jeudi 11 février 2021

Faut-il réformer la sécurité sociale à la lumière du covid-19 ?

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Pierre Pestieau

La réponse à cette question est bien sûr affirmative mais l’important est le comment. Il faut dès l’abord distinguer deux type de réformes. Il y a celles dont il était déjà question avant mars 2020 et il y en a qui seraient motivées par la crainte de nouvelles pandémies. Avant mars 2020, il semble que la Belgique était dotée d’un bon système de santé par comparaison avec les pays voisins et étant donnée la part du revenu national qui lui était consacrée. Il y avait certainement des améliorations possibles : une meilleure rémunération du personnel soignant (à l’exception des médecins), davantage d’équité dans l’accessibilité aux soins, part trop importante des dépenses à charge du patient. Dans l’ensemble la capacité hospitalière paraissait suffisante. Survient la pandémie dont il est prématuré de faire le bilan. On peut cependant dire qu’elle a entrainé un surcroît de travail pour le personnel soignant, une menace constante d’engorgement des hôpitaux et surtout des services de soins intensifs, et un taux de mortalité insupportable dans les maisons de repos et de soins (plus de 60% des morts covid). Du point de vue de la décision politique, il y a eu une inévitable impréparation et beaucoup d’improvisation. On a assisté à certaines incohérences dues à notre mille-feuille institutionnel avec comme exemple frappant nos neuf ministres de la santé. Il demeure que dans l’ensemble, la politique de confinement a pleinement joué son rôle. A ce jour le covid est responsable de 20.700 morts. Sans le confinement et sans notre système de santé, ce nombre aurait été multiplié par plus de 10 (1).

A supposer que la pandémie disparaisse progressivement à partir de cet été, que faut-il faire pour se préparer à une autre pandémie dont l’intensité et la date sont incertaines ? L’analogie avec la guerre est tentante. La guerre est aussi une catastrophe qui peut se produire à un moment et une intensité imprévisibles. Pour la devancer, les pays peuvent en principe compter sur une armée de réserve, un stock de munitions et de carburant et sur les pays amis avec lesquels on partage des pactes de solidarité. Pour faire face à une éventuelle nouvelle pandémie, on devrait songer à créer une réserve de personnel soignant parmi les retraités et les étudiants, des réserves de médicaments et d’équipements et bien évidemment développer des accords internationaux. Certes on ne peut tout prévoir, mais qui sait ce que nous réserve la prochaine pandémie ?

La Belgique occupe la place peu enviable du pays où le taux de mortalité covid est le plus élevé. On notera en passant que certain états américains tel que le New Jersey font encore «  mieux ». Un autre système de santé aurait-il permis de réduire ce bilan désastreux ? C’est peu probable. Il est trop tôt pour trouver les raisons de cette surmortalité. On peut citer comme facteurs explicatifs la densité et l’habitat, un certain manque de civisme à l’égard des gestes barrières, l’impréparation des maisons de repos et de soins et, enfin, l’état de santé de la population âgée. En revanche ce qui a permis d’éviter un bilan plus lourd est sans nul doute le lockdown qui a sauvé des vies mais a coûté leur emploi à beaucoup d’actifs.

Jusqu’ici il n’a été question que de la branche maladie de la sécurité sociale. Dans la mesure où la pandémie oblige un pays à un décrochage de son activité économique, l’assurance chômage est mise à contribution. Il est important ici que soient prévues des interventions qui ne font pas nécessairement partie de ses habitudes. On pense ici à l’assistance apportée aux jeunes et aux indépendants. On le voit à l’occasion du covid ; l’État a déployé un sérieux arsenal d’aides qu’il faut améliorer mais qui reste temporaire, en d’autres termes qu’il ne soit utilisé que durant la pandémie. Si tel n’était pas le cas, la viabilité de notre protection sociale pourrait être compromise. Ici comme pour la santé, à situation de crise, solution de crise. Quand la crise est passée, il importe de retourner à la normale, tout en restant vigilant.

(1). Flaxman, S., Mishra, S., Gandy, A., Unwin, H. J. T., Mellan, T. A., Coupland, H., et al. (2020), A Commentary on estimating the effects of non-pharmaceutical interventions on COVID-19 in Europe, Nature 584, 257–261.

jeudi 4 février 2021

Il était une fois un pays

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Victor Ginsburgh (1)

Il était une fois un petit pays.
Un jour le petit pays fut frappé d’une grande épidémie.

On informa sur-le-champ le petit président du conseil,
qui a son tour appela le petit président du royaume,
qui en informa les petits présidents émérites,
qui en informèrent les petits présidents des conseils régionaux, généraux,
municipaux, et de quartier, qui en avisèrent
tout le conseil d’administration des présidents
et les hiérarchies présidentielles de présidents de toute présidence
dans tous les coins du petit pays.

Tous présidents, en qualité de présidents, présidaient,
mais ils n’avaient pas d’autres talents
et contre l’épidémie ils ne savaient que faire.

Ils appelèrent le président de la Congrégation
des Hommes de Science qui dit :
« Il est évident, chers collègues présidents,
que l’épidémie est causée par quelque charogne contagieuse ».

Mais comment pouvait-on dire une bêtise pareille ?
Le petit pays avait sa petite foi,
les cadavres étaient régulièrement enterrés
et la cause de l’épidémie devait être trouvée ailleurs.

On appela le président de la Congrégation des
Libres citoyens contre les Minorités raciales, qui dit :
« L’épidémie est une conséquence de la multiracialité.
Les immigrés apportent des maladies incurables et inconnues.
Brûlons nègres et Roumains et nous stopperons la contagion ».

On dressa de hautes piles de bois
et on y conduisit les immigrés.
Le feu dura des jours et des jours, et bientôt on les eut tous éliminés.

Pourtant, la contagion persista.

On appela le Président de la Congrégation
des Libres citoyens contre les Minorités religieuses et sexuelles, qui dit :
« L’épidémie est le résultat du compromis déviant
du nombre de nos petits concitoyens.
Brûlons homosexuels et putains et nous stopperons la contagion ».

On dressa de hautes piles de bois
et on y conduisit les prostituées et les homosexuels.
Le feu dura des jours et des jours, et bientôt on les eut tous éliminés.

Pourtant, la contagion persista.

Finalement, le peuple invita sur la grande place du petit pays :
le président du conseil,
le président du royaume,
les présidents émérites,
les présidents des conseils régionaux, généraux,
municipaux, et de quartier, qui en avisèrent,
tout le conseil d’administration des présidents
et les hiérarchies présidentielles de présidents de toute présidence
dans tous les coins du petit pays.

Cette masse encombrait l’entièreté de la grande place du petit pays,
ce qui les a tous rendus contagieux parce qu’ils ne respectaient pas la distance,
et tous moururent.

On dressa de hautes piles de bois
et on y conduisit la masse gigantesque des présidents de toutes sortes.
Le feu dura des jours et des jours, et bientôt on les eut tous éliminés.

Alors seulement la contagion s’est arrêtée…

(1) Très largement inspiré d’un écrit d’Ascanio Celestini dans Discours à la Nation, Paris : Les Editions Noir sur Blanc, 2014. A lire tout de suite !


jeudi 28 janvier 2021

Le confinement optimal

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Pierre Pestieau

Selon la revue Nature (2020), 3,2 millions de personnes seraient mortes au cours de la première vague de la pandémie de la covid-19 (plus précisément du début de la pandémie au 4 mai) sans les mesures telles que la fermeture d'entreprises et le confinement. Pour prendre un exemple précis, celui de la France, le confinement y aurait sauvé environ 690 000 vies à comparer avec la perte réelle d'environ 30 000 vies au cours de la même période. Dans le même temps, le PIB français a chuté au rythme le plus rapide de l'histoire, se contractant de 14% au deuxième trimestre, et le taux de chômage a explosé. Ces chiffres montrent clairement qu'en période de pandémie, s’impose un arbitrage entre la prospérité économique et le sauvetage de vies humaines. La façon dont cet arbitrage est résolu reflète le poids que le gouvernement accorde à ces deux dimensions. Sur quelle base, le gouvernement français a préféré sauver 690 000 vies au prix d'une perte de 14% du revenu national ? Cette question nous amène à la question politique du choix de la politique optimale de confinement qui nécessite d'évaluer les gains et les pertes du maintien de l'activité économique sous des contraintes sanitaires plus ou moins fortes.

Ce choix peut reposer sur un fondement normatif ou sur un processus de vote. Comme fondement normatif, on peut prendre deux optiques : celle de l’utilitarisme ou celle de l’égalité ex post des niveaux de bien-être. L’utilitarisme vise à maximiser la somme des utilités de chacun et de ce fait accorde une importance démesurée au nombre de personnes. C’est ainsi qu’il mène à ce que l’on appelle parfois la solution répugnante, celle qui conduit à préférer une large population consommant à peine de quoi subsister à une population réduite mais jouissant d’un niveau de vie acceptable. Au nom de l’utilitarisme, il faudrait choisir un confinement élevé, voire maximal, qui permet de garder en vie le plus personnes possibles. On notera que cette approche est largement utilisée dans la décision publique, et particulièrement dans le domaine de la santé. 

Le critère alternatif est celui de l’égalitarisme ex post qui met l’accent sur le bien-être de la personne qui au bout du compte se trouve être la plus défavorisée. Dans le cas qui nous occupe, ce sera celle qui décède prématurément et n’aura donc pas la chance d’avoir une vie longue. Selon ce critère, on devrait adopter un confinement léger afin de permettre à ceux qui ne vivront pas longtemps d’avoir un niveau de vie satisfaisant.  

Si le confinement faisait l’objet d’un vote, on peut faire l’hypothèse que la population active étant majoritaire imposera son choix. Tout dépendra alors de savoir si les jeunes éprouvent de l’empathie, de l’altruisme, pour le ainés. Si tel est le cas, ils opteront pour un confinement élevé. En revanche, en l’absence d’altruisme pour les ainés, la majorité favorisera un confinement léger.

Pour conclure, quel que soit le critère de choix collectif, la problématique se ramène à un arbitrage générationnel entre santé et économie. Pour la politiste Lena Konc (3), opter pour ou contre le confinement revient à « se positionner pour la sauvegarde du système sanitaire, et a fortiori la limitation de la mortalité des populations plus âgées, ou mitiger des risques économiques affectant en priorité les plus jeunes, par une stratégie dite de l’immunité collective ».

Monde du 30 mai 2020

Il semblerait, qu’à la différence de la plupart des Européens, les Américains ont donné la priorité aux générations les plus jeunes et à la sauvegarde de leur qualité de vie, au nom d’une idéologie où la liberté et la responsabilité l’emportent sur les droits sociaux. L’avenir nous dira ce que cet arbitrage donnera. Il se pourrait que finalement les Américains subissent une double peine : une forte récession et une choquante surmortalité des seniors.

(1). Flaxman, S., Mishra, S., Gandy, A., Unwin, H. J. T., Mellan, T. A., Coupland, H., et al. (2020), A Commentary on Estimating the effects of non-pharmaceutical interventions on COVID-19 in Europe, Nature 584, 257–261.
(2). Pestieau, P. et G. Ponthière, G. (2020), Optimal Lockdown and Social Welfare, CORE DP 2020/32. Pestieau, P. et G. Ponthière, G. (2021), Le confinement optimal: quelques calculs exploratoires.
(3). Le Monde du 30 mai 2020.

mardi 23 juin 2020

Comment améliorer la circulation à Bruxelles

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Victor Ginsburgh

Je viens de passer dans l’avenue Molière, une des très belles avenues des quartiers éloignés du centre de Bruxelles. A 15 Km/heure pendant un bon kilomètre. Soit deux fois plus lentement que la vitesse prévue de 30 Km/heure qui sera imposée d’ici quelques mois, dans la ville entière, pour autant que le Covid-19 nous laisse en vie. Les conducteurs sont prévoyants. Pour s’habituer au 30Km/heure qui arrive bientôt, ils roulent à 15 Km/heure.

J’ai réfléchi à ce qu’il faudrait faire pour réduire la vitesse de circulation des quatre roues à une vitesse inférieure à celle d’un vélo ou d’une trottinette. Ce qui sera facile, parce qu’avec toutes les ficelles que vélos et trottinettes ont maintenant, ils font du 30 Km/heure et ont des priorités de tous les côtés, de sorte que les automobilistes aussi pressés que moi, finissent toujours par être en tort.

Voici, après de mûres réflexions (le Covid-19 m’a permis de réfléchir depuis le 15 mars), quelques astuces qu’il serait possible d’introduire une à une, parce qu’elles se contredisent, ce qui est, par ailleurs, logique à Bruxelles.

mercredi 17 juin 2020

Faut-il déboulonner les statues ?

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Victor Ginsburgh

La décapitation de Christophe Colomb
J’ai vécu, sans interruption, de 1939 à 1957 en Afrique de l’est (Rwanda et Congo). Je ne peux pas oublier l’atlas de géographie, livre indispensable à l’Athénée Royal—où j’avais commencé en 1951 ma première année d’humanités. Un atlas dans lequel une des premières pages en couleurs et en images décrivait les « races » : blanc, jaune, noir, olivâtre, verdâtre, rouge et bien d’autres comme bronzé, les « mulâtres » comme on disait à l’époque, alors qu’aujourd’hui, on parle de « métis ». Les noirs n’étaient pas admis dans ces écoles, et bien sûr les blancs étaient au-dessus de tout, y compris de tout soupçon.

La révolte ou la mort

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Pierre Pestieau
Mon blog précédent s’intitulait « La bourse ou la vie ». Celui-ci porte sur un dilemme qui n’est guère plus joyeux. Depuis quelques décennies, nos sociétés connaissent un indéfinissable malaise qui se retrouve surtout dans ce qu’on appelle la classe moyenne inférieure. Ceux-là mêmes dont les revenus se situent grosso modo entre le seuil de pauvreté et le revenu moyen. Les causes de ce malaise sont multiples. Parmi les principales, on peut citer : l’absence prolongée de croissance des revenus, combinée à une forte concentration de la richesse; un système éducatif inégalitaire empêchant ainsi toute ascension sociale; l'externalisation de «bons» emplois en Chine et dans d'autres économies émergentes; l'évolution technologique qui a rendu superflus de nombreux emplois de «classe moyenne».

mardi 9 juin 2020

La bourse ou la vie : un arbitrage délicat

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Pierre Pestieau

Le covid-19 nous a infligé une double peine : les morts d’une part, les pertes de revenus et destructions d’emplois d’autre part. En reportant le confinement, on réduit la première mais on alourdit la seconde. La décision de ne pas confiner ou de déconfiner implique un arbitrage entre limiter le nombre de morts et maintenir à flot l’emploi et les revenus. Dans un article paru dans le New York Times du 28 mai (1),  Paul Krugman, professeur à l’Université de Columbia, discute de cet arbitrage en utilisant la valeur de la vie humaine à laquelle les pouvoirs publics recourent régulièrement dans leur politiques d’infrastructure des transports et de protection de l’environnement. Aux États-Unis, ces politiques sont guidées par le concept de valeur d'une vie statistique. Les estimations actuelles sont d'environ 10 millions de dollars pour une vie moyenne.

Jouons aux petites voitures et merci d’avance aux assureurs

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Victor Ginsburgh

Hertz, le plus important loueur de voitures au monde (667 000 véhicules), essentiellement localisées à l’entrée et à la sortie des aéroports, vient de se déclarer en faillite pour se protéger (1). Qui aurait pensé que les voitures de location n’avaient plus la cote ? Ben, plus d’avions, plus besoin de voitures. Facile à comprendre.

Un peu semblable aux sociétés de tramways, métros, autobus, trains, etc. Mais il est néanmoins remarquable qu’à Paris, les possesseurs d’un abonnement Navigo dans la région Ile de France (Paris et environs), qui coûte 75 euros par mois à chaque abonné (et il y en a 4 millions), sera remboursé à raison de 100 euros pour le mois d’avril et des dix premiers jours du mois de mai (2). Perte sèche de 400 millions d’euros chez Navigo, mais bravo pour l’honnêteté. Il est vrai que c’est une société publique, mais un bon nombre d’autres font silence.

mercredi 3 juin 2020

A propos du financement de la crise Covid-19

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Victor Ginsburgh (Professeur em. d’économie à l’ULB), Pierre Pestieau (Professeur em. d’économie à l’ULG), Serge Wibaut (Professeur invité d’économie à l’UCL)

La pandémie du Covid-19 est en train de provoquer une crise économique sans précédent, qui n’aurait d’égale que celle des années 30. On la compare à cette crise mais aussi à la guerre. Non seulement elle conduit à une baisse sensible du PIB mais elle a de lourdes implications distributives en appauvrissant une fraction de la population qui ne peut pas travailler et perd parfois son emploi, alors que l’autre fraction continue de toucher un revenu stable et,  ironiquement, s’enrichit en consommant moins.

Par ailleurs, cette crise exerce une pression énorme sur le budget du gouvernement à la suite des multiples programmes de soutien de l’activité et du paiement de revenus de remplacement. La plupart des organismes économiques (Commission européenne, Banque Nationale de Belgique, Bureau du Plan et OCDE, etc.) tablent sur une augmentation de le dette publique d’environ 15 pourcent en 2020 et ceci est sans doute optimiste car ces estimations tablent sur une reprise vigoureuse en fin d’année. Il n’en demeure pas moins que certains secteurs parmi les plus touchés pourraient ne pas se remettre avant longtemps. On songe entre autres à la culture, au tourisme, aux transports aériens.

Il ne fait aucun doute qu'il faut trouver des sources de revenus supplémentaires. Trois solutions sont généralement envisagées: imprimer de la monnaie, faire appel à l’emprunt public et recourir à l’impôt.

mercredi 27 mai 2020

Brèves de confinement

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Pierre Pestieau

Jusqu’à présent la stratégie de Trump fonctionne relativement bien. Ses insanités sur le covid-19 amusent ses soutiens les plus fidèles dans la mesure où ils ne sont pas touchés par la pandémie. Les États les plus atteints sont en effet des états qui votent démocrate. Témoins, New York, New Jersey, Maryland, Californie, … Dans la mesure où les États rouges (aux États Unis, ce sont les républicains qui sont rouges) commencent à être contaminés, cela pourrait changer (1).

mercredi 20 mai 2020

Masques et Belgamasques

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Victor Ginsburgh

Je veux d’abord vous rappeler ce joli poème de Verlaine, qui a pour titre Clair de Lune, et parle de bergamasques dans un contexte un peu différent de celui que nous vivons aujourd’hui, lorsque nous parlons de masques. Bergamasque est un mot qui devrait nous faire songer à Bergame qui a été une des premières villes italiennes à souffrir du virus. Il faut savoir que la bergamasque est une chanson à danser paysanne de la région de Bergame. On pourrait la chanter et la danser, pour célébrer la danse des masques en Belgique et l’appeler la « belgamasque » en souvenir de ces fameux masques qu’on nous promet, et que nous ne recevons jamais et ne recevrons sans doute que lorsque la pandémie aura terminé ses dégâts en 2021, voire 2022. Et c’est très bien ainsi, puisque certains disent qu’ils ne servent à rien, alors que d’autres disent qu’il est interdit de s’aventurer dans une rue, sans masque. Mais nous sommes tous paniqués, et ces petites erreurs ne font que rajouter une ‘note mineure’ à notre panique, même si nous restons dans notre cave. Voici Verlaine, pour nous consoler un peu :

mercredi 13 mai 2020

Morts excédentaires

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Pierre Pestieau

L’expression d’excédent de mortalité est utilisée dans des contextes fort différents. Il s’agit de mesurer le nombre de décès qui ne se seraient pas produits en l’absence d’un événement particulier : une pandémie, une guerre, un génocide, des pratiques nuisibles. Chacun de ces événements provoque un excès de mortalité qu’il est important de mesurer et dont les conséquences doivent être analysées.


Dans le cas du covid-19, cette évaluation peut prendre deux formes. La première consiste à comptabiliser le nombre de morts que l’on peut imputer chaque jour à la pandémie. C’est ce que font en Belgique le centre national de crise et le SPF Santé publique et à l’échelle de la planète le CSSE (Center for systems science and engeneering) de l’Université Johns Hopkins (1). Selon cette méthode, on compte, à la date du 13 mai 2020, 291.994 morts du covid-19 dans le monde, dont 8.761 en Belgique et 26.994 en France.  Une autre méthode consiste à calculer l’excédent de mortalité observée pendant la période du covid-19 par rapport aux morts des années précédentes durant la même période. Le New York Times (2) a présenté une estimation de cet excédent, qui paraît mieux refléter l’effet de la pandémie (3) et conduit à une mortalité de 10.337 pour la Belgique et de 38.871 pour la France.

mercredi 6 mai 2020

Voilà ce qu’aurait dit Trump s’il avait été capitaine du Titanic

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Anonyme

—Il n’y a pas la moindre trace d’iceberg

—C’est un faux iceberg

­—Il y avait en effet un iceberg, mais dans un océan différent

—L’iceberg est dans les même océan que nous, mais il va dégeler très vite

Yes, this was my double room on the Titanic, Donald 
—Il y a en effet un iceberg, mais il ne nous a pas touché

—Nous avons touché l’iceberg, mais la réparation va être très rapide

—Je savais dès le début qu’il y avait un iceberg, bien avant que les autres l’appellent iceberg

—L’iceberg est un iceberg qui vient de Chine

jeudi 30 avril 2020

Autres réflexions sur le covid-19

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Pierre Pestieau

Dépendance chez soi ou en institution

Dans mes travaux sur la dépendance, j’ai de façon persistante, défendu l’idée qu’il fallait augmenter les capacités d’accueil des personnes dépendantes dans des maisons de repos et de soin, ce que nos amis français appellent des EHPAD. La motivation était que face à une dépendance sévère, l’aide informelle des époux et des enfants entraînaient des coûts psychologiques et physiologiques trop importants. Cela reste sans doute vrai. Cependant, le covid-19 nous montre une autre réalité, à savoir le coût énorme en vies humaine que cette pandémie infliges aux résidents de ces institutions.

mercredi 29 avril 2020

Peut-on sauver rapidement la culture du désastre ?

2 commentaires:

 Victor Ginsburgh

Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude (Albert Camus).

Deux problèmes doivent être résolus et je ne sais pas trop lequel est le plus important. L’un est de faire ‘renaître’ la culture après la catastrophe que nous connaissons, l’année est bien avancée et dans la plupart des cas il faudra attendre le mois de septembre pour la reprise. Mais dans l’immédiat, et, c’est l’autre problème, il faut ne pas laisser ‘mourir’ ni les artistes, ni les metteurs en scène, décorateurs et autres, ni les chefs d’orchestre, ni les quatuors, ni les artistes qui se produisent seul, ni les écrivains, ni les peintres, sculpteurs lithographes, graveurs, ni les lieux où ils travaillent directement (théâtres, salles de concert et d’opéras, music halls) ou indirectement (librairies et écrivains, galeries d’art et leurs artistes, musées privés, salles de cinéma et acteurs, et bien d'autres). Tous souffrent depuis février et personne ne sait quand cela finira ('période critique' dans la suite), puisqu’on parle déjà d’une seconde (si c’est la dernière !) ou deuxième, troisième … vague du Covid-19. Je parlerai ici de l’immédiateté du sauvetage des artistes et autres acteurs qui auraient du participer à des événements culturels qui n’ont pas eu lieu depuis février mais pas de la ‘renaissance’ sur laquelle la réponse se doit d'être étudiée bien sûr, mais elle devra suivre. Si tous les artistes crèvent de faim, il n'y aura plus d’après. Mais il faut aussi penser aux dépenses des lieux où les événements n’ont pas pu se tenir, sauf si ces lieux sont déjà largement subventionnés.

mercredi 22 avril 2020

De Artificibus Illustribus et Clavis

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Stéphane Ginsburgh et Victor Ginsburgh

En mauvais français, le titre peut se lire « À propos des artistes célèbres et des clous ». En effet, depuis les débuts du confinement, les artistes reçoivent des clous, sauf s’ils ont un autre métier, par exemple professeur attitré dans une école de théâtre, une académie, un conservatoire ou une université. Les autres n’ont qu’à bricoler. Ils auront alors besoin de clous, mais heureusement pour eux, les centres de bricolage ont, depuis samedi dernier, l’autorisation de rouvrir leurs portes. Sinon, la musique vivante, comme le théâtre sur les planches, et les peintres ou écrivains—ou du moins leurs œuvres—coincées dans les galeries, les musées et les librairies, tous fermés, sont presque en voie de disparition, heureusement pas encore à cause du Covid-19.

Nous avons bien écouté, vendredi dernier, les remarques de notre Première Ministre, Sophie Wilmès, dont il faut reconnaître les responsabilités énormes qui pèsent sur elle. Et puis, l’un d’entre nous a connu son père, Philippe Wilmès, qu’il rencontrait de temps à autre dans un petit restaurant italien, lorsque tous deux travaillaient encore à Anvers, à une époque (1965-1970) où lui était encore marin dans la marine belge et haussait peut-être le pavillon avant de se hausser dans le rôle de banquier et de professeur à l’UCL, tandis que l’autre était économiste dans l’industrie belge du tabac, tout en fumant des Gitanes et pas des Belga.

mercredi 15 avril 2020

Trois brèves réflexions sur le covid-19

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Pierre Pestieau

Plus jamais ça ! Chiche

On n’a pas encore atteint le pic de la pandémie et le bout du tunnel est peut-être encore loin, mais nombreux sont déjà les beaux esprits qui glosent à propos de ce qui se passera une fois tournée la page de la pandémie. On entend des propos qui rappellent le « plus jamais ça » qui à suivi la seconde guerre mondiale et la découverte du génocide. On parle de changement de paradigme, de révolution des comportements, de l’apparition d’un homme nouveau. Or on sait ce qui est advenu des bonnes résolutions de l’après-guerre. On a connu d’autres génocides et certains pays sont victimes de la peste brune (1).

mardi 7 avril 2020

Les errances de Coronavirus

2 commentaires:

Victor Ginsburgh

Je me rends de mieux en mieux compte qu’il est possible de remplacer presque mot-à-mot La Peste d’Albert Camus, par Le Coronavirus. Il suffit (i) de supprimer le début de La Peste où il est question d’une invasion de rats qui meurent, eux aussi, de la peste, (ii) changer le mot « peste » chaque fois qu’il se présente, par « coronavirus », et (iii) situer le roman, à Bruxelles, à Paris ou Montréal, et partout ailleurs, plutôt qu’à Oran.

Contrairement à ce qui est souvent dit et répété—et je viens encore de le lire sur un de nos journaux quotidiens qui s’expriment mal, peut-être pour nous faire peur—une personne infectée peut en infecter au moins deux autres si la proximité est faible. Ce qui fait évidemment peur, parce que cela voudrait dire que le virus pourrait se multiplier (presque) comme les grains de blé que le roi de Perse avait promis en cadeau à Nassir, inventeur du jeu d’échecs : un grain de blé sur la première case de l’échiquier, deux grains sur la deuxième, quatre sur la troisième, puis 8, 16… Sur la case 64 il y aurait eu 18 446 744 073 709 551 615 grains de blé. Donc après 64 jours (1) de corona, c’est le nombre total d’humains qui auraient été infectés, soit 500 000 000 de fois la population de la terre. Il est donc évident que l’infection ne peut pas atteindre la vitesse impliquée par la progression décrite, même si chaque passage de l’infection devait prendre deux ou trois jours.

mercredi 1 avril 2020

Pourquoi pas 30% du PIB pour la santé ?

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Pierre Pestieau

Quoi qu’il en coûte ! Un seul mot d’ordre : mettre le paquet pour lutter contre le coronavirus ». Ce titre de l’éditorial du Soir du 23 mars interpelle l’économiste. On peut en effet se demander si nous dépensons trop ou pas assez pour la santé et si les évolutions actuelles sont conformes à nos préférences collectives. Ces deux questions sont au cœur de l’actualité de la pandémie du Covid-19. Plus concrètement, les 11,2% du PIB que représentent les dépenses de santé en France, 10,4% en Belgique, 16,9% aux États Unis correspondent-ils à la valeur que les Français, les Belges, les Américains accordent à la vie humaine ?

dimanche 22 mars 2020

Une lettre de Kika et Thomas

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Victor Ginsburgh

Leur bébé vous fais signe
Kika et Thomas sont deux artistes et amis. Kika est brésilienne et Thomas belge, ce qui fait de leur couple un heureux mélange qui se reporte d’ailleurs sur leur art... et sur leurs enfants. Je vous fais parvenir le texte de leur lettre ouverte de remerciements et de soutien au personnel médical de l’Hôpital Saint Pierre (Salle d’accouchement et Maternité) datée du vendredi 20 mars 2020.

« Nous sommes les parents du premier bébé né sous le nouveau protocole d’isolement des patients coronavirus ce samedi 14 mars. Ce protocole implique que les patients suspectés de porter le virus soient isolés dans une chambre stérile d’où rien ne sort. Dans un sas à l’entrée de la chambre, le personnel soignant se désinfecte, enfile blouse, bonnet, masque, lunettes et gants de protection avant de renter et rencontrer le patient. Soit environ 10 minutes de préparation minutieuse.

mercredi 18 mars 2020

Ce serait si facile

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Pierre Pestieau

Une réflexion, suite à la lecture de deux travaux de recherche. Le premier est consacré à la sociologie des prénoms (1) et le second à l’impact des accents régionaux sur le marché du travail (2). Il semblerait que tant la réussite scolaire que professionnelle serait plus élevée pour ceux qui s’appellent Apolline ou Garance que pour ceux qui portent le prénom d’Allan ou Steven. Il semblerait aussi qu’avoir un accent régional entraîne une pénalité en termes de salaire, pénalité aussi forte que celle dont souffrent les femmes. La pénalité est dès lors double pour les femmes qui ont un accent.

Avant de discuter de la signification de ce type de résultat, j’aimerais aborder la question de ses implications. Les parents qui lisent ces articles pourraient décider de donner à leurs enfants des prénoms porteurs et de pincer leur accent afin de dissimuler leur origine régionale. Certains le font sûrement mais de telles décisions ont un coût, celui de renoncer à ses origines, à sa culture au nom d’un certain conformisme et d’une naïve ambition. Cela me rappelle un film de 2010, L’Italien, qui narre l’histoire d’un franco-algérien qui, pendant de nombreuses années, se fait passer pour Dino Fabrizzi , un Italien qui travaille à Nice dans une concession Maserati . Ou encore, l’excellent Pain et Chocolat, film de 1974, qui raconte l’histoire d'un Italien, migrant clandestin en Suisse.  Rapidement déçu par la discrimination dont il souffre, il décide de se teindre les cheveux afin de se faire passer pour un vrai Suisse. Cela ne lui réussira pas.

dimanche 15 mars 2020

La Peste

4 commentaires:
Victor Ginsburgh

Etude pour piano et lingette nettoyante
« Comme d’habitude ! C’est-à-dire que le nouveau sérum envoyé par Paris avait l’air d’être moins efficace que le premier et les statistiques montaient. On n’avait toujours pas la possibilité d’inoculer les sérums préventifs ailleurs que dans les familles déjà atteintes. Il en eût fallu des quantités industrielles pour en généraliser l’emploi. La plupart des bubons se refusaient à percer, comme si la saison de leur durcissement était venue, et ils torturaient les malades. Depuis la veille, il y avait dans la ville deux cas d’une nouvelle forme de l’épidémie. La peste devenait alors pulmonaire. Le jour même, au cours d’une réunion, les médecins harassés, devant un préfet désorienté, avaient demandé et obtenu de nouvelles mesures pour éviter la contagion qui se faisait de bouche à bouche, dans la peste pulmonaire. Comme d’habitude, on ne savait toujours rien ».

Ceci vient de la page 99 de mon vieux La Peste de Camus. Un vrai ‘Livre de Poche’, il n’en existait d’ailleurs qu’un seul de ce nom. Acheté en 1962, il tient encore le coup. Comme les autres choses qui n’ont pas tellement changé en 58 ans.
Et page 247, les derniers paragraphes du livre :

mercredi 4 mars 2020

Jeu de dupes

2 commentaires:
Pierre Pestieau

Il y a quelques semaines, j’étais invité par FMI à participer à un débat sur la taxation du patrimoine. Cette taxe, qui n’existe plus que dans trois pays du monde industrialisé, fait parler d’elle aux États-Unis, et donc au sein du FMI parce qu’elle est un des éléments phare du programme de deux candidats à la nomination démocrate en vue de la prochaine élection présidentielle. Ces deux candidats sont Bernie Sanders qui a déjà acquis une certaine notoriété et Élisabeth Warren. Tous les deux viennent de la Nouvelle Angleterre. Ils sont respectivement sénateurs du Vermont et du Massachussetts.

mardi 25 février 2020

Il faut plaisanter avec l’humour

5 commentaires:

Etienne de Callataÿ et Victor Ginsburgh

Il y a quelques années, nous avons publié une Carte Blanche « Il ne faut pas char…rier ! » C’était dans le Soir du 22 février 2013. Elle venait en réponse à un journaliste du Soir, qui avait donné comme titre « Requiem pour l’humour belge » à son éditorial paru le 15 février 2013, suite à un char qui ne lui plaisait pas trop au Carnaval d’Alost.

Nous écrivions : « Un commentaire inspiré par le char du Carnaval d’Alost représentant sous le jour de l’Holocauste la déportation des francophones de Flandre est qu’il s’agirait là de l’expression de la fin de l’humour belge et, partant, de la confirmation de la séparation culturelle entre Nord et Sud de ce pays » et avions, pour nous y opposer, repris un extrait de cet éditorial : « Nous avons partagé tant bien que mal le territoire commun. Nous n’aimons pas les mêmes artistes (…) nous ne rions plus des mêmes choses » (1).

mercredi 19 février 2020

Comment justifier l'inégalité?

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Pierre Pestieau

Peut-on vivre sans inégalités ? En d’autres termes, peut-on concevoir une société où tous les hommes et femmes seraient effectivement égaux en opportunités, voire même en bien-être ? On sait que les sociétés ont de tout temps été inégalitaires. Dans un blog précédent (1), j’ai évoqué une série de travaux qui montrent que depuis Babylone non seulement les sociétés ont été inégalitaires mais que de surcroît le taux d’inégalité a été constant.

Ce qui a changé en revanche, c’est la justification que les pouvoirs en place ont donné de cette inégalité. Cette justification permettait de faire accepter par une grande majorité des disparités de revenus et de richesses. Sans cette justification, il y aurait de sérieux risques de désordres, voire des révoltes.

mercredi 12 février 2020

Le gruyère à trous est mort. Vive l’emmenthal

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Victor Ginsburgh

Ce qui prouve que ni le gruyère ni l'emmenthal
ne sont des fromages à trous
Plusieurs lecteurs de mon blog d’il y a quinze jours « Le plan du siècle : Un gruyère », m’ont expédié un ‘Pan sur le bec’, titre d’un petit coin(coin) du Canard Enchaîné. Ce n’est pas le gruyère qui est un fromage à trous, mais l’emmenthal. J’ai dû savoir cela, mais l’avais oublié. Et puis, de toute façon, qui aurait lu une page dont le titre aurait pu ou dû être « Le plan de paix du siècle : Un emmenthal ! ». 

Un ami suisse, historien d’art m’a écrit l’email savoureux qui suit :

« Tu n’en voudras pas à un citoyen helvétique un peu chauvin de te rappeler que ce n’est pas le gruyère mais l’emmenthal qui a des trous. Lorsque j’habitais Paris, à la crémière qui me disait, pour vanter sa marchandise : ‘c’est du vrai gruyère d’Emmenthal’, j'avais répondu :  ‘c’est comme le vrai bordeaux de Bourgogne’ ».

mercredi 5 février 2020

Ceux qui ne sont pas encore nés sont sans pouvoir (1)

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 Pierre Pestieau

Il y a plusieurs années, j’ai eu une conversation bizarre avec un ministre qui, à ma demande de relever les allocations des handicapés et des personnes très âgées, me répondit : « Mais cher ami. A quoi bon ? Ce ne sont pas ces gens-là qui vont manifester et bloquer la circulation ». L’épisode récent des gilets jaunes nous rappelle combien cette horrible remarque reste pertinente. Pour apaiser la colère des manifestants du samedi, le gouvernement français a fait une série de concessions, sans doute insuffisantes pour les intéressés, mais importantes du point de vue budgétaire. Or, comme il n’est pas question de relever les taux de prélèvements obligatoires, il n’y a pas mille façons de financer les quelque vingt milliards d’euros que représentent les diverses mesures prises en faveur des gilets jaunes, essentiellement les classes moyennes inférieures, et non les plus pauvres. La recette est toujours la même, à savoir s’en prendre à ceux qui n’ont pas la force politique de protester. A commencer par les générations futures. En effet une partie de ces milliards sera financée par un accroissement d’une dette publique déjà abyssale. Cela consiste à faire payer par ceux qui ne sont pas encore nés les dépenses des générations actuelles.

mercredi 29 janvier 2020

Le plan de paix du siècle: Un gruyère

3 commentaires:
Victor Ginsburgh

A gauche, avant 1967, à droite plan de Trump. Les points rouges
sont des colonies qui feront partie d'Israël. A l'est et à l'ouest de la
Palestine (en jaune) vous voyez les croûtes de fromage rongées par
Israël. Notez qu'Israël est censé lâcher une croûte dans le désert du
Neguev dans le sud, en bas, à l'ouest d'Israël sous la bande de Gaza
(en jaune aussi). Le point rouge dans le désert du Neguev n'est pas
une colonie
Le plan de paix de Trump et de son bo-fils Kushner donne aux Israéliens ce qu’ils voulaient et offre aux Palestiniens la possibilité d’un état, avec un petit é, puisque sa souveraineté sera limitée. « Ma vision », explique Trump, « est une opportunité puisque tout le monde gagne (win-win) : une solution réaliste qui supprime le risque que l’état palestinien n’entache la sécurité d’Israël. Je n’ai pas été élu pour faire de petits pas, ou ne pas me soucier des problèmes importants » (1). Une imbécillité de plus, mais qui a pris trois ans pour être fabriquée. Pour l’expliquer clairement, il a fallu 181 pages.

Trump fait de la Palestine un gruyère auquel il a même ajouté une croûte (voir carte) en transformant la frontière est (le fleuve Jourdain) de l’ex pays, en territoire contrôlé par les troupes israéliennes, l’armée la plus honnête du monde et qui, il faut bien le dire, est la plus respectueuse des droits humains. 

mardi 21 janvier 2020

Pratiques nuisibles

2 commentaires:
Pierre Pestieau

Il y a quelques mois je me trouvais à Nairobi. Je travaillais avec quelques collègues et une vingtaine de chercheurs de l’Afrique subsaharienne qui nous présentaient leur travail. La moitié d’entre eux étaient des jeunes femmes. Plusieurs d’entre elles consacraient leur recherche aux choix qui s’effectuent au sein du ménage. Ces choix portent sur l’éducation, la nutrition et la vaccination des enfants, sur la participation des femmes au marché du travail ou encore sur le contrôle des naissance. Au cours de ces présentations, il n’a jamais été question du sort que connaissent une majorité de femmes africaines, particulièrement  en Afrique francophone.

mercredi 15 janvier 2020

Je ne comprends plus…

2 commentaires:

Victor Ginsburgh

Il y a quelques années, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, la France, la Chine (tous membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies) auxquels on ajoute l’Allemagne, signent un Traité de dénucléarisation avec l’Iran. Bien sûr, c’est l’Iran qui doit dénucléariser, et ceux qui font partie du Conseil de sécurité ont les engins qu’il faut. C’est de « bonne guerre », peut-on dire. Certaines sanctions imposées à l’Iran sont allégées, et les choses ont l’air de fonctionner pas trop mal. D’après l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), l’Iran tient sa parole. Israël et son clown prétendent que ce n’est pas vrai, on est habitué à cela, mais l’AIEA maintient son point de vue.