lundi 18 juin 2018

L’agonie de la démocratie commence par celle de la justice

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Victor Ginsburgh

Rudy Giuliani, le grand justicier
Donald Trump se dit au-dessus de la justice, en déclarant dans un tweet du 4 juin 2018 qu’il avait le « droit absolu » de se pardonner à lui-même pour toute possibilité d’acte criminel (1). Il y a un peu plus d’un mois, il a décidé d’ordonner à la justice d’enquêter sur l’investigation menée par Rober Mueller. Et dans le courant de l’année 2017, il s’est arrogé le droit de faire ce qu’il voulait avec son Ministère de la Justice. Il est d’ailleurs soutenu en cela par sa nouvelle bande d’avocats, dont l’ex-maire de New York, le célèbre Rudy Giuliani. Son père a été accusé d’infractions majeures (felony en anglais) et de cambriolages, il a même passé un peu de temps dans la fameuse prison américaine de Sing Sing. Le frère de sa mère était à la tête d’une organisation criminelle de prêts usuraires et de salles de jeux. Bon, on va oublier, parce que le petit Rudy n’est pas responsable de ses parents, mais il en a sûrement pas mal appris pour « nettoyer », comme il disait, la ville de New York de sa pègre et s’occupe aujourd’hui de remettre le « pégreux » Trump en selle.

mercredi 13 juin 2018

Il y a deux peuples juifs

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Victor Ginsburgh

L’un est celui qui s’intéresse aux autres peuples, écoute ce qu’ils ont à dire et essaie de comprendre. On disait et on continue de dire des citoyens de ce peuple qu’ils sont « cosmopolites », un terme devenu dérogatoire, mais au moins les cosmopolites étaient sensibles aux autres, même s’ils étaient religieux, formés dans la culture et la pensée juive, avaient étudié dans une école rabbinique, se rendaient à la synagogue le jour du shabbat, et étaient souvent adversaires des mariages mixtes avec un ou une gentil(le). Certains allaient, cependant, jusqu’à fêter Noël devant un arbre illuminé par des vraies bougies (du temps où c’était encore permis), mais il n’y avait pas de crèche.

Et puis il y a un deuxième peuple qui ne s’intéresse qu’à lui-même, n’écoute que lui et ne fait aucun effort pour comprendre ni le premier peuple, ni le reste du monde. Mais parce que les citoyens de ce deuxième peuple ont quand même gardé une once de l’ancien humour du temps où ils faisaient encore partie du premier peuple, la question qu’ils se posent lors de chaque événement ou changement dans le reste du monde est : « Est-ce bon ou mauvais pour les Juifs ? » même lorsqu’il s’agit d’une éruption volcanique au Guatemala, d’un bloc de glace qui se détache de l’Antarctique ou d’une éclipse de soleil visible uniquement dans l’hémisphère sud.

mardi 12 juin 2018

Jeanne Calment va-t-elle être détrônée?

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Pierre Pestieau

Quelle ne fut ma surprise de découvrir dans les journaux que l’homme le plus âgé du monde était Manuel Garcia Hernandez qui serait né dans le nord du Mexique le 24 décembre 1896. Il serait donc dans sa 122ème année. Si son âge venait à se confirmer, ce Mexicain ravirait ce titre de la personne la plus âgée au Japonais Masazo Nonaka d’un peu plus de huit ans son cadet. Il serait prêt à ravir le record de longévité à la Française Jeanne Calment, morte en 1997 à 122 ans et 164 jours. On sait que dans le domaine de la longévité, il y a eu de nombreuses fraudes. Les plus célèbres concernent la Géorgie, l’Altiplano et l’île d’Okinawa qui pendant longtemps semblaient fournir des centenaires à la douzaine avant que cela ne soit prouvé faux. Même le titre de Jeanne Calment a été contesté ; la rumeur voudrait que sa fille ait pris sa place.

dimanche 3 juin 2018

Dessine-moi un éléphant

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Pierre Pestieau

Du Petit Prince, le dessin de l’éléphant avalé d’un seul coup par un boa m’a toujours plus impressionné que celui du mouton. Il m’était difficile de ne pas l’oublier quand j’ai vu le profil de l’éléphant utilisé depuis quelques années par les chercheurs qui s’intéressent aux inégalités planétaires. A la différence de celui de Saint-Ex, la trompe de l’éléphant se relève et c’est inquiétant (1).

Branco Milanovic, ancien économiste de la Banque mondiale et expert de l'inégalité mondiale des revenus, est le premier à avoir introduit la fameuse courbe de l'éléphant pour représenter graphiquement l’évolution de la distribution des revenus des ménages au niveau mondial. Tout récemment, Thomas Piketty et ses collaborateurs (2) ont actualisé les travaux de Milanovic afin de nous expliquer la dynamique des revenus mondiaux.

L'image du père

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Victor Ginsburgh

Simone de Beauvoir, théoricienne et chantre du féminisme dans les années 1970, se retourne dans sa tombe : Même certains oiseaux chanteurs, dont les bouvreuils, écoutent uniquement la voix de leur père. Ils forment néanmoins, par la suite chacun avec sa belle, des couples « parfaits » qui ne se sépareront jamais, ce que n’ont pas fait Simone et Jean-Sol Partre.

Les jeunes bouvreuils mâles apprennent leur chant en écoutant leur père et l’utilisent pour attirer la femelle avec laquelle ils partageront leur vie (1). Si le petit mâle n’étudie pas la voix de son père endéans les 90 premiers jours qui suivent sa naissance, il n’arrivera pas à chanter correctement, et va droit au désastre, parce qu’aucune femelle ne voudra de lui.

mardi 29 mai 2018

Une fable, presque

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Victor Ginsburgh

Pourquoi les caméléons ont-ils des yeux sur le côté de la tête?

Parce que leur nombre grandissant et leur façon de se promener ont rendu leur circulation sur les branches d’arbustes très difficile. Les automobilistes sont condamnés à la même chose, et bientôt elles et ils devraient pouvoir bénéficier de la même vue que ces gentilles bestioles. Sans quoi il ne sera plus possible d’éviter voire d’écraser, par-ci un piéton, et par-là une cycliste, ou les deux simultanément. Et les places dans les cimetières, comme les crémations, sont devenues hors prix.

Dieu nous a montré la bonne voie en créant le caméléon, qui peut voir de face, de gauche, en même temps que de droite, et vice-versa, et même en arrière ou au-dessus : maintenant qu’il y a des drones, on ne sait jamais d’où l’accident peut venir. Je suis rassuré, parce que l’évolution y pourvoira certainement pour les automobilistes, nous dit la théorie de Darwin, qui n’est d’ailleurs pas tout à fait d’accord avec Dieu, ou plutôt l’inverse, puisque c’est Dieu qui n’est pas d’accord avec la théorie. Cette nouvelle façon de zieuter chez les humains pourra évidemment prendre quelques siècles : l’évolution est plus lente que le Bon Dieu qui a tout fait en six jours, comme nous le raconte le Livre. 

Taxer davantage les morts tardives ?

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Pierre Pestieau

L’idée de faire dépendre les droits de succession de l’âge du décès peut paraître saugrenue. Elle n’est en tout cas mise en œuvre explicitement dans aucun pays et pourtant il vaut la peine de s’interroger sur ses éventuels mérites.

En réalité, comme souvent en économie, tout dépend du point de vue que l’on adopte ou plus exactement du critère éthique que l’on choisit. En l’occurrence, on peut en envisager deux. Le premier qualifié d’utilitariste considère que l’idéal est de maximiser le bien être attendu alors que le second met l’accent sur le résultat final et favorise une solution qui traiterait de façon équitable ceux qui ont la chance de vivre longtemps et ceux qui meurent prématurément.

lundi 21 mai 2018

L’ascenseur est-il en panne ? Mobilité et inégalité

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Pierre Pestieau

Dans le débat sur les causes de la fracture sociale et l’émergence du vote populiste, on trouve le thème récurrent de l’absence de mobilité sociale. Concrètement, les pauvres percevraient, à tort ou à raison, que leurs enfants ne seront pas mieux qu’eux, et qu’ils seront peut-être même moins bien. Le fameux ascenseur social serait en panne. Qu’en est-il vraiment ? Deux études récentes apportent un début de réponse à cette interrogation. Mais avant de les aborder, il me semble utile de l’associer à des thèmes connexes : ceux de de la croissance zéro, de l’égalité des chances, et du 1% des riches qui accapareraient les dividendes de la croissance.

dimanche 20 mai 2018

Une lettre d’Albert Einstein

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Victor Ginsburgh

Texte de la lettre

10 avril 1948

M. Shepard Rifkin, Directeur exécutif
Amis Americains des Combattants pour la Liberté d’Israël

Cher Monsieur,

Lorsque une catastrophe réelle et finale nous surprendra en Palestine, les premiers responsables seront les Britanniques et les seconds seront les organisations terroristes nées de nos rangs.

Je ne veux voir personne qui soit associé à ces gens qui font fausse route et sont des criminels.

Sincèrement vôtre,

(s) Albert Einsein


Note

Cette lettre est la réaction d'Einstein au massacre de 107 Palestiniens dans le village de Deir Yassin, perpétré le 9 avril 1948 par le Groupe terroriste dit Groupe Stern (Stern Gang) dont faisait partie Yitzhak Shamir qui deviendra par la suite Ministre et Premier Ministre de l'Etat d'Israël. 

Un lecteur (François M.) me fait remarquer que l'Irgun était aussi dans le coup. Son chef, Menahem Begin a, par le suite, fondé le parti Likud qui est le grand parti au gouvernement pour le moment. Menahem Begin est également devenu Premier Ministre de l'Etat d'Israël et a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1979, en même temps qu'Anwar el-Sadat, président de l'Egypte.

Copie de la lettre originale d'Einstein ci dessous.


mardi 15 mai 2018

Le beau-fils de Ken Loach

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Victor Ginsburgh

Elliot Levey
Elliot Levey, Juif comme son nom l’indique (presque), a épousé Emma Loach (1), la fille de Ken Loach, devenu, il y a peu, docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles. Les Levey ont trois enfants gentiment prénommés Samuel, Jacob et Benjamin. Des prénoms que, malgré mon hébreu élémentaire, je devrais pouvoir transcrire en Shmuel, Iakov et Binyamin.

La privatisation des entreprises publiques: quel gâchis

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J’ai la conviction que nos sociétés auraient sans doute gagné à éviter la vague de privatisation qu’elles ont connue ces dernières décennies. Trois motivations peuvent expliquer cette déferlante. D’abord, une motivation idéologique. Les idées néolibérales qui se sont répandues avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher ont amené à nous faire croire que tout ce qui était public était inefficace. Ensuite, il y avait une série de problèmes politiques qui ont empêché les entreprises publiques d’évoluer pour répondre aux besoins du moment. Ajoutons à cela, le besoin de liquidités pour des Etats gravement endettés. On notera cependant que la plupart des privatisations se sont produites sans que ne soient effectuées de sérieuses études permettant de jauger la performance des entreprises publiques qualifiées d’inefficaces sans autre forme de procès.

mercredi 9 mai 2018

Age et bonheur

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Une anecdote qui date. La scène se passe à Chicago il y a près de 40 ans. Une dame, qui venait de fêter son 60ème anniversaire, me dit à ma grande surprise : « Vivement mes 65 ans » et de m’expliquer tout ce qu’elle attend de cet âge d’or : la retraite, l’assurance santé gratuite (medicare), les transports en communs gratuits avec sièges réservés pour les séniors, un nombre limité de chèques taxi (taxi vouchers) et surtout la considération qui était attachée au statut de sénior.

Des études consacrées au bonheur sont venues à bout de mon scepticisme. Je prendrai l’exemple d’une récente étude sur la population belge (1). Dans ce cas précis on peut en effet parler de la population belge dans la mesure où les Flamands et les Wallons sont également (mal)heureux. Ils sont en fait plus heureux que la moyenne des Européens, mais moins que les Bruxellois. Cette étude (2) révèle le caractère déterminant de l'âge. De tous les Belges, ce sont les plus de 60 et même de 70 ans qui respirent le plus le bonheur. Les baby-boomers, c’est-à-dire la génération née après la Deuxième Guerre mondiale, attribuent à leur vie un score de 7,2 sur 10, nettement plus élevé que les 6,2 des Belges âgés de 35 à 49 ans.

A question idiote, réponse scintillante d’intelligence

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A question idiote...
Victor Ginsburgh

Je suis un lecteur raisonnablement fidèle d’un site qui s’appelle Quora (www.quora.com) auquel on peut poser des questions scientifiques. Par exemple, en physique : « Quelle sera la vitesse d’un objet qui tombe sur la terre en 10 secondes et qui a une vitesse initiale de 0m/s ? » ou « J’essaie d’enfoncer un clou dans un mur avec une force maximum, mais il n’y pénètre pas. Avec moins de force, il pénètre. Comment cela se fait-il ? ». Parfois, c’est sociologique « Que peut-on ressentir lorsqu’on assiste à une exécution publique ? », ou « Comment votre mariage s’est-il terminé ? ». Parfois c’est chimique « Pourquoi l’urée est-elle plus concentrée dans l’urine que dans le filtrat ? ». Cela peut même devenir politique avec « Y a-t-il des Iraniens qui admirent Israël ? ».

De peu d’intérêt me direz-vous, et je suis bien d’accord. Mais il y a très souvent la même question qui revient et qui est passionnante parce qu’elle revient tellement souvent que l’on peut se demander comment des gens qui sont capables d’écrire (puisqu’ils envoient la question par internet) et de lire (puisqu’ils peuvent lire la réponse que Quora leur renvoie) peuvent poser une question de ce type : « Peut-on prouver de façon rigoureuse que la terre n’est pas plate ? » ou, dans une version, un peu différente « Si la terre est une sphère, mais pas plate, comment se fait-il que les Australiens ne sont pas tombés dans le vide ? ».

mercredi 2 mai 2018

Les petits pas assurés des femmes, enfin, mais…

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Victor Ginsburgh

Le premier pas est presque devenu institutionnel. M. Harvey Weinstein fera sans aucun doute de la prison pour abus et harcèlement sexuel. Comme d’ailleurs M. Tariq Ramadan, et on peut l’espérer, mais ce sera un peu plus difficile, M. Donald Trump.

Marie Curie, deux fois Prix Nobel
On pourrait sans peine ajouter à ceux qui méritent au moins une fessée, sinon un bastonnade sur Harvard Square, Lawrence Summers qui, en 2005, a dû démissionner de sa position de Président de Harvard University après avoir déclaré lors d’une réunion « scientifique » que, pour des raisons biologiques, les femmes étaient moins douées en mathématique et dans les sciences en général que les hommes. Il s’est d’ailleurs arrangé pour que le nombre de nominations définitives de professeures tombe de 36% avant lui à 12% durant sa présidence (1).

Salto générationnel

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Pierre Pestieau

Plus que n’importe quelle autre taxe, les droits de succession font l’objet de nombreuses pressions visant à leur allègement, voire à leur suppression et le passé récent indique que ces pressions marchent. Une enquête récente du CREDOC commandée par France Stratégie (1) révèle que la majorité des Français méconnaissent totalement cette taxe et tendent à l’imaginer beaucoup plus pesante qu’elle ne l’est en réalité. Par exemple, ils sont nombreux à penser que lors d’un décès l’époux.se survivant.e doit s’acquitter d’un impôt alors qu’il n’en est rien depuis de nombreuses années. Il faut dire que le lobby des notaires et des avocats fiscalistes contribuent à cette désinformation.

mercredi 25 avril 2018

L’herbe est toujours plus verte ailleurs

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Pierre Pestieau

Je pars d’une proposition simple largement acceptée auprès des spécialistes des Finances Publiques: tout pays peut être un paradis fiscal pour un autre. La Belgique et la France sont deux pays connus pour des taux de prélèvements obligatoires élevés et pourtant il y a des Français qui résident en Belgique et des Français qui se domicilient en Belgique pour des raisons fiscales. Comment est-ce possible?

Premier élément de réponse qui saute aux yeux: ce ne sont pas les même types de ménages qui sont concernés. Les Français qui s’établissent en Belgique sont en général aisés pour ne pas dire riches. Ce n’est pas le climat qui les attire et souvent leur résidence ne dure pas. J’exclus ici les travailleurs frontaliers belges ou français qui travaillent dans un pays et résident dans l’autre et qui ont un traitement fiscal particulier.

Ken Loach, docteur honoris causa de l’Université Libre de Bruxelles

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Victor Ginsburgh

Le docteur h.c. (presque) diplômé
La campagne de désinformation menée par les communautaristes juifs belges pour essayer de torpiller l’attribution d’un doctorat honoris causa au cinéaste Ken Loach que l’Université libre de Bruxelles (mon université) honore aujourd’hui, a été trumpienne, au sens où elle a accumulé mensonge sur mensonge : Ken Loach serait antisémite et négationniste (la Shoah n’aurait pas existé), alors que, comme beaucoup de Juifs le sont heureusement aussi, il est tout « simplement » indigné par ce qui se passe en Israël.

[Parenthèse.

Je le sais pour l’avoir vécu, c’est une position qu’on ne peut pas avoir sans être taxé d’antisémitisme, même si l’on est soi-même Juif. En allemand, ma langue maternelle, l’expression est d’ailleurs consacrée depuis le 18ème siècle : on parle d’un selbsthassender Jude, un Juif qui se déteste lui-même. Mais comment ne pas finir par détester sa judéité, quand on entend un membre du Parlement israélien dire « qu’on aurait dû loger une balle dans la peau, ou au moins dans la rotule » d’Ahed Tamimi (1), la jeune palestinienne qui avait, il y a quelques mois, giflé un soldat israélien (2).

Fin de parenthèse.]

mercredi 28 mars 2018

Rappelez-vous...

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Victor Ginsburgh

Qu’un peuple joue avec le gouffre
faut-il se taire
quand le peuple d’en face souffre
d’être amputé de sa terre ?
(Charles Dobzynski, Je est un Juif, roman, p. 51)


Vous vous rappellerez sans doute d’Elor Azaria, ce soldat israélien âgé de 20 ans qui, en 2016, a tiré sur un terroriste palestinien blessé gisant au sol et l’a tué. Vous vous rappellerez aussi que presque tout Israël, y compris le Premier Ministre de l’Etat juif et démocratique, se sont levés pour demander que ce soldat ne soit pas condamné, puisque, après tout, il n’avait fait qu’achever un terroriste blessé et à terre (1).

Vous vous rappellerez aussi d’Ahed Tamimi, cette jeune fille palestinienne âgée de 17 ans (2) qui, en 2017, a giflé un soldat israélien debout. Vous vous rappellerez sans doute que presque tout Israël, le même d’ailleurs que celui du cas précédent, y compris son Premier Ministre, s’est levé pour dénoncer la jeune fille et que Naftali Bennett, Ministre de l’Education, a même estimé qu’il fallait la condamner à la prison à vie (3).

Que croyez-vous qu’il arriva ?

L’économie des proverbes: bonheur, santé et travail

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Pierre Pestieau

Les proverbes incarnent une certaine sagesse populaire. Leur pertinence est généralement ambiguë; ils demandent d’être précisés. Cela apparaît nettement quand ils touchent à la vie économique. En voici quelques exemples.

Travailler c’est la santé. Et le chanteur d’ajouter : Ne pas travailler c’est la conserver. Il est incontestable que le travail est indispensable à l’épanouissement de homme. Pas uniquement en tant qu’activité rémunératrice, mais en tant que moyen d’intégration dans un réseau social. On pense à Saint Ex qui écrivait : La grandeur d'un métier est peut-être, avant tout, d'unir des hommes: il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines. De nombreuses études montrent d’ailleurs que l’activité prolongée permet de retarder l’apparition de maladies démentielles.Tout à la fois, le travail peut aussi être une source de problèmes physiques et mentaux, quand il s’accompagne de cadences infernales et de harcèlement de la part des petits chefs. Ce qui veut dire qu’il importe d’avoir une occupation gratifiante, ce qui nous conduit a une autre proverbe : Besogne qui plaît est à moitié faite.

jeudi 22 mars 2018

Les belges

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Pierre Pestieau

« Le Belge n’est pas prêt à lâcher sa voiture de société ».  Ce titre à la une du Soir du 27 février se répète sans arrêt dans la presse écrite et audiovisuelle à ceci près que le sujet change. On peut remplacer « lâcher sa voiture de société » par « se coucher tôt », « prendre sa retraite anticipativement » ou encore « boire moins ou plus ». Plus précisément, on lira que 23% de Belges pratiquent une religion, 15% sont alcooliques ou 11% n’ont pas d’assurance automobile. Peu importe le thème, ce que je trouve irritant dans ces titres est qu’ils véhiculent de la mauvaise information. De deux choses l’une. Par Belge, on veut dire Belge francophone ou éventuellement wallon mais dans ce cas mieux vaut le préciser. Ou par Belge, on traite de l’ensemble du pays mais dans ce cas il faudrait donner les différences entre Flamands, Wallons er Bruxellois. Car ces différences sont importantes et peuvent se répercuter sur le choix de nombreuses options politiques.

mercredi 21 mars 2018

Mafieux et corrompus

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Victor Ginsburgh

Elite bruxelloise en train de s'amuser 
Samusocial, Gial, piétonnier, stade national... : la Ville de Bruxelles clôture une législature très chahutée en matière de gouvernance et marquée par de grands projets chaotiques. Ce qui n'empêche pas PS (socialistes) et MR (libéraux) de songer à poursuivre ensemble.
(Le Vif, 3 mars 2018).


Je signe indûment le titre de ce texte, qui est en réalité un des Discours à la Nation de l’auteur italien Ascanio Celestini (1). Je n’ai pas pu résister, il convient tellement bien à la Belgique (mais aussi à pas mal d’autres pays), parce que comme vous le verrez plus bas, même les couleurs du drapeau belge y figurent. Voici le texte. Les mots entre crochets en remplacent certains autres du texte original, mais n’en modifient aucunement le sens.

jeudi 15 mars 2018

Dix mille ans d’inégalités

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Dix mille ans d’inégalités
Victor Ginsburgh

Un livre fascinant vient de paraître, mais je ne peux pas me le payer, près de 70 euros. J’attends donc que ma pension soit augmentée. Son titre : Dix mille ans d’inégalité, Une archéologie des différences de richesse (1).

Selon la quatrième de couverture, les questions auxquelles cet ouvrage essaie de répondre sont les suivantes : Est-ce que l’inégalité est une caractéristique universelle des sociétés humaines, ou bien les peuples dits « primitifs » vivaient-ils déjà dans l’inégalité ? Comment l’inégalité s’est-elle développée avant l’époque moderne ? Les inégalités se sont-elles développées après la sédentarisation des populations ? Pourquoi de telles inégalités augmentent-elles et de quand datent les inégalités que nous subissons dans les nations développées ? Que peuvent dire à ce sujet les archéologues ?

mercredi 14 mars 2018

Le grand niveleur

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Pierre Pestieau

Niveleur moderne
Alors que Victor illustre dans son article la persistance des inégalités dans le temps et l’espace, je voudrais, dans le mien, discuter des moyens permettant de les résorber. Dans son livre fameux sur le Capital au XXIème siècle Thomas Piketty observe que les inégalités criantes de revenu et de richesse qui gangrenaient nos sociétés au XIX siècle ont été partiellement résorbées grâce (?) aux deux guerres mondiales et à la crise des années 30. Depuis lors, elles ont repris de plus belle. Il est intéressant de voir que cette observation qui porte sur une période somme toute limitée se voit renforcée par une étude qui elle porte sur plusieurs siècles puisqu’elle commence à l’âge de la pierre (1). Il s’agit d’un ouvrage de Walter Scheidel qui enseigne l’Histoire à l’université de Stanford. La thèse qu’il défend avec brio peut se résumer ainsi : Les sociétés humaines sont intrinsèquement inégalitaires et seuls des bouleversements radicaux réussissent à les rendre temporairement plus égalitaires.

dimanche 4 mars 2018

Les nouveaux missionnaires

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Pierre Pestieau

Quand j’étais enfant, nous recevions régulièrement un lointain cousin qui était missionnaire dans ce qu’on appelait alors le Congo Belge, celui de Tintin. C’était un père blanc qui n’avait pas la bonhomie de celui représente par Hergé. Il avait une haute idée de son rôle auprès de ceux qu’il décrivait comme des sauvages païens et incultes, mais heureusement « convertibles ». Mes parents ne pouvaient refuser de lui acheter chaque année un affreux calendrier au nom évocateur de « Grands Lacs » qui sont pourtant très beaux.

Maintenant que je suis « grand », mon regard a changé sur l’action de ces missionnaires. Comme beaucoup, je la perçois comme paternaliste et ne parviens pas à lui reconnaître de grands mérites.

Les calculs fantasques du CEO de Dilibel, distributeur de livres français en Belgique

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Victor Ginsburgh

Dans une interview que M. Moller, CEO de Dilibel a donnée le 23 février à L’Echo (1), il y a beaucoup d’approximations et je reste poli. Dilibel est la société qui augmente de 10 à 15% le prix des livres publiés en France et vendus en Belgique sous le prétexte moyenâgeux qu’il existe des droits de douane et qu’il importe de se protéger des fluctuations des cours de change entre le Franc français et le Franc belge. Ce mécanisme, affublé du joli nom de tabelle, est toujours en vigueur aujourd’hui. Il faut noter que « seulement » 60% des livres français sont distribués par Dilibel (2), les 40 autres pour cent, dont Actes Sud, société fondée par un belge—soyons patriotes, que diable—ne sont pas soumis à la tabelle du Moller de Dilibel (comptez, il y a six ‘l’).

jeudi 1 mars 2018

La Venus de Willendorf est une sculpture pornographique

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Victor Ginsburgh

Il fallait s’y attendre. La campagne des « me too » ou des « he too » a fini par, ou commence seulement à faire interdire la présence de ladite Venus de Willendorf sur Facebook. En cause : image pornographique.

En attendant de se retrouver dans les réserves, elle trône en bonne position et avec grande raison au musée d’histoire naturelle de Vienne. Ou pire elle risque le défenestration ou la simple destruction par les nouveaux iconoclastes religieux ou laïques, machos ou féministes. Regardez-la. Il s’agit d’une statuette de 11 cm de haut qui date d’environ 25.000 ans avant J. C. qui représente probablement une déesse de la fertilité. Les êtres humains du Paléolithique étaient décidément moins bégueules que nous ne le sommes, d’autant plus que le mot bégueule signifie « femme manifestant une pruderie affectée », alors que l’on pense que ces petites statuettes étaient, à l’époque, précisément sculptées par des femmes.

mercredi 28 février 2018

C’était mieux avant. Toilettes ou iphone

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Pierre Pestieau

« C’était mieux avant », entend-on de plus en plus souvent en ce début du XXIe siècle (1). Cette réflexion est bien plus profonde que la nostalgie pour les méthodes du « bon vieux temps », un mode de vie plus traditionnel, l’angoisse ressentie face aux changements technologiques sans fin. Elle interpelle l’économiste qui ne cesse de prouver chiffres à l’appui que non, nous n’avons jamais été aussi bien qu’aujourd’hui. On assiste à un véritable dialogue de sourds, qui me rappelle celui dont j’ai été le témoin, il y a plusieurs années, entre un ami sévèrement déprimé et une de ses relations. Cette dernière lui donnait toutes les raisons d’être heureux : de beaux enfants, une femme aimante, une belle maison, une réussite professionnelle, etc. Comme vous pouvez l’imaginer cet inventaire du bonheur n’a pas convaincu alors mon malheureux ami qui, heureusement, a fini par s’en tirer.

mercredi 21 février 2018

Oregon : le prix de la transparence

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Pierre Pestieau

Les prothèses du genou coûtent trop cher à la Sécurité sociale, au moins 200 millions d’euros par an. C’est le constat établi recemment par une députée fédérale du parti nationaliste flamand, Yoleen Van Camp. D’où sa suggestion de limiter leur pose pour les personnes âgées de plus de 95 ans et de ne plus l’envisager pour celles qui souffrent de démence.

Maggie De Block, la ministre fédérale de la Santé, souvent critiquée par la gauche, a aussitôt réagi : «Nous n’allons pas économiser en refusant à ces gens, sur la base de critères rigides, le droit à une prothèse de genou. Il appartient aux médecins de faire une analyse attentive patient par patient, et c’est ce qu’ils font déjà aujourd’hui». Ce qui a surpris ses nombreux détracteurs forcés de lui donner raison. Et pourtant fallait-il lui donner raison ?

Trois historiettes qui consolent de la méchanceté de ce monde

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Victor Ginsburgh

Plage de Tel Aviv vue de l'appartement de Vladimir
Il y a d’abord l’histoire de Vladimir Poutine qui hérite d’un petit appartement d’une chambre à coucher et demi à Tel Aviv (1). Il lui a été légué par Mina Yudistkaya Berliner, une professeure qui l’a eu comme élève à Leningrad (Saint Petersbourg aujourd’hui) et qui a quitté l’URSS en 1973 pour s’installer en Israël. S’installer est sans doute beaucoup dire comme on le verra. En 2005, sachant que Poutine venait à Jérusalem, elle a demandé à l’ambassadeur russe (à Tel Aviv, et pas Jérusalem) de rencontrer le grand homme. Ce qu’elle a obtenu en étant invitée à une réception en l’honneur de ce dernier, et puis à partager avec lui un thé, en privé, cette fois.

mercredi 14 février 2018

La bibliothèque de Babel

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Victor Ginsburgh

Voilà qu’en Chine, on vient de construire une bibliothèque étonnante, qui tout en étant finie, en tout cas, le nombre de livres l’est (à peine 1,5 millions), ressemble à une bibliothèque indéfinie. Elle m’a évidemment rappelé la très étrange nouvelle de Jorge Luis Borges auquel j’ai emprunté le titre de mon texte. Voici l’essentiel de la nouvelle écrite en 1941:

« La Bibliothèque se compose d’un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d’aération bordés par des balustrades très basses. 

Johnny et Cendrillon

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Pierre Pestieau

Non Cendrillon n’est pas une chanson de Johnny et pourtant ils ont quelque chose en commun. Il y a plusieurs siècles, en Angleterre, de nombreuses femmes mourraient en couches ; leurs maris prenaient une seconde épouse dont ils avaient des enfants. On s’est aperçu que lors de successions les enfants du second lit étaient favorisés, ce que le droit anglo-saxon permettait. Pour éviter que les enfants du premier lit soient régulièrement déshérités, le gouvernement a décidé d’adopter la règle continentale d’équirépartition. Cela permettait d’éviter ce que l’on a appelé l’effet Cendrillon. En réalité, Cendrillon a eu beaucoup de chance (1). Tous ces enfants de second lit n’ont pas eu la chance de rencontrer un.e prince.sse charmant.e.

mercredi 7 février 2018

Taxer les robots

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Pierre Pestieau

L’idée qu’il faille taxer les robots qui prennent l’emploi des non qualifiés est ancienne. Depuis le début de la révolution industrielle, on a assisté à une séquence  continue d’innovations techniques qui permettaient de produire plus rapidement et plus économiquement ce que les hommes produisaient jusqu’alors. C’est sans doute l’ampleur du phénomène et ses effets sur l’emploi qui distinguerait la robolution de la révolution industrielle.  Mais sur ce point, les avis divergent. Certains pensent que de nouvelles activités permettront à la main d’œuvre ainsi déplacée de rester occupée et de ce fait de maintenir le plein emploi. D’autres au contraire, prévoient des pertes massives d’emploi et un chômage de masse qu’il sera difficile de gérer (1). Il n’est pas possible de prévoir ce qui se passera mais clairement la manière dont les gouvernements abordent ce problème est cruciale. On peut en effet adopter une attitude passive et accepter avec fatalité le chômage de masse en proposant un revenu universel pour le pallier. On peut au contraire adopter des politiques proactives qui encouragent le travail dans de nouveaux domaines tels que ceux de l’aide à la personne.

L’école de la réussite

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Victor Ginsburgh

Décidément, mes collègues économistes sont bien actifs à écrire sur les problèmes importants de notre société. Il y a quelques semaines, Mathieu Lefèvre et Pierre Pestieau (Université de Liège) publiaient leur livre sur l’Etat-providence (1), et à peu près au même moment, Jean Hindriks (Université catholique de Louvain) et Kristof De Witte (KU Leuven) s’attaquaient, dans les articles d’un ouvrage collectif intitulé L’école de la réussite (2), au problème des différences des modèles d’enseignement et des résultats obtenus dans les deux communautés linguistiques belges. Ceci les différencie de nombreux autres écrits dans ce domaine. Les points qu’ils abordent ont plutôt trait à l’organisation de l’enseignement qu’à ce qui est enseigné. Ils sont économistes et pas éducateurs. Mais je m’en voudrais de ne pas revenir brièvement sur ce point plus loin.  

Tout en étant centré sur la Belgique, et contrairement à d’autres analyses, l’ouvrage souligne les différences importantes entre l’enseignement en Flandre et en Wallonie Bruxelles (et on se doute bien où cela nous mène), et compare la Belgique (unie !) au reste des pays de OCDE. De façon générale, la Belgique n’en sort pas toujours grandie (3). En voici quelques exemples qui devraient vous inciter à lire l’ouvrage (4).

jeudi 1 février 2018

Faut-il interdire d’exposer et de publier les œuvres des « he too » ?

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Victor Ginsburgh

Le "he too" photographié par Chick Close
Chuck Close, le célère artiste américain est aussi un « he too ». Une exposition de ses œuvres (souvent des portrais photographiques) était prévue à la National Gallery of Art à Washington, mais a été postposée indéfiniment parce qu’il est accusé de harcèlement sexuel. Je comprendrais qu’on n’expose pas les nouvelles créations de Close, ou, en tout cas, qu’on ne l’invite plus aux vernissages de ses éventuelles expositions, mais le reste soulève évidemment une série de questions que je suis loin d’être le premier à poser. Marcel Proust l’a tellement mieux fait dans son Contre Sainte-Beuve (1) : Faut-il séparer, au nom de l’art, l’œuvre de la personne qui l’a produite ou non ?

(a) Faut-il arrêter de lire Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir parce que cette dernière présentait à Sartre des jeunes filles avec lesquelles il pouvait faire l’amour, même s’il n’y avait probablement pas harcèlement ? Faut-il arrêter de lire Sade parce qu’il droguait des jeunes filles (et probablement des jeunes garçons) pour assouvir certains de ses caprices ? Peut-on encore lire Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, qui s’est avéré être un antisémite forcené et qui était probablement lié à des services de renseignements nazis (2) ? Faut-il interdire, comme on en parle aujourd’hui, de republier les œuvres antisémites qui ont suivi le Voyage ?

La vie n’a pas de prix, mais sa fin en a un

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Pierre Pestieau

Quand j’avais quinze ans, j’étais fasciné par cette citation de Saint-Exupéry: La grandeur de ma civilisation, c'est que cent mineurs s'y doivent de risquer leur vie pour le sauvetage d'un seul mineur enseveli. Ils sauvent l'Homme. Avec le temps j’ai pris quelque distance avec cette forme d’humanisme que l’on trouve notamment chez Spielberg et son « Il faut sauver le soldat Ryan ». Car après tout, c’est plutôt l’exemple inverse que notre civilisation nous offre avec ses guerres (néo-) coloniales dans lesquelles, pour sauver quelques vies et quelques intérêts commerciaux, on n’hésite pas à tuer ou blesser des milliers de personnes. Il suffit de relire « Les fantômes du roi Léopold  » pour découvrir que des milliers de vies congolaises ne faisait pas le poids face à quelques tonnes d’hévéa (1).

Dans ces réflexions et ces comportements, on se rend bien compte que toutes les vies n’ont pas la même valeur. Cela me rappelle mon étonnement lorsque j’ai découvert que les sociaux démocrates scandinaves avaient longtemps été tenté par les thèses eugénistes, dont un des corolaires était de mettre fin à la vie de personnes jugées trop handicapées et donc coûteuses pour l’Etat providence, dont ils étaient par ailleurs des défenseurs efficaces. Mettre fin à la vie ou ne pas permettre de la donner quand celle-ci aurait un prix trop élevé pour la société. Ces gentils sociaux démocrates ne faisaient qu’appliquer les principes utilitaristes de Jeremy Bentham, dont l’une des implications majeures est que le bien être social se mesure par la somme des utilités individuelles. Au nom de ce calcul social, on en déduit qu’une vie trop coûteuse peut être sacrifiée pour le bien-être d’un grand nombre.

mercredi 24 janvier 2018

L’histoire d’une gifle à Nabi Saleh, village en Palestine occupée

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Victor Ginsburgh

Pourra-t-on, en lisant ce qui suit, s’étonner qu’un article écrit par l’historien israélien Zeev Sternhell et publié dans Haaretz s’intitule « En Israël, croissance du fascisme et un racisme qui rappelle le nazisme à ses débuts » ? (*)

Mustafa Tamimi
Le village de Nabi Saleh dans lequel habite la famille Tamimi est situé près d’une colonie israélienne. Il a fait l’objet de 70 à 80 incursions de nuit comme de jour par l’armée israélienne durant les trois mois qui viennent de s’écouler. Et même avant.

En effet, Mustafa Tamimi, 28 ans, est mort à l’hôpital le 9 décembre 2011. Un soldat israélien lui avait tiré une bombe lacrymogène dans la figure (voir photographie).


Richard Thaler et les options par défaut

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Pierre Pestieau

Qu’il s’agisse de la retraite, de la santé ou de l’éducation, ni les français ni les belges ne doivent opérer des choix aussi cruciaux que les américains par exemple. Ces derniers doivent tout au long de leur vie faire des choix importants que ce soit sur le portefeuille d’investissement qui déterminera le montant de leurs retraites, les assurances santé qui les couvriront plus ou moins complètement ou encore les universités où ils enverront leurs enfants et dont le coût peut varier de 1 à 10. Jusqu’à présent, ces choix n’avaient pas lieu d’être dans nos bons Etats providence. L’Etat y pourvoyait et si ce n’était pas l’Etat c’était la tradition.

mardi 16 janvier 2018

L'Etat providence : défense et illustration 1

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Pierre Pestieau

L’Etat providence n’a jamais été autant décrié qu’aujourd’hui et pourtant il n’a sans doute jamais été aussi nécessaire. Les critiques qu’il doit essuyer viennent de ceux qui veulent en réduire la voilure comme de ceux qui le trouvent inefficace à remplir ses principales missions. Les multiples fractures sociales qui ont conduit un partie de la population à douter de politiques censées la secourir et de basculer dans le vote populiste redonne toute sa justification à un Etat providence plus performant et soucieux de combler le fossé séparant une certaine tranche de la population socialement intégrée  d’une autre, composée d’exclus.

Dans un ouvrage éponyme de ce blog, nous traitons de ces questions. Nous commençons par montrer que le contexte actuel est bien diffèrent de celui que l’Etat providence a connu au moment de son essor, après la seconde guerre mondiale. Les principaux changements concernent l’ouverture des frontières, le marché du travail de plus en plus précarisé, la structure familiale éclatée et l’individualisme croissant. Auxquels il faut ajouter le vieillissement démographique et un net ralentissement de la croissance. Ces différents changements qui menacent la pérennité de l’Etat providence appellent des réformes profondes.

L’Etat-providence : Défense et illustration 2

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Victor Ginsburgh

Mon co-blogueur Pierre et son coauteur ont écrit un livre important et courageux sur la protection que la société doit accorder à ses habitants, nationaux comme immigrés d’ailleurs. Je reviendrai sur le titre plus loin, mais j’aime beaucoup le sous-titre Défense et illustration, emprunté si je ne m’abuse au poète de la Renaissance, Joachim du Bellay, sauf que ce n’est pas de poésie, ni de littérature ou de de langue qu’il s’agit cette fois.

Quant au titre L’Etat-providence, et les auteurs le soulignent d’ailleurs (p. 9), le mot providence devrait une fois pour toutes être banni. Pour deux raisons. Le Larousse dit qu’il signifie « Action par laquelle Dieu conduit les événements et les créatures vers la fin qu’il leur a assignée. Dieu, en tant qu’ordonnateur des toutes choses ». Et aussi parce que « c’est un événement qui arrive à point nommé pour sauver une situation qui constitue une chance, un secours exceptionnel ». Banni, parce que ce n’est pas Dieu qui pourvoit, et ce qui est pourvu ne doit pas être exceptionnel, mais continu et mesuré : il faut pourvoir, mais il faut aussi oser cesser de pourvoir lorsque la cause disparaît. Et pas mal de causes ont disparu, mais l’Etat continue de distribuer, parce que cela arrange aussi bien les uns (le distributeur qui en espère des effets lors des élections) que les autres (qui en bénéficient sans en avoir besoin lorsque, par exemple, la technologie a adouci les effets du travail sur la santé ou la pénibilité).