qui meurt dans un accident de la route, elle ne dure qu’un instant. Pour une personne souffrant de ce qu’on appelle pudiquement une longue maladie, elle peut durer des mois, voire des années. Dans de nombreux pays, on parle de fin de vie lorsqu’il n’y a plus d’espoir. A partir de là, s’enclenche un programme de soins qui prend une autre nature et offre un mode de remboursement extrêmement généreux. On a donc deux définitions de la fin de vie. Soit elle commence lorsqu’il n’y a plus d’espoir, ce qui n’empêche pas de recourir à des traitements plus ou moins agressifs visant à prolonger la vie. Soit elle commence lorsque le patient entre dans un programme de soins palliatifs ou tout autre programme apparenté. Cette dernière définition est plus restrictive. On notera que dans certains pays anglo-saxons, les termes soins de fin de vie (End Of Life, EOL) et soins palliatifs sont interchangeables.
La période qui précède l’admission en soins palliatifs est parfois un temps où la famille et les médecins peuvent être tentés pour des raisons différentes de prolonger la vie parfois au prix de souffrances insupportables pour le patient et des coûts élevés pour les familles. Dans la plupart des pays, la phase des soins palliatifs que ce soit à la maison ou en institution est intégralement remboursée par la sécurité sociale. En revanche, avant cette phase, le reste à charge peut être important. En d’autres termes, l’acharnement thérapeutique entraine souffrance et dépenses.
Nombreux sont ceux qui, surtout à des âges avancés, souhaitent éviter l’acharnement thérapeutique. Cela n’est pas toujours possible pour deux raisons. D’abord, la ligne de démarcation entre acharnement thérapeutique et soins palliatifs n’est pas toujours claire. Ensuite, certains médecins, plus dans un pays comme les États-Unis qu’en Belgique ou aux Pays-Bas prennent le serment d’Hippocrate à la lettre. De ce fait, ils ne veulent pas se résigner à la mort de leur patient tant qu’il y a l’espoir de le garder en vie. C’est d’ailleurs au nom de ce serment qu’ils rechignent, voire s’opposent, à euthanasier leur patient, même là où cela est parfaitement légal et malgré que le patient en formule le désir.
En Europe, le recours aux soins palliatifs varie fortement d’un pays à l’autre. La Figure ci-dessous donne la part des personnes ayant eu recours à des soins palliatif pour un échantillon de pays. On observe une variation allant de 18% en Autriche à 52% en Grèce pour les personnes mourant à plus de 64 ans.
Part des personnes ayant eu recours à des soins palliatifs avant de décéder à l'âge de 65 ans ou plus, 2017-2019
Source : Enquête SHARE, vagues 7 et 8
Même dans les pays les plus ouverts à favoriser une fin de vie qui soit la moins douloureuse possible, il reste beaucoup à faire. Les dépenses de santé deviennent insoutenables pour l’Etat. Il faudrait donc dans les prochaines années accroitre les investissements en soins palliatifs et modifier l’approche traditionnelle qui trop souvent conduit à l’acharnement thérapeutique. Cette orientation nouvelle aurait un triple avantage. Elle permettrait de réduire les déficits de la sécurité sociale. Elle soulagerait les familles de dépenses dont elles se passeraient bien en cette période difficile. Enfin et surtout, elle permettrait d’éviter des souffrances inutiles.
* Ce blog reprend des idées publiées dans Comment gérer la fin de vie ? Les dispositions adoptées dans les pays industrialisés, par Sergio Perelman et Pierre Pestieau, Futuribles, 45-59, 2024.
Aujourd’hui, l’archétypique conclusion des contes pour enfants peut être reformulée ainsi : Ils se marièrent, eurent beaucoup d'enfants et vécurent heureux dans un merveilleux pavillon. En effet pour beaucoup l’idéal d’habitat est le pavillon représenté dans certains cartoons sous le nom de Sam Suffit. Le pavillon, plus précisément la maison isolée à quatre façades, représente la campagne avec l’air pur, les grands espaces où la population vit en harmonie avec la nature en opposition avec la grande ville, polluée, congestionnée où les habitants s’entassent dans des HLM.
En France, un peu moins de 20 000 hectares sont en moyenne artificialisés chaque année pour la construction de logements, dont 90% sont des pavillons principalement construits hors lotissement, sans regard urbanistique. Sur 10 ans, c’est l’équivalent d’un département comme l’Essonne qui est pris sur les espaces naturels par ces pavillons qui n’accueillent qu’une minorité de nouveaux habitants. Ce sont en effet les grandes agglomérations qui captent l’essentiel d’entre eux.
Les conséquences environnementales et économiques de l’option pavillonnaire sont cependant lourdes et de plus en plus connues. Citons d’abord le coût qu’elle fait porter a notre environnement. L’accélération de la perte de biodiversité avec la disparition de l’habitat d’espèces animales ou végétales ; l’amplification des risques d’inondations et la participation au réchauffement climatique, un sol imperméabilisé n’absorbant ni l’eau de pluie ni le CO2.
En moyenne la taille des pavillons est supérieure à celle des appartements à revenu et type de famille donné. Ceci et la moindre isolation thermique conduit à une plus grande consommation d’énergie. Autre dimension, le transport. Dans les territoires faiblement urbanisés, prendre sa voiture pour aller travailler est le quotidien de la majorité des travailleurs.
L’option pavillonnaire contraint aussi les collectivités à entreprendre des travaux, forcément bien plus coûteux qu’en milieu urbain, pour construire les réseaux de routes, d’eau, d’électricité, de gaz, de télécommunication, la mise en place de services de ramassage des ordures des ménages.
Enfin, comme l’a révélé la crise des gilets jaunes, le modèle pavillonnaire est fragile. Il dépend fortement des prix de l’énergie. C’est en effet la taxe carbone qui devait augmenter le prix des carburants qui a mis le feu aux poudres.
Certes tout n’est pas rose dans l’habitat urbain. Mais une chose est sûre : le pavillon construit au milieu d’un terrain de 1 000 mètres carrés, loin des infrastructures et des services, est un modèle dépassé. Il est évident que l’on n’a pas encore trouvé la formule idéale.
On pourrait se demander pourquoi cette option pavillonnaire continue de séduire autant alors qu’elle fait face à de nombreux obstacles économiques et administratifs. Une raison est sans doute que les externalité négatives qu’entraine la constructions d’un pavillon ne sont pas compensées par la fiscalité. Une autre raison est sans nul doute la myopie des individus qui n’anticipent pas les frais qu’entraîne ce type d’habitation.
En dépit de tout cela, il faut prudence garder. Le discours de certains écologistes peut créer de l’hostilité chez ceux qui rêvent de leur Sam Suffit et se voient stigmatisés par des gens qui habitent de luxueuses villas dans des banlieues huppées. Ici, comme dans tout ce qui concerne les problèmes d’environnement, la pédagogie s’impose.
Le 7 octobre 2023, des citoyens de Gaza passent au-delà de la frontière israélienne. Ils tuent 1160 Juifs et en enlèvent 240 en otage. Le même jour, Netanyahu dit au peuple de Gaza que les Gazaouis devront payer un « prix énorme » et que leur peuple deviendra poussière.
Le 9 octobre 2023, Yoav Gallant, ministre israélien de la Défense, déclare que « Nous imposons un siège complet à Gaza. Il n'y aura pas d'électricité, pas de nourriture, pas d'eau, pas de carburant, tout sera fermé. Nous luttons contre les animaux humains et agirons en conséquence. »
Cette déclaration a été qualifiée d'exemple de déshumanisation. Selon Kenneth Roth (Américain, directeur exécutif de Human Rights Watch de 1993 à 2022), certains excusent cette remarque comme ne faisant référence qu'au Hamas, le contexte indique clairement que les animaux humains se réfèrent à tous les habitants de Gaza. Des remarques ont également été liées à la famine à Gaza. Le 10 octobre, Gallant déclare que la bande de « Gaza ne redeviendra pas ce qu'elle était avant. Il n'y aura pas de Hamas. Nous allons tout éliminer. »
Le ministre israélien de l'Agriculture, Avi Dichter, a appelé à ce que la guerre soit « la Nakba (**) de Gaza » sur la Douzième chaîne. Ariel Kallner, un autre membre de la Knesset du parti Likoud, a écrit sur les réseaux sociaux qu'il y a « un seul objectif : la Nakba ! Une Nakba qui éclipsera la Nakba de 1948. La Nakba à Gaza et la Nakba à tous ceux qui osent s'y joindre. » Le ministre israélien du Patrimoine, Amihai Eliyahua a appelé à larguer une bombe atomique sur Gaza.
Dov Waxman, directeur du Centre Y&S Nazarian pour les études israéliennes à l'Université de Californie à Los Angeles, a déclaré que certaines des rhétoriques utilisées par les ministres de droite peuvent être perçues comme « potentiellement génocidaires » dans leur déshumanisation des civils palestiniens. Il a ajouté que ces déclarations ne pouvaient avoir qu'un impact limité sur la politique israélienne car elles avaient été faites par des ministres « ne faisant pas partie du cabinet de guerre », mais les suggestions étaient néanmoins préoccupantes.
Le ministre israélien de l'Énergie, Israël Katz a déclaré : « Toute la population civile de Gaza a reçu l'ordre de partir immédiatement. Nous gagnerons. Ils ne recevront pas une goutte d'eau ou une seule batterie jusqu'à ce qu'ils quittent le monde ».
Le 29 avril 2024, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich a déclaré « Il n'y a pas de demi-choix : Rafah, Deir al-Balah, Nuseirat, trois villes de Gaza, seront totalement détruites. Il n'y a pas de place pour deux millions de Gazaouis sous le ciel, mais le monde ne nous laisserait pas faire » (***). Le journal israélien Haaretz a décrit ses commentaires comme un appel au génocide. En août, Smotrich a déclaré qu’il pourrait être justifié et moral d'affamer deux millions de personnes, « » que le monde ne le permette pas.
En juin 2024, une affaire impliquant un rabbin de Jaffa qui incitait les étudiants à tuer tous les habitants de Gaza, y compris les enfants et les mères qui les élèvent, a été classée par la police qui enquêtait sur la plainte.
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| " Le Vol du Rabbin de Jaffa " |
(*) Le texte est traduit de l’anglais dans un article de Wikipedia, Gaza Strip (https://en.wikipedia.org/wiki/Gaza_genocide, chapitre Israeli cabinet, Ministers). Je n’ai pas trouvé de texte similaire en français. J’ai omis dans le texte en anglais les quelque 50 notes de bas de page.
(**) Nakba, mot arabe, qui est traduit par catastrophe ou désastre en français. Il faut noter que ce mot est aussi utilisé en hébreu.
(***) T. Staff, Smotrich : It may be ‘justified’ to starve 2 million Gazans, but the world won’t let us, The Times of Israel, August 5, 2024.