mercredi 29 mai 2019

La der des ders

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Pierre Pestieau

Une conversation et une lecture récentes qui n’avaient a priori aucun rapport. Sauf que l’une et l’autre m’ont rappelé que la trop fameuse exclamation « Plus jamais ça ! » était le plus souvent suivie par un « Encore ça ! ». La lecture est celle d’un roman (1) que j’ai beaucoup aimé. Il narre l’histoire d’un jeune soldat flamand, issu d’un milieu pauvre et qui rêve d’être peintre. Il est mobilisé en 1914 et connaîtra le cauchemar d’une guerre des tranchées meurtrière. Il sait que cette guerre est absurde d’autant qu’elle est menée par des officiers arrogants (pour la plupart francophones) et incompétents. Lors du centième anniversaire de la fin de cette « grande guerre », l’année dernière, on a rappelé combien elle avait été absurde et sanglante au point que peu de temps après on a parlé de la « Der des Ders » (dernière des dernières). Il a vite fallu déchanter. Le traité de Versailles qui devait conclure cette guerre n’a fait que préparer la suivante.

mercredi 22 mai 2019

Suicide du capitalisme ?

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Victor Ginsburgh

Beaucoup le pensent, et certains essaient d’y remédier. Les termes de ‘suicide du capitalisme’ sont longuement décrits dans un article du New York Times (1), où le journaliste rapporte les propos d’un vieux capitaliste âgé de 80 ans, Peter Georgescu, réfugié roumain arrivé aux Etats-Unis en 1947. Il s’est vite retrouvé chez Young and Rubicam où il a passé 37 ans, dont les sept dernières en tant que directeur général (chief executive officer, comme on dit).
Où le capital est-il parti? 
Le héros de son histoire est l’Amérique, « où des individus qui n’avaient aucune raison de le faire, l’ont aidé, notamment une députée, qui ne représentait pas le district où habitaient ses parents ; un directeur d’école qui ne l’avait jamais rencontré ; et bien d’autres qui l’ont conseillé, en un temps où les chefs d’entreprise n’avaient pas des salaires aussi bizarres (‘outlandish’ dans le texte) qu’aujourd’hui, et où ceux des ouvriers étaient régulièrement ajustés à la hausse. Le capitalisme », dit-il « était une brillante usine de fabrication de prospérité, mais les choses ont changé après les années 1970 ».

mercredi 15 mai 2019

Repenser la gauche. Inégalités, précarité et mobilité sociale

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Pierre Pestieau

Le domaine de prédilection de la gauche, celui qui de tous temps la distingue de la droite, est la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et les inégalités. Dans les programmes des partis de gauche, ce domaine occupe une place importante. Qu’en est-il dans la réalité ?

Le bilan de la gauche au pouvoir est mitigé. Elle a certes maintenu la pression pour que les acquis sociaux soient préservés mais elle a failli à sa tâche de plusieurs façons. D’abord, dans un souci de se montrer financièrement responsable et fiscalement pragmatique, elle a accepté certaines réductions de programmes sociaux et favorisé la création de niches fiscales souvent favorable à des groupes d’intérêts particuliers, particulièrement les détenteurs de capitaux. Ensuite, elle s’est montée faible dans la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Enfin, elle s’est montrée réticente ou timorée devant la nécessité de reformer la fiscalité et d’adapter la protection sociale à des besoins nouveaux.

mardi 7 mai 2019

Des armes wallonnes pour l’Arabie Saoudite, ollé, du fric pour la FN

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Victor Ginsburgh

Maman, les petits bateaux qui vont sur l'eau...
Des nouvelles peu rassurantes et insistantes ce dimanche matin dans la presse. Un cargo saoudien à quai au port d’Anvers semble charger des armes wallonnes à destination de l’Arabie Saoudite (1). Ventes illégales bien entendu, ou en tout cas suspendues par le Conseil d’Etat le 30 juin 2018 (2). Mais tout le monde s’en fout. Surtout Alexander De Croo, vice-premier ministre fédéral et ministre de la coopération et sans doute de bien d’autres choses. Il ne répond tout simplement pas à l’Agence Belga qui l’a contacté samedi 4 mai 2019. En 2018, « il y a pour €180 millions en armes et en munitions qui sont parties pour l'Arabie saoudite. Nous avons demandé au ministre De Croo, qui est en charge des Finances, et qui a les Douanes sous sa tutelle, d'arrêter le bateau et d'inspecter qu'il n'y a aucune arme qui soit chargée à son bord » (1). Ben voyons, pourtant M. De Croo n’est pas wallon, ni socialiste, mais il est quand-même un « businessman » indique le site Wikipedia qui lui est consacré (3). 

lundi 29 avril 2019

L’Oréal, Vuitton, Gucci et Notre Dame

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Pierre Pestieau

La communion nationale qu’a provoquée l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a rapidement commencé à se fissurer à travers diverses controverses concernant les sommes colossales annoncées pour le coût de la reconstruction de la cathédrale. Tout est parti de la contribution des plus grandes fortunes françaises à sa reconstruction. Pour prendre trois exemples, les familles Arnault, Bettencourt et Pinault souhaitent donner plusieurs centaines de millions d’euros  à cet effet.

Les trois principaux sujets de polémique peuvent être résumés par trois phrase lapidaires : « Ces milliardaires feraient mieux de payer leurs impôts que de se faire ainsi valoir, d’autant qu’ils ne paieront qu’une infime partie des sommes annoncées ». « Pourquoi tant de générosité pour Notre Dame alors que des églises romanes et gothiques sans doute aussi estimables périssent ? » « Tout cet argent pourrait être mieux employé à résoudre les problèmes dont souffrent les gilets jaunes. ».

mardi 23 avril 2019

Pour ou contre la destitution de Trump

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Victor Ginsburgh

Fuck you
Cette bataille fait rage, comme faisait celle de Clinton qui avait menti devant un juge sur ses relations sexuelles avec Monica Lewinski, ce qui n’était pas très malin, mais tellement moins grave pour la gestion de l’Etat que les malversations incessantes de Trump. Rien de comparable au parjure et à l’obstruction à la justice pour lesquels Clinton était poursuivi.

Le New York Times (1) vient de publier un article écrit par Joe Lockhart qui était secrétaire de presse à la Maison Blanche de 1998 à 2000, précisément durant les années noires de Clinton. Il faut donc l’écouter. Et je reprends ici certains de ses propos.

mercredi 3 avril 2019

Un impôt sur la richesse. Est-ce une si bonne idée ?

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Pierre Pestieau

Alors que la France vient d’abandonner son impôt sur la richesse, l’ISF, les démocrates américains, à commencer par la sénatrice Elizabeth Warren, osent prôner une fiscalité plus sévère pour les riches, et surtout les super-riches. Longtemps les démocrates à la Clinton, mari et femme, se sont montrés prudents en matière de hausses d’impôt pour ne pas choquer les foyers à double revenu des grandes métropoles, leurs électeurs traditionnels. Cela semble avoir changé. Une nouvelle génération d’élus du Congrès, dont certains briguent la Maison-Blanche, ont pris la mesure des criantes inégalités de richesse que connaissent les Etats Unis. Ils veulent de ce fait introduire un impôt annuel sur les grandes fortunes. Ce revirement s’explique aussi par un rejet de la réforme fiscale de Donald Trump qui, sans surprise, favorise les super-riches.

mercredi 27 mars 2019

Les malheurs des petites filles qui naissent jumelles d’un frère

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Victor Ginsburgh

Décidément, le machisme commence déjà avant la naissance. Une étude basée sur 730.000 naissances en Norvège, dont 13.800 jumeaux compare les résultats à long terme jumeaux fille-garçon à ceux des jumeaux fille-fille. L’étude montre que les filles des « couples » fille-garçon sont défavorisées par rapport aux cas où les deux sont des filles.

Les chercheurs suspectent que c’est le jumeau mâle qui en est la cause, et plus précisément la testostérone ! En effet, quelque 8 ou 9 semaines après la fertilisation, le foetus mâle commence à produire des quantités importantes de testostérone, qui l’aident « à devenir un mâle » et de petites quantités de testostérone se « glissent » dans le foetus femelle à travers la ou les poches amniotiques. Mais l’inverse ne se produit pas, parce que le foetus femelle reçoit une quantité bien plus modeste d’hormones sexuelles féminines et en transfère beaucoup moins à son frère. Ceci est connu depuis longtemps, mais les effets à long terme n’avaient jamais été analysés.

mardi 19 mars 2019

A qui le tour ?

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Pierre Pestieau

Promis, juré, Kane Tanaka est bien, à 116 ans, la doyenne de l'humanité. Elle serait née à Fukoa  le 2 janvier 1903, l'année même où les frères Orville et Wilbur Wright ont réussi le premier vol motorisé de l'histoire. Pourquoi le conditionnel ‘serait’? Parce que plus que tout autre, le monde des supercentenaires est celui des fake news. Récemment on a demandé à Mme Tanaka quel avait été le moment le plus heureux de sa vie; elle a répondu: "maintenant". C’est une caractéristique des supercentenaires; ils sont heureux.


Post scriptum à mon blog du 14 mars 2019

3 commentaires:
Juif : de non-sioniste à antisioniste
Victor Ginsburgh

La guerre, quelque part
« Ce n’est pas votre guerre, Guilmour, ce n’est pas votre combat. C’est le leur. Ce sont leurs vies et leurs terres, il ne vous appartient pas de décider ce qui est mieux pour eux ».
« Ne soyez pas naïf, Tanner. De nos jours, les conflits internes n’ont plus cours. Nous sommes tous impliqués d’une façon ou d’une autre. Vous ne pouvez pas fuir chaque fois qu’une situation vous dépasse ».

Jamal Mahjoub, La navigation du faiseur de pluie, Babel, 1998, pp. 195-196.

mercredi 13 mars 2019

Juif : de non-sioniste à antisioniste

2 commentaires:
Victor Ginsburgh

La récente « tentation » française d’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme, qui faisait suite à une attaque non pas antisémite mais plutôt antisioniste, a heureusement fait naufrage. Mais elle m’a rappelé qu’il y a près de dix ans, j’avais été invité à Gand à faire une conférence sur le sujet « Peut-on être Juif sans être sioniste ? ». Dès la première phrase je « rassurais » mon auditoire en répondant « oui », parce que l’Etat d’Israël existe et que la notion de sionisme a perdu son sens. Comme l’écrit Ilan Greilsamer (1) en 2005, si l’objectif politique des sionistes était « la création d’un Etat juif souverain en terre d’Israël, cet objectif a été atteint avec la proclamation d’indépendance [en 1947] ».
Abraham Yehoshua

Pourquoi devrais-je, si cela n’a aucun sens, être sioniste ?

La notion avait d’ailleurs perdu son sens bien avant, explique le philosophe juif Abraham Yehoshua (2), puisque lors de la sortie (très probablement légendaire) d’Egypte sous la conduite de Moïse « il avait été clairement expliqué au peuple juif, que la possibilité d’une existence nationale lui est offerte sans la possession d’un territoire ». Le même Yehoshua suggère que l’exil qui a suivi il y a deux mille ans n’a pas été imposé au peuple juif. Il a été choisi par deux millions de Juifs qui ont quitté volontairement la terre de Palestine et, curieusement, l’expulsion des Juifs d’Espagne et du Portugal en 1492 les a dispersés dans tout le bassin méditerranéen, à l’exception de la Palestine.

mercredi 6 mars 2019

Repenser la gauche. Immigration et asile politique

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Pierre Pestieau

La fracture sociale est certainement un concept mais surtout une réalité qui gangrène nos sociétés depuis plusieurs décennies. Elle est à l’origine du climat délétère qui pèse sur nos démocraties. Un climat dominé par la défiance, défiance à l’égard d’autrui et plus particulièrement à l’égard de toute forme d’autorité.

Un des facteurs de la fracture sociale est malheureusement l’immigration, perçue par une fraction de la population comme une menace pour l’emploi et la cohésion sociale. Tout le monde ne la ressent pas de la même façon et n’en subit pas également les conséquences. Le thème de l’immigration déboussole la gauche, comme la droite d’ailleurs. A gauche comme à droite, il y a des partisans d’une immigration incontrôlée. A gauche, au nom des valeurs d’accueil qui lui sont propres. A droite parce qu’elle pousse les salaires à la baisse et génère une main d’œuvre à bas prix. Il y aussi des partisans d’une immigration contrôlée. A gauche, cela peut s’expliquer par une peur de perte d’emplois mais aussi par un certain réalisme que Michel Rocard a explicité par sa fameuse phrase « Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde. La France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique […] mais pas plus. […] ». La droite s’oppose à l’immigration et même à l’asile politique au nom de principes identitaires, qui cachent une xénophobie radicale. Dans l’opposition, la gauche a longtemps eu tendance à se montrer laxiste et rejeter toute forme de restriction. Une fois au gouvernement, elle se trouvait beaucoup moins généreuse.

Je n’ai pas pu résister…

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Victor Ginsburgh

Un ami, Jacques V.E., vient de m’envoyer le texte suivant.

« Les États-Unis ont récemment émis un nouveau timbre à l'effigie de Donald Trump. Mais on s’est vite aperçu que le timbre ne collait pas sur les enveloppes. Le président n’a pas du tout apprécié le récent rapport sur ce nouveau timbre... qui ne veut pas coller ! Enragé comme toujours, il a d'abord accusé les démocrates, ensuite les journalistes, puis il a exigé une enquête complète, menée par une commission spéciale qui ne pouvait pas être présidée par Robert Mueller.



« Après des semaines de recherches difficiles, le comité a remis son rapport. On peut y lire que le timbre est parfait et que l’adhésif est de première qualité.

« Le problème provient du fait que les gens crachent sur le timbre du mauvais côté.

mercredi 27 février 2019

Un certain Adolph H. est de retour

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Victor Ginsburgh

A night at the garden
Adolph H. s’est récemment manifesté trois fois et en trois lieux différents. Décidément, le don d’ubiquité existe, de même que celui d’immortalité. On ne peut être mort et présent en trois endroits durant le même mois.

Un peu moins d’un an après l’accueil enthousiaste d’Hitler par l’Autriche en mars 1938, le 20 février 1939 très exactement, et alors que l’Allemagne venait de terminer la construction du sixième camp de concentration, 20.000 américains se réunissent à Madison Square, New York pour célébrer les idées du Parti Nazi. Face à des drapeaux américains et à d’autres frappés de la croix gammée, le discours du Führer local réclame une société blanche, non-juive, et des syndicats débarrassés de la domination juive dirigée depuis Moscou. Un film, A Night at the Garden, vient d’être reconstitué et figurait parmi les cinq documentaires nominés aux Oscars 2019. « Dans le climat actuel d’intolérance, cette séquence est particulièrement glaçante » peut-on lire dans le New York Times du 6 février 2019 (1).

mercredi 20 février 2019

Repenser la gauche. L’environnement

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Pierre Pestieau

 Les questions environnementales sont nombreuses. Celle qui vient d’abord à l’esprit est la question du changement climatique. Cette question peut être subdivisée en deux sous-questions : quelles sont les conséquences de ce changement et quelles en sont les causes ?

On peut citer quatre conséquences majeures du changement climatique (1). D’abord les phénomènes climatiques extrêmes comme des tempêtes, sécheresses, des précipitations abondantes... arrivent de plus en plus fréquemment. Ensuite, les saisons sont devenues instables, ce qui a, entre autres, des effets sur l'agriculture et sur la flore et la faune. En outre, le niveau des mers monte ce qui constitue une menace pour des millions de personnes vivant à proximité des côtes. Enfin, il y a la fonte des glaciers qui devrait mettre en danger l'approvisionnement en eau de nombreuses personnes. 

mercredi 13 février 2019

Watson et Carrel, un raciste et un eugéniste oubliés

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Victor Ginsburgh

Nous oublions, mais eux le rappellent.

En juin 2018, un certain Watson, Prix Nobel de Médecine 1962, interviewé par un journaliste sur la chaîne PBS qui lui demandait s’il avait changé ses vues concernant la relation entre intelligence et race, a froidement répondu « Non, pas du tout. J’aurais aimé avoir un autre avis, mais je n’ai rien vu de récent qui me contredit lorsque je pense qu’il y a une différence dans les tests d’intelligence entre noirs et blancs et je dis que cette différence est génétique ». C’est ce même individu qui, en compagnie de son collègue Crick, avait « un peu volé » la découverte de la double hélice à Rosalind Franklin (1). Mais il disait beaucoup de bien d’elle, notamment qu’elle n’était « pas mal (not unattractive) mais mal attifée ». Et que les scientifiques femmes au boulot « c’est plus chouette que les hommes, mais probablement moins efficace ». Il s’est aussi pris pour un bon sociologue (voire économiste) en expliquant qu’il était « très pessimiste sur le sort de l’Afrique, parce que nos politiques sociales sont basées sur l’hypothèse que leur intelligence est la même que la nôtre, alors que tous les tests disent : ‘pas vraiment’ ». Watson aurait aussi dit qu’il existait une corrélation entre libido et couleur de la peau : « C’est bien pourquoi les bons amants sont latins mais que vous n’entendez jamais parler d’un amant anglais ». Encore que cette dernière histoire soit plutôt amusante. En 2007, il avait été démis de ses fonctions officielles dans son laboratoire de Long Island, mais avait gardé son bureau. Il s’est, par la suite, plaint de ne plus avoir les moyens de survivre et a fini par vendre sa médaille Nobel… Mais, en fin 2018, il s’est fait virer tout court de son laboratoire pour les propos racistes qu’il avait tenus en juin de la même année.

mercredi 6 février 2019

Repenser la gauche

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Pierre Pestieau

La gauche est en crise, c’est un lieu commun (1). Son échec tient à un simple constat : elle n’a pas été capable ces derniers temps d’apporter une réponse convaincante aux menaces qui pèsent sur une population qui longtemps avait compté sur elle. Que ces menaces soient réelles ou non n’importe pas. Cette réponse trop attendue ne pourra être que complexe dans la mesure où ces menaces sont multiples. Elle sera difficile dans la mesure où elle se heurte à des contraintes qui sont nouvelles par rapport à ce qui se passait il y a plusieurs décennies.

Deux contraintes semblent dominer. Il y a d’abord le fait que l’espace économique est beaucoup plus large que l’espace politique. En d’autres termes, à l’échelon national qui est celui du pouvoir politique, beaucoup de décisions d’ordre économique ne peuvent pas être prises. C’est la résultante d’un capitalisme mondialisé. Ensuite, il y a l’émergence à tous les niveaux d’un individualisme forcené qui empêche toute solution coopérative. Cela se traduit notamment par le fameux Nimby qui signifie « pas dans mon arrière-cour » et qui peut aussi être utilisé dans un sens figuré pour décrire les personnes qui prônent une certaine proposition (par exemple des mesures d’austérité budgétaire, des augmentations d’impôts, des réductions d’effectifs), mais s’opposent à son application dès lors que cela exigerait un sacrifice de leur part.

mercredi 30 janvier 2019

A propos de la richesse et du bonheur

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Victor Ginsburgh

Les riches
Deux nouvelles sont tombées sur mon téléscripteur presqu’en même temps. D’une part, Oxfam (1) nous explique avec un sourire déguisé que, dans le monde, les 26 personnages ultra-riches possèdent autant que les 3,8 milliards d’individus les plus pauvres. On ne sait pas trop si l’ONG est heureuse ou pas de raconter cela, ou s’il s’agit d’une plaisanterie. D’autre part, l’ouvrage qui vient de paraître et dont Bram De Rock, le directeur du centre de recherches dans lequel je suis accueilli à l’Université de Bruxelles — et c’est bien pour cela que je le cite lui, mais il y en a onze autres économistes belges qui y ont aussi participé (2) — nous dit qu’il ne faut pas nécessairement être riche pour être heureux, ni pauvre pour être malheureux.

mercredi 23 janvier 2019

L’emploi en quantité fixe

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Pierre Pestieau
« Les économistes condamnent quasi unanimement le sophisme de l'emploi en quantité fixe, un concept selon lequel le nombre total d'emplois dans une économie est fixe et donc doit être partagé équitablement. (…) La thèse selon laquelle réduire la durée du travail, avancer l'âge de la retraite, bloquer l'immigration ou adopter des mesures protectionnistes créera des emplois pour les autres n'a aucun fondement, ni théorique ni empirique. » (1)
Cette citation de Jean Tirole, qui reçut en 2014 le prix Nobel en Sciences Economiques, résume parfaitement le point de vue des économistes orthodoxes. Elle implique un rejet sans équivoque de cette thèse que d’aucuns utilisent pour préconiser l'avancement de l'âge du départ à la retraite (les seniors ne prennent-ils pas le travail des jeunes ?). On retrouve aussi cette thèse chez ceux qui soutiennent que les immigrants « prendraient » le travail des résidents nationaux, au motif que cet emploi serait en quantité fixe. On notera en passant que nous avons là un cas intéressant d’une thèse qui est adoptée par les deux pôles extrêmes du spectre politique : la droite dure l’utilise pour s’opposer à l’immigration et une partie de la gauche pour soutenir une baisse de l’âge de la retraite.  

mercredi 16 janvier 2019

Trump, Netanyahou & Co.

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Victor Ginsburgh

Mur américain
Comment peut-on empêcher Trump de construire un mur contre les immigrants, alors qu’Israël en a déjà construit un bon nombre contre les habitants des lieux, dont eux-mêmes sont des immigrants non-désirés. Il est grand temps que les Palestiniens se mettent à construire des murs contre Israël qui n’arrête pas d’envoyer des immigrants — et de temps à autre aussi des terroristes juifs, mais on ne peut pas le dire — dans les territoires dits occupés. Oui des terroristes, j’y reviendrai dans une note de bas de page, un peu plus loin.